bergson

Durer, c’est incessamment se transformer, à la manière d’un « verre d’eau sucrée ». L’eau et le sucre prennent « leur temps » pour former l’eau sucrée. Pas de différence de nature entre le changement d’état et l’existence au sein d’un état, puisque l’état est ce qui se transforme, ce qui ne peut s’isoler, ce qui génère en lui-même une pluralité indéfinie: « La conservation du passé dans le présent n’est pas autre chose que l’indivisibilité du changement. »  A chaque instant, le passé est partiellement présent à la conscience. Le présent résulte de la survivance d’une multiplicité d’états passés, de la conservation d’une infinité de vécus. Une « attention infinie » ne saurait distinguer l’Avant de l’Actuel, lesquels résultent de notre détachement, de notre propension à l’oubli: le passé, c’est ce que nous abandonnons du présent. La mémoire est inhérente à notre faculté d’attention à la vie.

les atomics (j+10)

Fallait il en rester là ou continuer comme si de rien n’était? Puisqu’on nous demandait de libérer le passage. Ça revenait souvent dans les conversations. C’était pas la première fois. Mais cette fois tout cela devenait plus concret. Plus précis. Quand la discussion est revenue une nouvelle fois sur la table, on s’est dit que ça commençait à bien faire. On s’est dit qu’ils avaient du se passer le mot. On a insisté, expliqué combien ça comptait pour nous. Que si on laissait tomber les Veillées, on laisserait tomber tout le reste. Mais plus ça allait et plus on avait l’impression de parler dans le vide. C’est très étrange comme on se sent vite coupable. Pris en faute. On pouvait avoir l’impression de n’avoir rien fait depuis des années. C’était un malentendu et personne n’avait jamais prétendu qu’on ne ferait plus de théâtre. Mais il fallait expliquer encore. Rappeler l’engouement au début des années 2000 pour les nouveaux territoires de l’art. Pour cette nouvelle forme de démocratie culturelle qui voyait le jour dans les friches, au théâtre de la Belle de Mai à Marseiile, à La Laiterie à Strasbourg, au TNT à Bordeaux… Qui remettait en question le fond et la forme du spectacle vivant pour faire du spectateur un acteur agissant à part entière dans des propositions artistiques nouvelles. Pour qu’il ne soit plus simplement consommateur. Faire en sorte que les gens s’approprient les outils de l’art pour refaire le monde… On aura sans doute changer d’époque sans qu’on en ait pris conscience.

les atomics (J+9)

On a eu une grosse discussion sur les salaires. Puisque tout le monde n’est pas payé de la même façon dans la compagnie. On avait essayé au Ballatum de faire en sorte qu’on ait tous le même revenu. Avec le système de l’intermittence, c’est difficile à tenir. Parce qu’un même salaire pour tout le monde impliquerait que tout le monde ne travaille que pour la compagnie. Dès que quelqu’un travaille pour une autre compagnie l’égalité n’existe plus. C’ est ce qui fait qu’au Ballatum, on avait arrêté ça. Parce que selon la plus grande reconnaissance des uns ou des autres, on avait ou pas la possibilité d’aller faire des cachets ailleurs. Les permanents se retrouvaient lésés par rapport à ceux qui avaient la possibilité de se vendre dans d’autres théâtres. Au Ballatum il y avait trois personnes à l’administration (permanentes au régime général),  et les autres étaient tous intermittents. La seule vraie possibilité d’égalité des salaires, c’est ce que pratique le théâtre du Soleil. Quand une personne s’engage avec le théâtre, elle s’engage pour deux ans et elle devient permanente de la compagnie avec l’impossibilité d’aller travaillers ailleurs. A HVDZ on pratique des différences de salaires selon deux critères. L’âge et l’ancienneté. C’est ce qu’on a trouvé de moins pire.

la mort est bleue (cut-up hugolien)

Un clair de lune bleu baigne l’horizon. L’oiseau bleu est caché dans le noir de la nuit la plus profonde. Tout rapport humain est brisé. Le moi est penché, brisé et mélancolique. La mélancolie est le bonheur d’être triste. Le templum est l’espace que découpe l’oracle dans le ciel pour voir l’oiseau qui passe, le temps qui passe. Présence absente. Présence qui n’a pas de lieu. Pure présence absente. Le passage du temps. On voit les algèbres s’écrire. La parataxe des signes de vie et de mort. La vie est fragile. Elle est brisée, elle est fragile. C’est ce qui fait l’intensité de la flamme. Un jour nous triomphons, le lendemain tout est mensonge. Comme le souvenir est voisin du remords. Expérience du mort vivant que nous sommes tous. La noirceur est suspendue à la lueur du clair de lune. La lune est un astre mort mais renvoie la lumière du soleil. Elle est témoin lucide des horreurs du monde. Le manteau d’Isis est couvert de fleurs et de fruits. La vie est inséparable de la mort. Plus la vie est exigence de vie plus la souffrance est profonde. La mort est bleue. Elle n’est pas noire. Un clair de lune bleu baigne l’horizon. Un désir d’atomes de vie au milieu de l’abîme et du gouffre.

hors saison

Un peu de vacances. Je prends des vacances quand il n’y a plus personne. Plus personne au bureau. Plus de Veillées. Plus de répétitions. Plus de spectacles. Alors je me retrouve en vacances. Il m’arrive de passer une journée ou deux (parfois plus) seul au bureau. Mais pas en ce moment. Alors ça m’a tout l’air d’être des vacances. Une envie d’aller à la mer. Hors saison. De Calais à Berck par le côte. A pied. Il m’est arrivé souvent d’investir la salle deux du 11/19 tout seul pendant des jours. Souvent ça se passe avant la rentrée de septembre. Comme cette saison-ci, j’ai commencé à travailler en août pour préparer les journées du patrimoine. On a appris qu’on n’irait sans doute pas (c’est quasiment sûr) à Montréal, l’été prochain comme c’était prévu. Pour une Veillée sur le quartier St Michel. La Tohu, l’organisme qui devait nous recevoir n’a pas réussi à trouver les fonds suffisants. J’ avais eu l’occasion de rencontrer toute l’équipe de la Tohu, l’année dernière quand je suis allé travailler pour l’école de cirque et faire le spectacle Journal de bord. J’avais exposé le projet à l’ensemble de l’équipe. J’avais eu le sentiment qu’on parlait bien d’une même façon de voir le monde et d’envisager le rapport de l’art aux publics. Une vision de l’art qui s’accorderait à une certaine idée du développement durable. Des vacances en perspective. En saison.

trois euros vingt

Rendez vous dans Lille pour la Brique. Auparavant à 10h du matin au bureau de la compagnie à Loos rendez vous avec Julie du Cerrd (centre ressource du développement durable) et Maggie au sujet de la reprise à Lille du film spectacle qu’on fait avec le Cerrd. Puis Lille. J’ai marché dans Lille. Comme avant. Un parcours (inventé) par Lille (Bois de Boulogne), St André, Marquette, Marc en Baroeul, La Madeleine, La Nouvelle Madeleine. Rue Négrier et retour au Champ de mars où j’avais garé ma voiture. Trois euros vingt pour l’après midi. Tous les parkings du centre ville étaient complets. J’ai tellement tourné que j’ai eu peur d’arriver en retard à mon rendez vous. Le Champ de Mars, c’est le meilleur endroit pour se garer. Avant d’aller marcher j’ai voulu aller faire un tour au zoo. Comprendre le monde dans le regard des animaux. Fermeture annuelle. J’ai marché. Marché. Je ne me souvenais plus que c’était si long. En plein froid. Pas à la fin. A la fin, c’était impeccable. Les quelques derniers kilomètres. J’ai l’impression parfois, dans ces moments là  (pendant la marche) que rien ne peut m’arriver et que tout peut m’arriver. Mais que ça n’a pas d’importance. Entre le moment où je pars et le moment où je reviens, c’est n’est plus le même temps. Le temps, je veux dire l’époque. J’ai changé d’époque en moins de trois heures de marche. Je marche à la périphérie de Lille au milieu d’usines désaffectées. J’ai dépassé une péniche belge qui attendait devant l’écluse de la Deûle à la sortie de Lille. Je l’ai revue filant dans le silence et la nuit au milieu du canal sous le pont de Marquette. En moins de trois heures, on change d’époque. J’ai vaincu le froid et la fatigue pour remonter triomphalement la rue Négrier et retrouver le Champ de mars.  Trois euros vingt.

au jour le jour

On écrit tous les jours que dieu fait pendant le temps des Veillées Un deux trois dix quinze vingt articles par jour Et plus de photos encore On tient un blog Blog Blog Blogblog blog C’est une façon de tenir les gens d’un quartier d’un village d’une ville au courant de ce qu’on fait pendant une Veillée Au jour le jour Heure par heure Travailler sur le temps Le temps des amateurs Le temps des amoureux On est tombé amoureux de toutes les villes qu’on a traversées On n’en sort jamais indemne On en sort un peu fou Fou d’amour de Wingles, de Dunkerque, de Loos en Gohelle, de Maisnil les Ruitz, des quartiers nord de Bourges…