C’est bien ici le jour, c’est là que je vais demeurer en marchant. Un cahier ouvert à la page de Victor Hugo. Qu’on retrouve en rentrant. Henry David Thoreau, Walden ou La Vie Dans Les Bois. Edouard Lewé, Oeuvres, Raymond Depardon et Claudine Nougaret, Journal de La France. C’est dans les Contemplations qu’on trouve le fameux poème de Victor Hugo (à Léopoldine), demain, dès l’ aube à l’heure où blanchit la campagne… On pensait que c’était la rosée du matin mais Mme Lefrançois, professeur de Français au lycée d’Auchel nous avait dit qu’il s’agissait de la pâleur du soleil matinal  qui blanchissait la campagne, à l’aube. Les professeurs disent la vérité. A Wissant,  dans le vent de l’hiver qui souffle en rafales sur la place du village, on entend parler allemand, anglais et néerlandais.  Quelques travailleurs de la mer mettent à flot des barques dans les vagues hautes pour alimenter le marché au poisson de l’après midi…

vive la liberté

De Wendy Brown ,philosophe américaine

Il n’y a pas de démocratie achevée.Mais ce qui est nouveau avec le néolibéralisme ,c’est qu’il corrode nos aspirations démocratiques et les remplace par des valeurs importées du marché .Le néolibéralisme s’attache à ce que chaque acteur n’ait qu’un seul but:améliorer sa compétitivité,développer sa croissance,défendre sa notation de crédit .C’est vrai pour l’état ,pour l’entreprise,mais aussi pour l’individu,entièrement occupé à maximiser sa propre valeur économique .Parvenu à un tel point ,il n’est plus possible de parler d’individu démocratique.Car alors l’individu cesse d’être orienté vers l’égalité ou le bien-être collectif.On l’enjoint de devenir responsable de lui-même, de prendre soin de lui mais pas de prendre soin des autres,et encore moins des biens collectifs.Alors ,on dira que le néolibéralisme nous promet la liberté .Mais laquelle?La liberté au sens classique-liberté de participer au gouvernement-disparaît au profit d’une autre liberté:choisir le meilleur « investissement » de soi-même en fonction des normes  et des possibilités du marché.L’individu devient à ses propres yeux un simple capital humain à gérer avec le plus d’habileté possible .Ce sont toutes les conceptions de dignité humaine formulées par Kant-l’homme est une fin et non un moyen-,par Locke-l’homme a le droit à la protection-ou par Rousseau-les hommes s’assemblent pour se gouverner eux-mêmes-qui s’effondrent.Devenu un simple capital économique,l’individu peut être sacrifié comme on sacrifie un capital qui n’est plus rentable .C’est ce qui se passe avec les politiques d’austérité en Grèce et ailleurs :si la retraite ,les allocations,la santé ,l’emploi sont trop chers ,on les supprime .C’est finalement la structure même du contrat social qui est renversée:au lieu de protéger l’individu ,le collectif va le sacrifier .un sacrifice qui n’est ni fasciste ni militaire:un sacrifice au nom de l’économie .

inventaire (grande mortalis oevi spatium) de bureau pour Noël

Tout est à nous (l’hebdomadaire du NPA). Une caméra Leika Dicomar de la compagnie. Tenormine, Maxilase, Citalopram… Royal Canin (pour les chats) indoor longhair. Stiegler, réenchanter le monde. Deux rouleaux de scotch. Un DVD neuf dans son plastic, Miracle sur la 34 ème rue. Un tas de livres et de cahiers. La maison de force d’Angélica Liddell, (elle adapte la fin des Trois Soeurs, souvent citées dans la Brique) ce matin une fois réveillée, debout et lavée, j’ ai eu brusquement l’impression que tout devenait clair pour moi, et que je savais comment il faut vivre. L’homme doit travailler, c’est le sens et le but de son existence, son bonheur, sa joie. Comme il est bon d’être un ouvrier qui se lève à l’aube et s’en va casser des pierres dans la rue, d’être un berger, ou un instituteur qui fait la classe aux enfants, ou un mécanicien sur sa locomotive… il vaut mieux être une bête, un boeuf, ou simplement un cheval. Pourquoi pleures tu ? Culture et société, un lien à recomposer, dont une contribution de Bernard Stiegler, Simondonien déchaîné. Louis Althusser, Lettres à Hélène. Louis Althusser, l’avenir dure longtemps. Comment penser chat, de Pam Johnson-Bennett et Julien Deleuze. Un DVD des Chantiers de Sartrouville où l’on a fait l’avant dernière Veillée, Je me souviens… Un livre de Tcheckov sur son voyage en Sibérie. Les photocopies d’un texte écrit par Olivier Fauquembergue dans l’idée de faire une conférence gesticulée sur la compagnie. Des flacons de teinture mère de Valeriana officine.  La photo d’un chemin de campagne au bord d’une rivière. Des photos de Jérémie.


Camarade Divion

On a joué à Divion. Avec l’harmonie municipale. Camarade Divion. L’harmonie municipale avait pris place sur la scène et les acteurs dans la salle autour de tables installées en U. Des acteurs et des lecteurs. Mme Le maire de Divion a assisté au spectacle. Le spectacle raconte une part de l’histoire (récente) de Divion, du Bassin Minier et du parti communiste. On a parlé avec un musicien de l’harmonie qui nous a dit, si vous regardez bien mon écharpe, vous remarquerez que c’est la même que Mélenchon. Dans le spectacle (qui est une fiction), il est question d’une réunion du comité des fêtes de la ville de Divion, au milieu des années 80. Avec des flash back qui rappellent le temps de la guerre et de la résistance (pour la plupart), des lutte de classes et des histoires d’amour (tout est rires et sanglots, l’amour est au milieu). Les spectateurs ont beaucoup ri (les répliques fusent et sont drôles) et se sont émus. A l’écoute des textes, de la belle musique de l’harmonie. A la fin, après les applaudissements l’harmonie a été rappelée plusieurs fois. Et puis on a mangé des sandwichs et bu le verre de l’amitié. Mme le maire était ravie. Thomas a la bonne idée de reprendre le spectacle dans d’autres villes du Bassin minier et ailleurs. A chaque endroit il réécrira le texte en fonction du territoire et de son passé.

l’amour est plus juste que la justice et plus vrai que la vérité (W. Jankélévitch)

Nous vivons une crise grave. Crise systémique. C’est à dire économique (fin du capitalisme ou l’hécatombe), écologique (catastrophe climatique à l’horizon des cinquante prochaines années si nous ne changeons pas nos modes de production industrielle), scientifique, philosophique et psychique. Les hôpitaux psychiatriques sont encombrés. Perte de confiance en soi et perte de confiance dans les groupes à maintenir ce qui les relie. L’amour est la condition de la vie ensemble. Crise de la chose (cause) sociale. La raison d’être du social et du psychique souffre. Il est urgent d’opérer des renversements de valeurs. Même si on n’en prend pas le chemin et qu’on cherche à rendre nos sociétés (et les individus) toujours plus compétitives et concurrentielles. Nous vivons à l’âge du capitalisme culturel qui consiste dans le contrôle de savoirs qui les intègre dans le design et le marketing. Le savoir est devenu adaptatif. Amazon.fr adapte ses propositions consuméristes en fonction  d’analyses personnalisées des consommateurs. Pour adapter le consommateur aux volontés d’Amazon.fr. Or le savoir est intrinsèquement contradictoire. L’adaptation est donc intrinsèquement débile. Le savoir est associatif. Ce nouvel âge d’instrumentalisation des savoirs correspond à des processus simultanés de pertes de savoir-faire et de savoir-vivre. Pertes d’individuation, de singularité qui sont la cause de la disparition de la confiance en soi et de ce qui relie les groupes. Il nous faut inventer d’autres modes de penser et d’agir. A la fois égalitaires et libertaires.