Et la mer efface sur le sable le pas des migrants disparus

Demain réunion technique avec tous les techniciens magiciens de la compagnie, et Marie, Gilbert et Guy pour traiter de la suite à donner techniquement à nos prochaines installations. Ce week end, deux jours de recherhce à Aulnoyes Aimeries avec une troupe de comédiens amateurs sur le thème du travail.

Nous sommes entrés pour toujours dans le royaume de l’incurable inquiétude. Je passe une bonne partie de mes journées à m’en faire. Mais ça n’est pas nouveau, mais il est bon parfois de rappeler qu’on doute. Par exemple de la volonté des hommes à vouloir résoudre le drame mortel des migrants à Calais et ailleurs. On préfère passer du temps à promulguer des lois débiles sur la déchéance de nationalité et à changer un gouvernement pour un autre qui continuera de faire les choses de la même façon. C’est absurde et irresponsable. Ou alors c’est fait exprès et c’est à désespérer de nos démocraties aristocratiques et au delà de l’âme humaine. Pire que le désespoir, disait Camus, c’est l’habitude du désespoir. Par exemple, quand tu vois un migrant à Loon Plage et que tu te dis et te répètes, faudrait faire quelque chose et que tu ne sais pas quoi faire. Surtout quand t’apprends, deux jours plus tard, que des groupes de nazis ont tabassé des migrants, qu’ils ont laissé pour morts dans les rues de Loon.

Une journée de recherche

Demain, à 16h, on fera une petite présentation de nos impromptus à Culture Commune pour donner une idée aux médiateurs de C.C de ce qu’on fait. Aujourd’hui, la journée a été consacrée à cela tandis que Marie travaillait seule au bureau, ce qui lui a permis de bien avancer. Gilbert était à Paris pour le conseil d ‘administration des Congés Spectacles. Ce week end Guy et Christophe vont à Aulnoyes Aymeries pour deux jours de stage avec des comédiens amateurs de la région. Une action pilotée par la Ligue de l’ Enseignement, organisme d’éducation populaire. Un petit break serait le bienvenu.

Comme un mardi

Une réunion pour faire le point sur la compagnie, ses sous et ses projets, qui coûtent de l’argent et ceux qui ne ramènent pas d’argent ou ceux qui font perdre de l’argent à la compagnie. Puis échanges nourris sur l’organisation du travail et la possibilité d’une autre répartition des tâches entre Gilbert, Marie, Guy et Anne. Le repas fut pris à Culture Commune, réchauffé par Léa et cuisiné par un traiteur lillois. Il y avait du monde à table. Pas loin d’une douzaine de personnes autour d’une table qui peut en accueillir sept ou oui. L’ambiance était sympathique et sonore comme à Loon Plage mais très vite tout le monde est retourné au travail. Marie, Anne et Gilbert sont retournés manger au bureau, la cuisine étant devenue comme le métro parisien aux heures de pointe. Ensuite Martine, Didier, Jérémie, et Guy ont travaillé leur solo pour appartement. Vers 16h30, Gilbert et Guy ont filé jusqu’à Béthune pour une discussion avec Cécile Backès, directrice du centre national dramatique de Béthune.  Cécile se passe aisément de lumière, nous avons passé un bonne partie du rendez dans une obscurité quasi totale. Rien à envier au Caravage. Un dernier verre dans un bistrot pour Guy et Gilbert (deux Perrier menthe) et retour à l’baraque.

C’est déjà ça, c’est déjà ça…

Une semaine plus cool mais il faut préparer les petits spectacles, qu’on va présenter sur la cité des Provinces entre le 11 et le 19 mars, chez les gens. On n’a que cette semaine pour être tous réunis. Alors pas de temps à perdre. Demain rendez vous à 10h pour fabriquer nos petites formes. Et demain soir Guy et Gibert ont rendez vous avec Cécile Backès, directrice du centre national dramatique de Béthune pour imaginer des possibles collaborations. Cécile Backès est en poste depuis plus de deux ans et nous n’avons pas eu, aujourd’hui encore, l’opportunité de discuter avec elle de la compagnie. Il s’agit donc d’être prêts demain soir et d’être convaincants. Notre réseau de production et de diffusion s’est considérablement réduit au fur et à mesure du temps. Même si, dans tout au plus quatre ans, la compagnie prendra fin, il nous faut, malgré tout, faire le maximum pour que nos projets puissent continuer de voir le jour, les spectacles tout comme les Veillées, Portraits et Instantanés. On vient tout juste de finir le Portrait de Loon Plage. Qu’il en existe encore des dizaines, dans le nord et ailleurs ! Et des spectacles, des tournées (même si des fois c’est chiant), des poèmes, de la poésie, des paroles en acte à mettre en scène, à danser.

Deux représentations à Loon Plage aux petits oignons

Tout s’est merveilleusement bien passé à Loon Plage. On était bien logé, on était bien nourri, la ville est agréable et le soir, si on s’ennuie il y a mille occasions de sortir. Au concert ou participer à une soirée du carnaval. Mais on n’a pas chômé. On a tous travaillé comme des damnés jusqu’à des heures impossibles. Un Portrait comme celui de Loon Plage, ça signifie pour chacun d’entre nous environ douze à quatorze heures de travail par jour. On prend cependant beaucoup de plaisir à faire ça. On échange énormément avec les gens et ce fut le cas à Loon Plage comme ailleurs. On a beaucoup de chance de faire ça, d’avoir inventé ce théâtre-là. Quoiqu’il arrive, on pourra dire qu’on a vécu ça et ni rien, ni personne ne pourra ne nous l’enlever. On arrive en fin de semaine épuisés mais bien. On ne va pas le cacher, nos nerfs sont parfois mis à rude épreuve. On est exigeants avec nous mêmes, on ne laisse rien passer en ce qui concerne l’éthique de notre démarche. Faire en sorte que, lors de toutes nos rencontres, les gens soient valorisés. Il faut adopter des attitudes positives pour que les gens puissent s’exprimer avec confiance et liberté. Quand on fait nos réunions préparatoires, souvent, on évoque cette philosophie, dite du « care »; prendre soin des autres et prendre soin de soi, dans le soin qu’on apporte aux autres et qu’ils nous apportent.

Niagara

En quittant Loon-Plage, il y avait à la radio, Niagara, pas les Chutes, le groupe :
Des arbres se penchent : C´est plus fort, plus fort que tout. Accrochée aux branches, l´air me semble encore trop doux.
Dans l´herbe écrasée, à compter mes regrets. Allumette craquée et tout part en fumée. Pendant que les champs brûlent, j´attends que mes larmes viennent. Et quand la plaine ondule. Que jamais rien ne m´atteigne… Les yeux cernés, des poussières dans les cheveux. Au long de mes jambes, la caresse du feu. Pendant que les champs brûlent. J´attends que mes larmes viennent, et quand la plaine ondule. Que jamais rien ne m´atteigne…
J’ai fait ce rêve la nuit passée. Je suis pieds nus. En fuite, à la frontière serbe. Je veux manger, je n’arrive pas à me faire servir. Les champs brûlent autour de moi avec des gens dedans. Je marche le long d’un chemin dans un sous bois, couvert d’épines. Je ‘ai plus beaucoup d’argent. Je voudrais faire demi-tour mais je ne peux plus. Je ne sais pas où je vais mais je m’enfonce dans un monde de terreur. Je crois que je vais arriver quelque part où je serai mieux.

la première à Loon PLage dans une demi-heure

A moins d’une heure de la première représentation, à Loon-Plage. A 16h. On a fait plusieurs filages. Tout semble en ordre. On va bien voir ce que ça donne avec le public qu’on attend avec beaucoup d’impatience et de trac. Une autre représentation nous attend à 20h. Et puis toute une partie de la bande Hvdz s’en va à Dunkerque faire le tour de quelques chapelles-bars du carnaval. Dimanche, lundi et mardi, les habitants de Dunkerque célèbrent les trois joyeuses qui représentent le climax de la fête carnavalesque. On quitte notre résidence pour rejoindre la salle Coluche dans quelques minutes. Le film-spectacle dure environ une heure trente. Les gens vont rentrer dans la salle sur un chant interprété par la chorale, la Loonoise.On s’est rendu compte qu’à chaque fois qu’on jouait quelque chose quelque part, il se passait toujours des événements, soit un match de rugby, soit une fête locale, un match de foot… La concurrence est rude. A toute heure, tous les jours. La salle Coluche nous attend. On est allé acheté de quoi faire le pot d’amitié après la première représentation. Ce soir, c’est la mairie qui s’en occupe.

L’amer du Clipon

Fabienne Vanbaelinghem est l’auteur des paroles de « La Loonoise », cette chanson que nous avons entendue à la chorale de Loon-Plage. Et dans un des paragraphes, c’est caché « un amer ». Un amer, bien sûr, c’est un terme technique utilisé dans la navigation maritime. Un amer, c’est un point de repère fixe et identifiable pour les bateaux. Un amer figure sur les cartes maritimes. Avec sa en tête, on comprend mieux ce paragraphe de « La Loonoise ».

Les jours de beau temps la garenne
On courait à en perdre haleine
Le but c’était cette maison
Celle du pendu, celle du Clipon
Seul amer au milieu des dunes
Elle doit son salut à la brume
Trop loin, fallait tout traverser
Petites jambes trop vite fatiguées…

Lucien a cru qu’on parlait d’amertume. Il avait imaginé que la maison du pendu était seule et amère. En retranscrivant « La Loonoise », il avait rajouté transformé « seul amer » en « seule amère ». Heureusement, nous avons croisé Fabienne ce matin, alors que nous allions à la rencontre des loonois, devant une des sortie de l’école Lamartine, avec une danse de Mourad et un trac pour rappeler que c’est demain à la salle Coluche. Nous avons croisé Fabienne, elle avait lu notre blog, elle a pu nous expliqué l’amer. Nous avons corrigé. Et surtout, nous avons appris quelque chose.