Blog 06/12

Retour vers le futur…

Vous attendez tou-t-e-s la suite des péripéties de Lucien à L’île de la Réunion mais ce dernier est dans le train pour rejoindre les Hauts-de-France. Il écrira la suite dans un décor plus froid et plus gris, un peu de patience…

Concernant le reste de la compagnie, elle oeuvre en ce mois de décembre au pied des terrils. L’heure est au travail de bureau et de réflexion: sur la saison prochaine et la création des projets participatifs, sur la prochaine création NO BORDER, sur la diffusion des spectacles et sur la rédaction des dossiers de demande de subvention.

Des fois, on se dit que tout cela est compliqué, mais on reçoit des messages qui nous boostent à nouveau. Ce matin, un jeune du projet Nickel de la saison passée dit:

 » Vous au moins, avec ce projet, vous m’avez fait croire à nouveau dans l’humain. Les artistes, les gens, tout ça… oui, c’est ça…l’humain. Parce que tu sais, des fois c’est dur… Bon, votre rôle c’était de nous aider à être adaptés cette société. ça j’ai bien compris. Mais quand même elle est dure cette société. Alors c’était chouette de croire à nouveau, de voir qu’il y a de l’humain quelque part, pas que des chiffres. « 
Bon, alors, nous qui réfléchissons en ce moment beaucoup aux traces de nos résidences in-situ avec et pour les gens, on se dit que ça vaut évidemment le coup.
Blog 01/12

tout est dans l’action d’écrire

On se fait le relais de Betty car on aimerait connaître la suite. Que sait-il passer après les jours de représentations ? Est ce que Lucien a eu l’occasion de rencontrer beaucoup de monde ? Est-il allé au volcan ? A-t-il vu la lave et les plages de sable noir ? Luc et David lui ont-ils fait part du prolongement de notre jumelage ? On sait combien, quand on est si loin de sa base (plus de dix mille kilomètres), il est difficile de trouver un rythme qui permette qu’on ait du temps pour tout. Mais quelques anecdotes, quelques petites histoires, de ces petits riens qui nous aident à mieux comprendre le monde nous feraient du bien. Quand les premières neiges font leur apparition dans les Hauts de France tandis qu’à La Réunion, il fait chaud et que les iguanes s’éclatent sur les rochers au bord de la mer.

Blog 28/11

Journal de bord // Jour 4

« 10h30, au Sat Marron du théâtre du Grand Marché.

Trois jours de journal de bord à rattraper, c’est parti.

Le jour 4 est un Vendredi. Suite à un manque accumulé de sommeil et une première fêtée un peu tard, la journée est principalement consacrée au repos. J’écris le matin, je vais acheter des cartes de l’île pour préparer la semaine suivante, on mange ensemble le midi, la barquette quotidienne. Après le déjeuner je tente de prendre des rendez-vous avec les personnes de l’équipe du théâtre et notamment avec Mireille qui se charge de l’entretien de locaux (elle fait un peu tout nous dit elle le premier jour). Cette prise de rendez-vous est un vrai jeu du chat et de la souris puis une grande joute verbale qui va durer trente minutes : elle ne voit pas l’intérêt de ma démarche, moi j’ai juste envie de la rencontrer, mais ça semble intrusif, tout ça ne semble pas vraiment désintéressé. Elle argumente, je contre-argumente, j’abandonne, elle dit qu’elle réfléchit et finalement disparaît. Il ne reste plus qu’à attendre la semaine prochaine pour connaître la décision finale. Claude, Tamia et Kathy acceptent de passer du temps ensemble, d’aller se promener. Fabrice préférera que l’on reste au théâtre pour parler du lieu mais pas de lui. Juliette va réfléchir. Pour Patrick je ne sais pas trop, pour le moment il accueille « Eperlecques », alors chaque chose en son temps. Pendant que François fait des emplettes pour son périple sur l’île dès le lendemain je me repose encore un peu puis prépare la représentation du soir (repassage, nettoyage des transparents, respiration abdominale/panique/respiration abdominale, etc.).

Une heure avant le début du spectacle, François passe me voir et me dit : « on a un petit problème ». C’est le Black Friday aujourd’hui (on ne commentera pas ici la dimension capitaliste et l’aspect anti-écologique) et pour l’occasion des groupes de jazz se sont installés dans toute la rue du marché. Ils ont l’autorisation de la mairie alors on devra faire avec. On ferme les portes du théâtre pour tester la gêne, je dit qu’on les entend à peine, on leur demande de ne pas trop s’emporter entre 20h et 21h, c’est accepté, Mike les connait. (Finalement, on ne les entendra pas pendant la première partie puis leur présence se fera grandissante au cours de la seconde alors je parlerai plus fort !). 

Pendant la représentation, François et moi faisons quelques petits couacs mais de ceux dont les spectateurs.trices ne se rendent pas compte : « C’est parce que vous vous le savez mais nous on a rien vu ! ». Un peu plus de gens ce soir. Et plus de lycéen.ne.s. Au départ, l’énergie du public est à son comble. Pendant mon introduction je dis « bonsoir » et ça crie « bonsoir » en réponse. Je dis « merci » et on me répond « de rien » en chœur avant même que j’ai pu donner la raison de mon merci. Les rires sont francs et bruyants pendant la première partie, je garde mon sérieux mais pas sans difficulté. Et puis, pendant la seconde partie, l’écoute devient silencieuse, palpable. On me rapportera que presque tout un rang de lycéen.ne.s pleure au moment le plus triste. C’est très différent de la veille et tout aussi intense. Ce soir on organise un bord plateau, je propose vingt minutes maximum (parce que quand même j’ai déjà parlé et le public a dû écouter pendant une heure déjà !). La discussion est passionnante, les questions fusent. Avec un groupe de lycéen.ne.s on parle de militantisme et ensemble on se dit qu’il est bon et utile de lutter conte les dominations, ça fait un bien fou. Je propose à un professeur (qui vient d’ailleurs de tout près d’Eperlecques) de revenir voir sa classe vendredi tant cet échange m’a touché. Un autre lycéen seul vient me voir pendant que je range mes affaires et me demande si je ne trouve pas que les féministes sont parfois trop agressives envers les hommes blancs hétérosexuels. Gentiment je lui fait part de mon point de vue : à mon avis l’agressivité peut être l’un des nombreux outils pour se battre contre les injustices. On se quitte pensifs.

Les spectateurs.trices à la sortie boivent un verre, on discute (ou plus précisément ici : on cause). En continuant à questionner sur ce que je pourrais faire de mon week-end, on me propose de me guider samedi à Saint-Paul et on m’invite à un brunch le dimanche. J’accepte tout, évidemment. On finit tardivement et bien joyeux, un soir de plus. »

Blog 24/11

Journal de bord // Jour 3

« 10h40, au bureau de ma nouvelle chambre d’hôtel.

Hier (le Jour 3 donc, ‘voyez le principe) nous nous sommes encore réveillés très tôt ce qui me surprend étant donné que le décalage horaire est censé être dans l’autre sens. Ce doit être l’excitation d’être ici. Hier matin donc, c’est le déménagement, deux chambres sont enfin libres au Juliette Dodu dans la rue Juliette Dodu (c’est une espionne de la guerre de 1870). A l’arrivée dans l’hôtel notre joie est au moins équivalente à celle qu’on nous avait prédit. Je vous passe les détails, ici tout est beau/bien/bleu/bon, etc… Je suis là pour 11 jours. C’est la première fois que je vais passer autant de jours dans le même hôtel et c’est la première fois que je vais dans un si bel hôtel. Mais, on est là pour travailler hein !

Alors à peine installés nous partons terminer les réglages avec François puis passons au nettoyage du nouveau rétroprojecteur. Nous sommes trois sur cette délicate mission, avec Virginie. La première vis enlevée et blam, la plaque de verre du dessus qui n’était pas censée bouger tombe. Mais ne rompt pas. Suée Générale. La suite de l’opération se fait dans une grande concentration, on gagne beaucoup en qualité d’images mais comme chaque fois on ne pourra pas supprimer les griffes et autres usures.

On mange, bien, évidemment. « Chez Jasmin » propose des barquettes à emporter pour 6 ou 7 euros, on pourrait manger à deux dessus : on y trouve du riz, des graines (lentilles, haricots blancs, etc.), une viande ou un légume cuisiné (façon rougail, cari, boucané, etc.), avec ou sans accompagnement pimenté. Nous on prend avec et on en mange chaque fois un peu plus.

L’après-midi c’est raccords, filage. On ne sent bien, puis fatigués, puis heureux, puis stressés, etc. On se dit que le temps décidément n’est pas linéaire. Peut être que l’on est pas encore acclimaté. Mais on a envie. On se prend une heure et on se retrouve. François est plus tendu que moi, c’est la première fois en 37 représentations. Moi je suis impatient et ravi de jouer « Eperlecques » devant un tout nouveau public.

La représentation au top. Il y a des lycéens dispersés dans la salle. Ils réagissent beaucoup, rient. Pas toujours aux moments les plus volontairement humoristiques mais peu importe. Ça réagit et moi ça me rend tout vivant, dans le présent plutôt que dans la répétition. Le reste du public est lui aussi bien présent, l’écoute (que l’on distingue surtout dans les silences) est optimale. Et puis le spectacle résonne parfois différemment ici, pas dans l’ensemble évidemment, mais certaines phrases prennent soudain un sens différent, supplémentaire, et c’est agréable comme tout. Pardon d’être si positif sur tout dans ce jour 3 mais j’ai pris mon pied !

On discute longuement le soir, avec certain.e.s spectateur.trice.s et puis l’équipe du théâtre. Je continue à mener mes enquêtes : où randonner dimanche, où sortir demain soir, où acheter des grandes cartes, etc. ? Il y a des personnes que j’ai déjà envie de revoir alors se pose la question : j’ai le droit d’inviter combien de personnes à ma fête (parce que j’ai déjà négocié que les restitutions soit les prémices d’une fête avant mon départ) ? J’espère trouver la réponse aujourd’hui. »

Blog 23/11

Journal de bord // Jour 2

« 7h26, en terrasse du petit déjeuner de l’Hôtel Central.

Le temps est particulièrement ensoleillé ce matin. Il parait qu’il faut se lever tôt pour profiter du ciel bleu. Ce matin j’en profite.

Hier (le Jour 2 donc), je me suis levé à 8h30. J’ai réussi à me motiver pour les deux premiers tibétains mais pas plus. En descendant je croise François sur le départ. Je déjeune, prépare mes affaires et court vite m’acheter des nouvelles baskets. Celles de marque sont trop chères, je repère de belles imitations qui ne seront pas forcément plus étanches que celles que j’ai ramené mais tant pis, ça y est, je les aime !

Je repasse à l’hôtel pour récupérer mes costumes froissés dans mon sac à dos, et rejoint François très bien entouré par Orlane, Patrick et Virginie de l’équipe technique. J’en profite alors pour traîner dans les bureaux et avec Nico et David nous lançons un appel Skype à Luc (M. le Directeur !) qui pour le moment enchaîne les rendez-vous à Paris. On continue de faire avancer le projet de la semaine prochaine, à le préciser. Deux choses sont prévues : d’une part rencontrer les équipes de la Fabrik et du Théâtre du Grand Marché en vue d’une création en une semaine d’une petite pièce sonore (avec certainement une ou deux grandes cartes), d’autre part un atelier sur la géographie de l’intime avec un groupe d’amateur.rice.s (avec des projections de cartes sur deux rétroprojecteurs, celui à l’endroit et celui à l’envers (ce qui est particulièrement intéressant puisque les géographes de l’hémisphère Sud réfléchissent à déconstruire cette polarité des cartes avec un Nord basé sur une lecture occidentalocentrée)).

Le midi c’est apéro pour rencontrer une partie de l’équipe, que nous avons en fait déjà rencontré hier mais là c’est plus officiel et on révise les prénoms : Claude, Cathy, Thomas, Patrick, David, Nico, Virginie, Mike, Orlane… Moi je commence à faire savoir que je voudrais bien randonner dimanche mais je ne trouve pas encore de chauffeur.

L’après-midi ressemble au matin. François fait de la technique, je fais du bureau volant et on se rejoint de temps en temps pour se mettre d’accord, teste le micro, penser une table, etc.

Le soir, en buvant un bière, je découvre que la bière locale, que tout le monde appelle la Dodo, est étiquetée la Bourbon. Pourquoi ? J’apprend alors que l’on est plus si sûr qu’il y a eu des dodos sur l’île de la Réunion, contrairement à l’Île Saint-Maurice. Alors même si on a gardé le logo, on l’appelle maintenant la Bourbon comme s’appelait l’île avant de devenir la Réunion : l’île Boubon. »