on collecte des histoires pour un livre qu’on fait avec l’office du tourisme de Lens Liévin et le théâtre anglais Strange Cargo (2)

A 14h30 rendez-vous Martine et Annaelle avec Alfred dit Fredo Duparcq – C / Q – Alfred n’habite plus dans son pavillon sur la route de Béthune à Loos en Gohelle, il habite 300m plus loin dans un appartement. il dit que c’est mieux quand on prend de l’âge. Alfred ne fait pas son âge. Un passionné de la guerre. L’histoire du stylo du poilu. Ce stylo que nous avions vu lors d’un entretien sur la veillée de Loos en Gohelle. Nous nous sommes retrouvés dans la salle à côté de la mairie, salle qui était notre QG. Une passion intacte, des détails incroyables sur la découverte du stylo, de l’homme qui portait ce stylo, monsieur Villedieu c’était écrit sur sa plaque. Il ne restait rien de monsieur Villeudieu, le stylo, c’était un soldat, c’était un homme qui aimait écrire, un stylo Waterman qui 80 ans plus tard écrivait encore.Waterman n’en revenait pas? une histoire qui a fait la une de la voix du nord. C’était en février 1996. Qui était ce type venu disparaître à Loos en Gohelle? Tous les détails de l’histoire, celle que nous garderons pour le livre avec la photo du cratère au pied du double crassier, juste à côté de la base 11/19. Cette histoire est la plus bouleversante de sa vie, celle qui évoque l’homme, ce dont il est capable, ce dont il est victime.
Passionnant Fredo ! Nous pourrions rester des heures à écouter, à refaire le monde en parlant du passé. Comment en sommes-nous arrivés là où nous sommes?

on collecte des histoires pour un livre qu’on fait avec l’office du tourisme de Lens Liévin et le théâtre anglais Strange Cargo

Ce matin avec Didier, nous nous sommes retrouvés à la maison syndicale de Lens, 2 heures passées avec Serge Barois. Je crois qu’en 2004 nous l’avions interviewé.? Le temps a passé mais sa passion est toujours aussi vive, ses histoires traînant de ci de là quelques rancoeurs auprès du PC et de la CGT, rancoeurs pour des histoires de propriété du lieu: la maison syndicale et tant d’autres souvenirs toujours aussi bouillants. Les mineurs qui ont toujours été à l’avant garde des luttes. La passion du combat, de la résistance, la maison syndicale, maison des souvenirs, maison des combats, maison qui enferme tant d’écrits, de témoignages d’un passé industriel florissant et tellement douloureux. Serge n’a pas changé, Serge parle toujours autant, Serge est passionné, intarissable : de la voie de chemin de fer qui entrait directement dans les jardins des grands bureaux, de la gare sainte Elisabeth remplacée par le parking du stade Bollaert, Emilienne Maupty femme de mineurs résistante, arrêtée lors d’une manifestation, et déportée en Belgique, puis décapitée à la hache à Cologne, pour l’exemple. Et la plaque sous le pont Césarine, et la plaque sur le quai de la gare où 400 juifs ont été arrêtés, « nazis » est resté inscrit malgré la contestation de la SNCF. Et la rue des jardins au numéro 10, Serge est né là. La cité des bas de soie, la plus belle cité de Lens pour employés et géomètres, on passait devant quand on venait de Lille. L’évocation des jeux d’enfance au canal de Lens, le cul de la maison donnait sur le canal, les jeux dans les montagnes de sable déversé par les entreprises qui travaillaient là, le long du canal. Y’avait pas de charbon, que du sable et des cailloux. La place du Cantin où s’entraînaient les chevaliers sur un mannequin tournant ! Le cinéma l’Appolo toujours pas rénové mais là on y allait pour les filles, j’y ai rencontré ma première femme. Le premier travail à 16 ans pour gagner son indépendance et acheter sa première voiture à 19 ans, à crédit, et le tiers du salaire pour les parents. Logé nourri blanchi. Normal c’était normal. La piscine olympique qui n’a jamais été olympique, juste pour poser sa mobylette au pied de la piscine, y retrouver ses copains, copines. La COOP, CCPM, elle était place Cantin. Toute la famille de Serge habite à Barlin, et les grands souvenirs à la cité des roulettes avec le magasin de bonbon. Et avant de se quitter Serge avait oublié de nous parler de radio Quinquin.

pluie et neige mêlées

L’idée, ce serait de marcher et de ne plus jamais s’arrêter, certain qu’un jour on atteindra l’horizon. Ou mieux, on s’en moque, ce qui compte, c’est d’arriver tous les soirs quelque part. A La Panne, ou en Corse, à Florence, à Venise, à Rome. Ou ailleurs. A Quend, à Blériot-Plage, à Tétéghem. Ostende, Bruges. Marcher sur le bord d’une route, d’une voie ferrée, d’une voie de tramway en sens inverse de la circulation avec l’idée, qu’on sera reconnu. Qu’on embarquera vers un nouveau rivage. Au début, ne pas se sentir très à l’aise. Une fois de plus se demander ce qu’on fait là, parce qu’il fait froid et qu’on a mal à la tête et les yeux en feu. Pas envie de tourner en rond. Prendre alors le chemin à contre sens, sûr qu’on va quelque part, maintenant, parce que justement on ne t’ attendait pas là. Dans ce sens-là. L’idée de la surprise, de l’étonnement te redonne de l’entrain. Et tu accélères le pas. Tu fais attention à ta façon de marcher parce que marcher, c’est quelque chose, c’est une danse. Comme une musique répétitive de Philip Glas. Tu es Einstein on the beach à toi tout seul ou le regard du sourd.  Ou Travis dans Paris Texas. Tu fais bien attention, au bord de la route mais tu connais le plaisir des voitures qui te frôlent. Tu te méfies du tram (pour qu’il ne te roule pas dessus). Tu regardes les rails de près, observes les éclisses. Sont elles toutes bien vissées ? Tu prends plaisir à aller à la rencontre des autres dont tu n’es plus sûr du tout qu’ils arriveront de ce côté. Tu es prêt à aller loin de ce côté-là. Tu remontes le cours. Tu es sûr que c’est la bonne direction. C’est de ce côté là qu’il fallait aller. Remonter le courant (de la vie, des origines). Tu le sens dans ton corps. C’est difficile, c’est dangereux mais, plus c’est difficile, plus ça procure de la joie. Encore faut-il être capable de joie ! En chemin tu te dis que tu es bien là. Une voiture s’arrête et t’emmène. Il y a de ça une heure, tout te semblait absurde et si dérisoire. Tu sais que tu fais marche arrière. C’est dans ce sens là que tu te sens bien.  Tu es tellement content d’avoir trouvé ton chemin, à rebrousse-poil que tu te dis que forcément, ça va bien se passer. Tu n’es plus triste.

Didier Eribon, la société comme verdict

… Le fait pour un individu d’occuper tel poste, telle position, tel statut qui ne vont pas de soi pour lui, parce qu’il n’y était pas depuis toujours destiné, préparé, accordé, produit un effet très caractéristique de distance au rôle et une forme très particulière d’esprit critique dont l’expression se traduit par des comportements qui apparaissent déroutants aux yeux des autres occupants des mêmes fonctions. Et, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il est sans doute moins aisé de ne pas coïncider avec ce que l’on est – professionnellement, socialement, etc. – que d’y correspondre parfaitement. Comme si quelque chose d’un autre passé, perdurait dans la situation présente, et la rendait instable, et parfois intenable. On est déplacé, à tous les sens du terme.

Ce sont les mêmes processus qui expliquent aussi pourquoi, au même titre que les rêves adolescents ou la perception adolescente de soi qui perdure à tout jamais, il arrive souvent que les affects sociaux – tel trauma de la honte, qu’elle soit sociale ou sexuelle – gardent leur vivacité très longtemps après qu’elles se sont formés, et quand ils ont perdu toute raison d’être ou toute signification.Même lorsqu’on travaille consciemment à les déconstruire ou les abolir, ils semblent constamment réanimés par une loi de conservation de l’énergie psychosociale qui les rend lents à s’apaiser et encore plus lents à s’éteindre ...

Diane et Camilla (2)

D’Aragon ! De Jean Ferrat ! De la peur de mourir ! Du langage cru d’Angelica Liddell ! De la chance qu’on a eue de la rencontrer ! Des mots qui résonnent par delà les situations et les personnes ! De la difficulté de se défaire de l’univers d’Angélica Liddell pour passer à autre chose ! Revoir le texte de la Brique, s’en donner les moyens ! Se créer sa propre Maison de la Force ! Vouloir être deux cents ans plus vieux ! Avoir tant désiré être quelqu’un d’autre ! Ne plus se supporter, passée une certaine limite ! Se lever le matin et se dire, c’est encore lui ! Attendre quelques heures pour prendre le train de la journée ! Ne plus hésiter à prendre tous les cachets possibles et imaginables pour traverser ses journées gaiement, du moins sans trop s’en faire ! ( Alors qu’on s’était dit que jamais, oh ! grand jamais, on succomberait ! Qu’on saurait faire face ! Qu’on ne passerait pas sa vie à fuir ! A se faire oublier ! A disparaître derrière l’affiche ! A se fondre dans le paysage ! ) Avoir oublié qu’on avait démarré la construction d’un autre monde ! Revenir aux origines, construire des échelles à poisson, remonter le courant, pour creuser, approfondir le commencement ! Emigré de l’intérieur !