Un coeur de brique, ça s’émiette, ça s’effrite, ça perd de ses éclats

C’est la semaine Brique à Beauvais. Trois soirs dont un bord de plateau le premier soir (ça veut dire qu’on discute avec les gens à la fin du spectacle. J’ai un horrible défaut, je ne laisse pas le temps aux gens de s’exprimer. C’est la honte). Demain, faut que je passe un peu de temps à revoir le texte. J’ai tout ce qu’il faut, à la maison. Dont un prompteur (sur l’ordinateur) qui m’oblige à dire le texte, les yeux fermés, aussi vite que défile le texte, sur l’écran. Pour ce qui est des commentaires, que je fais, sur les photos de famille, pendant le spectacle, c’est toujours libre cours à l’inspiration du moment. Cependant, je dis, à peu près, toujours la même chose, sauf si la salle réagit très positivement, auquel cas, il m’arrive de raconter une anecdote ou deux de plus. Ou de jouer avec les réactions du public. C’est l’avantage d’être seul sur le plateau. Mais bien souvent mes collègues qui sont dans la salle me conseillent de ne pas en abuser. Ça peut lasser le public qui est venu assister à 1h10 de spectacle, alors que le spectacle n’en finit pas. Demain réunion à Loos en Gohelle à 10 h pour parler production et faire un point sur la journée des camarades au Sénat. Et dans l’après midi, répétition de la Brique.

herbstlicher sonntagsmorgen

Un jour après l’autre. On verra bien. Inch Allah! Arrivera ce qui arrivera. Ce qui compte c’est ce qu’on cherche au fond de soi. L’autre, c’est à dire l’universel. On a tous en soi ce qui fait le monde entier. Amor fati. Aimer son destin. Ce contre quoi on ne peut rien. The world is a stage. Y être indifférent (une façon d’accepter et par delà, d’aimer).  Dans la pensée, rechercher la vérité, éviter le mensonge au maximum même si on doit mentir parfois pour ne pas faire mal. Pour protéger l’autre , se protéger aussi, d’une autre manière (prendre soin). Dans l’assentiment, comme il est dit plus haut, être indifférent quand on n’y peut rien. Dans l’action, travailler pour le bien de tous. Ne pas être égoïste. Ça ne sert à rien d’être tout le temps dans l’angoisse, de mener sa vie la peur au ventre, dans l’attente de ce qui pourrait arriver.

Laisse venir. De toute manière, tu n’y peux rien. Alors aime ça. L’herbe folle qui pousse à travers le bitume, accepte là, puisque c’est là et puis c’est tout. La force de vie. Aimer. Der Wille zur Macht. C’est rien d’autre que ça.

La neige (un peu) est tombée sur les collines d’Artois et les terrils

La semaine prochaine, on joue à Beauvais, trois fois. La Brique. Et la semaine suivante on retourne, pour la dernière fois cette saison, à Paris, chez Les Turbulents. Et on enchaîne par les répétitions sur la Redoute. En même temps on va à la faculté d’Arras et chez les passionnés de théâtre de la Fabbrika, du Channel, à Calais. Après, on joue La Brique à Bruay chez Maggie, au Bookkafé ! Puis viendra Noël. On avait tenté avec Maggie de jouer le 25, au Bookkafé. Ou le 24. Mais on s’est dit qu’après tout ce serait mieux un autre jour. C’est comme ça. Ça fonctionne comme ça. C’est la famille qui prime. La sainte famille. Gilbert et Marie vont au Sénat ce lundi pour une réunion sur les droits culturels. Je n’ai pas eu de nouvelles de Lucien et d’Eperlecques, à Culture Commune, j’espère que ça s’est bien passé. Nous sommes producteur délégué sur ce spectacle dont on a suivi la construction, lors d’un pas à pas, financé par la direction régionale des affaires culturelles. Le pas à pas consiste à ce qu’une compagnie expérimentée (avec des années de terrain derrière elle) prête main forte, dans tous les domaines à une jeune troupe, des jeunes artistes. L’an dernier, nous avions Lucien qui se questionne sur le genre et la construction des identités, et cette année, nous accompagnons Forbon qui travaille sur les berceuses du monde entier.

Les Sublimes, la reprise (acte 10) Fin de la première partie

On a quitté le CNAC . On finit la première session. On a donc refait Les Sublimes. Avec dix-huit interprètes cette fois, au lieu de 11 à l’origine. On a présenté le travail à une dizaine de personnes de l’école. Les gens nous ont dit qu’on devrait rester là, sous le chapiteau, avec les lumières blanches et garder le spectacle dans cette forme brute. Sans aucun effet. En utilisant tout le chapiteau. Qu’on voit les coulisses, qu’on les voit se préparer. Parce que ça va dans le sens du spectacle, de la solidarité, et de la fraternité. Parce qu’on voit l’équipe se soutenir et s’encourager.

Les Sublimes, la reprise (acte 9)

On a démarré une heure plus tard qu’à l’habitude. Et on a fini une bonne demie heure plus tard que les autres jours. On a connu des problèmes techniques tous les jours. Et la poste de Loos en Gohelle a perdu des cassettes miniDV du spectacle, que Marie S. nous a envoyées en Chronopost, avant hier. Le colis n’est pas parti. On a continué à sillonner les rues de Châlons, à la recherche de faux sang, de cellophane et de la possibilité de numériser la seule cassette des Sublimes aujourd’hui en notre possession (à moins que la poste de Loos en Gohelle ne retrouve bientôt nos films). Guy A. est arrivé bigrement en retard à la répétition cet après-midi, après avoir couru (au sens propre) des kilomètres dans le centre de Châlons, pour trouver une clé USB suffisamment puissante pour y déposer la pièce au complet, numérisée. On a fait un nouveau filage cet après-midi. Puis lecture de notes. On a filmé le filage.

Quand nous sommes tous retrouvés ce matin, pour démarrer la journée de travail (la reprise des Sublimes par les étudiants du CNAC de première année), nous n’avions qu’une pensée en tête, l’élection américaine. A bien écouter le spectacle, il est prémonitoire, Ephraïm qui reprend le rôle de Peter James, dit, au travers d’un texte d’Edgar Morin, combien notre monde est en mauvais état et qu’il s’agit de le transformer, par la gauche, (plus de mains tendues, plus de fraternité, d’égalité, de justice sociale et travailler à la transvaluation : faire passer l’humain, le bonheur et la liberté de tous avant tout le reste, favoriser l’éducation populaire, mettre vraiment un terme aux privilèges sociaux, économiques, répartir équitablement les richesses). Dans le spectacle Ephraïm dit qu’il faut agir vite avant que les fachistes de tous bords, les populistes, les intégristes religieux, les islamistes, ne s’emparent du problème pour le traiter à leur manière, dans tous les domaines, par le repli sur soi, la peur et le rejet de l’autre.

Un séisme pour le monde…

Cette nuit, Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis d’Amérique.

Hier après-midi, Gilbert a accompagné Antoine Repeese pour un projet mené par HVDZ avec l’école de la cité-Ouest. Quartier isolé et en difficulté de Loos-en-Gohelle.
Antoine travaillera sur les identités multiples en photographie. Marie et Anne l’accompagneront à tour de rôle pour faire écrire les enfants autour de ce projet sur cette fameuse question: Qui sommes-nous? Qu’est-ce qui construit notre identité? Le projet durera jusqu’au 24 janvier.

Ce matin, sur Facebook, un de mes amis poste ceci:
« Les américains choisissent Trump, les britanniques suivent leurs populistes et quittent l’Europe, les polonais vont vers le repli et le rejet des autres, les français se tourneront peut-être vers le Pen…
Il est peut-être temps, chers amis, de dépasser les seules commentaires ou plaintes et de s’engager pour nos idées et leur défense, au risque sinon de porter chacun la responsabilité d’un avenir peu réjouissant ».

Hier matin, Marie part à Etampes, à l’EPS Barthélémy Durand. Rencontrer tous les services de cet énorme établissement pour mettre de l’ordre et organiser ce lourd projet avec Véronique, une jeune femme épatante qui gère toute seule tout un projet autour de la culture dans l’hôpital psychiatrique. Bravo Véronique. Quoiqu’en disent les hommes blancs misogynes qui passent leur temps à humilier les femmes.

Hier sur facebook, une de mes amies poste ceci:
« Enrichissant mais pas toujours facile ce genre d’expérience… En tout cas, UTILE voire INDISPENSABLE! Bravo et hauts les coeurs! »

Demain, Lucien Fradin fera deux scolaires de son spectacle Eperlecques à Culture Commune. Un spectacle qui parle de manière fine et intelligente de la question du genre, de l’homosexualité, de l’adolescence et ses difficultés.

Il y a 10 ans à la fac, on me disait que « l’émancipation humaine de toutes les formes d’aliénation combat donc le machisme dont sont victimes les femmes et les personnes LGBT. Émancipation pour permettre l’épanouissement de chacun-e, et cela passe par le respect de ses différences, le respect de ce qu’il-elle est, non pas seulement dans les apparences, mais au plus profond de lui-même-d’elle même (ce qu’on appelle « l’identité de genre » ) – le respect de son orientation sexuelle. »

En ce moment, Guy et Mathilde sont au CNAC pour la reprise des Sublimes, un spectacle dit militant à l’époque.

A 7 h 30, la présidente du FN a adressé sur Twitter ses «félicitations au nouveau président des Etats-Unis Donald Trump et au peuple américain, libre».

Les SUblimes, la reprise (acte 8)

Encore deux jours et cette première session de reprise des Sublimes prendra fin. On a prévu un filage public, jeudi, à 15 heures, au chapiteau dans lequel on répète depuis une semaine. On a à nouveau fait un filage cet après-midi et ça devient vraiment bien, au fur et à mesure du travail. Les étudiants apprennent très vite. On est bien aidé et soutenu par Marie, qui enseigne les aériens à l’école et que l’école a détachée auprès de nous, pendant tout le temps de notre résidence. Elle est précieuse. Mathilde a revu la danse dite « Torpille », en début d’après midi pour en faire un moment collectif, avec passages de relais. Ce matin, on est revenu, dans le détail, sur des séquences du spectacle. Ce soir, Mathilde est allé dans un commerce d’informatique, bien connu à Châlons, pour faire numériser la vidéo des Sublimes. Nous sommes venus avec nos cassettes miniDV qui datent d’un autre temps et qui manque de nous lâcher à tout moment. Demain matin, on démarre un peu plus tard, les corps sont fatigués.