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Tout n’est pas fini

No Border. Du début à la fin. On imaginait bien que ce ne serait pas facile. Mais ça a été un travail passionnant. De la Jungle jusqu’aux répétitions au 11/19.
Il est certain que sur un sujet comme celui-là, tellement violent et traité de façon criminelle par les pays riches qui refusent à celles et ceux qui fuient la misère et la guerre de s’installer chez nous, rien ne va de soi. Personne n’en sort indemne. La douleur s’est logée jusque dans le coeur des répétitions. On avait beau être tous bien d’accord sur le combat mené par les No border, cependant l’impossibilité du rêve nous a minés jusqu’à l’étouffement. Comme la silicose, la maladie des poumons de pierre qui détruisaient la vie des mineurs. On est sorti de là asphyxié. Le théâtre est un jeu. Ça demande un effort surhumain de réussir  cette prouesse de rendre compte d’un crime de masse par le jeu du théâtre. Peu y sont parvenus. Decuvellerie, sur le Rwanda y était arrivé. Ne pas lâcher prise au moindre accroc et faire bloc. Le travail sur le plateau était piégé comme un champ de mines antipersonnelles. On savait que Nadège avait écrit un texte magnifique à la hauteur de l’enjeu.  Comme une bombe qui serait une partie de la solution. On n’en a pas suffisamment tenu compte. On est allé trop vite. Guy a bien pensé que c’était gagné avec un texte d’une telle puissance. Quelle erreur ! C’était méconnaître la force de l’ennemi et les conséquences des erreurs stratégiques de base. On ne part pas combattre l’ennemi en lui tournant le dos ou dans la dispersion même si on possède le plus beau texte du monde.

something hurts me

Ça y est, après la réunion au sommet du terril du 11, hier après-midi, on y voit un plus clair. Les projets se dessinent petit à petit dans le temps imparti à l’existence de la compagnie, bien que cet aspect là des choses soit encore un peu nébuleux. Mais tout cela va son chemin.
Rien ne vaut une réunion, les yeux dans les yeux où on se dit tout. C’est excitant. C’est stimulant.
Enfin, malheureusement, quand on a un pied dans le pâté, et que la douleur se rappelle à vous, un coup d’oeil sur votre agenda perso et voilà que vous mettez, en ce qui vous concerne, un terme à la réunion (si enthousiasmante soit-elle)  car vous devez vous rendre illico chez l’infirmière, pour changer les bandages qui protègent les plaies de votre pied gauche d’une infection bactérienne, qui serait très dommageable, surtout quand on envisage d’aller marcher longtemps. Pour se remettre la tête à l’endroit. La réunion a cependant continué puisque Gilbert a poursuivi sur les derniers points à l’ordre du jour que nous n’avions pas encore abordés.

Elle était à Calais

Nadège continue à faire des lectures de No Border, de droite et de gauche. Ça émeut toujours autant les gens. Par contre la version chorégraphiée et mise en scène de ce même texte a plus de mal à prendre son envol. Nadège aimerait tant que ce soit joué à Calais, pour les calaisiens et aussi pour tous ceux qui l’ont aidée quand, pendant plusieurs mois, elle était à Calais en résidence de recherches et d’écriture. Elle aimerait que les migrants puissent entendre le texte. Elle aimerait en discuter avec tous ceux qu’elle a rencontrés (et les autres) pendant son séjour calaisien. Alors je lui dis, évidemment, ce serait  formidable. Mais ça n’est la compagnie qui décide. Si on ne peut pas jouer au Channel, on n’a guère de chance de donner le spectacle ailleurs.

Quelques semaines de répit et on sera rétabli. On pourra sérieusement se remettre en marche.

Il y a de ça pas si longtemps encore quand j’allais au théâtre je ne comprenais rien. C’est qu’on se disait dans la voiture. C’est bizarre, c’est comme une greffe qui ne prenait pas. J’avais beau faire, je me mettais vite à penser à autre chose. Je ne pense pas que ce ne soit qu’une simple difficulté de concentration. Je n’avais pas les neurones formatées. Je ne supportais pas non plus les lectures. Surtout les lectures de pièces de théâtre. Ça nous a demandé un effort de malade et puis de la patience. Pour finir, c’est venu. Il était temps. J’étais hermétique. Ça ne correspondait pas du tout à mon éducation. J’étais tout le temps en colère contre moi-même et terriblement frustré. Honteux. Même lire une pièce de théâtre, ça m’ insupportait. Je sais que c’est très con mais c’était plus fort que moi. De deux choses l’une, ou bien j’étais déjà trop malade pour rester calme et concentré pendant deux heures de spectacle ou bien je m’interdisais inconsciemment de jouer le jeu parce je n’y étais vraiment pas à ma place.

Ça n’a pas de fin à la fin

Je ne me pardonnerai pas plus d’être moi que je ne vous pardonnerai d’être vous.
Je vous enviais vos dons, votre argent, vos familles : les railleries dont vous accabliez vos parents n’étaient qu’une élégance de plus, un signe de plus, un signe de votre bourgeoisie, comme les costumes que vous vous faisiez faire à Anvers, chez un tailleur flamand. La musique, la peinture dont vous parliez, il me semblait que  c’étaient des moyens subtils de m’exclure : tu le sais, le monde de la musique m’est complètement fermé ; je pourrais être sourd. Chaque fois que vous citiez « Le Prado », j’étais sûr que c’était pour me faire sentir que j’ignorais les voyages, Florence, Rome, Madrid.
Ce qu’il y a de plus intolérable, c’était de vous croire heureux, car je ne doutais pas de votre bonheur. Je vous en aurais pourtant voulu de gémir sur vous-mêmes, la souffrance n’était en vous qu’une attitude, et comme un talent, un luxe de plus. Le suicide même d’ Edouard dont j’ai entendu parler il y a quelques jours, m’a paru le dernier défi qui pouvait venir de vous, le dernier acte inimitable qui viendrez de vous.

Y a une route,tu la prends,qu’est ce que ça coûte?

Qu’est qu’on mettra encore en route d’ici les deux prochaines d’années ? On connaît le temps qu’il faut entre le temps de mise route d’un projet et sa réalisation. Surtout s’il s’agit d’un spectacle plus « classique » que les Veillées, Portraits et Instantanés pour lesquels on peut, au sein même d’une saison trouver la production, faire la dramaturgie des contacts, mettre en place la logistique et fabriquer le film-spectacle.

On pourrait adapter ce qu’on a fait à Bruxelles avec l’Esac (école supérieure des arts du cirque) et une école de cirque social du Bassin minier du bassin minier comme Circonflex dans le quartier de Cureghem à Bxls. On peut faire ça das le B.M ou ailleurs. (On va le proposer à Ales) Is n’ it

Ou une longue marche que les un-e-s et les autres rejoindraient à leur guise. On s’arrêterait dans les gîtes d’étapes et on donnerait des spectacles d’avant garde populaires, d’images filmées et de textes écrits tout au long de nos rencontres d’un point à un autre. Comme des compagnons du tour de France  ( avec les territoires d’Outre-mer ). Tu rigoles mais on est des capables (comme disent les québecois) pour ce qui est du rapport avec les gens et de les réunir  tous dans un même film-spectacle. Pour ce qui est d’être positif et de mettre les gens en valeur. Y a une route, tu la prends, qu’est ce que ça coûte ? Et on serait top, en ce qui concerne notre bilan carbone.

Rendez nous Mains d’Oeuvres

Quand on pense au travail qu’on a fait à Chalmazel-Jeansagnières et l’enthousiasme des publics, des artistes et des institutions à mener ensemble un projet de collecte de récits et d’images d’une beauté vertigineuse, on se demande pourquoi à St Ouen, dans ce qu’on appelle maintenant un Tiers Lieux, la préfecture et le maire ont décidé de jeter tout le monde dehors ( 25 salarié-e-s à temps plein et des centaines d’intermittents sont à la rue ) et de poser des scellés pour que le lieu cesse toutes activités, du jour au lendemain. Scandaleux. Mains d’Oeuvres est une fabrique mythique qui voit passer depuis des dizaines d’années plein d’artistes plus inventifs les uns que les autres et qui bossent avec les habitants des quartiers environnants. Une mixité sociale exemplaire à faire pâlir de jalousie tous les maires (bienveillants) du monde. Mains d’ Oeuvres a toujours soutenu l’émergence, la politique au sens joli du terme (le bien être commun) par la créativité et la culture. Fermer Mains d’Oeuvres pour d’obscures raisons électoralistes, c’est avoir un petit vélo dans la tête. S’il n’y avait pas eu Mains d’Oeuvres, fabrique fondée par Fazette Bordage, puis Culture Commune et Chantal Lamarre, Michel Dufour, La Belle de Mai à Marseille, Jean Bosco à Nevers, la Friche de Mantes la Jolie, Eric à Bordeaux dans une ancienne fabrique de chaussures, le Bruit du Frigo et Gabi… jamais on n’aurait eu l’idée de faire des Portraits de quartiers, de villages et d’intervenir dans les prisons, les Epsm, les collèges, les lycées techniques, ici et ailleurs. Jamais on ne serait allé à la rencontre des gens pour partager, mieux nous connaître et penser ensemble un autre univers. Monsieur le Maire de St Ouen, Monsieur le Préfet de Seine -St-Denis, j’en suis sûr, vous allez rétablir la barre et retrouver le droit chemin.

Revenir à Chalmazel-Jeansagnière

Toujours difficile de quitter une veillée, un portrait. Et cette fois-ci encore.
Et voilà qu’Amélie, de Supertrat, nous envoie des photos. Des veilleurs, avec des caméras, devant des chalmazellois – pour une histoire, une citation, une conversation filmée, un ‘pas-de-porte’. Et hop, on monte tout de suite de la plaine (ou même de plus loin, du nord de la France) à la montagne de Chalmazel-Jeansagnière.
Le temps passe très vite pendant le portrait. Et après, ça reste très longtemps dans la tête. Peut-être parce qu’on vit, le temps de la fabrication du film-spectacle, dans un autre monde. Peut-être parce qu’on a croisé beaucoup de gens et qu’on emporte leurs histoires avec nous. Peut-être aussi à cause l’émotion partagée lors des représentations, et lors les discussions d’après spectacles. Et peut-être aussi parce qu’on s’aperçoit un peu plus chaque minute qu’il y a des choses qu’on a pas eu le temps de voir, des gens qu’on n’a pas eu le temps de rencontrer, des gens qu’on a rencontrés trop tard pour qu’ils soient dans le film-spectacle.
Et voilà qu’on a envie de remonter le temps, de rallonger notre temps de présence sur place, d’ajouter, d’ajouter des interviews, d’oublier qu’on ne peut pas faire un film de 3 ou 4 heures. Revenir pour rencontrer des gens qui travaillent des scieries, pour aller dans d’autres fermes, pour avoir le temps qu’il faut convaincre pour Marie-Louise d’être filmée, ou bien venir dans son café et l’écouter avec un carnet pour tout noter pendant des heures, revenir pour avoir le temps de convaincre les bucherons de raconter ce qu’ils nous ont raconté devant la caméra, pour avoir le temps de filmer les charpentiers aussi, et les infirmiers, qui sont dans le bourg certains matins juste à côté de la boulangerie (là où on a pu manger la fameuse tarte à la myrtille, et aussi le chausson). Et revenir en hiver aussi pour comprendre ce qu’on nous a raconté de la vie dans les hameaux loin du bourg, quand il y a de la neige partout.
Revenir à Chlamazel-Jeansagnière.