Kutzulu

Kutzulu, chanteur basque installé à St Palais qu’on a rencontré au cours de ce dimanche après-midi et qui nous a promenés dans son univers très personnel et magique. Retiré du monde depuis des années, il se consacre aux livres et au spiritisme. On fut d’abord reçu par un petit chat roux qui nous a conduits jusqu’à la maison du magicien. On a senti le fumet d’essences naturelles dont il dit que ce sont des dons de la nature dont les sorcier.ères connaissaient l’efficacité et qu’on a de nos jours négligés. On a voyagé tant qu’on a pu avec lui dans le présent à plusieurs dimensions. Ni passé, ni futur. Tout se conjugue au présent. Pour l’exercice de la citation qu’on propose à tout le monde dans le cadre des Veillées et des Portraits, il a choisi une phrase dans notre liste que personne n’a jamais choisie. Une vraie merveille : « le présent est indéfini, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent ».

Tandis que son chat, nommé Chador (tant il est vrai que les chats dorment énormément) voulait nous entraîner à jouer avec lui, Kutzulu nous a parlé des autres qu’il écoutait parler grâce à un patient travail de connexion télépathique et de télé transportation. Il échange avec son père décédé qui se joue de lui et possède son corps. L’effet nous a-t-il dit est très agréable. De toute façon, il est hors de question pour Kutzulu de voir les choses en noir. Il va vers la lumière. Il est habillé de blanc de la tête aux pieds. Il porte un Kway blanc (aussi en souvenir du dernier groupe qu’il a fondé où il chantait ses propres textes en français et en basque. Le groupe s’appelait Kway 731. Tous les musiciens portaient un Kway orange et pantalon violet). Il nous a parlé de personnes connectées avec qui il entretient des contacts. Il nous a trouvés connectés entre nous et avec le collectif des autres artistes qui font partie la compagnie. Quand nous nous sommes quittés, il nous a promis de venir à l’une des représentations de vendredi prochain soit à 18H30 ou à 21H.

Pour finir cet article, il faut savoir que Kutzulu est végétarien car il ne supporte pas qu’on tue les animaux. Il ne supporte pas les tests covid car ça fait mal. Il cultive son âme et son jardin. Il est venu s’installer à St Palais pour son jardin, il y est resté parce que ça pousse bien. Il y a devant chez lui un énorme potiron. De quoi faire une belle marmite de soupe. Quand on est monté dans la Jeep (on roule en Jeep blanche, la seule voiture disponible jeudi dernier au soir chez Rent a Car, quand on est arrivé au Pays Basque, à Bayonne) la voiture nous a prévenus de la présence de quelqu’un devant nous. On est vite descendu, de peur que Chador, qui nous avait pris en sympathie, nous barre la route, ayant deviné qu’on serait bien resté avec lui et le maître le reste du temps (sans passé ni futur). On a eu beau se coucher sous la voiture pour vérifier, rien ne nous retenait mécaniquement et biologiquement de partir. On a attendu que le signal s’éteigne et on a quitté la maison qui nous avez accueillis avec autant de magie positive.

ez naiz Cresus-en semea

Maumau nous a expliqué comment il était arrivé à St Palais. Il a longuement travaillé sur la côte du côté de Bayonne et de Biarritz, dans beaucoup de restaurants, jusqu’à ce qu’il ait envie de s’installer à son compte. Les occasions ne manquaient pas sur la côte mais il dit, Je ne suis pas le fils de Crésus. Les affaires qu’il avait dénichées étaient toutes hors de prix pour quelqu’un qui démarre. Alors il a cherché dans les terres et il a atterri ici à St Palais. La précédente propriétaire voulait vendre son établissement qui, à l’époque, s’appelait l’hôtel de France. Maumau dit qu’elle était à bout, qu’elle voulait arrêter vite. Cela l’a poussé à acheter cet établissement qui aujourd’hui s’appelle l’auberge du Foirail parce que Maumau voulait quelque chose de simple (comme une auberge doit l’être) et à la fois conviviale. « J’ai plus le physique d’un aubergiste que d’un restaurateur » ne croyez vous pas ? Et le Foirail a remplacé la France parce que ça correspondait davantage à l’esprit du pays. Partout où vous allez il y a des hôtels de France (il est vrai qu’à Lens, là d’où vient la compagnie, on trouve juste en face de la gare une hôtel millénaire qui porte ce nom). Maumau a laissé tombé ce qui concernait l’hôtel pour aménager à l’étage deux autres salles de restaurant. C’est là qu’on s’est vus ce matin autour d’un café gracieusement offert par le patron. Par ailleurs, c’est notre cantine puisqu’on y mange tous les midis. Le soir, on soupe dans les gîtes.

Dimanche, i’m singing in the (T)rain

Mourad cherchait des flaques où aller danser. Il y en avait de très belles avenues, près de la gare. La gare. Elle a l’air fermée. L’Internet nous a raconté qu’ « ouverte en 1889 par la Compagnie du Midi, elle a été électrifiée dans les années 1920 avec l’ensemble des lignes pyrénéennes. Fermée au service voyageurs en 1969,  exploitée pour les marchandises jusque vers 1989, la voie ferrée a été déclassée en 1991 et déferrée quelques années après. »

Dimanche vacances

Le dimanche matin, ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour faire du porte-à-porte. On décide de laisser les gens dormir (d’autant qu’hier soir c’était les 50 ans de l’Ikastola) et on part là où personne n’a dormi depuis 21 ans. Personne d’humain, ce sont la végétation et les poneys du centre équestre qui ont repeuplé l’ancien village-vacances.
Le dimanche matin, les poneys non plus n’ont pas envie de coopérer.

Dimanche, on va chez ma tante

On a vu Maïder et Maumau ce matin à l’auberge du Foirail. On s’est installé à l’étage et on a discuté de la vie à Saint-Palais. Maïder travaille depuis 14 ans à l’auberge après une formation en hostellerie à l’école qu’on appelle « La Citadelle » et des temps d’apprentissage à l’auberge du Foirail. Maïder a dès l’âge de quatre ans appris la langue basque (qu’elle comprend mais ne parle pas) jusqu’à l’âge de quatorze ans. Elle a appris aussi les danses basques qu’elle dit volontiers danser quand l’ambiance s’y prête et qu’elle s’est elle même mise dans l’ambiance. Il en va de même pour les chants basques. Quand on a demandé à Maumau si Saint-Palais était une chanson ? Il nous a répondu que ce serait « emmenez-moi » de Charles Aznevour car venir à Saint-Palais c’est un beau voyage. On va d’ailleurs de ce pas à l’auberge du Foirail se sustenter. Les un.e.s mangent végétarien et d’autres de la viande. A tout de suite.

Dunkerque-Saint-Palais

Ça « drache »* ici comme à Dunkerque. Cette nuit, des trombes d’eau et l’orage ont plombé Saint Palais et tout le Pays Basque. Mourad va danser sous la pluie avec un parapluie et dans les flaques. Mourad c’est John Kelly à St Palais. Un moment inoubliable de cinéma. Mourad danse dans tous les interstices des territoires. La poésie se loge dans les interstices. Ce qui est à peine cela sans être encore ceci. Il faut creuser le sillon pour découvrir ce qui nous relie. C’est le danseur qui fait le lien de tout son corps. La poésie et le sens se rangent dans les interstices. Dans l’interstice comme on dirait dans l’intervalle, il s’est passé ceci ou cela ou quelque chose entre ceci et cela et qui a bouleversé le cours des choses. On ne tient pas suffisamment compte de ce qui se trame dans les interstices. Les interstices nous facilitent la tâche. On s’y agrippe pour s’élever et pour comprendre ou résister. C’est comme ça qu’on peut parler de la danse et de la poésie dans tous les cas. Une toute jeune danseuse qui parle à sa mère d’une blessure contractée pendant un cours de danse est l’interstice qui se glisse dans la réalisation du mouvement. C’est à cet endroit que la vie et l’art se racontent. Dans la blessure intersticielle. On souhaite à Camille et Greta un prompt rétablissement. L’interstice est la fissure du temps qui déchire la feuille de papier où Robert Desnos a écrit ses plus beaux moments. Où Nijinsky a donné sa plus folle représentation. Où Artaud a écrit le théâtre et son double. Où Amy Winehouse a donné son dernier concert dans son éternelle magnificence. Dans l’interstice qui peut être le temps d’un Portrait à Saint Palais, Mourad imagine des danses dans les flaques erratiques et éphémères de violentes averses.

*pluies abondantes en ch’ti

Avant la pluie, puis après la pluie : Saint-Palais sous le soleil.

Œufs et Ventrèche #2 la capacité de la voix

« Tout le monde est chanteur. Mais souvent, vous ne connaissez pas les possibilités de votre voix, la capacité qu’elle a à chanter. Vous ne le savez pas, mais vous avez la capacité. La difficulté c’est de trouver le ton : à quelle hauteur il faut chanter ? Parfois, les gens ne savent pas, ils commencent trop haut ou trop bas, et ensuite ils sont perdus dans les notes. Mais il faut juste les aider. Après vous découvrez vous-même la capacité que vous avez. Aider quelqu’un à chanter c’est lui donner le ton. Quand on a l’habitude, on peut aider à trouver le ton. Et ensuite tout le monde a la capacité. Ce n’est pas être artiste, c’est une culture. Et pour les harmonies ? Les harmonies, c’est naturel, on va trouver la deuxième voix tout de suite. Une deuxième voix pas forcément sophistiquée, mais une quarte en-dessous, une tierce en-dessous, cette voix-là, elle est presque naturelle à trouver. Des gens au bistrot, qui n’ont jamais chanté ensemble, vont trouver cette deuxième voix de manière naturelle. C’est de la culture, ce n’est pas un don, ce n’est pas non plus être artiste. Ça n’a rien à voir. Moi, ma jeunesse, on ne faisait que chanter. Dans les bistrots on ne faisait que chanter, il n’y avait pas de musique, on ne faisait que chanter. »