Blog 17/10

Ça n’a pas de fin à la fin

Je ne me pardonnerai pas plus d’être moi que je ne vous pardonnerai d’être vous
Je vous enviais vos dons, votre argent, vos familles : les railleries dont vous accabliez vos parents n’étaient qu’une élégance de plus, un signe de plus, un signe de votre bourgeoisie, comme les costumes que vous vous faisiez faire à Anvers, chez un tailleur flamand. La musique, la peinture dont vous parliez, il me semblait que  c’étaient des moyens subtils de m’exclure : tu le sais, le monde de la musique m’est complètement fermé ; je pourrais être sourd. Chaque fois que vous citiez « Le Prado¨, j’étais sûr que c’était pour me faire sentir que j’ignorais les voyages, Florence, Rome, Madrid.
Ce qu’il y a de plus intolérable, c’était de vous croire heureux, car je ne doutais pas de votre bonheur. Je vous en aurais pourtant voulu de gémir sur vous-mêmes, la souffrance n’était en vous qu’une attitude, et comme un talent, un luxe de plus. Le suicide même d’ Edouard dont j’ai entendu parler il y a quelques jours, m’a paru le dernier défi qui pouvait venir de vous, le dernier acte inimitable qui viendrez de vous.

Blog 16/10

Y a une route,tu la prends,qu’est ce que ça coûte?

Qu’est qu’on mettra encore en route d’ici les deux prochaines d’années ? On connaît le temps qu’il faut entre le temps de mise route d’un projet et sa réalisation. Surtout s’il s’agit d’un spectacle plus « classique » que les Veillées, Portraits et Instantanés pour lesquels on peut, au sein même d’une saison trouver la production, faire la dramaturgie des contacts, mettre en place la logistique et fabriquer le film-spectacle.

On pourrait adapter ce qu’on a fait à Bruxelles avec l’Esac (école supérieure des arts du cirque) et une école de cirque social du Bassin minier du bassin minier comme Circonflex dans le quartier de Cureghem à Bxls. On peut faire ça das le B.M ou ailleurs. (On va le proposer à Ales) Is n’ it

Ou une longue marche que les un-e-s et les autres rejoindraient à leur guise. On s’arrêterait dans les gîtes d’étapes et on donnerait des spectacles d’avant garde populaires, d’images filmées et de textes écrits tout au long de nos rencontres d’un point à un autre. Comme des compagnons du tour de France  ( avec les territoires d’Outre-mer ). Tu rigoles mais on est des capables (comme disent les québecois) pour ce qui est du rapport avec les gens et de les réunir  tous dans un même film-spectacle. Pour ce qui est d’être positif et de mettre les gens en valeur. Y a une route, tu la prends, qu’est ce que ça coûte ? Et on serait top, en ce qui concerne notre bilan carbone.

Blog 15/10

Rendez nous Mains d’Oeuvres

Quand on pense au travail qu’on a fait à Chalmazel-Jeansagnières et l’enthousiasme des publics, des artistes et des institutions à mener ensemble un projet de collecte de récits et d’images d’une beauté vertigineuse, on se demande pourquoi à St Ouen, dans ce qu’on appelle maintenant un Tiers Lieux, la préfecture et le maire ont décidé de jeter tout le monde dehors ( 25 salarié-e-s à temps plein et des centaines d’intermittents sont à la rue ) et de poser des scellés pour que le lieu cesse toutes activités, du jour au lendemain. Scandaleux. Mains d’Oeuvres est une fabrique mythique qui voit passer depuis des dizaines d’années plein d’artistes plus inventifs les uns que les autres et qui bossent avec les habitants des quartiers environnants. Une mixité sociale exemplaire à faire pâlir de jalousie tous les maires (bienveillants) du monde. Mains d’ Oeuvres a toujours soutenu l’émergence, la politique au sens joli du terme (le bien être commun) par la créativité et la culture. Fermer Mains d’Oeuvres pour d’obscures raisons électoralistes, c’est avoir un petit vélo dans la tête. S’il n’y avait pas eu Mains d’Oeuvres, fabrique fondée par Fazette Bordage, puis Culture Commune, Michel Dufour, La Belle de Mai à Marseille, Jean Bosco à Nevers, la Friche de Mantes la Jolie, Eric à Bordeaux dans une ancienne fabrique de chaussures, le Bruit du Frigo et Gabi… jamais on n’aurait eu l’idée de faire des Portraits de quartiers, de villages et d’intervenir dans les prisons, les Epsm, les collèges, les lycées techniques, ici et ailleurs. Jamais on ne serait allé à la rencontre des gens pour partager, mieux nous connaître et penser ensemble un autre univers. Monsieur le Maire de St Ouen, Monsieur le Préfet de Seine -St-Denis, j’en suis sûr, vous allez rétablir la barre et retrouver le droit chemin.

Blog 09/10

Revenir à Chalmazel-Jeansagnière

Toujours difficile de quitter une veillée, un portrait. Et cette fois-ci encore.
Et voilà qu’Amélie, de Supertrat, nous envoie des photos. Des veilleurs, avec des caméras, devant des chalmazellois – pour une histoire, une citation, une conversation filmée, un ‘pas-de-porte’. Et hop, on monte tout de suite de la plaine (ou même de plus loin, du nord de la France) à la montagne de Chalmazel-Jeansagnière.
Le temps passe très vite pendant le portrait. Et après, ça reste très longtemps dans la tête. Peut-être parce qu’on vit, le temps de la fabrication du film-spectacle, dans un autre monde. Peut-être parce qu’on a croisé beaucoup de gens et qu’on emporte leurs histoires avec nous. Peut-être aussi à cause l’émotion partagée lors des représentations, et lors les discussions d’après spectacles. Et peut-être aussi parce qu’on s’aperçoit un peu plus chaque minute qu’il y a des choses qu’on a pas eu le temps de voir, des gens qu’on n’a pas eu le temps de rencontrer, des gens qu’on a rencontrés trop tard pour qu’ils soient dans le film-spectacle.
Et voilà qu’on a envie de remonter le temps, de rallonger notre temps de présence sur place, d’ajouter, d’ajouter des interviews, d’oublier qu’on ne peut pas faire un film de 3 ou 4 heures. Revenir pour rencontrer des gens qui travaillent des scieries, pour aller dans d’autres fermes, pour avoir le temps qu’il faut convaincre pour Marie-Louise d’être filmée, ou bien venir dans son café et l’écouter avec un carnet pour tout noter pendant des heures, revenir pour avoir le temps de convaincre les bucherons de raconter ce qu’ils nous ont raconté devant la caméra, pour avoir le temps de filmer les charpentiers aussi, et les infirmiers, qui sont dans le bourg certains matins juste à côté de la boulangerie (là où on a pu manger la fameuse tarte à la myrtille, et aussi le chausson). Et revenir en hiver aussi pour comprendre ce qu’on nous a raconté de la vie dans les hameaux loin du bourg, quand il y a de la neige partout.
Revenir à Chlamazel-Jeansagnière.