avec un chat sur les genoux, on devrait s’en sortir…

Ecrire un autre texte sur Aimer si fort. L’avoir promis pour hier, dans la journée. Avoir raté le rendez-vous. S’y remettre aussi vite que possible puisque l’imprimeur nous attend demain. Avoir changé d’avis, sans en être sûr, au dernier moment, au sujet de la photo. Ecrire un autre texte sur Aimer si fort. Relire ce qu’on a déjà écrit. C’est une carte de voeux. Un manière aussi de rappeler qu’on joue dans les mois à venir à St Nazaire et Evry. Avait-on une carte de voeux, l’année dernière ? Et l’année d’avant ? Et celle d’avant ? On n’en a plus le souvenir ! On va refaire des cartes de visite aussi. On a celles des VeilleurEs mais elles sont trop grandes. On va faire des plus petits formats. La dernière carte de visite qu’on avait faite dans ce sens, représentait un canapé  de mousse tâché de sang dans la cour du 11/19. Plus de dix ans de cela. On n’a pas mis de canapé dans Aimer si fort. Pendant des années dans tous les spectacles, il y avait un canapé. Tentative d’épuisement du canapé. La toile de José Froment résiste au temps. C’est la toile de fond d’Aimer si fort. Elle était là, pour la première fois, sur Quoi? L’éternité (c’est la mer mêlée au soleil). Elle avait servi sur d’autres spectacles pour d’autres compagnies avant Quoi? L’Eternité.

nos prochaines virées

On a un mois de janvier assez calme et puis tout s’accélère. En février, mars et avril 2014, on est à mille endroits différents en même temps avec les Portraits, les Instantanés, la Brique et Aimer si fort… En mai on a quelques tournées de la Brique dans le Douaisis avec la scène nationale de l’Hipppodrome. En juin, on jouera la Brique à Guises dans l’Aisne et à la Ferme du Buisson de Marne la Vallée … C’est plus calme à la fin du premier semestre. On a un dernier Portrait à Aire sur la Lys au mois d’avril 2014 et puis les suivants auront lieu en début de saison prochaine. Les premières Veillées-Portraits ont eu lieu en 2003. D’abord sur le quartier du 11/19 et la cité des fleurs et des Provinces à Lens, puis la cité 4 de Lens et le quartier Riaumont de Liévin… Ces dernières années furent les plus remplies. On a été objectivement pas loin de huit mois par an en Veillée ces trois ou quatre dernières saisons. On a profité des grandes vacances pour réaliser la Brique et pour les répétitions et la fabrication d’ Aimer si fort,  on a dû bloquer cinq à six semaines en octobre et novembre  de cette année, sans un seul jour de Veillée, de Portrait, d’Instantané ou de Brique.

Allez ! Allez !

L’année 2014 est une année charnière pour le site du 11/19 à Loos en Gohelle dans le Bassin Minier du Pas de calais. Et en particulier pour Culture Commune puisque C. Lamarre quitte la direction de Culture Commune à la fin du mois de juin. Nous somme installés sur ce vaste site, dans des bureaux que nous louons à la communauté d’agglomérations de Lens, Liévin (la CAL) pour un peu moins de cinq cents euros par mois. Ce qui n’est pas excessif mais qui n’est pas rien, comme on aime à le dire. Rien ne nous oblige à quitter le 11/19 quoiqu’on soit arrivé sur le site en même temps que Culture Commune, en tant que compagnie associée première. Comme le pavot sur les terrils ! Les pavots sont les plantes qui les premières s’enracinent dans la terre aride des terrils. Puis ils disparaissent. Les pavots créent un tapis de végétaux qui vont permettre aux autres plantes de s’y accrocher  pour engendrer une flore et une faune sans cesse croissantes. Les terrils au bout de quelques dizaines d’années se couvrent d’arbres et en particuliers de bouleaux (et de quelques voitures brûlées). Nous avons eu un jour la chance de suivre une visite guidée par un animateur de la chaîne des terrils. Patrick connaît ses terrils sur le bout des ongles. Nous avons appris que les terrils du 11/19 sont un point d’étape pour de nombreux oiseaux migrateurs, à cause de la chaleur qui se dégage de la terre du terril qui brûle dans son coeur. Le bruant des roseaux fait halte tous les ans (deux fois par an) à Loos en Gohelle, sur sa route du Danemark vers l’Espagne (et vice versa). A l’automne, nous attendrons le passage du bruant des roseaux et partirons ensemble jusqu’au Danemark ou en Espagne. Ou en Norvège.

syllogomanie (B. Sichère, D. Eribon et Angelica Liddell)

…Il fut (fuein), veut dire déployer son être (en devenir) jusqu’à son développement complet, son télos. Télos ne veut pas dire parfait, au sens français. Parfait, en français, voudrait dire quelque chose d’idéal. Télos , c’est arriver au moment de son plein éclat, à son accomplissement. Comme la statuaire grecque des athlètes grecs. Le temps de leur triomphe, ils étaient au sommet de leur splendeur, des êtres quasiment divins, à ce moment-là. Rien à voir bien sûr avec la statuaire contemporaine. Eudaïmoniae (qui renvoie au Télos) veut dire bonheur, plus précisément ce qui va vers le plein bonheur. Vers son accomplissement. Le symétrique de l’eudaïmoniae c’est la cacomoniae, qui est le sort des héros des tragédies grecques…

… je retiens d’un texte de Nizan, un point capital : le marxisme, avec sa conception, certes mythologiques, des classes sociales comme réalités non seulement objectives mais aussi et potentiellement subjectives et donc organisées sous la figure politique du prolétariat, nous enseignait au moins à penser contre l’idée qu’il existerait une tradition commune, des valeurs communes à toutes sociétés, un monde commun. L’idée d’une communauté nationale n’est qu’un leurre, tout comme l’idée du « commun », à l’échelle planétaire n’est qu’une utopie dépolitisante : le monde social est constitué de traditions et d’histoires différentes, divergentes, opposées. La tradition dominante tend à occulter les autres. Il convient dès lors de les reconquérir. Ou, en tout cas, de montrer quelle est la violence qu’exerce la culture légitime sur celles qui ne sont pas…

Le Portrait de Lécluse après les Portraits de Bourganeuf et Faux la Montagne, la Brique au même moment à Dunkerque, Fresnicourt le Dolmen et Calais. Et Aimer si fort, à Aubusson dans la suite des deux Portraits dans la Creuse. A chaque fois, l’occasion nous est donnée de discuter, de nous questionner, de refaire les spectacles, de refaire le monde (on pourrait penser de repartir à zéro, dans le dialogue avec les gens, de façon organisée ( les bords de scène ) ou de manière plus informelle). A Aubusson, comme ailleurs on a fait, comme dirait Coluche, un bar tabac. On est fier. Comme si on avait racheté un bar tabac.

Etre une femme ou être un homme c’est pas facile. Das Sein, c’est ce qui est. En français on a traduit par l’être là. En allemand, Sein est un verbe actif. Ce que j’ai à être, j’ai à l’être. Etre la femme ou l’homme que j’ai à être, c’est un travail de tous les jours. Sinon on redescend la pente en permanence. Sein und zeit, Etre et temps. Etre est un verbe actif. Etre son propre temps, c’est le télos grec. Il nous est arrivé de penser, en faisant les Portraits, la Brique ou Aimer si fort, on a le bonheur d’avoir vécu ça (télos). On se souvient, on parcourait les rayons de Shoppy sur la place de la pharmacie Bronsart à Liévin, on achetait du catering (des fruits, des barres de céréales, du chocolat, des madeleines) pour les Veilleurs et on se disait, ici et maintenant il peut m’arriver n’importe quoi ! 

noël à barlin

Quand t’es allé faire des courses,  cet après-midi, il n’y avait pas grand monde au Carrefour Market de Barlin  sur la zone d’activités commerciales, Actigreen. Pas une décoration de Noël à l’horizon. Comme si on avait oublié dans ce coin du monde que c’est Noël. Où alors tout le monde s’en fout. Tout le monde est parti en autobus à la mer. Sur la digue de Malo. La réveillon de Noël est pris en charge par l’amicale laïque de Barlin et ce matin à l’aube, tous les barlinois sont partis à Malo. Pour un soir, pour plusieurs jours, pour un an, pour une vie ! Quel avenir dans ce coin-ci du bassin minier ? Tout le monde est parti à Malo, si c’est pas mieux, au moins, il y a la mer ! Du coup, ça donnait au Carrefour Market de Barlin un air de désert, un air de nulle part. Un côté Ivalo en été, aux frontières de la Laponie. T’aurais pu traîner dans les rayons du magasin pendant des heures comme le peu de clients qu’il y avait là. Pour passer le temps. Puisque t’as décidé de rester, que t’as décidé que tu n’irais pas tenter ta chance à Malo.