Une journée au bureau d’un côté et une intervention à l’université d’un autre. Préparer les semaines à venir d’interventions artistiques et de représentations d’un côté et parler, devant des étudiants de master 2 de l’université de Lille 3, de l’implication de la compagnie dans les territoires, auprès des populations, d’un autre. Demain on a rendez vous à Tremblay. Il y a si longtemps que l’on n’est pas allé à Tremblay. A Tremblay, on a joué Base 11/19 et Faut qu’on parle avec Hamid Ben Mahi voici quelques années, deux spectacles qu’on a créés en 2007. Avant tout cela, nous avions réalisé une Veillée sur toute la ville, que nous avions présentée au Théâtre Louis Aragon. On ne s’est pas vu depuis longtemps. On va discuter de nos nouvelles réalisations. On espère bien revenir à Tremblay. Emmanuelle Juan dirige le théâtre. On avait travaillé ensemble pour la première fois dans le cadre de Temps d’images organisé (à l’époque) par la Ferme du Buisson et Arte. Emmanuelle pilotait alors le théâtre de Torcy.
Carnets de route
la vie est une gare
j’ m’excuse
Tout juste rentré de St Nazaire. Hier on a accumulé les réunions jusqu’au soir, tard. Le coeur sur la table. Il faut être convaincant et sincère. Il faut être passionné. Etre là dans le temps présent. Etre le temps présent. Sans réserve. Le coeur transparent qui s’épanche. Comment sinon parler autrement des Veillées et des Portraits ? Se mettre à l’épreuve soi même pour s’autoriser à demander aux gens de jouer le jeu de la confession. Mais quand on rentre le soir à l’hôtel, on se dit que peut-être, on en a trop dit, qu’on aurait dû rester plus mystérieux. On s’en veut, un peu. Forcément. Au matin, on se dit, mais qu’est ce qui m’a pris d’aller raconter tout ça comme si je jouais ma dernière carte. On sait bien qu’on n’a jamais su faire autrement. On ne compte plus le nombre de fois où on s’est fait prendre à son propre piège. Pourtant on sait bien qu’il faudrait se ménager des vacuoles de silence, de temps suspendu, de non-dire. Pour être réellement crédible. Mais on fait toujours le contraire. On dit tout. Comme la parole d’un condamné qui n’en finirait pas. Comme un appel au secours pour bien prouver que même si on n’est coupable de rien (je n’y crois pas une seule seconde), on est prêt malgré tout à tout avouer. A endosser toute la responsabilité. A tout dire sincèrement, infiniment sincèrement, à tout se mettre sur le dos, pour qu’on nous pardonne, qu’on nous excuse. Parler, dérouler les mots, gommer de la tête et de l’idée toute possibilité d’imposture. Alors on parle, on parle pour assurer le monde de notre bonne foi, de notre très bonne foi.
Et au petit matin, tu te dis, fallait-il en dire tant pour qu’on te croit ? Qu’est-ce que t’as sur la conscience ? Qu’est-ce que tu veux prouver ? Fallait que tu sois si sûr d’avoir tout dit, de n’avoir rien caché ? A ce point ? Et ça devient confus, tu te demandes pourquoi tu te détestes tant ? Pourquoi t’as honte ? Pourquoi tu t’en veux tant ?
Espace Civique – Maison de quartier (après la réunion), la Chesnaie, St Nazaire
Un après midi à la Chesnaie en prévision du Portrait de quartier
Journée de folie à St Nazaire. On a enchaîné les réunions cette après-midi sur le quartier de la Chesnaie. A l’espace civique et à l’école primaire du quartier, l’école Andrée Chedid. Un après-midi de Veillée. Un après-midi de Portrait où l’on enfile les rendez-vous. On a tout juste eu le temps d’aller à la Bouletterie, à la boulangerie manger une galette des rois pour devenir le roi de la Galette. A 18h on a rencontré les habitants-citoyens du quartier pour établir les premiers liens. Présenter le projet le plus concrètement du monde même si on a l’impression d’être plutôt chaotique quand la fatigue s’en mêle. Mais à plusieurs, on s’en sort bien. On a fini tard dans la soirée à discuter avec les habitants avant de retrouver le chemin de l’hôtel. On est resté sur le parking de l’espace civique un bon moment pour parler des réunions entre nous, Hvdz et les relations publiques du théâtre. Pour se dire chacun comment on a ressenti ce qui s’est passé. Ce dont on est sûr, c’est qu’on a déjà touché beaucoup de monde. On a repensé à cette réflexion de Rousseau dans les Confessions, ne pas être pris pour pire ou mieux que ce qu’on est, mais surtout ne pas être pris pour autre chose que ce qu’on est.
La Chesnaie (St Nazaire)
St Nazaire (sept 2013)
Pour la seconde fois à St Nazaire cette saison
On est à St Nazaire pour les réunions préparées par le service des relations publiques du théâtre de St Nazaire en prévision de notre venue sur le quartier de La Chesnaie pour le Portrait du quartier et la représentation d’Aimer si fort... qui aura lieu à la fin du mois. On s’est rendu compte qu’on n’avait pas mentionné la bonne durée du spectacle dans la plaquette de présentation de saison du théâtre et qu’on n’y parle pas non plus d’Angélica Lidell. Demain, on a une journée très chargée, on enchaîne les rendez-vous, sur le quartier de La Chesnaie. On est à l’hôtel Holiday Inn Express. Pour deux nuits.
Pelotes de laine, manufacture de tissage (Veillée Aubusson 02/2013)
Vous êtes bonne conseillère, Toinette !
Je me sus rendu compte très tard que ma mère était complètement analphabète. Je me suis souvent étonné qu’elle signe mes carnets de correspondances de son nom de jeune fille, qu’elle recopiait une dizaine de fois sur le bord d’un journal (Liberté, le journal de la région du parti communiste qui à l’époque paraissait quotidiennement. Pour mon père, la voix du nord était un journal de droite). J’avais eu droit à des remarques méprisantes au lycée sur la signature de ma mère, de la part du surveillant général ou de certains professeurs. Je devais avoir seize ou 17 ans, quand je me suis rendu compte que ma mère ne savait ni lire ni écrire. Elle avait toujours tout fait pour que je ne m’en rende pas compte. Elle feuilletait des soirées entières le catalogue de la Redoute, j’ai toujours pensé qu’elle savait lire. Quand on recevait du courrier à la maison, mon père en faisait la lecture à voix haute. J’ai toujours pensé que c’était normal. C’étaient des moments privilégiés. Mon père faisait la lecture à voix haute du courrier pour tout le monde. Pour ma mère comme pour moi. Quand je me suis rendu compte que ma mère était analphabète, idiot que je suis, j’en ai éprouvé de la honte. J’avais honte qu’elle en ait honte au point de me l’avoir caché pendant plus de quinze ans. Ça a agi sur moi comme un déclencheur ! J’ai senti alors que plus j’avançais dans la vie et plus mon horizon s’épaississait. J’ai senti que tout allait être bien plus complexe, compliqué et ardu que je ne me l’étais imaginé. J’avais cru, comme on me l’avait dit et répété, qu’en travaillant bien à l’école, que ma vie était toute tracée. Mais c’est valable pour les dominants. Pour les dominés, c’est beaucoup plus complexe, plus abstrait parce que l’école ne te dit rien de tout ce micmac. Pis ! Elle te marque au fer rouge d’ un énorme complexe d’infériorité. Et tu devras te contenter des miettes ! Ce ne sera jamais ni ton monde, ni ta langue. La langue que je pratique aujourd’hui tous les jours, c’est la langue des dominants, la langue de l’ennemi.





