Deux jours d’intenses réflexions à Aurillac pour les conversations d’hiver organisées par l’équipe du festival d’Aurillac. On était un peu plus d’une vingtaine autour d’une grande table recouverte d’une nappe rouge dans ce magnifique lieu de fabrique des Arts de la Rue, au domaine de Tronquières, à Aurillac. Tous venus pour parler d’utopie et d’art. D’un village idéal qui comporterait une centaine de personnes composées d’artistes (de rue et autres). Quel fonctionnement collectif possible ? Chacun a pris la parole à l’endroit de son utopie personnelle. Frédéric, qui préside aux destinées du familistère de Guise (dans l’Aisne où nous jouerons la Brique en fin de saison) est intervenu à plusieurs reprises pour replacer l’utopie dans l’histoire des idées et des expériences. Et bien sûr il nous a expliqué un peu plus précisément ce qu’était le familistère de Guise et l’exemple de communauté autogérée possible que représente aujourd’hui encore le fonctionnement de cet endroit. Et tout ce que cela a entraîné et entraine comme subversion des idées dans le cadre de la société néo libérale, à bout de souffle, dans laquelle nous vivons. C’est dans ce type de réunion et par l’intelligence de ses organisateurEs qu’on se rend compte du foisonnement et de la richesse des propositions à tous les niveaux et dans toutes les disciplines du spectacle vivant et plus particulièrement en ce qui concerne le théâtre de rue. On ressort de ce genre de rencontres, ragaillardi, enthousiaste avec l’idée que ça cherche dans tous les coins et que même si on n’est pas tous d’accord sur la façon de faire, ça n’est pas un village (utopique) plus ou moins autogéré mais trente ou cent qui existent et naîtront dans un tout proche avenir. On a aussi beaucoup parlé d’action culturelle qu’on a bien vite remplacée par ce qui, pour chacun de nous sonne juste, fait sens dans tous les cas de figure, c’est à dire, l’éducation populaire. Parce que les mots ont un poids politique et si on arrivait un tant soit peu à faire en sorte que ça bouge socialement et donc artistiquement, il faudrait revenir aux vrais enjeux de l’éducation populaire, la transformation sociale. Sans perdre de vue l’exigence artistique et l’invention créatrice sans qui, pour l’artiste et le public le discours n’est que profération…
Carnets de route
Veillée # Turbulente (Paris, juin 13)

Notre grand chef d’oeuvre, c’est de vivre « à propos », de vivre le temps. Montaigne
La joie est plus merveilleuse que la tristesse / J’ai mes brouillards et mes joies en dedans de moi qui n’ont rien à voir avec des motifs de joie ou de tristesse / La joie n’a pas de cause / Que tout soit amené à disparaître, corps et biens est une pensée qui me chagrine. Je me suis cherché un double, une double réalité, une double vie, qui me protège des réalités du singulier, du simple/ Du tragique de la vie / Le double est une protection mais c’est aussi une protection qui s’ignore comme illusion et qui se fait passer pour du réel / L’illusion y gagne et gouverne. L’illusion ne meurt pas quand le singulier disparaît / Oublions tout et plongeons nous dans une activité de remplacement / Le fait d’écrire est une profanation, du moment où elles sont écrites, les idées (sombres) sombrent /Le double nous protège du réel pour ne pas accepter de plein fouet le caractère tragique et absurde de la vie /
Aurillac aujourd’hui, Porte à Porte demain à Lens
Nous voilà à Aurillac, pour deux jours, pour un colloque, sur la culture et la transformation sociale. Avant de reprendre dès la semaine prochaine les porte à porte dans la communauté d’agglo de Lens-Liévin, à la recherche d’anecdotes, afin de constituer un guide émotionnel qui sera publié dès le début de la saison prochaine en collaboration avec la comté de tourisme de Lens et Liévin, Le Louvre-Lens et la compagnie anglaise Strange Cargo. Il s’agit de fabriquer un livre, comme une guide qu’un visiteur pourrait suivre au gré des petites histoires qui y seront racontées. Chaque histoire étant précisément accompagnée d’une photo et d’une indication topographique très précise. Un façon de se balader au gré des histoires des gens.
Mémoire et culture
« Dans les quartiers populaires, le pouvoir de mémoire » par François Lamy ,ministre délégué à la ville (extraits d’article)
Les initiatives locales visant à recueillir la mémoire des habitants ont jusqu’à présent souvent menées dans le cadre des opérations de rénovation urbaine ,et pour être plus clair lorsqu’on a détruit des immeubles. Ce que je veux désormais c’est que les souvenirs et les analyses des habitants c’est a dire des premiers concernés soient considéreés à hauteur de leur valeur comme le fondement préalable a l’élaboration du renouvellement urbain et comme un levier d’affirmation de ces habitants et de leur pouvoir d’agir . les habitants des quartiers populaires méritent que notre pays tout entier connaisse leurs histoires individuelles collectives, et porte sur eux un regard différent affranchi des représentations stéréotypées et négatives dont on les abreuve chaque jour. Les plus jeunes générations qui ont grandi dans ces quartiers ont besoin de s’approprier le passé pour construire leur chemin personnel, émancipé du poids de l’histoire, pour inventer leur avenir et participer avec confiance à celui de notre pays .
L’histoire des deux conflits mondiaux ,de la colonisation et de l’émancipation des peuples, l’histoire industrielle et des crises économiques du XXIème siècle ainsi que l’histoire culturelle et artistique de notre pays seront placées en regard des mémoires locales et familiales dans les quartiers populaires .Parce quelle s’oppose à l’invisibilité sociale et qu’elle raconte une histoire de la France contemporaine, la mémoire des habitants des quartiers populaires est un vrai levier contre les discriminations et pour l’égalité des territoires et des citoyens .
veillée Hauts de Rouen (sept 2012)
Allez ! Allez ! (3)
On a misé beaucoup sur le changement de régime. Sur l’arrivée des socialistes au pouvoir. En termes culturels on se disait que ce serait la révolution. On a nourri des espoirs fous. Même si au fond de nous mêmes, on pensait bien que la realpolitik reprendrait bien vite le dessus. On avait imaginé que notre façon de travailler avec les populations, avec les quartiers, avec les gens serait mise en valeur et encouragée. Qu’on nous demanderait des conseils puisque ça fait plus de dix ans qu’on travaille là dessus en France et ailleurs ! Comme on dit, on a une expertise de terrain ou encore, on en connaît un rayon ! Que nenni ! Pourtant ça n’est pas faute de connaître des gens au ministère de la culture avec qui on avait travaillé auparavant, la ministre elle -même est venue travailler à Culture Commune, participer à des ateliers d’écriture et de réflexion sur la culture populaire ! Mais il doit y avoir plus urgent ! Il y a forcément plus urgent ! On s’était pourtant dit avec les camarades, ce coup-ci, avec ce gouvernement -là et Aurélie Filippetti aux commandes de la culture, c’est le moment où jamais de mettre en avant notre militantisme culturel et notre volonté sans limite de partager l’outil culturel avec tout le monde ! Que les artistes professionnels mettent leur savoir faire au service des gens et que d’égal à égal, on permette à tout le monde de prendre la parole ! Que l’art et la culture servent à ça ! C’est Aurélie Filippetti qui est ministre de la Culture ! On vient du même monde. Bon ! Bon ! On est subventionné depuis des années et c’est déjà formidable ! On vit des financements publics ! Soyons alors un vrai service public ! Que les jeunes en profitent à leur tour ! On peut faire part de notre expérience. Ça serait une autre manière de valoriser l’argent public ! Que tout ce qu’on a fait, ne reste pas lettre morte (on a parcouru des milliers de kilomètres à pied, en voiture, à cheval, à la rencontre des gens pour créer ensemble, à partir des inventions de chacun, des oeuvres d’art avec l’idée comme aurait dit Marx de changer le monde et comme aurait dit Rimbaud de changer la vie) !
Intervention artistique bibiliothèque de Sartrouville (veillée Satrouville, oct 2012)
C’est classe, Tremblay
Passé la journée dans le train, à Paris, à Tremblay… Vouloir revenir là où on jouait tous nos spectacles et les Veillées sans qu’on n’ ait jamais rien à démarcher, à l’époque. Dans ce job, le plus dur, c’est de durer ! On a présenté à Emmanuelle et Dephine Aimer si fort…, la Brique et reparler des Veillées et des Portraits. Pour ce qui est des Veillées et des Portraits, pour Emmanuelle et Delphine, ça n’est plus d’actualité. Le théâtre est plein à chaque représentation, le public est jeune, de Tremblay et de partout. A l’image de la Roses des Vents. Emmanuelle et Delphine misent aujourd’hui davantage ce qui fait rêver, qui sort du cadre brechtien d’un théâtre trop stricto sensu du spectateur concerné. La réalité est multiple et complexe à Tremblay. Le théâtre Aragon doit être une invitation permanente au voyage.
Ça a fait bien plaisir de retrouver Emmanuelle et Delphine, un grand plaisir ! On a vanté le mérite de nos spectacles, au risque que ça ne prenne pas, mais c’est le jeu. On fait ça depuis bien longtemps, depuis toujours. Rien n’est jamais acquis. En tout cas pas pour nous. C’est le métier qui veut ça. Faut pas désespérer Billancourt. Remettre sans cesse le métier sur l’ouvrage. Faut y croire. Prouver que ça vaut le coup. Faut savoir que les programmateurs reçoivent des dizaines de propositions tous les jours et que c’est déjà une chance d’être reçus. Alors ne pas prendre trop de temps. Savoir partir. Ne pas prendre racine. Ne pas déranger. Ne pas se taper l’incruste. Retrouver son RER B direction Robinson. A 20 minutes du théâtre Louis Aragon. Marcher le long des trottoirs couverts de l’humus des arbres. Tremblay est joliment construite au milieu d’un parc.



