Souday – FFF – filiation – fidélité – foot

Souday, la plus grosse des anciennes petites communes qui composent la nouvelle commune de Couëtron-au-Perche. Souday, la surprenante, avec notamment la cantine très réputée (voir article précédent), la fanfare très réputée (voir article précédent) et le foot où nous sommes allés hier. Le foot à Souday. La Soudaysienne Souday. On nous a dit plusieurs fois qu’il fallait aller voir le foot à Souday. Et effectivement. Le foot à Souday, c’est 140 adhérents, pour une commune de 514 habitants. Le foot à Souday, c’est des bénévoles et un esprit, d’ailleurs reconnu et compensé souvent par des prix du fair-play.  Le foot à Souday, c’est concret : on voit des filles et des garçons sur le terrain qui s’entraînent pour le tournoi amical du jour (Souday  accueille trois clubs de la région).
Et on rencontre, pour une conversation filmée, Sébastien (le président du club) et Cyril, qui sont là pour encadrer les U7, U9, U11. Cyril était déjà au club de Souday lorsqu’il était lui-même poussin. Il a toujours joué là. (Juste une année, au club de Mondoubleau, à 14 ans. Mais c’était parce qu’à l’époque cette catégorie d’âge n’existait pas à Souday.) Cyril a toujours joué là, et son père était déjà au club. Maintenant, il y a aussi le fils de Cyril qui joue au club de foot à Souday.
Quand on allume la caméra, on demande : « Est-ce que vous pouvez vous présenter ? » Et Cyril répond : « Cyril Collignon », sur un ton qui nous rappelle vraiment quelque chose. Alors, on lui pose la question : Est-ce que votre fils s’appelle Jules ? Parce que, il y a deux jours, à l’école de Souday, on a filmé des enfants qui nous ont raconté chacun l’histoire qu’ils étaient en train d’écrire (leur atelier avec Anne Bouillard). Et, parmi les élèves, il y a un garçon qui s’était présenté comme ça : « Jules Collignon », avec le même ton de voix, la même mélodie, la même façon de lancer ses mots à la caméra avec un enthousiasme affirmé. On a la confirmation. Jules est bien le fils de Cyril. On continue l’interview et, plus on écoute Sébastien et Cyril, plus on comprend que le foot à Souday, lui aussi, est une belle histoire de tradition, de filiation et de fidélité.

Caméras d’existence

La semaine dernière, en regardant les artistes d’HVDZ travailler, j’ai réalisé que leurs caméras sont exactement l’inverse des caméras de surveillance. Au lieu de surplomber des rues désertes, elles font sortir les gens, les écoutent. Elles ne construisent pas une société surveillée, mais une société en-Veillée bien vivante.
Alors, quand les magiciens d’HVDZ seront partis, on va transformer toutes les caméras de surveillance en caméras d’existence. De temps en temps, on en choisira une pour déclamer, danser, parler en-dessous. Et la rue reprendra vie.
Fanny, veilleuse d’ici.

godot à Mondoubleau

Avec la classe de 5ème 2, au collège de Mondoubleau, on va tourner la séquence « En attendant Godot ». Pour faire connaissance, on discute d’abord un peu. Tiens, un petit jeu. Si vous deviez partir avec un seul objet, lequel choisiriez-vous ? Un crayon à papier pour dessiner / Un micro pour m’enregistrer (j’aime bien parler) / Une manette de PS4 (2 fois cette réponse) / Min téléphone (6 fois cette réponse) / Mon casque pour la musique (3 fois cette réponse) / Mon PC / Une tenue de sport. Et puis, on explique ce qu’on va tourner pour le film-spectacle. « En attendant Godot ». Acte I : c’est l’histoire de deux hommes qui attendent au pied d’un arbre, il attendent Godot. En attendant, ils parlent de la vie, de l’existence. Acte II : ils attendent à nouveau. L’arbre a des feuilles. À force d’attendre, il peut y avoir des embrouilles. Des disputes. Parce qu’à force d’attendre, on est trop longtemps ensemble. Vladimir et Estragon. Didi et Gogo. Il faut se mettre en colère. Qui veut le faire : Gohann, Anaïs, Noa, Océane, Alexian, William, Quentin, Erwann, Clélia, Jessica, Elvan, Alisson, Mathéo vont se prêter au jeu.

Des enfants qui font beaucoup de bruit

À la salle de l’Étoile de Mondoubleau, ce vendredi après-midi, il y avait une collecte de sang. On a rencontré Claude Boulay pour une interview.
« Je m’appelle Claude Boulay. Ici, Boulay, c’est un nom tellement commun que je ne l’écris plus avec une majuscule. »
Claude était instituteur à l’école primaire de Mondoubleau.
D’ailleurs, pour cette « conversation filmée », nous sommes avec Morgan (qui fait la radio de la veillée : https://audioblog.arteradio.com/blog/134615/la-veillee-du-perche), un ancien élève de Claude.
« Bonjour, vous me reconnaissez ? Je suis Morgan. – Ah oui, oui, je me souviens. »
Claude est maintenant président départemental pour le don de sang. Il nous raconte tout ce qu’ils mettent en place pour qu’il y ait du sang pour soigner et sauver des vies, pour sensibiliser le plus de monde possible au don, pour organiser régulièrement des journées de collecte.
À un moment donné, on change de sujet pour parler du territoire, de Mondoubleau et on lui demande :
« Si vous aviez une baguette magique, qu’est-ce que vous changeriez à Mondoubleau ? »
Il est surpris par la question, mais quand il répond et on sent beaucoup d’émotion.
« Je construirais une grande école, une école avec beaucoup d’enfants, des enfants qui font beaucoup de bruit. Ça manque. »
Il réfléchit. Comment faire pour remplir cette grande école. Évidemment, il faudrait que des familles viennent ici. Et pour cela, je ne sais pas, il faudrait déjà changer d’agriculture. Si on n’était pas sur une agriculture industrielle, ici, peut-être que des familles viendraient.

Fortune, Hollywood et Jamaïque

(Peut-être qu’il y a eu un massacre au bout du chemin au 11ème ou 12ème siècle, ou peut-être juste des abattoirs. On ne sait pas, plusieurs légendes circulent.)
À la ferme de la Massacrerie de Souday, ce sont génisses de Valérie et Fabien qui grandissent. Leurs vaches adultes sont à leur ferme de Boursay. C’est aussi à Boursay que naissent les veaux. Mais entre les deux, les vaches viennent toutes passer leur adolescence à Souday.
Pour Valérie et Fabien, et pour Christian et Marie-Christine, les parents de Fabien, c’est donc à Boursay qu’est le plus gros du travail. Alors, après avoir rencontré les agriculteurs à Souday, pour une conversation filmée, et avec tout ce qu’ils nous ont raconté, on a eu envie d’aller voir la traite.
Hop, vendredi matin, départ de Mondoubleau très tôt, sous un beau brouillard et on arrive à la ferme de Billetière. Les vaches sont très curieuses, elles viennent vers nous, essaient de lécher la caméra de Bénédicte venue faire des images.
Pour la traite, c’est au fur et à mesure. Ici, on appelle chaque vache par son prénom. Certaines sont en vacances (elles sont traites 305 jours par an, ensuite c’est deux mois de repos, notamment quand un veau arrive). Celles qui travaillent viennent sur les deux quais de six places, et là c’est entre 20 et 64 litres par vache, environ 2300 litres récoltés. Et les trois dernières vaches pour la traite, c’est toujours Fortune, Hollywood et Jamaïque, les trois doyennes, qui sont un peu plus choyées que les autres, respect oblige.
Cette année, c’est l’année des P, et la plus jeune, on la rencontre un peu plus tard, au moment de son repas : Pyromane, la fille de Mégamane. (Pyromane est née le 19 mars, le jour de l’anniversaire de Didier.)
Merci aux agriculteurs pour toutes leurs explications et le partage leur passion, merci pour l’accueil dans tous les recoins de leur ferme.

L’Éveil de Souday dit « La Clique », l’éternelle et intergénérationnelle fanfare.

Jeudi matin, dans la salle Sainte-Thérèse, derrière l’église de Souday, on avait rendez-vous avec rencontre Philippe (tambour) président de « l’Éveil de Souday », Christian (clairon) trésorier et Noé (trompette), le chef de musique. Cela fait plusieurs décennies que Philippe, Christian et Noé font partie de La Clique, qui, plus précisément, est une « Batterie-Fanfare ». L’un nous raconte qu’il est arrivé ici à 17 ans avec son nouveau clairon, pour l’autre que c’était vers 9 ou 10 ans qu’il a passé deux années à apprendre le tambour avec le monsieur de la briqueterie pour pouvoir rejoindre la fanfare, le troisième est arrivé vers 10 ans, mais fallait avoir du souffle. Et l’oreille, parce que personne ne lit la musique, tout s’apprend comme ça, on se transmet de musiciens en musiciens. On se transmet les morceaux, les chorégraphies de clairons pendant que les trompettes jouent, les chorégraphies de trompettes pendant que les clairons jouent. Et puis, il faut aussi savoir marcher au pas : « parfois on fait c’est 5 km quand on joue, quand on sort ». Un nouveau qui intègre la fanfare, il lui faut 5 à 10 ans pour être au top. Ils nous parlent du costume, avec le pantalon gris et son liseré, la chemise blanche, le boléro couleur fraise écrasée devant et gris derrière.
Mais surtout, ils nous disent qu’il y a tous les âges à l’Éveil de Souday. Là, on est un peu étonnés, parce que devant nous c’est des « anciens de l’Éveil de Souday » qui parlent. Mais on va s’apercevoir que c’est vrai, que ce ne sont pas que des mots. Cette fanfare existe depuis très très longtemps et elle est intergénérationnelle depuis toujours : des jeunes de 9- 10 ans, il y a des ados, les parents et des anciens. Dans beaucoup de domaines on aimerait réussir un tel mélange d’âges avec autant de succès. Ici, les jeunes viennent et restent. Comme les jeunes d’avant qui sont venus et sont toujours là. Ce qu’on nous explique c’est qu’il y a une très grande attention des anciens pour que les jeunes se sentent bien.
Le lendemain, c’est vendredi et, depuis toujours, le vendredi de 21h à 22h, c’est la répétition. Alors le lendemain, on retourne dans la salle Sainte-Thérèse, derrière l’église de Souday. Et c’est un peu émouvant de voir cette histoire de fidélité, d’engagement, de mélange de générations. Il y a des enfants, des ados, des anciens, des hommes et des femmes. Et dans les coins de la salle, il y a des spectateurs qui écoutent la répétition (parents venus accompagner leurs enfants musiciens, petits frères et petites sœurs). Et on voit que c’est réel et que c’est habituel. C’est sûr, c’est comme ça tous les vendredis. (Sauf quand il y a un concert le samedi, là, le vendredi on se repose, parce que pour les soufflants, c’est très physique et il faut s’économiser les lèvres.)
Merci pour l’accueil (au kir percheron) et bravo à toute la clique.

Petit extrait de la répétition du vendredi 22 mars 2019, à Souday :

Veillée au grain

Aujourd’hui, j’ai suivi Bénédicte et les artistes qui sont allés sur plusieurs sites pour faire des images !
Nous avons commencé par les silos sur la route entre Souday et St Agil.
Nous avons été accueillis avec un enthousiasme communicatif par Alain Cheron qui y travaille. Il nous a propos é de rester un moment après les prises de vue pour nous expliquer un peu ce lieu, et nous faire visiter quelques passages insoupçonnés !
Nous avons donc eu la joie de le suivre.
Nous sommes descendus par une trappe et une échelle dans un couloir impressionnant, gris de béton, dans lequel court un énorme tuyau, transporteur du blé sous toute la longueur des 3 silos.
Nous avons appris tellement de choses en si peu de temps que je ne pourrai tout transmettre, mais j’ai appris que les silos font 35m de haut, que chaque cellule fait 12m50 de diamètre, et que chaque cellule peut contenir jusqu’à 1700 tonnes de grains.
J’ai appris ici qu’on surveille le grain et qu’on ne le traite pas.
J’ai appris qu’on le souffle pour le ventiler, quand on doit le refroidir ou quand il y a des insectes.
J’ai appris qu’à la moisson, le grain arrive à 40° et que ça prend presque 4 mois pour le ventiler et descendre sa température jusque 17°.
J’ai appris que quand on envoie le grain sur les bateaux à St Nazaire, il est d’abord stocké dans un silo à proximité et que ça prend 2 mois à remplir car ce sont 64000 tonnes qui sont chargées !
Comme dirait Alain Cheron, c’est une sacrée logistique qu’on n’imagine souvent pas !
J’ai appris aussi que dans ce grand couloir en sous sol, plongés dans le noir, il y a parfois des entrainements de pompiers !
J’ai appris que pour la moisson, ils ont besoin de 600 personnes pour récolter, pelleter, analyser, saisir les bons…
J’ai appris que l’on doit garder des échantillons de chacun des grains apportés pendant 6 mois.
J’ai appris aussi qu’Alain Cheron fait parfois visiter aux enfants et leur explique tout cela et je me suis dit que c’était vraiment bien parce qu’il est passionné cet homme, qu’il raconte avec un plaisir non dissimulé, avec beaucoup de pédagogie, avec un respect formidable des agriculteurs, et un amour de ce lieu et ce qu’il y fait.
Merci encore !
Sophia, veilleuse d’ici.

De Mondoubleau à Maubeuge, il n’y a qu’un pas

Aux Marroniers, on fête les anniversaires tous les deux mois. Ça permet d’inviter des artistes pour mettre en musique ces joyeux événements. La famille est invitée, on danse, on chante, on fait des blind-tests, etc.

Et soudain, Maubeuge débarque à Mondoubleau. L’accordéoniste le dit : « ah, la belle ville de Maubeuge ! ». C’est en vidéo :

Il faudrait voir la pleine lune ici aussi, elle éclaire comme un lampadaire bleu (mais en photo, ça ne rend pas grand chose).