Blog 09/11

une route abandonnée avec des feuilles plein le paysage

On verra bien comment tout cela se déroule. Quelques jours sur la route et je saisirai un peu mieux ce qu’il en est. Y a une route, tu la prends qu’est ce ça coûte ? Un peu de courage, quoi ! Même s’il pleut et et qu’il fait froid. Je démarre lundi matin. A Tours. Le seul souvenir que j’ai de Tours, c’est d’y avoir passé une semaine. On a joué au Centre dramatique de Tours. Les Sublimes. Ça fait un moment déjà. C’était en janvier 2004 ou 2005. Martin s’y était rompu les ligaments croisés d’un genou. Il est allé se faire soigner au Canada. Et on l’a remplacé par Alex Fray. On a d’abord bossé avec Abdel et Mamoud puis Fred a repris sa place, avec Alex cette fois. Ça a marqué d’une certaine façon le début de la compagnie Un Loup Pour L’homme dont on connaît le succès qui s’en est suivi. Après Tours je traverserai une série de petites villes où je trouverai à chaque fois à manger et à boire. Pour de qui est du gîte, je ferai en fonction des lieux où je passerai mes nuits.

Blog 07/11

Tour de force aux vins naturels

Les éditions Acte Sud ont publié un livre écrit par Sébastien Barrié : Savoir enfin qui nous buvons. C’est une retranscription du spectacle éponyme. Le spectacle commence avec la mort de Ronan Tablantec, héros du précédent spectacle de Sébastien Barrié. Ce spectacle lui collait tant à la peau que beaucoup de gens l’appelaient Ronan. C’est à dire qu’on connaissait mieux son personnage que lui même. Mais comme en même temps les aventures de Ronan Tablantec sont pour partie une auto-fiction, il y avait de quoi s’y perdre. Ronan Tablantec était devenu un pseudonyme et un double encombrant pour son créateur. Savoir enfin qui nous buvons, le second solo est aussi en grande partie une histoire vraie : celle de la rencontre de S.Barrié avec des vignerons qui fabrique du vin naturel qui vous laisse indemne, fin saoul si vous en buvez beaucoup mais, après quelques heures de sommeil, vous êtes sur pied sans aucune séquelle douloureuse de la cuite de la veille. Ça vous laisse dans un état de douce euphorie pendant quelques heures juqu’à ce que l’heure de boire de ces vins naturels se fassent sentir à nouveau. Tout le livre est un merveilleux hommage à ces vignerons formidables et leur équipe. C’est aussi l’histoire racontée par l’auteur de la construction du spectacle et des répétitions. A en croire ce qui est raconté, il n’y a jamais eu de répétitions. Beaucoup de cogitations d’angoisses, de nuits sans sommeil, de nuit d’ivresse, des journées de répétitions passées à jouer de la guitare électrique. Des longues discussions avec les vignerons et les techniciens du Channel, le théâtre de Calais qui est comme sa deuxième maison. Et un jour ça a été la Première comme c’était prévu au programme. Il était prévu une heure et demi de spectacle et ça a duré quatre heures sans que personne ne se rende compte de rien. C’est rudement risqué et follement poétique. Travail/Plaisir.

Blog 06/11

Kafka à Cayenne

C’est le gros bordel dans la tête. Comme souvent. Il faut trouver des ouvertures. Des échappatoires.

Si t’étais encore à l’école primaire, ton instituteur-tortionnaire t’aurais remis dans le droit chemin et plus vite que ça. Tu te souviens de cet instituteur ? – C’était Cayenne. D’ailleurs c’était le surnom qu’on donnait à la cité que tu habitais. Cayenne, tu te souviens ? Au début, tu n’y faisais pas attention. Parce que tu t’en moquais. Tu ne savais pas ce que ça représentait. C’est bien après que tu as lu dans le regard des autres qu’on disait Cayenne parce que cette cité faisait peur. Après tu portes ça comme un boulet (c’est la cas de le dire). Même si maintenant t’es loin de tout ça, ça t’aide tout de même à mieux comprendre ce qui t’as construit. Cet instituteur abruti et démoniaque nous menait à la schlag. C’était une horreur, ce grand échalas dans sa blouse  grise. Il te demandait de venir au tableau dire ta récitation et il t’interrompait en disant aux autres que tu ne saurais pas reprendre. Et c’est ce qui t’arrivait. Tu restais planté sur l’estrade, piteux, honteux. Il te laissait comme ça jusqu’à ce que tu pleures. Il te renvoyait à ta place d’un grand coup de pied dans les fesses. Pourtant dans Cayenne, il était adulé comme un faiseur de réussites, un faiseur de miracles. Il savait, mieux que quiconque (disaient les gens de Cayenne), (ré)éduquer les petits et violents bons à rien que nous étions. C’est le syndrome de Stockholm. On aimait nos geôliers. On vivait à Cayenne comme des gens exclus, des rebuts de la société capitaliste. Tu comprenais bien les coups  que tu prenais puisque tu ne méritais rien d’autre. Et surtout pas d’avoir un si bon instituteur qui perdait son temps avec toi. Alors, si possible il faisait tout pour te transformer en ce tu étais vraiment pour lui : une blatte. Et pour ça, quand il a quitté Cayenne, tes parents t’ont envoyé lui porter un cadeau. Un service en verre bleuté pour prendre le café. Une offrande.

Blog 03/11

« On ne dépasse pas ses limites, on les découvre »

Blog 03/11

Cours ton risque…

Dans quelques mois auront lieu les élections municipales. Dans le bassin minier du Pas de Calais, ça va être compliqué. Mais faut rien lâcher, faut barrer la route à l’extrême droite. Même si ça commence à suffire d’aller voter par défaut. Cela dit, on est cerné sur tout le territoire, l’ennemi est à l’affut comme les chasseurs  battent  la campagne, quelques jours après l’ouverture. Ils sont partout. Pas uniquement dans Valeurs Actuelles. La propagande xénophobe s’est insinuée dans les têtes. C’est l’esprit rampant qui l’emporte.

L’autre jour, j’étais à une réunion de famille et mon cousin me dit, on n’est plus chez nous, on vit la peur au ventre. Il y a un camp de migrants qui s’est installé à dix kilomètres de chez nous. Alors je dis à mon cousin, les migrants n’ont aucune envie de rester à Equedecques (le village de mon cousin). C’est en Angleterre qu’ils veulent aller. Ce sont des gens qui manquent de tout, vous devriez aller les rencontrer et leur prêter main forte. Vous êtes à la retraite, aidez les assos à les nourrir et aidez les à remplir leurs papiers pour qu’ils puissent rester en France, s’ils le veulent. Ces gens ont connu les pires souffrances, c’est pour ça qu’il sont là. C’est pour ça qu’il faut les aider. Nos parents se sont battus comme des enragés engagés toute leur vie. Ils étaient mineurs de fond et communistes. Ils se battaient pour eux et leurs camarades, d’où qu’ils viennent. Aller vers les autres, ça ouvre l’esprit. Tu vas quand même pas voter pour le Front National alors que ton père était communiste et qu’il est mort parce que la mine l’a tué, parce que le capitalisme l’a tué.  Ces réfugiés sont aussi des victimes du système capitaliste.