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La discrète

La lumière est trop grande pour mon enfance.
Mais qui me donnera la réponse qui n’a jamais servie ?
Un mot qui me protège du vent, une petite vérité où m’asseoir
Et à partir de laquelle me vivre,
Une phrase seulement mienne, que j’embrasse chaque nuit,
Où je me reconnaisse, où je m’existe.

(Alejandra Pizarnik)

Aux femmes sur le fil

Les mots, quelquefois, se font jour difficilement, dans l’angoisse, et quelquefois se bousculent dans la fièvre. Ce qui s’entend dans de nombreux silences, ce qui se lit dans ce qui n’a pas été dit. Isolées par force et par nécessité. Exister par soi-même, cette nécessité d’isolement nous coupe des autres. Les autres sont là, les autres n’ont pas bougé, les autres sont à l’écoute. Nous avons toutes été obligées de nous isoler mais pas abandonnées. Il nous faudra du temps pour nous retrouver, Pour nous retrouver entre nous, Pour recommencer à vivre nos corps, le découvrir, le sentir, le toucher. Peut-être ? mais peut-être nous n’aurons rien oublié parce que cette communauté que nous avons construite lundi après lundi, ne vous a pas lâchées, lundi après lundi. Nous attendons le jour du retour, celui d’être à nouveau ensemble. Nous parlerons sans doute de ce temps suspendu, Ce qu’il a construit en chacune ou parfois l’impression d’avoir détruit. Mais ce temps n’est pas inutile, c’est un long temps, mais pas inutile. Un temps pour être à soi, un temps pour soi. Nous nous retrouverons, riches de cette absence, la danse et les mots nous emporteront, nous porteront.

 

 

Ligne de fuite

« Il faut parfois toute une existence pour parcourir le chemin qui mène de la peur et l’angoisse au consentement à soi-même. À l’adhésion à la vie. » Charles Juliet

 

Volets fendus tirés

Lenteur qui butine, éparse lenteur,

Lenteur qui s’obstine, tiède contre moi.

Etres que nous chérissons, nous vous aimons dans le meilleur 

comme dans l’injustice de vous-mêmes, hasardeusement, tels de

cahotants papillons.

Le rossignol, la nuit, a parfois un chant d’égorgeur. 

Ma douleur s’y reconnaît. 

Le rossignol chante aussi sous une pluie indisciplinable. 

Il ne calligraphie pas l’arrogante histoire des rossignols.

Plus ce qui nous échappe semble hors de portée, 

plus nous devons nous persuader de son sens satisfaisant.

Quand nous cessons de nous gravir, notre passé est cette chose 

immonde ou cristalline qui n’a jamais eu lieu.

Les chiens rongent les angles. Nous aussi.

On ne peut se retirer de la vie des autres et s’y laisser soi.

Les arbres ne se questionnent pas entre eux, mais trop rapprochés, 

ils font le geste de s’éviter. De la chênaie s’élance trois fois l’appel

du coucou, l’oiseau qui ne commerce pas. Pareil au chant votif du météore.

C’est le peu qui est réellement tout. Le peu occupe une place

immense. Il nous accepte indisponibles.

Nous contenons de l’insecte dans les parcelles les plus endurantes 

de nous-mêmes ! Suppléant qui réussit où nous échouons. 

J’étais une tendre enclume qui ne cherchait pas à s’occuper. 

Sur les êtres de l’ailleurs pèsent tous les soupçons. Leurs actions

n’apparaissent pas conséquentes aux murs de l’ici-bas journalier.

Qu’est-ce que nous réfractons ? Les ailes que nous n’avons pas. 

En retenant sa salive, en se taillant un chalumeau dans le tuyau 

d’un froid roseau, on deviendrait dune à écouter la mer.

René Char – Extrait de « La Nuit Talismanique »

 

IL Y A TOUJOURS UN MAINTENANT QUAND IL EST TROP TARD POUR QUELQUE CHOSE

Le 16 janvier 2020 première rencontre avec un groupe de femmes en relation avec l’association 9 de Coeur à Lens et la Cie HVDZ pour une saison de danse, d’écriture, de théâtre.

Le 16 mars 2020 tout est suspendu, confinement …

A nous toutes de gérer, comme on peut.

«  Il n’y a plus rien. Tout est encore là et il n’y a plus rien. Il n’y a plus de rues où se voir, il y a du monde partout et il n’y a personne, il n’y a plus de villages, il y a des agglomérations, il n’y a plus de rues, il y a des autoroutes, les villes s’effacent sur le sol, elles sont en hauteur, emmurent les rues, il n’y a plus d’ouvertures sur la mer, la ville, la forêt, il n’y a plus d’issue pour fuir, toutes les portes se ferment sur la peur, la peur politique, atomique, la peur du pillage, de la violence, des couteaux, de la mort, la peur de la mort décide de la vie … on ne sait plus où aller, où se mettre … alors qu’est-ce que tu peux faire, toi ? » (extrait de « les yeux verts » de Marguerite Duras)

 

 

Nous entrons dans la 6ème semaine

Tous les lundis nous envoyons à chacune un mail signé de toute notre affection

Un mail où s’inscrit une citation à méditer, un enregistrement à écouter, des mots à prolonger

Se dire que rien ne s’arrête

Se téléphoner quand il n’y a pas de mail

Se dire que … Que ça reprendra … Que ça continuera …

Que nous nous retrouverons.

Les mots, dans le désordre, continuerons à noircir le papier

Des mots enregistrés

Des mots dansés.

Danser pour réconcilier le corps et l’esprit

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Shakespeare, quand je considère…

quand je considère que tout ce qui grandit
ne tient sa perfection qu’un bref instant
que sur cette immense scène il n’y a rien
à montrer que la secrète influence des astres
quand je vois les hommes comme les plantes
croître être choyés et détruits par l’unique ciel
fortifiés dans leur sève au sommet décroître
jusqu’à porter leur vie brave dans l’oubli
alors d’imaginer ce vain passage
te montre à moi dans l’éclat de ta jeunesse
le temps dévastateur rivalise avec la ruine
change le jour de ta jeunesse en nuit atroce
je suis en guerre avec le temps pour toi amour
ce qu’il t’arrache je le greffe sur toi encore

Mort aux riches

Sans les poètes qui voient l’invisible (G. Orwell, P.K. Dick), il est difficile de répondre aux questions de la vie. Les poètes appartiennent à la culture de la honte et du tragique. Ils appartiennent à ceux qui sont vraiment divins. Ils appartiennent à ce qu’on appelle les mystificateurs, les menteurs. Tragique, la honte du mortel, c’est qu’on ne sera jamais immortel.

Certains se prennent pour des dieux ou pour Napoléon, ceux qui sont infiniment riches et dominent notre monde ultralibéral. Ceux qui ont cru qu’ avec beaucoup d’argent, ils viendraient à bout de tout. Qui ont placé l’économie en première place des mythologies sacrées de notre monde moderne. En usant des poisons comme de remèdes (Serviers est typiquement celui qui se prend pour un dieu). En délaissant les hommes au profit de l’argent-roi. Peu importe les humbles qui meurent puisqu’ils se croient au dessus de tout ça. Et on se retrouve alors en guerre face à une ennemi invisible et l’hôpital n’en peut plus de manquer de moyens pour faire face à un virus (Némésis) qui nous rappelle brutalement qu’on a donné les moyens aux riches se s’enrichir toujours plus et aux hommes de bonne volonté, l’impossibilité de prendre soin des peuples.

COURTS-CIRCUITS Résidence de création 2020 / 2021

 

 

 

Guy Alloucherie entre en résidence pour une nouvelle création prévue au printemps 2021. Un court-circuit est une émotion qui entre en fusion avec une autre émotion, et tout s’enflamme. C’est l’étincelle qui met le feu !

COURTS-CIRCUITS c’est un banquet philosophique qui traverse les temps …

Sur fond musical,  Guy Alloucherie se raconte, nous livre des anecdotes, nous emmène dans son univers.  Il s’inspire pour cela  de son parcours professionnel, des rencontres autour des Veillées et Portraits et aussi du travail qu’il mène sur l’écologie et la biodiversité avec la chaîne des terrils. Il  commente, philosophe dans la mesure de ses moyens (sans en faire trop).

C’est l’histoire d’une compagnie et autres souvenirs …

Une première résidence de création qui commence demain à Culture Commune à Loos-en-Gohelle jusqu’au 20 mars !

Formation avec Nadège Prugnard & Guy Alloucherie : En-jeu majeur, l’acteur dans l’espace public

En juin 2019, Nadège Prugnard et Guy Alloucherie avaient animé une première formation à Avignon, autour de l’acteur dans l’espace public. L’aventure est reconduite, cette fois-ci à Marseille du 23 mars au 3 avril 2020 !
La Réplique et la FAI-AR s’associent à la Biennale des Écritures du Réel dans cette formation sur les enjeux de l’écriture, du jeu et de la direction d’acteurs dans l’espace public.
Ce stage se propose d’aborder l’acte théâtral par différents angles de réflexion et d’action : le corps, le mouvement, l’espace, la voix et l’improvisation. L’approche du jeu et de la mise en scène se veut résolument décloisonnée, portée par une écriture agitée par les secousses sociales, politiques et existentielles d’aujourd’hui.

L’ambition est d’outiller les artistes désireux d’incarner un texte impactant et engagé dans l’espace public à partir des états de présence et d’adresse de l’acteur. Favorisant un savoir-faire polyvalent, le travail s’appuie sur la rencontre des différentes disciplines des participants dont les propositions de mise en scène seront expérimentées dans l’espace public puis analysées


Du 23 mars au 3 avril 2020 à Marseille
Durée du stage : 
10 jours / 70 heures
Public concerné : comédiens ayant des droits à la formation disponibles auprès de l’AFDAS
Informations & inscription auprès de Joffrey : production@lareplique.org / 04 26 78 12 80
Date limite d’inscription : vendredi 28 février 2020

Plus d’informations sur le site de Réplique ainsi que sur l’évènement Facebook