Chalmazel-Jeansagnière, veillée d’automne.

Nous arrivons dans le bourg de la station de sport d’hiver, en plein été, sous un très beau soleil et tout est vert. Pour la veillée, c’est à l’automne qu’on reviendra. On nous explique justement que Chalmazel-Jeansagnière est très marquée par la saisonnalité. Les temps forts pour le bourg ? Le printemps, l’été forcément, et, bien sûr, le mois de février pour le ski. L’automne, c’est la saison creuse, « mais, cette saison creuse, il faut la vivre aussi ». Et c’est justement dans cette belle saison creuse (on imagine déjà les couleurs de l’automne sur ces montages), que nous y serons pour rencontrer les gens qui vivent là.
Nous arrivons dans le bourg à 9h et nous sommes nombreux parce qu’en réalité on n’est pas là seulement pour préparer la veillée. À Chalmazel-Jeansagnière, la veillée fera partie d’un grand programme et l’affaire est de taille : « l’étude du centre-bourg » qui précédera des grandes transformations pour la commune. Ce 2 juillet, dans la grande salle de réunion, le maire, des élus et des collègues municipaux, accueillent des urbanistes, des architectes-vidéastes, des architectes-constructeurs, des architectes-enquêteurs (Virage), des gens du parc naturel régional Livradois-Forez, des accompagnateurs de pratiques artistiques (Superstrat), des coordinateurs d’actions culturelles (Loire-Forez) et aussi donc, des veilleurs (HVDZ). Chacun raconte comment il travaille. On imagine la suite. On cherche un langage commun. Assez vite, une date s’impose, le week-end du 6-7 septembre, pendant la fête patronale, pour proposer une réunion publique aux habitants et préparer avec eux nos résidences, les rencontres, les interviews.
Puis, c’est la visite guidée du bourg, l’occasion d’entendre des débuts d’histoires : la rivière qu’on va faire ressortir de terre, les restaurateurs qui déménageraient pour venir près de l’eau, les gens qui habitaient le château avant et ceux qui y habitent aujourd’hui, les gîtes, les écoliers des deux classes de l’élémentaire qui vont dans l’ancien collège puisque c’est leur centre de loisirs et leur cantine, le marché du mercredi, des grumiers qui doivent passer dans des petites rues, les maisons à vendre et celles qui sont à nouveau habitées, la maison où la cheminée fume (même si on est en plein été) puisque que c’est l’heure du repas et que le monsieur qui habite là a une cuisinière au bois.
À très bientôt. D’abord vendredi 6 septembre pour la réunion publique, puis pendant la résidence de la compagnie HVDZ (à partir du 26 septembre) et le vendredi 4 octobre pour les présentations du film-spectacle, dans la grande salle, tout en bas du bourg.

C’est parfait, c’est beau, c’est nickel

Ce matin en arrivant on s’est direct mis au dessin.
Deux fois quatre minutes, dans l’espace, sur le sol, au scotch.

On rentre sur le plateau, dynamiques, avec une intention claire, on choisit un endroit de l’espace, on dessine.
C’est abstrait, au début.
Quatre minutes.
On ressort du plateau.

Pause.

On rentre de nouveau sur le plateau, dynamiques, avec une intention claire, on reprend le dessin.
On le reprend, on le poursuit, on le termine,
On dessine avec du scotch,
On dessine avec nos corps: c’est comme une danse qui trace des formes au sol
On dessine des machines, des trajets, des outils de travail,
On relie les dessins entre eux,
Quatre minutes.
On ressort du plateau.

Fin.

Mon arrivée à Valenciennes

Je suis arrivée le soir. Il était 22h. C’était le 28 février.
Je suis arrivée en train, je venais de Lille. J’avais juste mon téléphone dans la poche.
Pendant le voyage j’ai regardé par la fenêtre. J’ai vu des villes, des pâtures, des gares.
À la gare de Valenciennes, je suis descendue par les escaliers. Je suis remontée dans la gare. J’ai attendu mon beau-frère, il est arrivé et m’a emmené chez ma sœur. Elle s’est mise à pleurer : je l’avais prévenue une heure avant que j’allais arriver.
Aujourd’hui j’y suis toujours.

J’ai prévenu mon éducateur de Lille que je voulais bouger et le vendredi, il m’a présenté Farouk.
Premier contact avec Farouk, ça a été super. Il m’a tout de suite bien aidée. Il m’a trouvé la formation Nickel. Maintenant j’aimerais passer le permis, commencer à travailler, mettre des sous de côté, et ouvrir mon salon de tatouage.

Mon salon de tatouage s’appellera Harley Tatoo, il sera situé à Solesmes.
Y’a trois pièces. La première est en noir et rouge. C’est l’accueil, la salle d’attente. On peut s’y asseoir sur des fauteuils rouges et noir. Il y a un guichet. Au mur il y a des cadres avec des dessins de tatouage. La deuxième pièce c’est pour tatouer. Elle est blanche. Y’a un fauteuil noir au milieu, une table et un tabouret à roulette. Il n’y a pas de fenêtre mais un néon blanc. Il y a un bureau de dessin qui contient le matériel à tatouage. La troisième pièce, c’est pour les piercings. Il y a un fauteuil au milieu, un tabouret à roulette et une petite table à roulette pour poser les outils et un bureau pour le matériel.

Une description

Aujourd’hui, pas de training le matin: la majeure partie du groupe est partie visiter une tôlerie. Chaussures de sécurité, caméras, micros: ils vont enregistrer des images et des sons, même si on commence à avoir pas mal de matière pour le film-spectacle de jeudi pas le prochain mais celui d’après le 22 juin à 20h venez nombreux la salle est grande et ça va être formidable.

Autour de la table, ceux qui sont restés écrivent dans le blog, peaufinent la conduite du spectacle intermédiaire d’après-demain à 15h que le second groupe fera pour le premier groupe et pour l’équipe du Phénix, calent les pas de step avec le texte que diront Teddy et Mélanie, s’entrainent à lire un dialogue entre Corentin et J-P, font du montage son ou du montage image, mangent des barres chocolatées fourrées à la noix de coco sucrée, refusent les barres chocolatées fourrées à la noix de coco sucrée car ils doivent perdre du poids pour leur prochain spectacle.

Dans la chaleur déjà soutenue de cette matinée proche du solstice d’été, l’on prend aussi le temps d’échanger des anecdotes à propos du travail vespéral et des hérissons qui ne craignent rien tant que la ponte des mouches dans leurs piquants.

Quant à Spinoza, par « réel » et par « perfection », il entend la même chose.

Machines sensibles

Toucher, travailler la ferraille, assembler, le laser coupe dans le métal, faut programmer la machine, là tu vois des traces de soudure, tu calcules et mets les côtes dans la machine tu polis le métal « moi j’ai fait une tour Eiffel » –  le laser c’est puissant rouge de chez rouge –  Tiens regarde : une tige coincé par trois métaux. « Si mon métier était un plat cuisiné ce serait une tartiflette avec pleins d’ingrédients parce qu’en usinage on fait pleins d’éléments. Et si c’était une musique ce serait « Dont worry be happy » pour la joie de vivre ».

Écrou, cône, rondelle, joints toriques, unions doubles, équerre égale. En chaudronnerie, la matière est toujours là mais les machines se sont perfectionnées : des ponts, des portiques, la scie ruban « la scie qui peut faire des découpes variées », la découpe à plasma pour les dessins.

Construction mécanique, robotique, commerce numérique, technologie, construction mécanique, métrologie, maintenance pour réparer et améliorer les machines : « Je préfère réparer sur les machines automatiques t’as les mains propres » – « moi j’ai pas peur de ma salir les mains ». Machine à savon avec parfum citron et violette : mise en marche chacun repart avec son savon mais attention il n’a pas été testé c’est donc réservé aux mains. Des carrés, des plus longs – « on ne vise pas la production c’est de la démonstration ».

C’est pareil pour la machine de conditionnement pharmaceutique – Modèle 326-20 – les comprimés sont en plastique faut pas les avaler même si t’as mal aux dents, au cou ou aux pieds. ACTION : convoyeur, vibreur, sole tournante, rentrée vérin, haut de rampe, rentrée vérin bas de rampe, vérin d’arrêt palette, vérin de transfert, descente ventouse, aspiration ventouse, indexage – « pas de danger elle ne mord pas ». Vingt cachets – alimentation du flacon – bouchonnage.

Pour le bobinage il n’y a plus que deux formateurs en France « parce que les gens jettent les moteurs » : assembler les fils de cuivre, les glisser dans les encoches, les coincer dans des petites plaques de métal, voilà tout ça c’est pour les moteurs mécaniques c’est un travail délicat et précis. On suit un plan et 6 bobines peuvent en même temps se bobiner.

Echantillonnage

Avec Déborah et Forbon, nous écoutons les sons enregistrés avec Corentin au marché et à Saint-Amand les eaux : métal, marteau-piqueur et oiseaux, voix dans un café, sifflotement et Hich Hich de Florian, machine faisant fondre les bouteilles, bourdonnement de machine, chuintement de l’étiqueteuse, bruit de soudeuse, transpalette qui sonne comme une sonnerie de manège, ronronnement de moteur avec perroquets, marteau sur du métal comme une goutte d’eau, scie électro, rythme psychédélique sur tuyaux, son de bouche de Florian, fond ronronnant régulier, lame de fer qui tape, plastifieuse comme un barrissement d’éléphant, couinement, étiqueteuse pour les bouteilles de 1,5litres, voix dans le fond comme une visite de pavillon, ponceuse et tôle sur laquelle on frappe, rythme régulier, bruit de fond et subtilités rythmiques qui vont se détacher, que l’on va spliter, que l’on va sampler.
ÉCHANTILLONNAGE ÉCHANTILLONNAGE
ÉCHANTILLONNAGE ÉCHANTILLONNAGE
tchak, tchak

quand il est venu en visite à l’AFPI, Albert Einstein a dit :

« La théorie c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne
La pratique c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi ».

Quand il est venu en visite à l’AFPI, Le Hollandais Volant a dit:
« L’utopie c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne,
L’art c’est quand tout fonctionne et que personne chez HVDZ ne sait pourquoi »