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Ça déménage

Encore une journée caniculaire sur Paris et des pics de pollution. Dans le chapiteau des Turbulents les climatisations tournent à plein régime. La journée fut l’occasion de nombreuses propositions nouvelles. Aujourd’hui, nous avons travaillé avec Laetitia qui donne des cours de trapèze aux Turbulents depuis quelques années. Nous avons travaillé quelques séquences empruntées au travail régulier de Laetitia que nous avons déconstruites sans rien détruire. Des textes et des dessins ont été réalisés tout au long de la journée. Chacun-ne des auteur-es et dessinateur-es est venu-e au centre du plateau expliquer aux autres son dessin ou dire son texte. Filmé par Didier. On a fait dans l’après-midi des nouvelles tentatives au trapèze. On est tous, ce soir, épuisés, fatigués par cette journée intensive (et physique) dans la chaleur d’une fin d’été exceptionnellement brûlant. Demain arrivée de Fatiha, pour la chorégrahie et la danse, plus généralement. Ce soir, avant de rentrer chez soi, on a longuement parlé de Pina Bausch.

Les Turbulents, Kantor, Joseph Nadj, Howard Buten

On a passé la journée à improviser. Le thème de la recherche est, ça déménage !. Des dizaines de textes, de dessins, de chants, de tableaux nous ont été proposés au cours de la journée. Ce sont des moments très agréables, très inventifs. Les Turbulents laissent libre cours à leur imaginaire. On passe ainsi du plus drôle au plus émouvant. Certaines improvisations sont très physiques mais les comédiens-nes vont jusqu’au bout de leur engagement, quoiqu’il arrive. E., au cours d’une improvisation nous a confié qu’il n’imaginait pas déménager d’ici peu puisque il a prévu, dans son plan de vie, de travailler aux Turbulents jusqu’en 2054, jusqu’à sa retraite. Il vient d’avoir 22 ans. Quel magnifique preuve d’attachement à ce lieu extraordinaire où nous (Hvdz) avons la chance de travailler pour la seconde fois !

Avec cette chaleur, on perd ses moyens

Une autre journée de travail avec les Turbulents. Didier avait préparé quelques scènes, à monter comme un possible début. Ça démarre bien. Il faut poursuivre. Grosse panique ce soir, puisque Didier a égaré son cahier de notes sur le chemin du retour. On a fait le tour des possibilités et il nous est apparu qu’on devait téléphoner au café où on s’est arrêté prendre un rafraichissement. Coup de chance, le cahier est bien là-bas. Une angoisse de moins pour la soirée. Ça rassure et ça soulage. On peut continuer la route, en rêvant des montages sur les traces (écrites) de tout ce qui s’est passé depuis le début. Ouf !

AU boulot !

Au chapiteau des Turbulents, ils et elles ont fait déjà des montagnes de propositions. Demain on va faire un petit montage, en parallèle d’une mise en abîme. Mettre des mots sur les mots. Les répandre, les épandre, les saisir au vol pour les retranscrire avant de les relancer dans le jeu. Si c’est possible. De l’écriture de plateau, au sens littéral. De l’écriture, simplement avec des mots, des points, des virgules, des deux points, des points virgules, des trois petits points. Beaucoup de trois petits points. Des mots de mise en place pour donner forme, pour mettre en place un extrait, ce qui pourrait faire un extrait d’un spectacle, construit à partir des suggestions turbulentes. Donner de la parole au choryphée.

Calais, ville fortifiée

A Calais, la construction d’un mur est engagée le long de la rocade qui dessert le port de Calais. Les migrants n’en finissent pas d’arriver à Calais. Malgré toutes les mesures de barrage, de coercition et de violence policière qui ont été prises ces quinze dernières années,  les migrants sont chaque jour plus nombreux à se regrouper à Calais. Rien ne pourra les arrêter. Chacun le sait bien et en particulier, ceux qui investissent dans ces constructions, censées dissuader les gens de passer en Angleterre. Cette politique d’affrontement menée contre ces femmes, ces hommes qui sont les victimes des guerres meurtrières que mènent les riches de ce monde (dont la France) ne peut qu’attiser la montée des extrêmes et participer de la haine qui ne profiteront qu’à ceux qui veulent instaurer un état fasciste (fondé sur la politique du bouc émissaire et le rejet de l’étranger) en France et au delà.

le doute

Ça bout, là-dedans ! Tout y passe (dans la tête). Comment venir à bout de tout ce sur quoi on s’est engagé ? On le fera, c’est sûr ! Mais faut qu’on sache s’y prendre habilement, pour ne pas s’épuiser dès le début ! On n’a pas démarré encore (ou presque) et les journées ne sont pas assez longues pour tout faire, tout mettre en place. On s’en sortira, c’est sûr. Mais faut qu’on trouve des solutions appropriées pour continuer à faire des choses plaisantes, intéressantes et qui font sens. Artistiquement, humainement et politiquement parlant. Pour ça, faut toujours garder du recul, prendre de la hauteur sur ce qu’on fait pour mieux comprendre. Prendre de la hauteur comme les poissons volants qui sortent de l’eau pour se rendre compte de l’univers dans lequel ils évoluent. Sinon, on fait pour faire et ça n’a aucun sens pour personne. On évolue alors dans un milieu qu’on n’arrive pas à saisir parce qu’on est constamment contraint, coincé à l’intérieur et on n’est plus en mesure de savoir quel contour, quelle forme, quel contenu, on voudrait donner à ce qu’on veut mettre en place. Parce qu’on perd le lien avec l’extérieur, le reste du monde et on oublie qu’on n’est pas seul au monde et on ne pense plus parce qu’on n’a plus les moyens du dialogue, de la distance que nous permettent la critique, la remise en question.

On a repris le travail ces jours-ci

Je passe une bonne partie de mes journées à regarder ce que Didier, Philippe et les Turbulents ont inventé durant les trois semaines de recherche qu’ils ont menée à Paris ces deux derniers mois. Didier a tout filmé. Ça représente plus d’une quinzaines d’heure de film. C’est comme si j’y étais. J’essaye de classer les séquences en fonction du mode d’improvisation. Cirque, danse, musique, théâtre et masques. La musique est très présente et peut être, devrait-on faire un cabaret- concert rassemblant des interventions de tout le monde. Les Turbulents d’abord et tous ceux qui travaillent avec eux. Tout cela me fait beaucoup gamberger. On verra cela de plus près, dès lundi. Je suis persuadé qu’on doit fouiller davantage l’aspect poético-littéraire et chaotique. En lien avec la musique.