Au second jour, les nuages se dissipèrent

Deuxième jour d’Instantanés à l’EPS Barthélémy Durand à Etampes.

Marie, Martine, Didier, Sylvie, Jérémie, Christophe et Xavier sont partis rencontrer les chauffeurs de B.D. (c’est ainsi que l’on dit quand on vit/travaille ici). Ils vont leur proposer des protocoles divers : portraits chinois, citations, portraits-citations, valses, etc. Toutes ces façons que l’on a mis en place de rencontrer les personnes tout en faisant avancer petit à petit le film que l’on projettera vendredi.

Pendant ce temps, en attendant l’arrivée imminente de Serge, Lucien retranscrit les textes du groupe qui nous accompagne, composé du personnel du site et de patients (ou doit-on dire « usagers psy », hier la Docteur Lemaire nous a dit que cela paraissait plus correct, mais un peu trop « à la mode »). Car il s’agit bien pour nous cette semaine de partager toutes les facettes de notre travail : interviews, images, montages, écriture du blog, distributions de tracts, petites formes artistiques. Et aussi de se laisser porter par les proposition de ce groupe de huit personnes baignant dans l’art : Sylvie, Xavier et Serge écrivent, John aussi mais plutôt du théâtre, François crée de la musique, Christophe invente des chorégraphies contemporaines, inspiration moderne-jazz, Michel fait de la photographie argentique (mais ici, accompagné par Bouchra, il devra se contenter de notre trop moderne appareil numérique).

A 10h30, tous ces talents vont donc se réunir pour proposer des « happenings » que nous irons ensuite montrer dans différents lieux de B.D.

Il y a de l’espace ici (on oscille entre 44 et 70 ha à ce moment de notre enquête), des chèvres, des ânes, et un ciel qui parait se préparer à nous satisfaire.

L’écrivain infirmier, qui sculpte, écoute.

La journée vidéo/prise de sons démarra décontractée par la présentation des talents, des capacités et des attentes de chacun. La convivialité était présente au rendez-vous, comment faire entrer sinon les démarches artistiques dans un hôpital à vocation psychiatrique ?

Les services techniques étaient le premier lieu de rendez-vous des participants avec Jérémie et Michel à la photographie. François à la prise de son. Les sonorités, bruits et martèlements… des ateliers menuiserie, serrurerie, chaufferie, etc. devraient après mixage donner lieu à une composition musicale sous la baguette du maestro François. Bruits de scie, grincements, enclume… me rappellent les années Punk (fin des années 70) avec notamment le groupe Devo et ses enregistrements de tambour de machines à laver…

Pour la photo/vidéo, je me suis contenté d’observer le cameraman, d’essayer de mémoriser le fonctionnement de l’appareil, n’étant pas technicien en ce domaine.

Ce sera pour moi une semaine de découverte, étant plutôt habitué en matière artistque au ciseau, au burin, à l’ébauchoir du sculpteur ou du potier, bref l’outillage ancestral ou alors aux planches de théâtre, à l’écriture.

Voilà, je vous livre mes impressions sans prétention, brutes de décoffrage.

Xavier

Lundi 12 décembre 2016

A la rencontre de service et ateliers de l’EPS B.D.

Nous sommes partis à la rencontre de différents service de l’EPS B.D., tels que la menuiserie, la maçonnerie,… Nous avons eu l’opportunité de visiter le château d’eau, le magasin. Les explications étaient très claires et enrichissantes, nous avons appris le fonctionnement de certaines machines. La visite a été guidée par David, qui travaille dans le service technique et qui connait l’établissement BD depuis plusieurs années. Nous avons pris plusieurs photos et nous avons pu récolter des sons divers et variés.

Michel et Bouchra

Un poème de Serge Szczepanski, un de nos compagnons de route

Ma Passion,

Voyelles et consonnes qui s’alignent et se mélangent,

Pour arriver à nous offrir avec ces lettres unies, des mots,

Nous applaudissons à la réussite de cette naissance,

Qui en fera d’autres anges tout aussi beaux,

Et il en faudra du talent et de la patience pour de la meilleure façon,

Leur donner un ordre de passage,

Qui nous fera découvrir leurs message,

Et nous atteindra de tendres sensations,

Qui nous emporteront, j’en suis sûr,

Au-delà de la lecture pure,

En une immense joie dans nos cœurs,

Telle la couleur et la senteur des fleurs du bonheur,

Nous offrant de splendides et gigantesques frissons,

Que seul pour moi apporte cette jolie et étincelante passion !

01/06/2011

Et plouf dans le bouillon de culture !

C’est parti pour cinq jours ensemble ! Il est 10 heures ce lundi 12 décembre 2016 et la Compagnie HVDZ rencontre l’EPS Barthélémy Durand à Etampes pour la belle aventure autour des « Instantanés » et la création d’un spectacle.

L’interview du collectif du Service Technique est riche en échanges et très émouvante.

Nous avons découvert une équipe enthousiaste et prête à répondre à nos questions et à dire leurs pensées à propos de la psychiatrie et de la culture, de l’art.

La recette de ces images et de ces paroles va être triée et moulue par la Compagnie HVDZ afin de tirer le portrait des personnes qui vivent et qui travaillent à l’Hôpital psychiatrique.

Serge, Christophe et Sylvie

Etampes

Tous les amis sont à Etampes et ont découvert leur nouveau lieu de résidence pour la semaine. Pour la réalisation d’un portrait de l’EPS Barthélémy Durand. Un projet qui sera réalisé en trois étapes d’une semaine, au long de la saison 2016/2017. Jérémie, Martine, Lucien, Marie et Didier sont à pied d’oeuvre avec les collègues de la scène nationale d’Evry et Véronique qui coordonne les activités culturelles de l’établissement. Quelques bonnes heures de sommeil avant de mettre en route le travail et de faire tourner à plein les énergies. Le travail se fera en collaboration étroite avec les soignants et quelques patients de l’hôpital. D’autres partenaires locaux travaillant dans différents domaines sur le territoire viendront prêter main forte à l’équipe.

Un samedi dans le Brouillard

On a répété au 11/19 à Culture Commune. On a commencé par une petite visite guidée du lieu pour nos amis-es du spectacle sur la Redoute. On a mangé sympathiquement tous ensemble à la brasserie des artistes place de la Mairie de Loos en Gohelle. On a bien travaillé, dans la matinée, on a revu le spectacle dans sa totalité. Dans l’après-midi, on a revu une fois encore tout le spectacle, les trois actes ont été décortiqués, replacés dans l’espace du 11/19 ; après des semaines à la maison pour tous de Wattrelos, nous nous somme adaptés à une scène plus grande, dans la salle 2 de Culture Commune. Avec Bénédicte, nous avons enregistré des moments de vidéo que nous voudrions insérer dans la pièce. Le temps avance ; après les fêtes de fin d’année, il nous reste un peu plus d’une semaine de répétition à la salle Jean Ferrat d’Avion. La création a lieu les 16, 17 et 18 janvier 2017 à Avion. Tous les artistes de « Qui redoute la parole ? » travaillent dans la journée et ne sont disponibles que le soir. On s’est adapté. Pour elles-eux il s’agit d’assurer deux journées en une seule. Quel courage !

Didier et les turbulents

Le temps file et on a oublié de mettre un article sur le très beau projet que mène HVDZ (Didier et Guy) avec les turbulents à Paris.

Le lieu est magique. Dès qu’on y entre, on s’y sent bien. On s’y sent ailleurs. Gilbert et Marie arrivent près du chapiteau et entendent la voix de Didier au micro qui explique les derniers réglages pour la restitution de l’après-midi. Ils rencontrent Philippe et Fabienne qui gèrent ce lieu de main de maître et qui les accueillent chaleureusement. On va manger dans un autre petit chapiteau où les turbulents cuisinent et servent.

Arrivent l’heure de la représentation. C’est beau et c’est émouvant. 40 turbulents qui nous parlent de la folie. C’est incroyable. On est ailleurs.

Le projet en est à ses débuts. Voici la note d’intention de Philippe Duban à ce sujet:

Note intention Ph Duban. Turbulences ! 
Titre provisoire : Trouble ∞

Depuis sa création, la Cie Turbulences ! interroge le lien social. Et revendique un espace de convivialité politique avec l’ouverture de son lieu « les Chapiteaux Turbulents ! ». La plupart de nos créations génèrent volontairement le trouble sur l’identité psychique des êtres auprès du public : normal ? Différent ? Qui est quoi ? Ce no man’s land est une zone précieuse de réflexion. Une petite onde propagée dans les consciences au-delà de la représentation, le sens du travail aussi, là où l’idée reçue présente une faille. La brèche impacte la doxa.
Différence, quotas, minorités, lignes forces d’un ensemble ? D’un même ensemble ! D’un sous-ensemble ? D’un autre ensemble ? De pas ensemble du tout ?

Et si ?

Pendant quelques mois, de cela quelques années, Joël Kerouanton, auteur passeur et Philippe Duban se sont interrogés sur l’histoire de la Folie à travers les âges, de Michel Foucault.
Les premières intentions de donner chair à un spectacle sont restées en jachère  Joël Kerouanton en a publié un ouvrage : Troubles 307,23. (Champ Social Editions)
D’autres priorités de création sont venues entre temps, fortes, éphémères, essentielles, collectives, laissant ce terreau disponible.

L’actualité se manifeste dans toute sa brutalité : repli identitaire, exodes tragiques, nationalismes exacerbés, fanatismes… La question des « différences » marque une omniprésence, celle de la place devient  exacerbée. Etre comme nous ou ne pas être.

Alors ?
Turbulences, où l’incroyable géométrie des cercles.
Et si nous étions sur la nef d’une réflexion en perpétuel devenir ? Pour une ouverture du champ (chant) des possibles. En mouvement pour un trouble infini ?

 Une résidence d’artiste, soutenu par la DRAC,  avec la Cie HVDZ, Guy Alloucherie, Didier Cousin, a établi un chantier sur 7 semaines sur l’année 2016. Une maquette, présentée en novembre 2016, sera la base à la création envisagée pour l’automne 2017.

turbulences! répétitions Trouble NE PAS DIFFUSER
Photo: Virginie De Gatzain
turbulences! répétitions Trouble NE PAS DIFFUSER
Photo: Virginie de Gatzain

l’ hiver est propice à la méditation

Tu dis que j’étale ma science, je ne suis qu’un pauvre idiot, tu le sais. Je m’accroche à un pseudo savoir qui est plus limité que le bout de mon nez. C’est une bouée de secours quand je me noie dans la piscine de Lillers où j’ai pied, à 12 ans, quand j’apprends à nager. C’est tenter un saut de l’ange du haut du plongeoir, dans cette même et magnifique (dans mon souvenir) piscine de Lillers et faire un plat monstrueux qui vide le grand bassin de toute son eau et laisse apparaître mes cadavres qui gisent sur le ciment du fond du bassin (pas de pull bleu marine). Les cadavres de ceux que j’ai été en attendant de renaître. Mourrais je tant de fois sans sortir de la vie ? (On ne meurt pas, on continue de vivre. L’espèce survivra. Enfin…jusqu’à aujourd’hui l’espèce n’était pas menacée de disparition. Maintenant, elle l’est. Même l’Artique ne fait plus rêver.) Des cadavres de ceux que j’ai été. Tout est enterré aujourd’hui et couvert de gravier rouge. Seules subsistent les cabines de bain. Les hommes n’ont aucun goût. Le souvenir heureux, ce temps plein d’espoir gît par 3,50m de profondeur (dans le grand bain). Rien n’était donc réel. Bientôt j’aurais tout oublié, bientôt tout le monde m’aura oublié. Alors quoi ? Je lis, j’écris, je me ressouviens, je pratique l’anamnèse, je veux contenir le temps, j’avance la peur au ventre, je m’instruis (petitement et à tort et à travers) pour lutter, je remonte les cours d’eau comme les saumons. Apprendre, c’est se ressouvenir (on peut se servir des livres (entr’autre). J’aurais voulu être un pigeon (tu le sais). Prendre de la hauteur, pour mieux comprendre, m’élever. Ou un poisson volant. A toujours baigner dans un même monde, au milieu des gens, on n’a pas la distance qui nous permet de prendre conscience, de savoir vraiment de quoi il retourne. Je cherche malgré mon âge, avancé, à m’individuer, encore. C’est bien tard, je te l’accorde. Je voudrais rattraper le temps perdu. A la recherche du temps perdu. Mais quelle drôle de chose, tous les matins au réveil, quand je me rends compte qu’il va falloir faire avec moi. Hier je me suis fondu dans la nuit au milieu des arbres dont je ne pouvais plus voir la cime, sur des chemins que je distinguais à peine et j’étais bien. Mes pieds tapaient les flaques d’eau boueuse, comme un enfant qui s’amuse, comme si mon corps s’était détaché de moi, enfin. Le génie, c’est l’enfance retrouvée. J’aurais dû mais on se fiche des aurais dû. Je n’ai pas de regrets.

La lutte des classes

On continue le chemin. Quelques journées à l’université ! Qu’est ce qu’on y a fait ? Parler, parler beaucoup. De culture légitime et de culture populaire. On a parlé longuement du travail qu’on mène en ce moment à Wattrelos avec les ouvriers-ères de la Redoute.
On a expliqué tout le processus qui nous a amenés à faire ce spectacle avec Les Redoutables, dans cette entreprise en crise. Qui se soucie de l’humain comme d’une guigne ! Qui s’en fout des gens, quoi ! Tout ce qui compte, c’est les sous et surtout ceux que les patrons, les actionnaires et les banques se mettront dans les fouilles, au détriment des ouvriers-ères et des plus mal payés, serviables et corvéables à merci ! Un cas classique, devenu bien trop classique ! Ce qui fait que les conflits se durcissent à nouveau très fort et que les rapports de classes s’aiguisent ! Les communistes reviendront bientôt et on remettra les pendules à l’heure. On partagera équitablement le travail et les richesses. On ne parlera plus de croissance économique mais de bien être, d’aimer la vie.
Prendre du plaisir au travail. Cesser les souffrances au travail, les surmenages, les burn-out, les suicides, les ségrégations, et casser les hiérarchies. Il n’existe aucune hiérarchie positive.