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solo sur chaise, Cynthia, solo sobre cadeiria
l'impression tenace
Dernière promenade dans le quartier. Bourgeonnière, Boissière, Bourgeonnière. Devant les petits commerces, et devant le supermarché.
Retour au QG. Faut dire qu’on a filé deux fois. Avec danses et acrobaties. On fignole. On reprendra demain encore.
En tractant dans le quartier aujourd’hui, on a rencontré pas mal de gens qui sont dans le film, ou qui ont participé en montrant un objet, ou a qui on avait déjà donné le tract, ou qui nous ont suivi pour écrire la gazette de Fragil. Il y a du monde au courant. Il arrive parfois qu’on croise quelqu’un avec l’impression tenace de le connaître, et en même temps la certitude qu’on ne le connaît pas en vrai. C’est parce qu’on l’a vu dans le film, pendant les répétitions.
l'adage de filage
Entre deux filage, ne pas perdre le fil.
Lundi de la troisième semaine. Les danseurs et acrobates sont revenus et on a déjà fait un filage ce matin. Un tout premier filage où on tâtonne encore pendant les lectures, les danses, les images, les textes.
Repas au RU avant de reprendre le travail. Lectures collectives des textes. Se les mettre en bouche pendant les réglages de lumière et de son, au plateau. Jean-Louis est arrivé. Notre technicien magicien. Il a tout préparé pour notre arrivée au plateau. Nos grands écrans, les tabourets, les micros, le mât de Matthieu, la table des régies, et tout.
Cet après-midi, on va aller dans les quartiers nord, encore, pour faire des interventions de danse et acro. Entre deux filage, ne pas perdre le fil.
techniciens magiciens
le tigre, l'Escale, le tonton, la tata et la cafémobile / quelle belle journée !
On se promenait dans les commerces de la Boissière. Une dame nous a abordés pour nous proposer de nous lire un texte, on a dit oui, alors elle a lu celui là :
Dimanche, je suis allé chez mon tonton et ma tata.
On a mangé du poulet avec des frites.
Après, on est allés au zoo et on a vu le tigre dans sa cage.
Quelle belle journée !
Lundi, je suis allé chez le tigre.
On a mangé mon tonton et ma tata avec des frites.
Après, on est allé au zoo et on a vu le poulet dans sa cage.
Quelle belle journée !
Mardi, je suis allé chez le poulet avec des frites.
On a mangé le tigre.
Après, on est allé au zoo et on a vu mon tonton et ma tata
Dans leur cage.
Quelle belle journée !
Elle nous a expliqué ensuite que c’est dans le cadre d’une opération du CCAS qui s’appelle Passages de livres.
On nous a offert un café et ensuite, on nous a proposé de rentrer dans l’Escale pour y présenter la veillée.
L’escale est un lieu de convivialité et d’accueil qui lutte contre l’isolement et propose des activités, des petits déjeuner, des animations, sorties et autres ateliers. Ils ont créé des moments de rencontre, par exemple avec des volontaires qui font du porte à porte, ou avec la cafémobile : une carriole qui transporte du café le mardi matin, au fil des rues.
Cet après-midi, dans l’escale, il y avait du monde pour un atelier d’écriture. On a écouté avec plaisir chacun lire ses textes avant de prendre la parole pour inviter tout le monde à la veillée.
les lectures de l'Escale
didier éribon
On ne reformule donc pas ce qu’on est à partir de rien: on accomplit un travail lent et patient pour façonner son identité à partir de celle qui nous a été imposée par l’ordre social. C’est pourquoi on ne s’affranchit jamais de l’injure, ni de la honte. D’autant que le monde nous lance à chaque instant des rappels à l’ordre, qui réactivent les sentiments qu’on aimerait oublier, qu’on croit parfois avoir oubliés…. Chacun de nous le sait qui l’éprouve dans les situations les plus banales, où l’on se trouve frappé et meurtri sans s’y attendre, alors qu’on pensait être immunisé… On chemine toujours en équilibre incertain entre la signification blessante du mot d’injure et la réappropriation orgueilleuse de celui-ci. On est jamais libre ou libéré. On s’émancipe plus ou moins du poids que l’ordre social et sa force assujettissante font peser sur tous à chaque instant… La transformation de soi ne s’opère jamais sans intégrer les traces du passé, tout simplement parce que c’est le monde dans lequel on a été socialisé et qu’il reste dans une très large mesure présent en nous aussi bien qu’autour de nous dans le monde que l’on vit. Notre passé est encore notre présent. Par conséquent, on se reformule, on se recrée (comme une tâche à reprendre indéfiniment), mais on ne se formule pas, on ne se crée pas. Didier Eribon






