Blog 02/12

« Plus jamais ça! » – 25 novembre 2019 à Douai

 

 

 

« Parler de ça parler de quoi!
Non! Mais qu’est-ce que vous croyez
que je vais m’offrir comme ça à la face du monde
non merci!
La peur est là à chaque pas
à chaque craquement de vie
oui j’ai peur
Il faut en déployer de l’énergie pour se battre contre ses démons
… allez respire, tranquille
T’as pas tout dit.
«… je n’ai plus rien de certitude qu’un cri
j’ai un rat dans l’estomac
j’ai la trachée qui brûle
le coeur qui se détache »

 

 

 

 

Ces mots, ces phrases, ces monologues ont résonné dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Douai le 25 novembre 2019.

Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

Et puis quoi encore!
4 ans plus tard sur le même plateau –  « Plus jamais ça!» le spectacle.

Christèle Marguerite Corinne Valérie Georgine depuis 2015 n’ont rien lâché, atelier après atelier, du besoin de parler de ce qu’elles ont subi, elles, femmes victimes de violences conjugales.

Elles reviennent de loin et elles sont debout là à projeter leurs textes et à danser même si les corps font mal, encore.

Fraternité, solidarité et nécessité absolue de dire, de témoigner pour se RE-CONSTRUIRE.

C’est avec Madame Bonnafé que se déroule la deuxième partie de la soirée. Psychologue, Brigitte Bonnafé, tous les jours depuis des années, écoute, accompagne les femmes victimes de violences conjugales et les enfants. Elle nous explique le processus de l’emprise, la répercussion sur les enfants, les solutions possibles, les points obscurs, l’impuissance parfois mais toujours l’espoir. L’espoir porté par l’écoute, la prise en charge des associations dont – Brisons le silence – , crée par le groupe de «plus jamais ça».
A 23h les échanges avec le public prennent fin, les lumières du plateau s’éteignent, le grand lustre de la salle s’allume, la salle se vide progressivement sans oublier les derniers «merci», les bribes de témoignages, les on se dit que nous devons toutes et tous continuer à nous battre, à écouter, à prendre ce temps là.

Blog 09/11

une route abandonnée avec des feuilles plein le paysage

On verra bien comment tout cela se déroule. Quelques jours sur la route et je saisirai un peu mieux ce qu’il en est. Y a une route, tu la prends qu’est ce ça coûte ? Un peu de courage, quoi ! Même s’il pleut et et qu’il fait froid. Je démarre lundi matin. A Tours. Le seul souvenir que j’ai de Tours, c’est d’y avoir passé une semaine. On a joué au Centre dramatique de Tours. Les Sublimes. Ça fait un moment déjà. C’était en janvier 2004 ou 2005. Martin s’y était rompu les ligaments croisés d’un genou. Il est allé se faire soigner au Canada. Et on l’a remplacé par Alex Fray. On a d’abord bossé avec Abdel et Mamoud puis Fred a repris sa place, avec Alex cette fois. Ça a marqué d’une certaine façon le début de la compagnie Un Loup Pour L’homme dont on connaît le succès qui s’en est suivi. Après Tours je traverserai une série de petites villes où je trouverai à chaque fois à manger et à boire. Pour de qui est du gîte, je ferai en fonction des lieux où je passerai mes nuits.

Blog 07/11

Tour de force aux vins naturels

Les éditions Acte Sud ont publié un livre écrit par Sébastien Barrié : Savoir enfin qui nous buvons. C’est une retranscription du spectacle éponyme. Le spectacle commence avec la mort de Ronan Tablantec, héros du précédent spectacle de Sébastien Barrié. Ce spectacle lui collait tant à la peau que beaucoup de gens l’appelaient Ronan. C’est à dire qu’on connaissait mieux son personnage que lui même. Mais comme en même temps les aventures de Ronan Tablantec sont pour partie une auto-fiction, il y avait de quoi s’y perdre. Ronan Tablantec était devenu un pseudonyme et un double encombrant pour son créateur. Savoir enfin qui nous buvons, le second solo est aussi en grande partie une histoire vraie : celle de la rencontre de S.Barrié avec des vignerons qui fabrique du vin naturel qui vous laisse indemne, fin saoul si vous en buvez beaucoup mais, après quelques heures de sommeil, vous êtes sur pied sans aucune séquelle douloureuse de la cuite de la veille. Ça vous laisse dans un état de douce euphorie pendant quelques heures juqu’à ce que l’heure de boire de ces vins naturels se fassent sentir à nouveau. Tout le livre est un merveilleux hommage à ces vignerons formidables et leur équipe. C’est aussi l’histoire racontée par l’auteur de la construction du spectacle et des répétitions. A en croire ce qui est raconté, il n’y a jamais eu de répétitions. Beaucoup de cogitations d’angoisses, de nuits sans sommeil, de nuit d’ivresse, des journées de répétitions passées à jouer de la guitare électrique. Des longues discussions avec les vignerons et les techniciens du Channel, le théâtre de Calais qui est comme sa deuxième maison. Et un jour ça a été la Première comme c’était prévu au programme. Il était prévu une heure et demi de spectacle et ça a duré quatre heures sans que personne ne se rende compte de rien. C’est rudement risqué et follement poétique. Travail/Plaisir.

Blog 06/11

Kafka à Cayenne

C’est le gros bordel dans la tête. Comme souvent. Il faut trouver des ouvertures. Des échappatoires.

Si t’étais encore à l’école primaire, ton instituteur-tortionnaire t’aurais remis dans le droit chemin et plus vite que ça. Tu te souviens de cet instituteur ? – C’était Cayenne. D’ailleurs c’était le surnom qu’on donnait à la cité que tu habitais. Cayenne, tu te souviens ? Au début, tu n’y faisais pas attention. Parce que tu t’en moquais. Tu ne savais pas ce que ça représentait. C’est bien après que tu as lu dans le regard des autres qu’on disait Cayenne parce que cette cité faisait peur. Après tu portes ça comme un boulet (c’est la cas de le dire). Même si maintenant t’es loin de tout ça, ça t’aide tout de même à mieux comprendre ce qui t’as construit. Cet instituteur abruti et démoniaque nous menait à la schlag. C’était une horreur, ce grand échalas dans sa blouse  grise. Il te demandait de venir au tableau dire ta récitation et il t’interrompait en disant aux autres que tu ne saurais pas reprendre. Et c’est ce qui t’arrivait. Tu restais planté sur l’estrade, piteux, honteux. Il te laissait comme ça jusqu’à ce que tu pleures. Il te renvoyait à ta place d’un grand coup de pied dans les fesses. Pourtant dans Cayenne, il était adulé comme un faiseur de réussites, un faiseur de miracles. Il savait, mieux que quiconque (disaient les gens de Cayenne), (ré)éduquer les petits et violents bons à rien que nous étions. C’est le syndrome de Stockholm. On aimait nos geôliers. On vivait à Cayenne comme des gens exclus, des rebuts de la société capitaliste. Tu comprenais bien les coups  que tu prenais puisque tu ne méritais rien d’autre. Et surtout pas d’avoir un si bon instituteur qui perdait son temps avec toi. Alors, si possible il faisait tout pour te transformer en ce tu étais vraiment pour lui : une blatte. Et pour ça, quand il a quitté Cayenne, tes parents t’ont envoyé lui porter un cadeau. Un service en verre bleuté pour prendre le café. Une offrande.

Blog 03/11

« On ne dépasse pas ses limites, on les découvre »