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L’autre qu’on adorait

Difficile de ne pas se demander dès qu’on perd un peu la foi ( en tout ), à quoi on sert ? Ça n’est pas tout les jours le cas, heureusement ! Sinon, tu te tires une balle dans la tête (les pistolets 22 long rifle sont en vente libre à condition de présenter une pièce d’ identité à l’armurier) ! On a connu une époque, quand on était encore au théâtre Arc en Ciel de Liévin, où on parlait à toutes occasions de mettre un terme à sa vie. On était trois camarades à imaginer tous les soirs comment on s’y prendrait. On était en plein dans le temps des mises en scène des textes de Tchekov. Je me souviens bien de cette phrase qui revenait souvent dans la bouche de l’un d’entre nous, on est trop heureux, ça cache quelque chose  ( sous entendu, quelque chose de dramatique ). On était très influencé par les pièces de Tchekov et de Ray Carver. On était très loin de ce qui nous occuperait avec force, plus tard, après la disparition de notre groupe : les déterminismes, la lutte des classes, les luttes sociales, la transformation sociale. Le soutien aux réfugiés, le théâtre avec les gens, l’éducation populaire. Ça n’empêche pas de prendre en masse des antidépresseurs et autres psychotropes. Ça se saurait, s’il suffisait de faire de la politique pour calmer les désordres  psychiques en tous genres. D’un graffiti révolutionnaire et de défiler pendant des kilomètres, à faire le tour de la terre en criant à bas, les injustices, la misère, l’inhumanité ! Ça participe des comptes à régler avec le monde et la vie.

Franck, AnAÏg, ANthony et les autres…

On a tenté ces deux dernières années des ateliers d’Education Populaire en souvenir de ce qu’on avait fait avec la Scop « Le Pavé », animée en particulier par Franck Lepage, qui aujourd’hui a marqué le pas, pour profiter de la retraite. On avait beaucoup appris lors des deux semaines de stage avec l’équipe du Pavé. Sur la fonction de transformation sociale de l’éducation populaire et sur ce qui depuis Malraux avait éloigné le théâtre des gens, en particulier des gens des quartiers populaires. Anaïg, qui faisait partie du Pavé nous avait dit, je ne crois pas en l’art, qu’elle considérait davantage comme un outil de propagande du ministère et de l’état  que d’une réelle possibilité de dénoncer des injustices, des oppressions, la souffrance au travail, des abus de pouvoir, le néocolonialisme ou la montée inexorable du racisme et des extrêmes droites en Europe. Rien ne dit que nous aurons cette année encore la possibilité de faire se rencontrer le public avec des écologues, des spécialistes des politiques du genre etc. afin de susciter la réflexion et bousculer l’ordre établi.
On manque de temps, de bonne volonté et d’argent. On fera mieux la saison prochaine. Tout ce dont on parle là ne peut pas attendre mais Léon et Léonnie n’ont pas quatre bras.

Et Hop là !

La Communauté de Communes de Lens-Lièvin qu’on appelle la CALL à qui appartient le site du 11/19, à qui on loue nos bureaux depuis la rénovation du site, y a installé des containers de tri sélectif des déchets. J’y suis passé tout à l’heure pour faire du ménage dans ma voiture, sous une pluie battante. Pour y arriver, j’ai traversé la cité des Provinces, juste en face de la Base. J’ai revu la maison qui nous avait servi de quartier général à l’époque de notre dernière veillée sur la cité. Je me souviens qu’on avait mêlé la Veillée, nos entrevues avec un max de gens dans le quartier, des actions artistiques à tout va (mais toujours des interventions douces avec l’intention constante de faire danser, et chanter les gens) avec la construction d’un parcours sensible dans le quartier. On s’était placé à différents endroits, pour proposer aux gens du quartier et d’ailleurs, le long d’une ballade spectaculaire, des performances autour de la cité et des environs. Martine avait ramené Marguerite Duras dans les corons (un magnifique travail sur les sonorités). Jérémie avait réalisé un film sur les multiples virées des danseurs de la compagnie au fil des ans dans la cité. Mourad avait donné à voir des extraits d’un prochain spectacle sur le city stade, qui se prêtait comme un gant à son histoire. Guy et Marie (dessin) dans la salle 1 de Culture Commune ont fait un bref état des lieux de la faune sur les terrils, sublimes et emblématiques terrils du 11/19, qu’on voit de très loin, d’où qu’on vienne, comme les pyramides du Caire. Didier a donné à voir et entendre son point de vue sur la cité, qu’on ne voit jamais de la même manière, selon ce qu’on regarde, ce qu’on sait du lieu et qui on est. On allait d’un endroit à l’autre guidé par les savants de la chaîne des terrils et du centre touristique de Lens Liévin qui nous racontaient l’histoire du bassin minier au travers de la cité des Provinces. Ça fait plaisir de se rappeler tout ça. On ne peut pas vivre en oubliant ce qu’on a fait dès qu’on est passé à autre chose. Rendons Sisyphe heureux !

dolce vita

On est toujours rattrapé par le scepticisme et la relativité. Qui font l’essentiel de nos vies. D’un instant à l’autre rien n’est jamais vraiment pareil. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. On peut être d’un coup très joyeux et puis le moment d’après, rien ne va plus. Plus rien alors ne trouve grâce à nos yeux. On cherche à retenir les moments de bonheur qui nous filent aussitôt entre les mains. Comme s’il fallait, pour résister, constamment rester à distance pour ne pas se trouver trop affecté par ce qui nous arrive en bien ou en mal.

Cette saison, il va falloir apprendre à maîtriser ses mouvements d’humeur pour traverser les tempêtes qui nous attendent. Même si on y va avec beaucoup d’enthousiasme et de tolérance. Il va falloir prendre de la hauteur, pour ne pas se laisser prendre au piège de la réalité. S’élever comme le font les poissons volants pour sortir du milieu ambiant. S’extraire du grand bain des tensions incessantes, et revenir grandi, plus compréhensif pour partager nos égarements, accepter nos impuissances, nos personnalités si différentes. Et tout ira bien.

APrès la lutte

C’est bien dommage qu’avec Robin Renuci et les Tréteaux de France, on ne soit pas allé au delà des trois années de partenariat. On a travaillé pendant trois ans sur le conflit des Redoutables à Roubaix. On a d’abord fait tout un travail de rencontres et de réflexions avec les ouvrières de La Redoute. On a présenté un film spectacle avec les salariés de l’usine à la Condition Publique, au haut-lieu de spectacle de la ville de Roubaix. Puis on a écrit un texte à partir de nos discussions avec les ouvrières qu’elles ont joué à la Boîte à musique de Wattrelos et à Avion, l’année dernière. On s’est tous et toutes donné sans compter. Mais on n’est pas allé pus loin. Trop coûteux et trop logistiquement compliqué. Les interprètes du spectacle étant, pour une grande part, après avoir été licenciés, en formation, ou travaillant ailleurs, ou en charge d’âme (ayant la garde d’enfants et de petits enfants). Ce fut une très belle aventure. On aurait beaucoup aimé qu’elle perdure. On était bien, là.

La douche froide

Les espèces animales disparaissent comme jamais dans toute l’histoire de la vie sur terre. La menace est aussi (ou à peu près) urgente que dans le film Melancholia de Lars van Triers. A cette différence près qu’il ne s’agit pas d’une autre planète qui vient s’écraser sur la terre et la détruire. C’est la biodiversité sur terre qui est en jeu. Les scientifiques appellent cela la sixième extinction. La précédente a été celle des dinosaures (les uniques descendant des dinosaures, vivants aujourd’hui sur la terre, sont les oiseaux). Alors que les espèces ont disparu, à chaque extinction, en l’espace de quelques millions d’années, de nos jours, elles diminuent à une vitesse extraordinaire de quelques dizaines d’années. Pour beaucoup d’ imminents écologues comme Marie Décima ou Benoît Fontaine, la situation est quasi irréversible (Y a de quoi se taper une grosse déprime). La vie ne disparaîtra pas, des animaux résisteront aux effets toxiques, climatiques, radioactifs, comme c’est le cas autour de Tchernobyl, là où un être humain ne peut survivre plus que quelques minutes. Comment on en est arrivé là ? (Ceux qui croit en un quelconque Dieu aurait dû sincèrement nous prévenir) Il fallait pas toucher à l’arbre de la connaissance, fallait pas chercher à tout comprendre. Ou autrement sans doute, sans cette idée folle de vouloir tant et plus, sans qu’on ait besoin de tous ces produits manufacturés pour vivre. La société du spectacle selon Debord, c’est la marchandise qui se regarde dans la glace, pour mieux se vendre et pour qui seule la marchandise compte. C’est chaud !

roulez doucement entre les deux caps, une pure merveille

Quand on était gamin, l’amicale laïque emmenait toute la cité en bus (six à sept bus partaient dès l’aube) à la plage à Berck sur Mer ou Merlimont et on rentrait le soir. Une journée de bonheur. On dit qu’il faut recouvrir les mauvais souvenirs avec les petits bonheurs. Ces voyages annuels d’une journée à la mer sont restés gravés dans ma mémoire pour toujours. A l’heure d’aujourd’hui, on y va pour ainsi dire plus jamais. Pourtant les plages du nord sont grandes, à perte de vue à marée basse et d’une divine beauté dans la lumière du jour qui se lève. On a troqué l’immensité indéfinie de la mer du Nord et de la Manche pour la piscine de Liévin (histoire de garder un contact avec l’eau, tout de même). On a ici déjà beaucoup vanter les mérites de la piscine de Liévin mais bien entendu, il faut raison garder : rien à voir avec la beauté extatique de la côte d’Opale.

Qu’est ce qui s’est passé ? – la crainte de ne pas retrouver la puissance du souvenir d’enfance ? Où autre chose ? A la piscine on est toujours obligé de faire demi-tour (à moins de se noyer sur une longueur) ! C’est ça qui est rassurant ! Pas de risque de s’égarer au milieu des courants et de partir au large.

H. Michaux chantait : Emportez-moi dans une caravelle,/Dans une vieille et douce caravelle,/Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,/Et perdez-moi, au loin, au loin./Dans l’attelage d’un autre âge./Dans le velours trompeur de la neige./Dans l’haleine de quelques chiens réunis./Dans la troupe exténuée des feuilles mortes./Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,/Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,/Sur les tapis des paumes et leur sourire,/Dans les corridors des os longs et des articulations./Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

J’aurais jamais cru

C’est la 22 ème année d’ Hvdz. Tous les ans des spectacles, des formations, des stages, des ateliers de coconstruction avec les gens. C’est tellement long, qu’on ne se souvient évidemment pas de tout.
Notre base de travail a toujours été la même. Il n’y a plus aucune raison raisonnable que ça change. Lié à Culture Commune pour des siècles et des siècles. Notre atterrissage à Culture Commune a tout changé. L’existence de la compagnie sur ce lieu a déterminé son essence.
Et ça continue.
Rien n’aurait été fait par Hvdz sans la révélation bourdieusienne que fut notre collaboration avec C.C. Révélation personnelle et incidence déterminante dans nos choix de réflexions artistiques et de créations avec les populations. On ne sait rien ou si peu et c’est de ces dialogues avec les personnes des cités populaires en priorité qu’on va apprendre et reconstruire. On se fait la courte échelle pour s’élever. Tout seul, on n’y serait jamais arrivé. Et de toute manière, c’est comme ça que ça se fait. L’égoïsme profond et l’individualisme consumériste qui constituent la réalité de nos vies sont contraires au sens même de la vie, du bien être et du sens commun.

Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. J. Jaurès