Blog 21/06

vivement les vacances !

Le travail s’accumule. Tous les jours on nous propose une nouvelle mission. Toujours difficile de refuser. On répartit le travail en groupes pour pouvoir tout prendre en charge. Ça demande une organisation du tonnerre. Marie est à la tâche tous les jours pour ne rien laisser passer, ne rien oublier. Bientôt Zelda viendra nous prêter main morte. Et c’est bien. Sinon, on ne s’en sortira pas. On fait des réunions d’équipes très régulièrement. Et tout le monde venant de Lille, on a décidé que la prochaine aura lieu à Lille.  On a tous des idées différentes. Alors on se dit qu’il faut prévoir d’autres réunions. Et la technique, c’est aussi un sacré morceau mais Marie et Christophe sont en ce domaine de vrai.e.s magiciens.

Blog 20/06

danser dans des chaînes

VINCENT MACAIGNE N’A PAS JOUÉ AU THÉÂTRE DE LA COLLINE

Par les Les Intermittent.es du chaos

paru dans lundimatin#150, le 18 juin 2018

Après leur intervention à l’Odéon le 7 mai dernier, les Intermittent.es du désordre, rebaptisés, le temps d’un spectacle, Intermittent.es du chaos, ont frappé à nouveau le mardi 12 juin lors de la représentation de Je suis un pays, le nouveau spectacle de Vincent Macaigne joué au théâtre de la Colline.

Nous relayons ici leur nouveau communiqué qui insiste sur l’hypocrisie de celui qui appelle à « mordre le système » et « être libre » tout en refusant absolument de se prêter au jeu de l’interruption de son spectacle.

« C’est l’énergie de la jeunesse qui vient buter sur le monde actuel. »
(Présentation du spectacle Je suis un pays.)

Mardi 12 juin, les Intermittent.es du Désordre se sont fondus à la masse des spectateurs du Théâtre de la Colline pour questionner la sincérité de la démarche participative et subversive de Vincent Macaigne, metteur en scène du spectacle Je suis un pays/Voilà ce que jamais je ne te dirai.

Pour préparer notre pièce, nous nous étions plongé dans l’univers du metteur en scène. Dans ses présentations de spectacle, dans leurs propos, dans les interviews donnés par le plus punk des metteurs en scène, nous nous étions reconnus. Nous y avons lu un appel. Nous avons voulu y répondre.

« Si je bouscule le public, c’est qu’il a été pendant trop d’années discipliné, sage à l’extrême, bien à sa place. Au final, au regard de l’histoire du théâtre, ce que je propose est tout à fait archaïque. »
(Vincent Macaigne au magazine Poly le 11.02.2018)

Les Intermittents du Désordre avaient annoncé leur venue, un peu comme une blague. La Colline et Vincent Macaigne les ont pris au sérieux. Par mail, ils nous ont invités à discuter en amont de la date annoncée du 14 juin pour trouver le meilleur moment pour réaliser l’intervention.

Réel intérêt pour la démarche ? Désir de récupération ? D’encadrement ? Peur ? Excitation ? Nous ne savions pas ce qui motivait cette prise de contact. Nous avions en tout cas réussi à créer un espace potentiel de dialogue.

« Mordre le système.
Tout demander, et tout vouloir.
Décliner quand on nous offre un bout de viande.
Mais vouloir la vache en entier.
Le monde est grand. Être libre.
Réfléchir à voix haute.
Ne pas tourner sa langue sept fois avant de parler et regretter après avoir parlé.
Y croire. »
(Sms de Vincent Macaigne au Cahiers du Cinéma le 04.03.2016)

Suivants les préceptes énoncés par le metteur en scène, nous ne voulions pas rencontrer Vincent Macaigne avant le spectacle ni réfléchir avec lui à la forme de notre intervention. Accepter le bout de viande et ne pas vouloir la vache en entier aurait été un non sens. Organiser le désordre c’eût été le faire entrer dans le rang et de façon hypocrite, sous la bénédiction d’un pouvoir, c’est-à-dire déguiser l’ordre, l’accepter.

« Car donner la parole c’est l’avoir d’abord confisquée. (…)
Puisque les éditos des théâtres nous y invitent sans cesse, nous prenons la parole. Mais nous entrons dans le débat public avec nos conditions, c’est-à-dire à notre heure, avec nos textes, nos mots, avec notre travail de concertation, de réflexion, de répétition. Pour n’être plus pris de cours, nous faisons irruption. »
(Communiqué des Intermittent.es du Désordre 25.05.2018)

Nous avons donc préparé la venue d’un groupe de spectateurs actifs pour le 12 juin, soit deux jours avant la date annoncée et attendue par Vincent Macaigne. Nous avons pris au mot ses appels à l’indiscipline, et au désordre, répétés en boucle, comme une dédicace, dans les vidéos de son spectacle Voilà ce que jamais je ne te dirai.

Constatant qu’il incite les spectateurs à investir le plateau, à improviser, à danser, nous avions écrit une chorégraphie pour spectateurs que nous danserions au moment où il les faisait monter sur le plateau, emmitouflés dans des tuniques de protection blanches, une lampe frontale sur la tête.

Nous voulions faire écho à la violence de la vision du monde proposée dans le spectacle par une démonstration de douceur. Nos spectateurs du désordre nettoieraient la scène jonchée de débris, de sang et de boue, en référence aux nettoyages des camps d’exilés de Paris. La chorégraphie accompagnée de la lecture d’un conte original avait comme titre « Vincent range ta chambre. »

Mais le soir de notre intervention et à l’opposé des velléités participatives du spectacle, dansant et explorant la scène, nos spectateurs en action se sont fait pousser dans le bas du dos. Des comédiens répartis parmi les spectateurs leur ont demandé de s’asseoir à l’oreille « Ça suffit, il faut s’asseoir maintenant. Asseyez-vous ».

« Le public est un acteur, un être vivant. En Suisse, il est plus participatif. À Paris, on verra. C’est une entité qui change tous les soirs. Et je demande aux acteurs de jouer avec cette liberté qu’on donne au public. »
(Vincent Macaigne au journal Le Point le 19.11.2017)

Ce soir-là, alors que le groupe de spectateurs investit le plateau dans une chorégraphie travaillée, l’un d’entre eux, monté en régie le sourire aux lèvres, tend la main au plus punk des metteurs en scène. « Coucou Vincent, tu voulais nous voir avant jeudi, nous voilà ». Tout cela est d’abord une blague mais Macaigne n’est apparemment pas sensible à notre humour.

En fait, il est terrifié « ah, c’est vous… attendez, non, pas maintenant, euh, on va arrêter le spectacle, attendez, attendez, s’il vous plait, on va allumer la salle » On lui demande de ne rien faire et de simplement nous prêter son micro mais il rallume les lumières, désamorce le malentendu en introduisant les Intermittent.es du désordre comme « une pause, avant que le spectacle ne reprenne. ». Il nous interdit également d’utiliser son micro.

Sur le plateau, ses acteurs, sensés jouer avec la liberté donnée au public, disparaissent. Ne restent que les yeux tétanisés de celui qui s’accroche à son micro du haut de sa régie, comme un enfant qui ne voudrait pas prêter son jouet. Quelques minutes après que le public ait ri et applaudi l’image tordante d’un CRS déversant des litres de sang sur le corps d’une victime, nous découvrons ce même public pétrifié sur son fauteuil devant le spectacle épuré de quelques spectateurs.

Des grands discours, des grandes phrases ne restent que Vincent Macaigne pris à son propre jeu, descendant sur le plateau à la fin de notre intervention pour nous fustiger d’avoir refusé de préparer le moment avec lui et se lançant dans une grande défense du théâtre public.

« On ne fait pas du théâtre pour gagner de l’argent » clame-t-il héroïquement. « Non, pour le dépenser. » répond l’une des nôtres en sortant. « J’ai proposé aux Intermittents du chaos (sic) de se rencontrer pour organiser leur prise de parole, ils n’ont pas répondu à mon invitation ».

Macaigne voulait donc réellement encadrer une intervention spontanée… Drôle de conception du désordre qu’il associe dans un lapsus lourd de sens au chaos. Le désordre dont il se revendique lui fait-il peur ? Il ne crée pas un espace d’imprévu, il lui en donne seulement l’apparence. Car sinon pourquoi interrompre le spectacle, pourquoi faire disparaître les comédiens, pourquoi rallumer les lumières, s’expliquer, dire « à tel moment ce n’est plus mon spectacle » ? Pourquoi vouloir préparer, vouloir interrompre, vouloir encadrer ?

« Elles virent une salle moite, et des mains qui se claquent les unes contre les autres,
Les unes pour les autres,
L’étroitesse des fauteuils,
L’étroitesse des rangées pour accéder aux fauteuils
Et l’étiquette des prix sur le velours.
Elles virent qu’elles se ressemblaient toutes
Et que parlant de ce qu’elles étaient au monde
Elles en oubliaient le monde. »
(Extrait du spectacle Vincent range ta chambre, 12.06.2018)

La salle applaudit les explications du metteur en scène comme elle a applaudi, deux minutes plus tôt l’intervention des Intermittent.es du désordre. Même geste mécanique, même indifférence, applaudissant un geste puis le geste contraire sans se formaliser. À force de tout mettre sur une même échelle de valeur, à force de brouiller les pistes, à force de cynisme, le spectacle obscène et décadent d’un artiste bourgeois mégalomane s’adressant à une bourgeoisie anesthésiée réussit sa visée cathartique.

On a hurlé le mot révolte pendant 4 heures jusqu’à le vider de toute sa substance. Le spectacle est terminé.

Nous sortons décontenancés de cette salle où tant de bruit cache tant de vide. Plus tard dans la soirée, nous recevons un texto du punk au cœur tendre : « Il fallait se parler plutôt, je trouve ça immensément triste autant d’incompréhension. »

C’est vrai, c’est triste. Car Vincent Macaigne croit sûrement à la sincérité de sa démarche. Il ne se rend peut-être pas compte que son cynisme est le plus grand instrument du pouvoir en place et de l’ordre qu’il croit combattre.

En ridiculisant l’indignation, en brouillant les cartes, en tenant un discours à l’opposé de ses actes, en satisfaisant le temps d’un soir la libido insurrectionnelle des spectateurs bourgeois, en construisant la déconstruction, en l’enfermant dans un cadre, en célébrant les vices, les égoïsmes, en rendant la révolte cool, tendance, en proposant un faux questionnement, en baignant tout cela dans des fûts de bière gratuites offertes par une institution publique à des privilégiés, et en faisant de ces gestes des engagements, Macaigne rend le monde incompréhensible.

« Je trouve ça immensément triste autant d’incompréhension », ces mots nous trottent dans la tête…

Les Intermittent.es du chaos

Blog 19/06

comme un lundi sous les nuages

La réunion est terminée. C’étaient une longue réunion. Chacun.e a son idée sur le mieux vivre ensemble avec des adolescents. C’est pour le projet « Close to me » qu’on réalise avec le Grand Bleu de Lille, la saison prochaine. On a fini vers treize heures et chacun.e est retournée à ses activités du jour. Guy devait aller à Paris pour la remise du prix du théâtre de rue à Nadège P. mais les trains l’ ont contraint à renoncer. Il aurait suffi qu’il y fonce en bagnole mais c’était un peu trop juste étant donnée sa conduite lente et fatiguée. A quand la voiture sans permis ? Aujourd’hui Euralens à midi et présentation de « Close to me » au Grand Bleu. Bises à tous et toutes.

Blog 18/06

Des cormorans sur le canal d’Aire

On fait des réunions pour préparer les actions de la saison prochaine. Ça turbine. Aujourd’hui à 10 heures on fait un point tandis que d’autres points seront organisés dans les jours et les semaines à venir avant le grand saut estival et ses festivals, Avignon et Avignon, Aurillac, Châlons, Furies (c’est déjà maintenant) et Steenworde en septembre avec l’Epopée. Du grain à moudre par dessus la tête. Faut pas tarder pour arriver à l’heure. La réunion a lieu à Loos en Gohelle, sur la base du 11/19. Et sans oublier les Turbulents qui reprennent en juillet et à la rentrée (création en septembre).

Blog 16/06

Il reste des places au stage de Firminy, animé par Hvdz.

Samedi 16 juin 2018. Retour de Firminy. Après un bref aller-retour pour préparer notre action-formation de Veilleur.e.s qui aura lieu dès le début de saison 2018/2019. On a passé la journée de jeudi à discuter et à arpenter la ville pour se faire une idée de la géographie de la cité. On a été très bien accueilli.e.s par les gens de la ville. Et par les responsables de l’association Superstrat qui organise des résidences d’artistes et des formations tout au long de l’année. Superstrat était installé à Pontempeyrat, haut lieu de recherches et de stages de spectacles vivants. Aujourd’hui Superstrat n’a plus de locaux attitrés et essaime dans toute la région, Auvergne et Rhônes Alpes. A Firminy, il y avait des mines de charbon et des terrils, qu’on appelle là-bas des crassiers. Cette ville se trouve à quelques encâblures de Saint Étienne et souffre aujourd’hui beaucoup du chômage et de précarité sociale. C’est la ville de l’architecte Le Corbusier qui lui a donné une réputation mondiale. La ville est architecturalement et urbanistiquement belle, avec des grands espaces verts à l’intérieur des ensembles d’habitations et sur tout le pourtour qui est vallonné et couverts d’immenses forêts. On ne distingues plus les crassiers qui sont aujourd’hui recouverts par la végétation. Des chênes, probablement.