Du désert du Néguev ou de l’Atacama à Mardyck et Grand Fort Philippe ou Sartrouville

On a mis en scène les Trois Soeurs de Tchekov avant Electre de Sophocle et après Marivaux. Après On s’aimait trop pour se voir tous les jours et Ivanov. C’était le Ballatum dont est issu HVDZ. C’est la même association qui a simplement changé de nom. On a démarré à Lille puis on s’est installé à Liévin, au théâtre de Liévin. Pour son ouverture. Sur la place Gambetta. Aujourd’hui le théâtre de Liévin est devenu une salle de musique. Plus de théâtre du tout. Puis, il y a eu le Centre Dramatique National de Caen et le retour à la Base 11/19,compagnie associée à Culture Commune. Quelques mois plus tard. Avant Ivanov, on avait mis en scène Help et Si tu me quittes, est ce que je peux venir aussi ? On travaillait essentiellement à partir d’improvisations à l’époque. On a tourné tous ces spectacles partout. Comme ce fut le cas par la suite avec C’est pour toi que je fais ça ! etc… Le travail avec les personnes comme les Veillées est arrivé quand nous nous sommes installés à la Base 11/19. Saisis à la gorge comme par un danger de mort par la question, qu’est ce que (humainement, écologiquement) l’art, la culture ? Qu’est ce que serait une véritable démocratie culturelle ? Comment faire en sorte que ça concerne tout le monde et qu’on participe de véritables échanges avec toutes les cultures ? A savoir qu’être artiste appartient à tout le monde ! Qu’est ce qui est plus légitime, le magnifique jardin de mon voisin ou la dernière mise en scène de XY ? C’est pour ça qu’on a fait de l’errance une de nos pratiques théâtrales par excellence. Pour dialoguer, re-construire, co-construire. Pour garder les yeux grand ouverts au partage et à l’échange. (Faut dire que les pissenlits blancs que nous a offerts le maire de Mardyck quand on a quitté Mardyck (après la Veillée) sont délicieux…) Depuis ces dix années d’errance, de Veillées en Portraits, on s’est considérablement enrichi de toutes ces rencontres, de tant de pierres précieuses découvertes au cours de ce travail mené essentiellement en milieu populaire (avant garde des remises en question et des nouvelles pratiques politiques de vie commune et de solidarité, de créativité et d’innovations culturelles et artistiques). Et on a l’impression (à notre petit niveau) de participer d’une transformation sociale et politique, de l’ Education Populaire. J’ai découvert hier sur Wikipédia que culture viendrait de colere, qui veut dire, mettre en valeur. C’est ça, c’est tout à fait ça !

rien ne finit, tout commence

On a prévu une réunion dès le lundi 7 janvier 2013. A 14h. Pour mettre au point la suite du programme de la saison. En janvier, on va faire un Portrait de Grand Fort Philippe et on enchaîne par un stage avec les Chantiers Nomades. Autour des Briques. Et il y a le Portrait de l’hôpital de Lens, Aubusson et les Côtes d’Armor. Et Rexpoëd. Et la Veillée des Veillées à Dunkerque. Et en juin, à Paris, un travail avec Les Turbulents, en prévision. Puis viendra le temps des Briques. On n’a pas bouclé le budget mais on ne désespère pas d’y arriver. Et faut pas oublier la reprise de la Brique au mois de mars. On a une chance inouïe de faire tout ce travail. On a du pain sur la planche. Et cerise sur le gâteau, on a repris langue avec la Tohu à Montréal. On y fera peut-être une Veillée, dans le quartier St Michel. Quartier populaire de Montréal. Du côté de l’ Ecole de Cirque et du Cirque du Soleil.

extrait du texte (publié sur le site d’AutresParts/Artsfactories) de J. Livchine proposé à Libération

… Le centre de gravité de la Culture en France a bougé, les grandes institutions semblent pour la plupart figées et n’arrivent pas à épouser les nouvelles démarches d’art relationnel, d’art contextuel, de bottom up ( L’Art qui part des habitants )…
… Il y a un microcosme théâtral qui tente de résister, mais les créations d’auteurs à l’ancienne sont dépassées, maintenant c’est toute la ville que l’on met en scène, il ne s’agit plus de s’adresser à un petit public d’abonnés mais à la cité toute entière. Pendant 40 ans on a essayé d’attirer le non public à l’intérieur des salles de spectacle, le résultat c’est un public un peu fossilisé et vieillissant qui forme le bataillon des abonnés, même si les statistiques disent parfois le contraire, grâce aux sorties scolaires.
Il semblerait que la nouvelle ministre de la culture ait pris conscience de cette immense vague de fond qui est en train de bouleverser la carte de la création artistique, il semblerait que ses préoccupations se dirigent vers les gens plutôt que vers le public traditionnel.
Si c’était vrai, ce serait un inattendu et immense changement de paradigme, et il faudrait s’en réjouir, et faire en sorte que les 2 milliards du Ministère de la Culture puissent servir aussi de stimulant et d’engrais à toute cette nouvelle culture de territoire et d’espace public, cette culture des interstices, des abris inventifs, qui foisonne dans nos Régions dans nos villes, dans nos campagnes…

Les voeux de Jean Luc Mélenchon – Vienne le temps des cerises – (1)

…Je vous souhaite la fin d’un monde. Le monde de l’argent roi, le monde des cupides qui pourrissent le ciel, la terre et la mer ! Le monde des lâches et des malins vautrés dans les connivences et les arrangements. Les mauvais jours finiront ! Vienne le temps de cerises et des jours heureux. Un matin se lèvera, couleur de rêves. Peut-être bien le jour même où tant de grands cœurs auront davantage confiance en eux-mêmes que dans les marionnettes à gros fils avec lesquels les puissants détournent leur attention… 

Maintenant il pleut aussi des mails et des sms envoyés à la chaîne par des machines sans âme. L’expéditeur sait-il seulement que je suis dans sa liste de diffusion ? Non. Je n’ai pas de doute à ce sujet… Sans compter tous ceux qui achèvent de m’assassiner en se préoccupant de ma santé. Quoi qu’est-ce qu’elle a ma santé ? J’ai encore perdu un jeune camarade il y a quelque jours et aussi un proche familier, donc je suis bien au courant du sujet, de la loterie qu’est la mort. La mort fait du chiffre, un point c’est tout. Et nous, pauvre blé en herbe de tous âges, nous sommes  immortels jusqu’à ce qu’elle vienne montrer sa face glacée au carreau. Deviendrais-je misanthrope chaque nouvel an ? Je me répète d’une année sur l’autre. Mais l’industrie des vœux aussi. J’ai voulu lutter contre cette terrible mise à distance qui me gagne quand je n’en peux plus de m’impliquer dans toutes les souffrances. Je me suis demandé de quel côté des vœux seraient autre chose qu’une comédie, un rite contraint. Je veux dire où les utiliser comme un prétexte pour prononcer les mots comme on n’ose pas le faire le reste du temps à des gens en particulier parce qu’on éprouve de la gratitude à leur égard, ou bien une très ardente communion d’esprit. Tout le monde connait ce sentiment je crois bien…

Les voeux de Jean Luc Mélenchon (2)

… Je voudrai bien dire merci encore à ce jeune guide qui m’a fait visiter les ruines romaines de Saint Rémy de Provence juste pour le son de sa voix accordé en basse aux stridences des cigales, son application à raconter avec justesse, sa volonté de bien faire après déjà quelques heures à se répéter d’un groupe à l’autre. Je suis rentré en moi-même et je me demandais à qui je voudrai dire des mots de cette sorte ? Des mots qui en les exprimant vous emplissent à nouveau d’une situation ou d’un sentiment qui rendent plus fort quand ils vous ont traversé. Ah ! Ça y est, je vous vois mes camarades. Je vous vois, chère Angélique la voix posée devant Sodimédical, votre fillette vous tenant la main, Yvon à Pétroplus qui semble porter la raffinerie sur son dos, Rachid devant les machines à protéger, Xavier Mathieu que les puissants du jour comme ceux de la veille ont laissé sur sa croix, Yves, Nathalie, Lionel, Gérard, Aurélie, Murielle. Je vous vois à mesure que je vous écris. C’est la lutte qui nous a fait nous rencontrer. J’aurais été plus pauvre sans cela, c’est sûr. Après chaque rencontre on discutait entre nous. Comment réglerions-nous le problème si nous étions au pouvoir ? Vous voyez le genre de question qu’on se posait ? Et on y répondait. Dans le wagon, dans la voiture, en cassant la croûte après les réunions c’est comme si le mur de la fatalité reculait. Et nous on devenait d’autres personnes. Le pays était à nous le temps de cette discussion, la vie se réglait, nous n’étions plus en exil ni sous occupation comme tant le ressentent. J’ai aimé ces moments qui sont le véritable sens de la radicalité concrète.

Les voeux de Jean Luc Mélenchon (3)

… C’est une chose d’avoir écrit des kilomètres de textes contre la mondialisation libérale, l’Europe de Merkel et ainsi de suite, et c’est une autre d’avoir vu les visages de la ligne de front mille fois décrite. Oui, voici devant moi vos visages mangés de l’angoisse d’une lutte que les autres croient seulement syndicale alors que c’est la lutte pour le droit de se regarder dans la glace et dans les yeux de ses mômes. J’ai demandé à Laurence Sauvage vos numéros de téléphone et un par un j’ai fait un message. Sous prétexte de vœux je vous ai dit ma gratitude. Depuis combien d’années n’avais-je pas fait de vœux dans ces conditions.  Comme je ne peux m’en empêcher, quoi qu’on se moque de cela dans mon foyer, je théorise aussi ce que cet instant m’inspire. Je pense que la sincérité ne s’adresse pas seulement à ses interlocuteurs. Je crois qu’elle nous change nous même quand elle s’exprime. Ça me fait un sujet de gratitude supplémentaire à l’égard de mes destinataires de message…

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