Le lycéen photographiant son lycée

« Allons faire une photo de votre lycée. Votre lycée par vos yeux. Qu’est-ce que vous voulez  montrer ? Quel est l’objet, le lieu, le détail qui caractérise, qui représente votre lycée pour vous ? La chose qui vous intrigue ou vous obsède ? » Et hop, en route dans les couloirs, les escaliers, les coins cachés, avec un lycéen ou une lycéenne. Un par un. Chacun nous mène vers le lieu qu’il veut que l’on photographie.

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La machine à café, c’est pour la tranquillité et pour la soif.

La fresque de la cafète, parce que ce grand dessin c’est une bulle, c’est ce qui a dans la tête de celui qui est assis au bureau et qui dessine.

L’horloge, parce que ça ne bouge jamais.

Les télés accrochées au plafond dans les salles de classe. Elles ne sont jamais allumées, elles ne servent à rien.

Le « rainté », c’est un coin où on se pose toujours avec mes potes (c’est comme ça qu’on l’appelle : le Rainté – c’est le terrain).

Le banc mosaïque, dehors, pour se poser au soleil.

Le tableau d’absence des profs, parce j’espère toujours qu’ils ne seront pas là.

Le chauffage, parce que parfois il fait très froid dans le lycée.

L’ascenseur, parce qu’on n’a pas le droit de le prendre, même avec une cheville cassée.

La pelouse pour se poser sur l’herbe, pour s’allonger dans les heures de trou.

Les bancs du bâtiment B, pour les jours où il fait froid.

Le miroir du bâtiment B. À chaque fois que je me sens obligée d’aller me regarder avant de continuer.

La boutique, parce que nous c’est le commerce.

Le « bocal », c’est là où on va pour les retenues et les exclusions.

Le bateau, ça fait trois ans que je suis ici et je ne sais toujours pas à quoi il sert.

Mon stylo 4 couleurs, c’est la seule chose que j’ai toujours avec moi.

Le babyfoot, je suis un geek du baby.

L’alarme de la sonnerie, parce que j’ai toujours envie de casser la vitre.

Le portail pour partir.

Cet arbre, parce que j’aime la végétation.

Un damier, que j’ai réalisé tout seul à l’atelier  – il n’est pas encore fini.

L’établi, parce que c’est là que je passe le plus de temps.

Les vestiaires, parce que c’est là qu’on se retrouve le matin et qu’on se quitte le soir. Et chacun personnalise le sien.

Ce petit coin, c’est la cachette de Perret, on est très peu à la connaître.

Cette bande par terre, juste au pied du portail, c’est  repère des mégots et c’est là que je suis avec mes potes.

Les brouettes, quand c’est de la pause, on les met dehors et on dort dedans.

Un parpaing parce que c’est ce qu’on voit toute la journée.

Cette porte parce qu’elle est toujours fermée et que ça nous oblige à faire le tour et à cause de ça on est toujours en retard.

Cet espace vide, parce qu’avant c’était notre endroit favori, mais c’est fini,  ils ont déplacé les trois bancs qui étaient là.

L’escalier, parce qu’on a souvent cour au troisième étage.

L’accueil de la vie scolaire, parce que j’y suis tout le temps : je suis toujours en retard ou absente.

La porte verte qui est toujours fermée et que ça nous oblige à faire le tour et à cause de ça on est toujours en retard.

Cet espace vide, parce qu’avant c’était notre endroit favori, mais c’est fini,  ils ont déplacé les trois bancs qui étaient là.

L’escalier, parce qu’on a souvent cours  au troisième étage. L’accueil de la vie scolaire, j’y suis tout le temps : je suis toujours en retard ou absente.

 

 

mardi 11/03/2014, les cerisiers japonais sont en fleurs à Evry

Demain entre en scène le lycée Mendes France avec qui on fera la série des questions réponses et En attendant Godot. On est très vigilant, ne pas réaliser un film-spectacle qui serait trop long. Ne pas dépasser trente cinq minutes. On a beaucoup de matière. On a beaucoup filmé mais les actions de stop motion comme les variations surréalistes ou les souvenirs, les objets, les dessins collectifs des lycées, sont des successions courtes de quelques images. On a tourné dans beaucoup plus de classes que lors de nos derniers instantanés qui ont eu lieu dans l’agglomération dunkerquoise. Il faut qu’on garde notre fil narratif, le rapport des lycéens à leur territoire et à la culture. Il faut que ce travail fasse sens et donne du sens. Il faut que ce travail mette en valeur les lycéens et soit positif. On a encore beaucoup à faire puisqu’il faut finaliser les montages et organiser les différentes séries de photos en stop motion. Et écrire tous ces textes explicatifs sur nos nouvelles actions… Il faut que les gens comprennent ce pourquoi on fait ce qu’on fait, sinon c’est peine perdue.

variations surréalistes

Une classe normale. Inventer des situations entre les lycéens. Le prof est au bureau. Les deux filles ont le fou rire. Trouver une position figée. Photo. Avec les tables, les chaises, qu’est ce qui serait étrange ? Comment écouter autrement ? Le prof dit en souriant, tout ça renouvelle ma pédagogie. On réinvente la position de discussion des philosophes platoniciens. On imagine d’autres positions. Dounia, une élève de la classe est la sagesse. On la porte, assise sur une table. Tout le monde la regarde. Il s’agit d’une longue recherche autour d’une table. Photo.Gardons la table et Dounia au centre. Frédéric observe la scène avec un peu de recul. On pose tous un doigt sur le stylo avec lequel Dounia va écrire. Dounia dicte à chacun ce qu’il doit savoir. Photo. Puis retentit un sample de rap et c’est la récréation.

transition Baudelaire-Perret

C’est l’heure de la cantine. Toute l’équipe se retrouve de 13h10 à 14H10 pour le déjeuner à la cantine et dans l’après-midi on change de lycée. Direction Perret. C’est juste à côté, les lycées sont contigus et partagent la même cour de récréation. Au repas, chacun parle de ce qu’il a fait dans la matinée ou la veille. Martine revient sur les deux heures qu’elle a passé à fouiller Antigone avec les 1MS2. Le élèves ont interprété l’histoire à leur manière. Martine s’inspire du film looking for Richard. Il s’agit pour les élèves de commenter la pièce et l’histoire d’Antigone. De se l’approprier, de la rapporter à ce qu’ils connaissent. L’idée est de jouer Antigone et d’improviser autour d’un personnage qui s’appelle Antigone et qui étudie au Lycée à Perret. Martine est très heureuse de cette nouvelle version au lycée Perret d’Evry, de cette recréation d’Antigone, de cette co-création d’un autre personnage de théâtre.

souvenirs, variations surréalistes, rêves dansants…

Notre Q.G ou salle de repos et de travail est comme un pigeonnier. Nous sommes des pigeons voyageurs. On rentre et sort à toute vitesse de la salle (comme pour porter des messages), à tout moment et surtout quand la cloche retentit, un air de la série Sex and City . Amély et Isabelle ont fait les objets avec une classe de formation d’aide à la petite enfance. Les élèves nous ont indiqué l’objet qui, à leurs yeux, est le plus important dans l’établissement. Qu’on a pris en photo. Pour chacunE, Isabelle écrit un petit commentaire sur ce qui lie la personne à l’objet. Notre film-spectacle se construit peu à peu. Image par image. De Godot à Antigone, du tableau noir de la salle 208 au banc de la cour de récréation, proche du local technique. De la grille qui marque l’entrée (ou la sortie ) des lycées, au rouge à lèvre scotché par une élève sur un grand dessin qui représente le lycée Baudelaire, réalisé collectivement par les 2ASSP et leur professeur.

les urbanistes du quotidien

Deuxième jour. Instantané des Lycées Baudelaire, Perret et Mendes France. Jérémie demande aux lycéens des classes qu’il rencontre de se rappeler un souvenir, quelque chose de particulier qui s’est passé au lycée et les propositions affluent. Il refait la mise en scène du souvenir et prend une photo. Les élèves ont rejoué un évanouissement, une bataille de boules de papier, un élève collé sur sa chaise avec de la glu, les nuits de grève à dormir sur les tables, un matin où tous les élèves d’une classe ont ramené leur bol, à l’heure du premier cours, leur nappe et leur petit déjeuner, une embrouille dans la cour, une ballade en skate dans les couloirs du lycée… Autant d’évènements surréalistes ou situationnistes au cours desquels les élèves ont détourné un moment de réalité, une habitude, une règle pour s’en divertir. Habiter poétiquement sa vie et son travail.