Le nouveau maire ne fait pas de vélo

On est allés à l’ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) puis au foyer d’hébergement, pour faire des mini-interviews et poser notamment une question que nous posons souvent, « pour vous, qu’est-ce qui a changé à Saint-Julien ? ». Tous nous parlent de leur environnement immédiat, changements d’éducateurs, changements de procédés dans tel ou tel travail de manutention, changement dans l’organisation d’un moment particulier de la journée. Mais il y a aussi Bruno, l’un des 25 pensionnaires du foyer de Saint-Julien, qui nous parle de la politique de la ville, des grands changements, des routes, des immeubles, et du fait que le maire a changé. « Le nouveau maire, il ne fait pas de vélo. Le maire d’avant, lui, il faisait du vélo. »img_5310-stju-esat

Le couscous d’Hamina

Ce midi Didier et Guy se sont invités à l’atelier cuisine pour  déguster le couscous d’Hamina dont la réputation n’est pas usurpée. On y a rencontré Guiguitte une figure de Saint Julien. « J’y suis née, j’y claquerais », dit-elle. Elle a fait tous les métiers. A l’usine Chapuis, elle a fait  des rustines 10h par jour pendant 2 ans mais surtout elle a été typographe, elle composait le journal Le Cultivateur Savoyard, un journal local qui a été racheté par le Messager . Les gens disaient : « On achète le cucu ». Le repas se passe à la Mief (Maison Intergenerationnelle de l’Enfance et de la Famille) . « On mange chez moi », dit elle parce que la Mief est construite sur l’emplacement de son ancien verger qu’elle a revendu à la municipalité pour ne pas avoir un immeuble de 5 étages devant chez elle. Elle a plus de 90 ans et a connu Saint Julien à 1200 habitants.  « Aujourd’hui, je connais plus de gens au cimetière que dans la ville » . Elle reste bonne vivante et a amené le vin rouge. La seule fois où elle a apprécié les Suisses, c’était pendant la guerre. Ils avaient autorisé les habitants de Saint Julien à se réfugier près de la frontière et leur avaient donné du chocolat . « Ça faisait 6 ans que j’en avais pas mangé », dit-elle.

Ça brasse Sauvage à Saint-Ju

2300 litres par mois. Ça brasse à Saint-Julien. Depuis 1 an exactement. À 45 mètres du poste de douane exactement. La Brasserie Sauvage. Le buzz sans le vouloir. Un bouche à oreille fulgurant. Une clientèle à la fois Saint-Juliennoise et Genevoise. Un succès au delà de leurs espérances.
Romain et Romain se sont rencontrés vers l’âge de 2 ans, à Saint-Julien, ils avaient la même nounou. Des années plus tard, Romain a commencé à brasser, pour lui, par passion, dans le garage de ses parents. Et puis l’autre Romain, après des voyages parfois longs, parfois loin (jusqu’à un an en Australie), a rejoint son copain Romain et ils se sont pris au mot. Ils ont monté leur entreprise à Saint-Julien. Le garage est devenu une brasserie. La brasserie devient bar le vendredi soir. Le vendredi seulement, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire (brasser, fournir des bars et des restaurants de la région), le vendredi seulement parce que du coup, ça devient un vrai rendez-vous, un rendez-vous en famille, entre amis, intergénérationnel et international. Une success story.
On y était vendredi dernier. On y retourne ce vendredi.img_5392-stju-sauvage-1 img_5402-stju-sauvage-2

Culture à l’hôpital

Christine Hominal, chargée des actions culturelles à l’hôpital, a emmené Didier et Marie rencontrer Valérie, pneumologue et Alice, sage-femme à l’hôpital de Saint-Julien pour parler de leur métier, de leur vision de la santé et de la culture à l’hôpital.
L’adage populaire dit que « tant que la santé va, tout va ». Okay, on peut alors se poser plusieurs questions. En tout cas, aujourd’hui en sortant des entrevues, je me suis demandée et, finalement, on ne se le demande pas tous les jours : Qu’est-ce que la santé ?
La définition de la santé en 1978 par l’OMS : « état complet de bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ».
La santé ne concerne donc pas uniquement l’univers médical. Pour penser la santé, il faut certainement appréhender une vision globale, complexe, multidimensionnelle des hommes et des femmes. Il a d’ailleurs été envisagé d’ajouter à la définition de la santé la dimension spirituelle, le sens que l’on donne à la vie.
La culture, les cultures peuvent donc dans ce sens faire partie intégrante de cette définition de santé. Etre en bonne santé relève aussi du bien-être. Le bien-être ne passe pas uniquement par le corps mécanique. Je peux être parfaitement huilée et développer psychiquement des maladies à cause d’un mal-être par un manque d’épanouissement personnel.
On sait aussi que la médecine occidentale, au XIXème à façonner nos corps et nos façons de les appréhender. Les représentations de nos corps oscillent donc entre normes biologiques et normes sociales. Il faut donc absolument le prendre en compte dans le rapport à la santé.
Valérie nous le dit d’ailleurs en disant que la médecine occidentale permet de sauver beaucoup de vie, que notre système de soin est à un excellent niveau mais elle nous dit aussi que tous les problèmes médicaux ou plutôt de santé ne peuvent pas être résolus par l’usage seul de la  médecine occidentale. Tout est histoire de mélange. Aller chercher le bien-être là où on pense le trouver.
Valérie nous dit aussi que le beau, la culture, l’art ne servent peut-être à rien mais sont essentiels à l’être humain.
Retenons cela. Nous savons aussi que la plus belle musique du monde ne soignera pas un cancer mais soulagera la peine.

Percussions corporelles sans modération

Mourad a dansé dans des écoles, sur la promenade, dans des commerces, à la gare, sur un rond-point, dans la salle de boxe, sur le marché. Du coup, ça se sait, ça se voit, et ça se propage dans Saint-Julien. On rencontre, en faisant du porte-à-porte, un jeune homme, danseur contemporain, qui avait repéré Mourad sur la promenade devant la caméra de Bénédicte. On voit, dans le quartier Saint-Georges, un enfant se taper sur le torse, sur les cuisses, percussions corporelles. On voit, à la sortie des classes, un collégien qui lâche son cartable sur le parking du Soli et se met à danser, percussions corporelles, à fond, sans modération. Et tout le monde trouve ça normal.

Ça roule sur les frontières

On frappe aux portes. On propose à celui qui nous ouvre de fabriquer avec nous la séquence des objets : montrer un objet qui est important pour lui, raconter son histoire. Voici parmi les objets qu’on nous a présentés, le skate-metroboard- brushless, son moteur magnétique et sa télécommande à ondes radio. Des pointes de vitesse à 30km/h. Genève est ainsi à 45 minutes, par pistes cyclables et trottoirs. À noter quand même, apparemment, les pistes de cyclables de St-Ju, c’est pas terrible. Le skate-metroboard- brushless, c’est : pas de souci d’assurance, pas de souci d’essence, pas de souci d’embouteillage. La liberté. Le moteur s’auto-recharge au moment des freinages. Et, quoiqu’il arrive, assez d’autonomie pour faire l’aller-retour Saint-Julien – Genève.img_5332-stju-skate

Jacqueline et Jean, nécessité et plaisir d’enseigner

Jacqueline et Jean proposent des cours de français pour adultes, au centre social. Ils se présentent :Jacqueline et Jean, mari et femme. Jacqueline était professeur de philo, Jean, de physiques. Aujourd’hui, c’est l’aide aux devoirs pour des élèves des écoles primaires, des collèges, et les cours de français aux adultes.
C’est déjà la quatrième rentrée pour les cours de français. Souvent ils rencontrent des anciens élèves qui leur donnent des nouvelles. Jacqueline et Jean nous parlent de familles entières parfois : les parents suivaient le cour de français, et Jacqueline et Jean travaillaient avec leurs enfants à l’aide aux devoirs.
Certains de leurs élèves viennent même chez eux pour continuer à apprendre en dehors des temps proposés au centre social. Le virus de l’enseignement, chez Jacqueline et Jean, ça nous frappe, c’est une vie, un engagement, une passion, un plaisir (contagieux).img_5301-stju-jacquelinejean

La pétanque

Dans une ville frontalière, on peut y passer une vie entière, sans jamais avoir le sentiment d’y vivre vraiment. Michel a habité toute sa vie à Saint-Julien. Il a travaillé en Suisse, dans l’horlogerie, ingénieur, contrôle qualité, a voyagé (Hong Kong, Pérou, République Dominicaine, Martinique), il parle notamment de l’humidité de Hong Kong qui est un problème pour l’horlogerie. Mais quand il parle de Saint-Julien, même s’il a toujours vécu ici, qu’il y est toujours revenu, il nous dit ne pas connaître Saint-Julien, ne pas être de Saint-Julien, « de Saint-Julien, moi ? Non ».
Sauf quand il raconte La Pétanque. Là, tout change. Michel joue beaucoup à la pétanque. Et il gagne souvent. Il y a un club énorme à Saint-Julien, au moins deux cents personnes. Il y a des tournois, des concours avec les communes autour. Alors « de Saint-Julien, moi ? Oui, finalement, un peu quand même ».img_5306-stju-michel-horloge

Abracada’Bois

Ce matin, un peu par hasard, nous avons rencontré Bernard de Abracada’bois. Une jolie boutique de bonheur: des jeux, des jouets en bois pour tous les âges, pour tous les moments de la vie.

On rencontre donc Bernard pour lui offrir une danse, puis, on engage la conversation sur les jeux. Marie lui demande quel jeu il préfère. Bernard commence alors à nous raconter qu’il en a inventé un: « Damocles », un jeu de dames qui nous mène à l’échec. Ce jeu a été testé, et approuvé par de nombreuses personnes mais Bernard nous explique qu’il n’a jamais eu le temps de finir son projet. Il a monté sa boutique, il y a quelques années, car il en avait marre de son métier d’avant. Il nous explique que c’est justement le jeu de dames qu’il lui en a donné l’idée. Damocles attendra donc que Bernard ait plus de temps à lui consacrer pour que nous aussi nous puissions un jour être menés des dames à l’échec.
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