Bientôt Les Atomics, ce spectacle éphémère présenté dix fois à la Fabrique à Loos en Gohelle. Répétition en décembre et on joue en janvier. Comme un retour sur les Veillées. Les habitants qu’on a rencontrés. Le rapport au Louvre Lens. On a entamé en septembre notre huitième année de veillée. C’est pas étonnant qu’on ait trouvé cette forme de travail. On est resté si longtemps enfermé dans les théâtres, coupé du monde. Sans voir la lumière du soleil. C’est pas une vie. Fallait absolument qu’on trouve une ouverture sur l’extérieur, quelque chose à raconter aux gens. Les théâtres ont longtemps représenté dans beaucoup de pays des lieux où les gens venaient voir des spectacles mais aussi se retrouver, dialoguer, refaire le monde. On allait dans certains théâtres plus que d’autres parce que c’était des lieux différents où la parole semblait plus libre et partagée. Nous, en majorité, on a connu que les théâtres de spectacles tous mieux les uns que les autres. Tous plus beaux les uns que les autres. Point barre. Le reste, en ce qui concerne la relation aux gens, aux habitants, la communauté, la politique au fur et à mesure, c’est passé à la trappe. Sauf au Prato au début avec des spectacles comme Silence on détourne où Bail Bail avec Jacques Motte et Françoise Azaïs.
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à quoi bon rêver – carnet de route –
Hier, on est allé distribuer des questionnaires dans les cités autour de La Fabrique à Loos-en-Gohelle. Un questionnaire imaginé par Le Pavé, nos camarades de l’éducation populaire. Un questionnaire dont on discute chez soi ou au travail, au bar, en marchant, en faisant le tour des terrils, en voiture, dans le train, au restaurant…
Quelqu’un dans le quartier nous a dit, faut vous le renvoyer tout de suite ? – non c’est un questionnaire à discuter entre vous. Un questionnaire sur la réforme des retraites, les vrais problèmes, le mouvement social, l’image de ce mouvement social, les manifestations, les modes d’actions, le rapport à la violence, et vous ? C’est toujours agréable de passer du temps dans le quartier. On pensait faire un journal. On n’a pas fait de Veillée cette année dans le quartier. Ce serait l’occasion encore de déambuler dans ces rues si particulières de la cité du 11 et du 19. Pour distribuer le journal nous-mêmes et donner de nos nouvelles et prendre des nouvelles des habitants. Hier, on a parcouru la rue Saint-Pierre. A l’heure (quand la vie se tait doucement) où le soleil semblait se poser juste au bout de la rue. Sur la ligne de chemin de fer. Faut sortir dans le quartier. Ou La Fabrique deviendra étrangère aux habitants des environs. Le site du 11/19 et La Fabrique ont pris de l’envergure. On y vient travailler d’un peu partout. Mais on n’y habite pas. Faut pas co-exister sans n’avoir rien à se dire. A quoi bon sinon rêver de plus d’écologie et de justice sociale ou de démocratie participative?
grand bleu et apprentis – carnet de route –
Hier, on est allé au Grand Bleu à Lille et puis au centre de formation professionnelle du Nord-Pas-de-Calais pour mettre en place des interventions-Instantanés dans quatre lycées avec le Grand Bleu, Culture Commune et La Condition Publique et imaginer l’organisation d’ une Veillée particulière avec les CFA, (Centres de Formations d’Apprentis) de toute la région, si cette proposition est retenue.
Au Grand Bleu aura lieu au mois d’avril, un temps fort de deux ou trois jours qui réunira les différents lycées où nous serons intervenus. Nous avons pensé à des installations de photos et de vidéos mais aussi des actions comme les porteurs de paroles ou les conférences gesticulées pour transmettre des pratiques d’éducation populaire apprises avec Le Pavé. Qu’on retrouve sur le site du pavé: http://www.lepavé.org. Notre agenda se remplit considérablement. Tous les Veilleurs seront-ils disponibles tout le temps? Si on avait les moyens on pourrait engager tout le monde à temps plein. Nous serions plus présents encore sur le terrain. Il faut du temps pour chacun. Hier, on a lu Ph. Henry, « Arts de la scène » : un tournant nécessaire. Il y dit que « les mondes de l’art pourraient trouver de nouveaux développements en passant de de la convention d’originalité à une convention d’identité. Désormais ils auraient en particulier pour fonction d’aider les individus à se trouver, à s’inventer, à se distinguer… »
care – carnet de route –
C’est pas toujours simple de raconter ce qu’on fait. On a cette étrange impression que si le théâtre veut retrouver du public, il doit emprunter des voies différentes de la pure consommation des oeuvres (anciennes ou modernes)… mais c’est parfois impossible de raconter qu’on passe le plus clair de notre temps dans la ville à la rencontre des habitants pour co-construire des spectacles, pour élaborer ensemble des oeuvres qui sont le prétexte de conversations, de dialogues, de questionnement sur le rôle de la culture, de l’art, dans la vie, dans la politique.
Des démarches qui mêlent théâtre, danse, musique, cirque…. C’est parfois impossible à raconter parce que c’est inenvisageable (voire irrecevable) pour celui…pour qui le spectacle vivant n’existe que dans le lieu exclusif du théâtre (l’édifice). Pour qui considère le public comme une masse et non pas des hommes et des femmes dont il faut prendre soin.
jean michel lucas – carnet de route –
« …La confrontation du sens et des valeurs des dignités culturelles ne se fera pas à coup de
« règles de droit » et de « statistiques » objectives, d’œuvres imposées ou de « succès » estimés au nombre de « publics » ou de « consommateurs » de culture. Elle se jouera sur le terrain des « raisons profondes », des rêves et des espoirs, c’est à dire des imaginaires, des sensibilités, des symboliques toujours difficiles à cerner par les personnes elle-mêmes, leurs groupes d’appartenance comme par les « autres ». La confrontation du sens et des valeurs des cultures est un perpétuel chantier où les artistes trouvent leur place s’ils savent en donner des figures nouvelles, en explorer les tensions, déplacer l’équilibre des possibles et la distribution des capacités, pour paraphraser Jacques Rancière. La politique publique a ainsi besoin de la rencontre avec les créateurs mais dans un rapport qui prend en considération la personne elle-même c’est à dire qui la considère, prend soin d’elle, la « reconnaît au final, sans l’astreindre au seul rôle de « public » de « l’œuvre… »
sous le volcan -carnet de route –
On se disait tout à l’heure qu’on ressentait davantage la douleur de vivre et la peur de la mort dans l’entre_temps. La marche aide à surmonter la peur du vide. On écoute la radio en marchant; tout à l’heure, on écoutait quelque chose sur Sous le volcan de Malcom Lawry. Marguerite Duras disait, l’alcool c’est rencontrer Dieu. Tituber, c’est une métaphore du monde qui tourne en rond. Fascination de la mort. La mort du consul dans Sous le volcan, cette oeuvre culte et monumentale de la littérature contemporaine est d’une brutalité inouïe et bouleversante…
pontedera – carnet de route –
Les veillées c’est comme si on rajoutait un nouveau chapitre à chaque nouvelle veillée. Une forme qu’on ne finirait pas d’approfondir; ça nous rappelle toute proportion gardée et dans un genre complètement différent ce que faisait J. Grotowski quand on a eu l’occasion de le rencontrer. A l’époque nous étions encore au Ballatum Théâtre. J. Grotowski était installé à Pontedera en Italie. Pendant des années avec les comédiens qui travaillaient avec lui, des acteurs de toutes les nationalités qui pouvaient rester six mois ou des années, il travaillait sur ce qu’ils appelaient une forme. Toujours la même qu’il voulait rendre toujours plus juste. C’est une autre démarche que la nôtre puisque très ouverte sur les cultures populaires du monde entier, le travail était pratiqué en un lieu isolé et rares sont les gens qui ont pu assister à des démonstrations. Mais c’est l’idée de revenir sur une même forme en permanence pour la remettre en question, la transformer à chaque nouvelle rencontre, à chaque nouvelle veillée qui est un peu similaire. On pense à ça comme pour trouver des correspondances entre les expériences vécues au fil du temps. La première fois qu’on avait rencontré J. Grotowski, c’était pour un stage qui regroupait des troupes de théâtre qui venaient de toute l’Europe. On était regroupé dans un château dans l’Avesnois, du côté de Maubeuge. Pas loin de la frontière belge.
merci le public, acteurs du film et des quartiers, merci
tête en bas
merci!
Quel plaisir d’avoir passé plus de quinze jours dans les quartiers nord de Nantes et au T.U! Les gens sont merveilleux! Merci mille fois pour tout! Hier on a joué deux fois. Deux fois la Veillée. On a revu plein d’habitants du quartier et du campus. On a dialogué longtemps à nouveau sur les rapports de la culture à la vie de la cité, à la vie de chacun, à l’éducation, à la politique… On a dit qu’il fallait que les gens se sentent concernés et que le théâtre, la danse, le cirque, la vidéo, la musique sont des outils au service des habitants. Que l’art et la culture participent de la transformation sociale! On a beaucoup parlé dans cette veillée d’éducation populaire; ça revenait souvent dans la Veillée. Comme à Lomme, lors de notre précédente Veillée, on a beaucoup parlé de ducasse. La ducasse, dans le Nord Pas de Calais c’est la fête du village. La fête de quartier. Il y a des mots qui se disent et se redisent comme si c’était plus fort que nous. Education populaire! Ducasse! La veillée, c’est la ducasse! Une fête populaire et artistique à laquelle tout le monde participe!


