Famille d’accueil

Hier, nous sommes allés à la réunion des familles d’accueil à Savigny/Orge.
Les médecins, les psychiatres, les familles d’accueil se réunissent souvent pour parler de problèmes rencontrés avec les enfants. Hier, le thème était la gestion des écrans. Nous sommes arrivés à la fin de la réunion pour poser des questions à ces dames (et oui, il n’y avait que des femmes) qui prennent des enfants en difficulté chez elle pour leur donner de l’affection, des soins, un suivi. Le but étant que ces enfants aillent mieux. La grande joie, c’est quand ils partent mais les sentiments se mélangent car passer 5 ans avec un enfant que l’on considère comme partie prenante de la famille et le voir partir, c’est aussi une torsion du coeur.

Une dame nous raconte que pour surpasser la tristesse, elle se dit qu’elle est comme une aide-soignante. Qu’elle est là pour soigner l’enfant qui est comme « hospitaliser chez elle » et quand il part, c’est normal, il est guérit.

Un autre peut arriver. Et la vie continue…

« Ché pas danser, m’dame… »

Puisque le lieu s’y prête et puisque les veilleurs ont envie de danser la valse, il suffit d’un air entraînant et c’est parti ! Mais pour la valse, il faut un cavalier ou une cavalière et là… il va falloir ruser, tendre la main, pencher légèrement la tête sur le côté, prendre un air convaincant et suggérer le bien-fondé de la chose.
Un « wesh, madame, ché pas danser ça, moi ! » ne fait pas le poids face au sourire qui a déjà amorcé le mouvement et c’est parti ! La valse se transforme en une suite de vire-voltages libertaires trans-générationnels. On improvise, on s’accommode, on invente une valse à mille temps et on entend un « wesh, madame, c’est trop bien ! »

Pari gagné et ce soir, un jeune garçon de 20 ans à casquette pourra dire qu’il a dansé la valse !

Au printemps, c’est joli pour se parler d’amour…

Et là, ce n’est que le début des émotions partagées parce que nous sommes aux Mares-Yvon, à l’hôpital de jour. On sent que dans cette grande salle, une forme d’ébullition se met en place.
Il y a du mouvement dans l’air mais pas seulement. Il y a Céline et Laurence qui ont envie de nous montrer une chorégraphie. Leur chorégraphie.
Tout est prêt. Les chaises, la table de ping-pong et les plantes vertes ont été poussé contre les murs. L’espace est libre, le public éphémère est en place et le son sera celui de Barbara.
On sent le temps passé à répéter et répéter encore ce duo qui tangue et qui chavire comme les paroles de la chanson. Tout est beau et si on ne se retenait pas, on pourrait pleurer. Les gestes et les regards de ces deux jeunes femmes semblent se demander : « dis, quand reviendras-tu ? » et insister : « parce que le temps qui passe ne se rattrape guère ». Les faces à faces succèdent aux dos à dos et on croit entendre les corps qui disent : « je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin ». Là, on n’a pas envie de mourir. On a envie de danser. Alors Céline et Laurence nous entraînent dans leur duo qui devient un groupe de danseurs. On forme un grand cercle, on se frôle, on se sépare, on se regarde, on suit le mouvement triste et si joyeux de la mélodie.

Alors, c’est vrai « au printemps, c’est joli pour se parler d’amour ».

Les tesselles, on les laisse entières !

Ce matin, on a découvert l’activité mosaïque des Mares-Yvon.

Le lieu est paisible, les salles sont spacieuses et claires. Il y a de la couleur partout : dans les placards, dans les tiroirs, sur les étagères, sur les portes, sur les tables et sur les murs.

Il y a des pinceaux, des pinces, des ciseaux, des crayons, des boîtes, des pots et des bocaux.

Il y a des bruits aussi, des sons qui relient les gens à la matière. On entend le cliquetis des pinces à roulettes qui cassent les carreaux de mosaïque. On entend les petits morceaux de tesselles brisées tomber sur la table. On entend le froissement minéral des mains qui cherchent les tesselles rangées par couleur dans des barquettes en plastique. On entend les pinceaux qui caressent les surfaces dociles. On entend les chuchotements des mosaïstes.

Il y a des senteurs de colle, de peinture, d’enduit et de vernis.

Autour de la longue table, chacun s’affaire sur son ouvrage avec une méticulosité nécessaire. Les gestes sont précis et maîtrisés, les outils sont des doigts supplémentaires.

Les gentilles infirmières mettent à notre disposition tout ce qu’il faut pour créer un tableau en un temps record. Jérémie propose deux couleurs pour améliorer notre performance et accentuer les contrastes et… les tesselles, on les laisse entières parce que cela permet de garder un effet géométrique et rectiligne. On choisit un fond noir et des lettres blanches. Le cadre est dessiné, le motif apparaît peu à peu et l’ensemble devient une œuvre collective artistiquement belle.

On ne colle pas.

On ne colle pas parce que Jérémie va fabriquer un film avec ce tableau et nos mains qui prélèvent les tesselles une à une jusqu’à ce que les formes et les couleurs disparaissent puis réapparaissent avec la magie du montage vidéo.

Cette mécanique du geste sur les petits carrés bicolores anime la mosaïque et de nouveaux motifs apparaissent de manière inattendue. A la fin, il reste une bordure blanche et le support en bois clair : notre œuvre a disparu mais… pas complètement puisqu’elle est dans le film et qu’elle y restera !