… L’accès à la culture, la croyance en celle-ci et le rejet consécutif, chez ceux qui entrent en culture comme on entre en religion, de leur classe d’origine – parce ce que celle-ci se caractérise précisément par l’absence de ce qui définit l’appartenance à une autre classe dont l’art, la littérature, la musique paraissent être l’apanage – constituent donc le vecteur de la « trahison ». Et à cette ruse quasi imparable, qui opère grâce à la complicité que les nouveaux cooptés accordent avec enthousiasme aux processus et aux principes de la cooptation (c’est à dire de la domination), Nizan oppose un geste de refus, qui prend la valeur d’une rupture : « Vainement avez vous essayé de me faire croire à la coïncidence du bourgeois et de l’humain. » Ce qui revient à affirmer que, si l’on veut contrecarrer la transmission héréditaire de la culture bourgeoise et de l’agrégation à celle-ci des nouveaux entrants, il est nécessaire de revendiquer une autre façon de devenir humain, c’est-à-dire de se réclamer d’une autre tradition et d’une autre « atmosphère » de culture », tout aussi humaines, bien que systématiquement dévalorisées et méprisées par les dominants. Mais ce n’est donc pas tellement d’une mémoire familiale qu’il est question ici ni d’une culture « universelle » : mais d’une mémoire de classe, et plus encore, de la mémoire d’une classe en lutte…
Carnets de route
ça respire encore
J’aime beaucoup la photo qui suit ces quelques mots, les gens de Lécluse et d’ailleurs et en particulier le monsieur qui tourne la tête vers la photographe et nous fait un signe de la main. C’est formidable. C’est très émouvant. Oh combien c’était émouvant aussi à Aubusson (avec Aimer si fort) qu’on aime si fort ! Comme dit Gérard Bono, ça respire encore. Merci à tous de nous faire vivre tout ça. A Lécluse, à Aubusson, à Faux, à Bourganeuf, à Douai, à Dorignies, Calais, St Nazaire, à Loos en Gohelle, à Dunkerque, Bruay Labuissère… C’est formidable. Du coup, on ne peut pas faire autrement, on avance à fleur de peau, le coeur au bord des lèvres, et le temps qui passe fait de plus en plus mal. Alors sauter au coup d’un cheval au galop pour capter la grâce de l’instant présent et n ‘en plus finir d’être dans l’éternité d’un moment formidable. Comme dans l’infinitésimal de la capture, le temps de cette photo avec ce monsieur qui nous fait un signe de la main, le pouce tendu et le poing fermé, à Lécluse.
on pense à Lécluse

ces lieux qui nous racontent
La Compagnie HVDZ s’est mise en quête de petites histoires, d’anecdotes de personnes, qui auraient eu lieu sur le territoire de la communauté d’agglomérations de Lens et Liévin. Nous allons avec le comité de tourisme de Lens, Liévin et une compagnie anglaise (Strange Cargo) réaliser un livre qui sera exposé au Louvre Lens et dans plein d’endroits de la région, un petit livre d’art où d’un côté du livre, on lira l’anecdote d’une ou plusieurs personnes et sur la page attenante, il y aura la photo du lieu de l’anecdote ou ce qu’il est devenu. Si vous avez des idées ou des histoires n’hésitez pas à nous les raconter ou si vous connaissez des gens du coin qui pourraient nous en raconter… L’idée est de créer un guide émotionnel, les personnes qui visiteront le territoire pourront le faire en fonction des histoires des gens d’ici. Vous pouvez nous contacter à : contact@hvdz.org .
on collecte des histoires pour un livre qu’on fait avec l’office du tourisme de Lens Liévin et le théâtre anglais Strange Cargo (4)
Rencontre avec M. Payen Gilles
Lieu : Tout près du cimetière du dud corner a Loos en Gohelle a 1 km a l’ouest de Loos et au nord est de la route de Béthune
The lone tree. Un arbre isolé ,un cerisier ,a été replanté par la famille Young dans les années 90 pour remplacer celui qui avait disparu après la guerre 14-18 .Cet arbre était dans le no man’s land entre les tranchées allemandes et les tranchées françaises et servait de point de repère aux artilleurs des 2 cotés. Le soldat Young ,le grand père donc, est mort près du cerisier. Tous les ans la famille Young vient faire une cérémonie le 21 septembre
Lieu :Les Terrils du 11/19 à Loos en Gohelle
Je suis allé à un concert de l’Orchestre philarmonique de Lille à Notre dame de Lorette. Pendant que l’orchestre s’accorde je discute avec mon voisin qui m’apprend que c’est lui qui a fait les 2 pyramides du 11/119 et que si on avait voulu on aurait pu ne faire qu’un seul terril de 200 mètres de hauteur. Mais les gens ont râlé parce qu’ils ne captaient plus bien la télévision alors on en a fait un deuxième. S’ il n’ y avait pas de terril on aurait une vue superbe sur les collines de l’Artois.
Lieu : la plaine de Lens entre Loos et Vermelles tous les champs sur le coté
Toute cette zone est calcaire et donc difficile à cultiver .Napoléon III s’y était rendu et avait demandé à Ghislain de Crombecque ,un paysan :
« Comment avez vous fait pour cultiver cette terre ? »
Il avait répondu : « On met du fien ,toudis du fien ,encore du fien »
trad :On met du fumier ,toujours du fumier,encore du fumier
Lieu : Arbre de Condé rue de Condé à Grenay pas loin du quarraparc à coté de la déchetterie
C’est un petit monument en béton qui symbolise un arbre qui a été pulvérisé pendant la Première Guerre Mondiale. Le prince de Condé s’était assoupi sous cet arbre. En 1648 c’est lui qui a remporté la bataille de Lens qui a chassé les espagnols de l’Artois et permis à Lens de redevenir française.A Versailles dans la salle des batailles ,je crois qu’ elle s’appelle comme ça, il y a un tableau qui s ‘appelle la Bataille de Lens.
Lieu :le cimetière britannique rue Salengro et l’entrée des souterrains derrière
Dans le cimetière ,il y a 2 tombes côte à côte celle de Stock et celle de Perry. Derrière le cimetière il y a des souterrains qui sont en fait des tranchées enterrées ou les soldats attendaient en aout 1917 le début de l’attaque pour reprendre aux Allemands la côte 70.Ce combat qui devait commencer début Août n’a eu lieu que le 15 Août .Après la guerre ,dans les souterrains ,on a retrouvé deux graffitis côte à côte l’ un signé Stock, l’autre Perry. Sans doute deux grands copains qui ont été tués ensemble et qui sont restés l’un à côté de l’autre au cimetière.
Lieu Eglise st Léger de Lens
L’église est un des thèmes des aquarelles de Max Gelhsen soldat allemand pendant la guerre 14-18 et peintre des beaux arts de Hambourg .C’est le petit fils qui a appelé le musée de Loos en Gohelle pour proposer les 207 aquarelles de son grand père. Elles sont magnifiques on y voit notamment Givenchy en Gohelle, Lens, Harnes, Loison .
A son retour Il avait tenté de les exposer en Allemagne mais personne ne s’y intéressait alors ,de rage, il avait tout mis dans un caisson fermé .C’est le petit fils qui les a retrouvé
L’église Saint Léger ,construite par les espagnols, a été complètement détruite pendant la Première Guerre mondiale. Dans les décombres les jeunes retrouvaient souvent les couleurs jaune et or qui sont celles de l’Espagne alors ils les ont choisies pour leur club de foot et deviendront les Sang et Or de Lens.
Lieu le Dud Corner A Loos en Gohelle
Le nom de John Kipling ,le fils de Rudyard Kipling ,qui a été tué le 27 septembre 1915 est gravé sur le mémorial .Après la guerre son père a voulu retrouver son corps et venait souvent a Loos dans les années 20 en Rolls Royce. Il interrogeait tous les survivants. En 1990 a on a retrouvé le corps d’un lieutenant de l’Irish guard .On n’est pas complètement sûr que ce soit le corps de John mais on lui a quand même fait une sépulture au cimetière de Ste Marie à Haisnes.En 2011 on a retrouvé le corps de Fergus Bowe Lyon qui était le frère ainé de la reine Elisabeth d’Angleterre et qui a été tué le 27 Septembre 1915 à la bataille de Loos .Quand les Anglais viennent aux cérémonies ils portent des coquelicots parce que c’est une fleur indestructible et la première à repousser sur les terrains labourés par les obus.
Lieu :La chapelle Notre dame des Grâces a l’angle du chemin de Mazingarbe et de la rue Supervielle à Loos
Le 25 sept 1915 grande attaque pour percer ce secteur. Les anglais doivent attaquer à 6 heures du matin. Le London Irish Rifle est près de la chapelle. Ils sont plusieurs a être de la même équipe de football et Franck Edwards le capitaine a un ballon dégonflé dans son havresac .A 6h moins vingt les britanniques envoient le gaz vers les lignes allemandes. Le vent tourne et les soldats britanniques doivent mettre leurs masques. Franck gonfle le ballon et à 6 heures il le jette dans le no man’s land et dribble 3 soldats. Le ballon finit dans les barbelés .Il est récupéré a la fin de la bataille et emmené en Angleterre. 66% du régiment a été tué .Chaque 22septembre le London Irish Rifle commémore le Loos Sunday.Recemment Michael Saint More Shell ,un grand photographe, est venu avec le ballon et a fait une photo à l’endroit où il a été tapé par Franck Edwards.
on collecte des histoires pour un livre qu’on fait avec l’office du tourisme de Lens Liévin et le théâtre anglais Strange Cargo (3)
Rencontre avec Serge Barrois
Lieu : les grands bureaux rue jean Souvray devenus l’université jean Perrin
Les grands bureaux ont été sauvés par les militants de la Cgt qui ont fait une chaîne humaine devant les bulldozers qui devaient les détruire. C’étaient les bureaux de la direction des Mines .On l’appelait le Château. Ils avaient construit une voie de chemin de fer qui rentrait directement dans le jardin .Pour venir de Paris, les actionnaires prenaient les voies de la Sncf puis les voies de la compagnie minière et arrivaient directement dans les jardins. Ils étaient reçus dans les salons comme à l’époque de Louis XIV et repartaient avec une enveloppe qui contenait les dividendes. Le château était entouré d’un mur de quatre mètres de haut donc on ne voyait rien.
Lieu :Les grands bureaux de Billy Montigny rue principale sur le site de l’ex fosse 2
C’était les vrais grands bureaux .Ceux de Lens c’était pour le prestige .C’est là ou les femmes de mineurs ont manifesté pour soutenir leurs maris dans la grève de Mai –Juin 1941.Une d’entre elles, Emilienne Mopty, a connu un destin tragique .Elle a été arrêtée , déportée en Belgique , puis emmenée en Allemagne à Cologne ou elle sera décapitée à la hache sur le parvis de l’église pour faire un exemple.
Lieu :10 rue des jardins A Lens
Ma maison était dans la cité des bas de soie, la plus belle de Lens. Tous ceux qui habitaient en bordure de la rue étaient des employés des Mines qui étaient chouchoutés. Celui qui était pas dans les clous se retrouvait au fond du terrain. Le cul de ma maison donnait sur le canal de Lens .C’est la rocade maintenant. Au rond point d’Eleu c’est là que les péniches faisaient demi tour. Mon terrain de jeu c’était les montagnes de sable et de cailloux le long du canal. Mes parents étaient tous les 2 au parti communiste On était mal vu dans ce petit coin bourgeois je n’avais pas le droit de jouer avec certains enfants .les parents étaient venus sonner à la porte pour dire à ma mère: « Je ne veux pas que mon fils joue avec les communistes . »
Lieu : place de la république Lens
Quand j’étais jeune c’est là qu’avaient lieu tous les grands évènements lensois : le cirque, la ducasse. La foire aux manèges c’était un évènement majeur. Au fond de la place de la République y’avait un bistrot.J’étais en train de jouer avec des enfants de mon âge quand on a vu débouler un gars en vélo qui n’a pas réussi à s’arrêter et qui est tombé dans l’eau. Les mariniers l’ont récupéré avec leurs perches ,l’ont ramené au bistrot, l’ont réchauffé en lui donnant une bistouille. Il a repris son vélo , a remonté la rue, a fait demi-tour et s’est re- jeté dans le canal et là ils ont appelé la police.
Lieu :Le cinéma L’Apollo en face de la gare de Lens
La façade est classée .C’était le lieu de rencontre de toute la jeunesse du secteur, j’y ai connu ma première épouse. On allait au cinéma, on allait voir n’importe quoi c’était plus pour voir les filles et puis il y avait les bistrots tout autour .Le plus célèbre c’était le Caron ,les autres n’ont jamais connu une telle embellie. C’était un point de rencontre avant de partir pour la soirée en discothèque ou au bal a Hénin ,à Bully ou à Sallaumines.
Celui qui avait une voiture emmenait les autres.
Lieu : La place du Cantin à Lens
Au Moyen Age, le château s’arrêtait de l’autre côté du boulevard qui traverse et il y avait une sortie débouchant à cet endroit où les chevaliers s’entrainaient a frapper sur un mannequin qui tourne .Ils venaient poser leurs affaires sur cette place dans des cantines. Avec la déformation, cette place est devenue place du Cantin.
Au coin de la rue de Lille et de la place, la maison était une petite supérette qui appartenait à la ccpm (coopérative centrale du pays minier) qui était gérée par le parti communiste. On y trouvait de tout à des prix intéressants.
Dans les années 50, c’était encore différent, c’était le paternalisme qui était installé. Il fallait tout apporter à la femme. Ils considéraient que la femme ne devait pas sortir. Ma grand mère vivait à crédit en permanence. Elle appelait ça, un fond de roulement. A la quinzaine, elle repartait à l’ardoise .
Lieu : la maison syndicale du mineur 32 rue Casimir Beugnet à Lens
Maison de l’avant garde de tout.
Les congés payés de 1936 : les mineurs ont eu les 8 jours de congés payés dès 1907.
Les 40 heures hebdomadaires : les mineurs les ont eu dès 1907.
L’interdiction de faire travailler les femmes la nuit : les mineurs l’ont obtenu dès 1907.
En 1946 à la naissance de la sécurité sociale, les mineurs vont se créer leur propre sécurité sociale minière et se doter d’ un système de soins exceptionnels.




