Conduite de l’Instantané (film-spectacle) Baudelaire, Perret, Mendes France

Conduite Instantané Baudelaire, Perret, Mendes France
Mars 2014-03-12

Hervé, Guy au micro 30 ‘’
Danse des Lycéens 1’30
Portraits Citations + Danse Hervé 1’30
Texte 1 + objets 1’30
Pas de Couloir 1 1’00
Question 1 3’54
Pas de Couloir 2 1’00
Question 2 4’00
Stop motion 1’00
Texte 2 + Souvenirs 1’30
Pourquoi la danse 2’50
Pas de Couloir 3 1’00
Texte 3 + Variations surréalistes 1’30
Texte Antigone 20’’
Antigone 3’10
Question 3 3’27
Texte 4 + Cadavres exquis 1’30
Godot 2’00
Prénoms 4’00

Mise en scène de souvenirs de lycée : le sauvetage de téléphone portable.

Ce matin, je suis sorti avec une classe pour filmer une photo de classe dans la cour. J’avais choisi un banc et demandé aux élèves de se mettre en place pour une photo de classe (alors qu’en fait on filmait tout depuis le début). Les filles se sont mises debout sur le banc et des garçons, chahutants, les bousculent un peu pour prendre leur place. Une jeune fille échappe son téléphone portable, qui s’envole, rebondit, puis disparait à travers une grille d’évacuation d’eau.

Tout le monde se regroupe, j’enlève la grille : le téléphone est bien là, 2m50 plus bas, en trois morceaux (batterie, téléphone et cache batterie), reposant sur un tas de feuilles. L’ouverture doit faire 40cm sur 40cm. C’est très exigu. Le garçon responsable de l’accident ne se sent pas concerné, on ne voit pas comment résoudre la situation. Je renvoie les élèves en classe (l’heure  est terminée, ils doivent avoir un autre cours).

Je reste là, au-dessus de l’ouverture, un peu hésitant.

Passe Hervé, un garçon rencontré la veille. On regarde le téléphone, je lui dis qu’il appartient à une jeune fille, il va chercher d’autres personnes.

On réfléchit.  « C’est solide sous les feuilles où tout peut s’affaisser ou s’écrouler ? ». Bonne question. Je déplie le pied de la caméra et je m’en sers de sonde.

C’est solide.

Hervé décide de descendre. La tête la première. Il s’allonge par terre – il glisse un peu vers l’ouverture – on lui tient les jambes.

On arrête, parce qu’il faudrait le tenir par les pieds et ça semble dangereux.

Non. On va le tenir par les mains avec un de ses amis pour le descendre droit.

Ok, il y est.

Une fois disparu, on se rend compte qu’il ne peut pas atteindre le sol avec ses mains, c’est trop étroit. Alors on va le remonter 8 ou 9 fois de suite : il essaie de remonter les différents morceaux du téléphone avec ses pieds. Il remonte le corps du téléphone, mais ne parvient pas à remonter les autres morceaux. On descend donc un autre élève, plus petit, qui arrive à suffisamment plier les jambes pour attraper la batterie et son cache. Il remonte, Hervé assemble le téléphone et va le restituer, en sauveur, à sa propriétaire.

Je rassemble mes affaires,  cours chercher mon appareil photo, cours dans les couloirs parce que je suis en retard pour mon intervention suivante pendant laquelle je propose aux élèves de remettre en scène un de leurs souvenirs qui s’est déroulé dans le lycée.

On photographie une scène où un garçon a bondi sur une table parce qu’un élève avait brandi une araignée devant lui. Et on tombe sur Hervé, qui fait partie de cette classe dont je n’avais qu’un demi groupe en intervention. Alors je lui demande de bien vouloir rejouer le sauvetage du téléphone portable pour en faire une photo.

La voici.

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Variations surréalistes, c’est quoi?

Le point de départ une salle de classe normale avec tables, chaises, sacs, cahiers, activités en bon ordre. Cela donne la photo A. Ensuite, on prend tous les éléments utilisés pour la photo A et on les met autrement. Cela donne la photo B. La salle de classe attendue devient une salle de classe inattendue. D’une chose réelle, on en invente une irréelle juste en changeant la disposition. Dans la photo A comme dans la B, c’est la même salle de classe, on a rien ajouté, rien enlevé.  

 

Danser sans musique

La proposition d’Hervé à la terminale menuiserie : « Donner un mot – un seul – qui pour vous caractérise votre lycée. Puis faire un geste qui  raconte ce mot. » Et ça commence. Et petit à petit on s’étonne de voir l’écart entre  les mots proposés (prison, merde, ennui, pourri, nul…) et la façon dont chacun s’investit dans le jeu proposé. Tous se concentrent pour reproduire et s’approprier au mieux les gestes des autres, tous se mobilisent pour retenir l’enchaînement et pouvoir danser ensemble. Au fur et à mesure, entre les gestes donnés par les lycéens (des gestes qu’on utilise généralement pour dire sa colère ou pour insulter), Hervé propose d’intercaler des pas, des changements de directions, des inversions de jambes. Une chorégraphie se construit.  Et la danse apparaît. On dirait qu’ils ont tous oublié de penser « prison-merde-ennui-pourri-nul ». Et quand la sonnerie retentit, personne ne s’arrête, personne ne part, on continue à danser, on veut reprendre. On recommence encore deux ou trois fois l’enchaînement fabriqué ensemble avant de se dire qu’il faut quitter la salle.

 

Réel ou Irréel ?

La proposition d’une Variation surréaliste : « Et si à partir d’une classe réelle (déjà vue partout) on en crée une jamais vue, une irréelle. »La salle de classe d’abord bien organisée, en plein travail, se retrouve en formation U au centre et c’est un rire qui va du plus petit au plus grand, du buste en arrière aux jambes en l’air…Et puis une autre proposition vient de la classe  : « Et si on faisait des tableaux comme une succession de situations figées qui font une scène ».

 Le titre est : Comme une embrouille basique.

Le déroulement est le suivant :

1. Autour l’air surpris

2. C’est tendu, elles se rapprochent

3. Elles s’attrapent : « Faut les séparer »

4. Là c’est fini….

Alors ce roman-photo réel ou irréel ?

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Quand on arrive …

On a commencé par « varier surréalistiquement » autour de l’objet salle de classe et surtout d’ailleurs de l’objet livres, cahiers, voir classeurs car ces derniers jonchés en grand nombre les tables. Ça a donné un tableau découpé en situations auxquelles ils ont donné des titres : 1. Tu m’écris, je t’écris, on s’écrit et moi je lis – 2. La plage c’est la classe – 3. C’est la règle du jeu mais j’ai perdu – 4. Petite retouche avant la pause – 5. La revanche de ma trousse 2ème épisode.

On a fini par discuter sur la question de ce que ça signifie pour eux d’être à Évry ou dans l’Essonne. C’est avec la classe dite des nouveaux arrivants, c’est-à-dire que cela fait 3 mois à un an qu’ils sont là. Alors on évoque les premières impressions  qui sont pour eux encore fraîches : des choses qui questionnent « Pourquoi, il y a deux lycées ? » – « Tout le monde fume » – « Tout le monde parle vite », d’autres qui plaisent « L’exigence au niveau des retards, c’est bien » – « Toutes les propositions qui nous sont faîtes »  ou encore « La gratuité de l’école » et d’autres qui interpellent « la nourriture de la cantine n’a pas de goût » !

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Se poser la question…

Avant de sortir « Vous avez des origines d’où madame ? » « Euh ».   Alors là, contre toute attente, je suis gênée de ne pas vraiment savoir, surement de quelque part en France un peu au nord et un peu au sud mais un vague souvenir d’Italie, ou est-ce un rêve ? Je reste muette, un peu sidérée et évoque cette possibilité d’Italie. « Ah, oui je m’en doutais. » Bon très bien, à vérifier. Ici, on ne parle pas vraiment des origines mais on parle de ce que signifie d’être ou d’habiter à Évry ou en Essonne. Alors ? ….. Me poser la question par rapport à l’endroit où j’habite.  On peut à tout moment me la renvoyer et alors là …. Bien sûr on rassure en disant  que la réponse peut être rapide et automatique, une chose qui vient en tête mais quand même ce n’est pas une question banale…

Peut-on tout dire?

Il y a-t-il des choses que l’on ne peut pas dire ? Et y a-t-il des choses que l’on ne peut pas entendre ? « Est-ce que une personne qui nous demande de dire ce qu’on veut, peut ne pas vouloir entendre ce que je veux justement dire ? ».  La réponse est oui. La proposition d’une rencontre même instantanée ne peut pas faire abstraction de ce dans quoi elle s’inscrit. La parole est donnée, certes mais ce qui est dit doit être court, c’est le jeu de l’instant. Certains sujets justement ne supportent pas le format court et même sont en eux-mêmes déjà  des raccourcis  qui font monter des comportements et des pensées extrémistes et violentes. Le risque de l’instant, c’est la parole réduite, ciselée, coupée de son endroit et c’est en même temps sa force. C’est dans l’accumulation que ces paroles prennent leur sens. Mais certaines ne rentrent pas dans ce dispositif car elles sont en elles mêmes déjà réduites.

Mise en scène de souvenirs de lycée : les autres idées.

La dernière classe, avec laquelle on a mis en scène des souvenirs, nous en a cités plusieurs qui nous ont beaucoup fait rire, mais que l’on ne pouvait pas remettre en scène. Florilège.

-On pourrait jeter des cacahuètes  sur une situation qui part en cacahuète

-A la cantine, les autres m’envoient chercher de l’eau et quand je reviens, je n’ai plus que l’os du poulet que j’ avais commencé à manger dans mon assiette. Du coup, je ne bois plus à la cantine.

-Tu te souviens de l’histoire de ce mec avec le fromage ? … Mais c’était toi ! Ah ouais ! Je me souviens. Je m’étais gardé un tartare pour plus tard. Je l’avais mis dans la poche de mon blouson. Je l’avais oublié. Et le soir, la BAC me contrôle sur le quai du RER. Et le mec me palpe longuement au niveau de la poche de blouson. Et puis je me rend compte que ça pue le fromage et que j’en ai partout…

-Il y avait un gars qui portait toujours des chaussettes de foot. Et quand on lui demandait pourquoi, il nous disait : je pensais qu’on avait foot. Mais on n’avait jamais foot ! Et puis il avait une chaussette rouge et blanche sur un pied, et une verte et blanche sur l’autre. Et le lendemain, il avait inversé les couleurs de pieds. On n’a jamais compris.

-On est en cours. La prof se tourne vers le tableau et on se met tous par terre. Elle se retourne et nous voit tous par terre.