Blog 10/05

La discrète

La lumière est trop grande pour mon enfance.
Mais qui me donnera la réponse qui n’a jamais servie ?
Un mot qui me protège du vent, une petite vérité où m’asseoir
Et à partir de laquelle me vivre,
Une phrase seulement mienne, que j’embrasse chaque nuit,
Où je me reconnaisse, où je m’existe.

(Alejandra Pizarnik)

Blog 10/05

Aux femmes sur le fil

Les mots, quelquefois, se font jour difficilement, dans l’angoisse, et quelquefois se bousculent dans la fièvre. Ce qui s’entend dans de nombreux silences, ce qui se lit dans ce qui n’a pas été dit. Isolées par force et par nécessité. Exister par soi-même, cette nécessité d’isolement nous coupe des autres. Les autres sont là, les autres n’ont pas bougé, les autres sont à l’écoute. Nous avons toutes été obligées de nous isoler mais pas abandonnées. Il nous faudra du temps pour nous retrouver, Pour nous retrouver entre nous, Pour recommencer à vivre nos corps, le découvrir, le sentir, le toucher. Peut-être ? mais peut-être nous n’aurons rien oublié parce que cette communauté que nous avons construite lundi après lundi, ne vous a pas lâchées, lundi après lundi. Nous attendons le jour du retour, celui d’être à nouveau ensemble. Nous parlerons sans doute de ce temps suspendu, Ce qu’il a construit en chacune ou parfois l’impression d’avoir détruit. Mais ce temps n’est pas inutile, c’est un long temps, mais pas inutile. Un temps pour être à soi, un temps pour soi. Nous nous retrouverons, riches de cette absence, la danse et les mots nous emporteront, nous porteront.

 

 

Blog 10/05

Ligne de fuite

« Il faut parfois toute une existence pour parcourir le chemin qui mène de la peur et l’angoisse au consentement à soi-même. À l’adhésion à la vie. » Charles Juliet

 

Blog 27/04

Volets fendus tirés

Lenteur qui butine, éparse lenteur,

Lenteur qui s’obstine, tiède contre moi.

Etres que nous chérissons, nous vous aimons dans le meilleur 

comme dans l’injustice de vous-mêmes, hasardeusement, tels de

cahotants papillons.

Le rossignol, la nuit, a parfois un chant d’égorgeur. 

Ma douleur s’y reconnaît. 

Le rossignol chante aussi sous une pluie indisciplinable. 

Il ne calligraphie pas l’arrogante histoire des rossignols.

Plus ce qui nous échappe semble hors de portée, 

plus nous devons nous persuader de son sens satisfaisant.

Quand nous cessons de nous gravir, notre passé est cette chose 

immonde ou cristalline qui n’a jamais eu lieu.

Les chiens rongent les angles. Nous aussi.

On ne peut se retirer de la vie des autres et s’y laisser soi.

Les arbres ne se questionnent pas entre eux, mais trop rapprochés, 

ils font le geste de s’éviter. De la chênaie s’élance trois fois l’appel

du coucou, l’oiseau qui ne commerce pas. Pareil au chant votif du météore.

C’est le peu qui est réellement tout. Le peu occupe une place

immense. Il nous accepte indisponibles.

Nous contenons de l’insecte dans les parcelles les plus endurantes 

de nous-mêmes ! Suppléant qui réussit où nous échouons. 

J’étais une tendre enclume qui ne cherchait pas à s’occuper. 

Sur les êtres de l’ailleurs pèsent tous les soupçons. Leurs actions

n’apparaissent pas conséquentes aux murs de l’ici-bas journalier.

Qu’est-ce que nous réfractons ? Les ailes que nous n’avons pas. 

En retenant sa salive, en se taillant un chalumeau dans le tuyau 

d’un froid roseau, on deviendrait dune à écouter la mer.

René Char – Extrait de « La Nuit Talismanique »