C’est tout de même une chance inouïe qu’on a de faire ce qu’on fait. Demain on va sillonner tout le territoire de la communauté d’agglomérations de Lens-Liévin pour aller dans les trente six mairies, recueillir des histoires, des anecdotes qui ont lieu sur ce territoire, dans le cadre du livre qu’on réalise avec le Louvre-Lens et le comité de tourisme de Lens-Liévin. Si on n’avait pas fait ce qu’on fait, on n’aurait jamais rencontré tous ces gens. Et pour quelle cause merveilleuse ! Raconter des histoires ! C’est ce qu’on se disait l’autre jour au bureau, si on n’avait pas fait ce qu’on fait, on aurait tout le temps été avec les mêmes gens qui fréquentent les théâtres, des gens de la classe moyenne. On a la chance d’être au contact en permanence grâce aux Veillées et aux Portraits avec les classes populaires et un peu tout le monde. Mis à part les grands bourgeois, la haute sphère qui vit dans un entre-soi impénétrable et qu’on n’a pas forcément envie de croiser (bon, et c’est fort navrant, ils mènent les affaires du monde), on aura vécu avec toutes les personnes de partout, chaque jour différentes.
Carnets de route
Bib de rue (Veillée Sartrouville oct 2012)
Tout le ciel au dessus de la terre (Angelica Liddell)
http://www.youtube.com/watch?v=5A-4VGfx5lU Pendant toute une longue partie du spectacle, la chanson the house of the rising sun des The animals 1964 tourne pour ainsi dire en boucle. C’est d’une beauté inouïe tandis que Angélica Liddell dit son texte au micro en criant, en chantant, en se roulant par terre sur la scène. C’est d’une force incroyable. J’ai souvent pensé que c’était ma soeur qui était sur scène. J’en ai rêvé d’ailleurs. Au même endroit sur la même scène sauf que ma soeur, elle, elle bougeait pas. J’étais dans les coulisses et je l’appelais. Mais elle était incapable de bouger. Plus je l’appelais moins elle m’entendait. Angélica est tout en noir à ce moment là du spectacle, elle occupe tout le grand plateau à elle seule, et c’est divin. Et la musique qui revient toujours et on est entraîné dans sa course folle, dans son désespoir merveilleux. L’éclairage est sombre comme ses vêtements. Dans mon rêve ma soeur porte un grand manteau beige, le silence est total et c’est un plein feux sur le plateau. Personne ne bouge. Les mots ne sortent plus de ma bouche. Je ne capte pas son regard. Elle fait face au public. Je voudrais courir vers elle mais mes jambes se dérobent sous moi. Je suis à tout jamais dans les coulisses sans parvenir jamais à l’atteindre. Je hurle mais rien ne sort de ma bouche. Angélica Liddell reste seule dans la deuxième partie de Tout le ciel au dessus de la terre et on voudrait que ça ne se termine jamais.
marché des Indes (Veillée Sartrouville oct 2012)
Au bord de l’implosion, Guy Débord(é)
Faut que je m’organise sérieusement ! Faire le tri dans mes adresses mail, j’ en ai un paquet et au bout du compte, on ne sait plus comment me joindre ! Dans le lot, il y en a quelques unes que j’ oublie de consulter et je me dis, tiens, unE tellE aurait pu donner de ses nouvelles, je découvre alors au fond d’une liste de messages que je consulte à l’occasion qu’elle, il essaie en vain de me contacter depuis des lustres ! Faut dire (à ma décharge qu’on a en continu une activité débordante ! Passez une journée au bureau et vous verrez bien ! Je suis en surchauffe en permanence ! Sachez aussi qu’il arrive que quelqu’un vienne nous rendre visite à l’improviste et nous ramène du chocolat ou du thé ! On est tenu de faire une pause pour honorer notre hôte et les mails s’accumulent ! Je suis allé récemment à Tremblay, Emmanuelle et Delphine faisaient le même constat ! Il faut faire du tri et du rangement ! Et se donner des priorités ! Et on n’est qu’une compagnie conventionnée ! Imaginons la Maison de La Culture de Bobigny ! Ils ont parfois deux spectacles le même soir ! Faut que je fasse une formation dans une entreprise de tri, une école de management, passer un DESS rangement de mon bureau ! Je vais me noyer dans l’océan des infos que je n’aurai pas mises à la poubelle ou auxquelles je n’aurai pas répondu !
le marché des Hauts de Rouen (Veillée sept 2012)
battre la semelle dans la call pour un livre, un guide émotionnel
Nous consacrerons la semaine qui vient à la quête d’ anecdotes à travers tout le territoire de la communauté d’agglomérations de Lens et Liévin pour le livre que l’on réalise avec le comité de tourisme de Lens-Liévin, le musée du Louvre-Lens (faut que j’y aille, je n’y ai encore jamais mis les pieds, j’ai honte. Tiens ! j’irai demain). Toute cette semaine pour accumuler une somme d’histoires que nous soumettrons à l’avis de nos collaborateurs des autres structures. On devrait faire une liste des gens et des lieux qu’on connaît bien, entre nous, Hvdziens, lundi matin, vers 10h. Je pense au mur où fut incrustée une plaque par le tribunal populaire, dont faisait partie Jean Paul Sartre et qui a déclaré « coupable » la société des houillères du bassin du Nord et du Pas de Calais, lors de la catastrophe qui eut lieu à Liévin en 73, qui a coûté la vie à 42 mineurs. Cette plaque existe toujours et fait l’objet tous les ans d’une cérémonie (à quelques uns), organisée par des militants marxistes-léninistes dont un médecin que l’on avait rencontré au cours d’une Veillée, à Liévin. Le travail qu’on doit réaliser est vaste et doit couvrir plusieurs saisons pour que les photos donnent à voir tout l’éventail des couleurs du paysage (dont un ciel magnifique) dans ce coin-ci du bassin minier.
rencontre dans la rue (veilée # Cnac ; Chalons en Champagne) oct-nov 2012)
ici et là, il faut aimer les gens pour faire ce qu’on fait (Détournement de texte, R. Barbaras, la dynamique de la manifestation)
Le sujet est pris dans le tissu du monde. L’art (les veillées) et une certaine pensée (l’éducation populaire) nous font découvrir le monde où nous vivons, que nous serions tentés d’oublier. Défaire le visage habituel de l’objet pour le montrer dans son apparaître même, dans son apparition vive. Je suis enveloppé par le monde et le monde m’enveloppe. Notre corps doit être pensé comme mouvement mais en tant que ce corps appartient au monde et le monde doit être pensé sur un mode dynamique. La vie est vie par la conscience que nous sommes des vivants (On s’en rend compte toujours un peu plus à chaque portrait, à chaque veillée). Notre mouvement est inscrit dans le mouvement du monde. Notre mouvement peut être caractérisé comme désir. C’est l’intentionnalité qui fait apparaître le monde. Le monde, c’est ce qui se dérobe au sein de chaque présence. Il en va ainsi du désir, le désir est ce qui se distingue du besoin. Cela qui est exacerbé par ce qui le satisfait. Seul le désir est à la hauteur de la profondeur du monde. Désirer, c’est éprouver un défaut fondamental, qui me met en quête d’autre chose (Pour les Veillées, une autre ville, un autre quartier, un autre village). Le désir peut être considéré comme condition de l’apparition du monde. La vie, qu’on définit comme désir, est ce qui m’ouvre au monde. Ce qui m’attire chez l’autre, c’est la possibilité que le monde même se donne en lui. C’est incroyable que le monde puisse se donner chez l’autre. L’amant voit dans l’amant, l’ouvert, l’amant est une fenêtre ouverte vers l’ouvert. On traverse l’autre vers l’ouvert. Ce qui m’attire chez l’autre, c’est comme la possibilité que le monde même se donne en lui. Sinon comment comprendre l’amour ? Au fond ce qu’on aime chez l’autre c’est un monde. Le monde qu’on perçoit à travers l’autre est-il le même que celui qu’il perçoit à travers lui même ? On est tout entier à l’extérieur. Nous sommes exposés les uns aux autres, que ce soit sur un plateau de théâtre ou plus encore dans la rue, pendant les Veillées et les Portraits. Exposés comme une oeuvre, retraduite sur un écran ou sur la scène et cette retranscription relève du mouvement. Le plaisir naît de la possibilité de dessiner le monde qui m’enveloppe dans son apparition vive.





