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Dans la peau d’une œuvre d’art

Demain nous irons dehors, avec l’atelier acro-enfants, pour proposer des « petites formes » dans le quartier de Cirqu’Conflex, Cureghem, du côté des abattoirs cette fois-ci.
Les enfants de Cirqu’en Presse, que nous avions aussi rencontrés mercredi dernier, vont se joindre à nous. On espère pouvoir lire bientôt leurs prochains articles.
La semaine dernière, nous avions pu découvrir le « Dans la peau d’une œuvre d’art » de Jessica.
« Bonjour,
Je m’appelle La Joconde.
Pour moi, c’est très difficile d’être une œuvre connue par beaucoup de personne.
Comme je suis une œuvre célèbre, j’habite dans un musée, le Louvre. C’est le musée le plus connu en France. Je suis une œuvre créée par Léonardo da Vinci. Il est très connu lui aussi. Comme je suis connue, je coûte très cher. Comme je coûte beaucoup d’argent, ils m’ont remplacés par une fausse. Ils ont peut que je sois volée. C’est pour cela que je suis bien cachée dans un endroit sombre. Il fait vraiment très noir. J’ai peur dans le noir.
Est-ce que un jour je sortirai de là ? »

Questionner notre création

Aujourd’hui je me suis demandée si j’essaie trop de plaire et satisfaire la création, les directeurs. Je ne veux pas faire ça ! Comment suis-je dans le groupe ? Quelle rôle est-ce que je „joue“ ? Est-ce que les autres me jugent parce que je dis quelque chose avec lequel ils ne sont pas d’accord ?
Moi je ne sais pas non plus où on va aller avec cette création, mais j’essaie de trouver mon plaisir dans ce qu’on fait. Mais est-ce que c’est moi, où est-ce que je le fais parce que je sens que je devrais être comme-ci ou comme-ça ? Je suis en train de trouver ma position et mon intérêt. Les autres peut-être aussi ? Et ça c’est okay et c’est bien d’être en échange. Même si on ne se comprend pas toujours. Je veux essayer de communiquer sans violence.
Je veux être moi-même et je me souhaite d’accepter les autres sans vouloir les changer. Je pense que c’est connecté avec la confiance.
Don’t doubt the people doubt the material.
Trois phrases de Didier que j’ai bien aimé aujourd’hui :
„Est-ce que on peux partager quelque chose, en tant qu’artiste, qui n’est pas fini ?“
„On a souvent dans la tête : ce qu’on montre doit être parfait.“
„Quelles questions se posent pendant la création? Il ne faut pas toujours avoir les satisfactions et réponses.“
Leoni, 10.12.18

Premier jour de la deuxième semaine. Questions.

Les 15 étudiants de l’ESAC rejoignent le groupe acro-danse de Cirqu’conflex. Tiki amène tout le monde, petit à petit, dans un mode de fonctionnement et dans des codes qui permettent de construire à l’infini une danse à partir d’enchaînement de morceaux plus ou moins improvisés. Après trois quarts d’heure à Cirqu’Conflex, on part « dehors ». Il pleut, on se dit que la gare n’est pas très loin et que là-bas, on sera à l’abri. On y est, on danse dans un grand hall de la gare de Bruxelles-Midi.
(…) Plus tard, on revient à Cirqu’Conflex pour discuter de la journée. Certains trouvent que c’est un peu frustrant de ne pas avoir le temps de régler quelque chose qui pourrait être beaucoup mieux. D’autres trouvent que c’est quand même super, que c’est une expérience bizarre et très différente. Chouette d’improviser à la gare, de le faire dans un autre environnement que l’habitude, même si on ne sait pas comment l’utiliser dans le collectif. Chouette, oui, mais le fait qu’on ne sache pas précisément ce qu’on va faire, le fait que ce ne soit pas assez travaillé, que ce ne soit que des choses jetées, que tout ça ne soit pas assez fructueux pour la création, revient à nouveau dans les échanges.
On interroge Tiki, le professeur d’acro-danse qui dira simplement : « Parfois, il faut sacrifier nos vies personnelles pour se mettre au service d’un truc plus grand. C’est comme un discours : si je parle tout le temps, sans faire de pause, je ne peux pas permettre aux autres d’intervenir. »
Petit silence. On réfléchit. Se mettre sur la réserve pour permettre au groupe d’exister.
Les échanges reprennent.
Le but c’est la rencontre, ce n’est pas le flash mob. Même si on ne fait pas quelque chose de nickel, ce n’est pas important finalement. Je suis surpris de voir qu’en fait là, à ce moment-là, on s’en fout si ce ne soit pas d’une grande qualité. Le but c’est la rencontre.
On apprend tous les jours, on n’est jamais au bout de ce qu’on travaille. (…) Comment partager quelque chose qui n’est pas fini ? Quelque chose qui est en cours de travail ? Est-ce que c’est envisageable ? Dans la tête on a toujours l’idée qu’il faut montrer quelque chose de nickel. Mais peut-être qu’il faut apprendre à se décaler. Et ne pas avoir dans la tête qu’il faut faire quelque chose de parfait.
Dans le travail qu’on fait-là, c’est intéressant de penser à toutes les questions que ça soulève, plutôt qu’aux frustrations que ça provoque. Travail d’artiste ? Travail de citoyen ? Des insatisfactions, il y en aura toujours parce que ce n’est pas lisse.

Le memory du multi-cirque

Aujourd’hui, on retrouve à Cirqu’Conflex les enfants de la Maison du Compas. Ils ont entre 8 et 11 ans. On les laisse commencer l’atelier, on reste à l’extérieur pour la première partie de l’atelier. On regarde, Leoni et Cecilia photographient, Fabio filme. Tout se passe bien, on se connait déjà, ce sont les enfants qu’on a rencontrés hier.
Et puis après l’échauffement, le jonglage et d’autres activités-multi-circassiennes, on propose le jeu du memory. Il faut, comme dans le memory habituel, reconstituer des duos d’images. Mais là, ce n’est pas deux fois la même image qu’il faut trouver. C’est deux photos différentes mais deux photos du même agrès. Pour cela, il faut connaître, reconnaître les agrès. C’est tout l’enjeu, faire que les enfants rencontrent d’autres spécialités du cirque. Alors, on essaie de faire deviner le nom de l’agrès à chaque fois qu’un enfant retourne une image et fait apparaître une nouvelle discipline.
Les idées fusent. « Hein ? c’est quoi ? » « Jonglage humain ! » « Rideau ? » « Hein ? »

Les circassiens du compas

Nous avons retrouvé aujourd’hui, à Cirqu’Conflex, les enfants que nous avions interviewés hier à la Maison du Compas : ils viennent chaque semaine à l’atelier multi-cirque. On montrera aussi quelques photos : trapèze, mât chinois, tissus, cadre aérien… : « Hein, mais non,  ça, ce n’est pas possible de le faire ! »

Dans une salle à manger d’un prince persan

Pendant notre quête d’offrir un morceau de danse, on était assez surpris aujourd’hui par un restaurant qu’on a trouvé dans le quartier [Anderlecht-Cureghem]. C’était un restaurant pakistanais et l’intérieur était comme une salle à manger d’un prince persan, où on a montré quelques morceaux de danse, après une petit histoire de « qui est le chef ». D’abord un serveur, à qui on a demandé si on pouvait faire nos passages de danse et les filmer dans le restaurant, puis il a dit que il faut demander au manager, après le manager est arrivé, il nous a dit qu’il faut demander à son chef. Après quelques minutes d’attente, le chef est arrivé, et puis il nous a dit qu’il doit demander à son chef si on peut le faire… et là on a pensé « ça va continuer comme ça jusqu’à ils appellent dieu ! » Finalement on a fait nos morceaux de danse sans la permission du « Grand Chef » dans ce restaurant assez « Netherworldly ».
Patrick

Energie, émotions, échanges

J’ai travaillé dans un petit cirque en Suisse. Pendant les vacances, il y a des « camps » pour les enfants, et une semaine est prévue uniquement pour des enfants avec des problèmes sociaux. Des enfants qui n’ont pas de parents, ou des parents avec des problèmes de drogue, ou des problèmes d’agressivité, la prostitution, la prison…Cette semaine-là, nous faisons un co-travail avec une association qui s’appelle Kovive. J’ai toujours préféré travailler avec les enfants des Kovive qu’avec des enfants « sans problème ». C’est bizarre de dire ça, mais je sens que il y a plus d’énergie, plus d’émotions, plus d’échanges, plus des profits. En général, je pense qu’on ne peut pas comparer la Suisse avec Anderlecht. Mais, en Suisse, les gens sont trop privilégiés et les problèmes ne sont pas des problèmes graves.
Carla