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Toute vie est une musique savante

Deuxième jour de stage du week end calaisien. Nadège P. nous a rejoints ce matin. On a démarré à 9 heures, histoire qu’on puisse voir quelques spectacles des flâneries sonores organisées par le Channel. On a terminé la journée de travail vers 18 heures, on a pu ainsi assister à deux concerts en début de soirée. Demain, on nous fait la grâce de démarrer à 10 heures. On travaille dans le studio des Plantes. La première fois qu’on est venu, on était dans le studio des Lettres. C’est kif-kif. Les flâneries continuent demain, si je ne me trompe, et nous aussi. Jusqu’au prochain week-end. On a mis au point des stratégies dramaturgiques et de jeu, qui créeront le fil rouge de ce qu’on présentera au mois de mai. Toute la matière naît des acteurs, revisitées par Nadège P. qui écrit, réécrit, transforme, réenchante les écritures pour que le spectacle tienne compte des propositions multiples de chacun des protagonistes. Mathilde du Channel a repris sa place et Lydia est partie dans sa famille en Algérie avant de revenir en France pour travailler dans une autre boutique. On a donc vu deux groupes de musique et beaucoup aimé les musiciens dans les bureaux du Channel, assis à même le sol qui composent de la musique savante sous le regard émerveillé des spectateurs-flâneurs.

Plus ça va, plus ça va !

Demain c’est Calais. Un week end de stage avec des passionnés de théâtre de la scène nationale du Channel. On travaille sur l’utopie. Ce lieu qui n’existe pas. Francis Peduzi (directeur du Channel) nous a proposé ce travail en fin de saison dernière. Il était venu nous rencontrer à Loos en Gohelle (aux pieds de nos fameux terrils) avec quelques collègues.

Oh là là, tout se bouscule car dès lundi matin, à la première heure, nous accueillerons Marie S. à sa sortie d’avion, pour une réunion marathon, qui concerne les dossiers qu’on doit remettre dans les prochains jours au ministère de La Culture, en prévision des années à venir. Nous sommes conventionnés avec l’État, la région et le département. Ces conventions sont rediscutées tous les trois ans. Nos emplois, nos actions, nos spectacles dépendent des moyens de financement que veulent bien nous octroyer les différentes institutions publiques culturelles.

Le stage, à Calais, démarre demain en fin d’après-midi pour finir dimanche soir. Rodolphe propose de faire la réunion à mi-chemin, si on peut avoir la salle des fêtes de Guines. Ou au bistrot de l’hôtel de ville. On peut aussi discuter en marchant, histoire d’aérer et de maintenir nos neurones en éveil. Dans le temps, un temps dont on a peine à se souvenir, nous organisions des séminaires d’un ou plusieurs jours à la campagne. Les chemins de randonnée traversent Guines et sillonnent les superbes vallées et collines de la région. Pourquoi ne pas partir quelques jours, tous ensemble, des idées surgiront en marchant, comme des sources d’eau fraîche ?

avec la mer du nord…

On a reçu hier deux étudiantes en licence d’arts du spectacle de l’université d’Arras. On a refait le monde. Elles avaient préparé une longue liste de questions pour la rédaction d’un dossier qu’elles doivent remettre dans le cadre de leurs études. Nous avons parlé longtemps, tentant de répondre au plus juste à ce qui nous était demandé. Au plus vrai. Nous avons beaucoup insisté sur l’idée que l’oeuvre est dans la démarche et qu’il faut faire de chaque vie (la regarder comme) une oeuvre d’art. Expliqué que, par notre travail dans les quartiers populaires, nous nous sommes rendus compte que les créations-initiatives populaires étaient diverses et multiples et qu’à bien des égards, ça vaut bien ce qu’on trouve dans les musées ou tous les centres d’art. La culture légitime est une construction. Tout est une question de regards, de positionnement esthétique et politique. À bien y regarder le plus beau des voyages est le voyage intérieur. À travailler dans le bassin minier depuis si longtemps et au plus près de chacun-e, on a découvert des richesses insoupçonnées et surtout on a appris qu’on ne savait rien sur rien. Tout n’est qu’une question de point de vue, de changement de valeur, de transvaluation et de main tendue (l’art participe du changement du monde. Si on le veut bien). On s’est quitté vers seize heures, tout juste le temps de discuter avec le responsable de la chaîne des terrils de ce que nous avons fait sur le quartier Ouest de Loos en Gohelle avant de rentrer à la maison, s’occuper des Turbulents et du stage de Calais, en fin de semaine.

Est on jamais sûr que l’art, c’est ce qui rend la vie plus belle que l’art ?

On est allé déjeuner chez Cindy, hier midi. Avec Amos et Gilbert. Amos est maître de conférences à l’université d’Arras. On a discuté toute la matinée  du travail de la compagnie et tout particulièrement de « Qui redoute la Parole Acte 3 ? ». Il y a tant à dire à propos de cette extraordinaire expérience avec les ouvriers-ères de la Redoute qui ont connu une entreprise humainement enviable que les nouveaux propriétaires, Pinault-Printemps en tête, ont détruite, prétextant qu’il fallait soumettre l’usine aux rigueurs de la productivité moderne. Et la Redoute a licencié. Des milliers de personnes sacrifiées sur l’autel de la productivité et du progrès. Même si Pinault continuait de s’en mettre plein les poches et multipliaient la constructions de centres d’art contemporain. Ça n’est pas parce qu’on aime l’art, qu’on est humain. Triste réalité. Constat désarmant. Faut-il être angélique pour penser le contraire ! On y regardera à deux fois avant de mettre les pieds dans les expos. Qui finance, qui organise ? Si c’est construit sur le cadavre d’ouvriers tragiquement humiliés, on fera demi-tour. On a parlé de tout cela avec Amos et de la démarche de la compagnie, des Portraits, des Instantanés, des Veillées et de la construction des individus. De Bourdieu en somme, sans le nommer. Et de Marx. On a évoqué Luther, refait nos histoires, comparé nos parcours et dit combien Macron avait eu le courage de dire que la France devait demander pardon à l’Algérie, pour y avoir commis un crime contre l’humanité. Guy a redit combien il aurait voulu quitter la France quand il en avait l’occasion. Qu’il ne s’y était jamais senti le bienvenu ! Quitte à rester en Allemagne quand il y étudiait !

En avant Loos en Gohelle, on embarque pour Cythère !

Et voilà c’est fini ! On a joué deux fois. Ne reste plus qu’à écouter en boucle North de Superpoze, un groupe de musique électronique caennais ! On a eu du monde, surtout à la première représentation. Merci à tous les gens du quartier ouest de Loos en Gohelle, ainsi qu’à la mairie, à Océane, à Christine et El Fouad (pour les repas) d’avoir permis que la Portrait se fasse. Chez nous, à Loos en Gohelle et à Marie S et Anne B d’avoir oeuvré avec tant de détermination pour mettre en place ce travail. Quelle chance on a, de travailler tous les jours avec ces belles gens qui nous permettent d’en rencontrer plein d’autres. Et de nous réjouir de participer à la déconstruction d’une société mal foutue qui fait trop la part belle aux puissants, au détriment de ceux et celles qu’on aime le plus, les autres. Un grand merci à Tous et Toutes. On allait dire, on revient quand vous voulez mais pour dire la vérité, on est là tous les jours (sur la Base 11/19). Passez nous boire, on verra un petit café (ou un grand) !

Loos en Gohelle for ever

Bon, le plan bus s’est transformé en une longue prospection rue Supervielle et rue Paul Vaillant Couturier. Nous devions attendre plus de cinquante minutes avant le passage de l’autobus alors nous sommes allés chez les gens dire des extraits du blog et des poèmes, dont l’invitation au voyage de Charles Baudelaire : Mon enfant, ma soeur/ Songe à la douceur / D’aller ensemble vivre ensemble ! / Aimer à loisir / Aimer et mourir / Au pays qui te ressemble ! / Les soleils mouillés / De ces ciels brouillés / Pour mon esprit ont les charmes / Si mystérieux / De tes traîtres yeux, / Brillant à travers leurs larmes. /… Plein de gens nous ont dit qu’ils viendraient à l’une des représentations du film spectacle du portrait de la cité Ouest de Loos en Gohelle, qui ont lieu demain, à la salle Caullet, à 16h et 20h. Le temps est idéal pour les veilleurs-marcheurs, du soleil et une température un peu fraîche, tout cela nous met en train. Nous courrons d’un trottoir à l’autre, d’une personne à une autre pour faire part de nos textes, de nos impressions et du plaisir d’être sur la cité ouest de Loos. Cet après-midi, nous avons tous rendez-vous à la salle Caullet pour les répétitions du spectacle. Les films sont montés, on a choisi les textes qu’on va lire. Marie L. cherche avec Martine la musique de ses danses. Plus qu’une heure ou deux avant de découvrir concrètement la finitude de ce travail commencé samedi dernier. Christophe est sur place depuis ce matin, il termine d’installer la technique.