N’oubliez jamais as my father says

Grosse discussion avec Marie tout à l’heure. Comment renouveler nos actions de terrain sur la communauté d’agglos et au delà sur l’ensemble du bassin minier ? Au départ, l’idée d’aller en porte à porte travailler avec les gens à la co-construction d’un autre rapport entre les artistes et la population concernait tout d’abord le territoire qui environne la Base 11/19. Comme nous avons été sollicités dans tout le pays et ailleurs, on a perdu de vue notre travail d’implantation au côté de Culture Commune dans le bassin minier. Il nous faut nous y remettre, le plus vite possible pour redonner des bases solides à notre action en général. Les dernières embauches à la compagnie ont été pensées dans ce sens. Constituer une présence plus forte sur le territoire de Loos en Gohelle et des alentours. C’est un chantier qu’on n’aurait jamais dû perdre de vue et auquel il faut redonner vie sous peine de ne plus bien savoir si on est de là ou d’ailleurs, alors que ce qui a fait la raison d’être de la compagnie, est le façonnement, année après année, de cette identité particulière et de formes théâtrales originales fondées sur notre pratique du local. On est aujourd’hui assis sur nos acquis et on risque l’enlisement.

L’Europe ! L’Europe !

C’est la fuite en avant perpétuelle ! Il est temps de changer de vie.  A Calais, c’est plus d’un mort par semaine ! Ces gens qui fuient la guerre et la misère meurent à Calais, enterrés à Calais, dans un coin de cimetière, dans le sable et la terre. Loin de chez eux, de leurs proches. Tous voulaient aller en Angleterre. Pour le bonheur et la liberté. Après des milliers de kilomètres, ils et elles meurent sur l’autoroute de la côte d’Opale ou sur les rails du tunnel sous la Manche. Pourquoi ?

Le tunnel sous la Manche (la science dans toute sa splendeur, dans toute son horreur), une des plus belles réussites techniques qui soit, n’a pas été pensé pour le bonheur des gens ? Pourquoi tant de morts ? Un des plus grands tunnels du monde. Une prouesse, une performance scientifique grandiose. Tout cela a été fait pourquoi et pour qui ? Pour l’argent, le commerce ? Les affaires ? Pour l’économie ? Il est temps de changer de vie.

aller Anfang ist schwer

Mon tout premier stage de théâtre, je l’ai fait à la MJC de Mons en Baroeul. J’ai pris des cours de danse aussi, avec Danse à Lille, dans la salle de répétition de l’opéra de Lille. Il n’y avait que des filles, pour la plupart issue de la bonne bourgeoisie lilloise. Je ne valais pas un clou. Incapable de mémoriser plus de cinq pas de danse à la suite. La honte.  Mon meilleur souvenir, ce sont les cours de Karine Saporta et Jean François Duroure, parce que leur danse était basée sur l’improvisation. En théâtre, Kathy Lheureux a été ma première professeure. Un week end ou deux à la MJC de Mons en Baroeul. Et je prenais des cours très théoriques à l’université sur le théâtre brechtien et l’idéologie marxiste-léniniste. Mon prof  de fac appartenait à une organisation politique qui a aujourd’hui disparu, l’Union Communiste Marxiste Léniniste de France. Je lisais Marx, Lénine et Staline en allemand pendant des heures, des journées à la bibliothèque universitaire de Lille ou de Göttingen.

23 rue de Wazemmes à Lille

On avait fait un spectacle étrange au théâtre du Prato après Parfum de Frite (réalisé à l’atelier du Prato avec Ferri Matthewsen, Philippe Duban, Eric Lacascade, Jean Michel Soloch, Chantal Lamarre, Guy Alloucherie et mis en scène par Gilles Defaques et Line Dupas), Maldonne, un spectacle à moitié écrit, à moitié improvisé. A la fois militant et obscur. Et on a fait ensuite un spectacle de tréteaux, Les muscades de la Guerliche, tiré des contes d’un buveur de bière, pour France 3. Personne ne voulait prendre le rôle « principal ». Parce que c’était injouable et que c’était un coup à s’en prendre plein la figure. Faut dire que nous étions à couteaux tirés dans le groupe. Je me souviens, à l’époque, j’étais pion et à cause de mon travail, j’étais arrivé en retard à une répétition. C’était le jour où l’on prenait la décision de qui ferait « La Guerliche ». J’avais tout juste pris le temps de m’installer avec les autres, qu’on m’a dit, tu tombes bien, c’est toi qui fais le rôle. Je savais bien ce qui m’attendait et c’est ce qui est arrivé. Un vrai cauchemar. J’aurais dû prendre mes jambes à mon cou et m’en aller. Je n’étais pas assez costaud  pour endurer tout ça.

qui c’est qui a dit que j’étais gros ?

Le spectacle qu’on a le moins tourné à HVDZ, c’est les Atomics, qu’on a créé en février 2012. C’est très difficile de savoir pourquoi. On a eu des discussions intéressantes et profondes avec beaucoup de programmateurs et de spectateurs sur ce travail mais curieusement, il n’est pas sorti de la région. C’est difficile de savoir pourquoi. On a toujours de bonne raisons de s’inventer des explications bonnes ou mauvaises. Il n’y a aucune recette miracle. Pas de formule et potion magiques qui donnent la force d’être toujours en situation de tourner beaucoup. Il nous faudrait un Panoramix dans la compagnie. Gilbert serait Astérix, Guy serait Obélix. Il y aurait Idéfix, Bonnemine, Abraracoucix, Eponine, Assurancetourix, Homéopatix, Falbala… Mais on n’a pas fait que des spectacles dans la compagnie. Ces dernières années, on a passé 90% de notre temps à faire de l’action artistique et des représentations de Veillées et de Portraits, partout, à la ville, à la campagne. En France et à l’étranger, comme une compagnie d’ethnologues. On a diversifié nos savoir- faire, nos apprentissages autant qu’on a pu, pour être au plus proche du réel et co-construire le monde avec les gens.

seules les traces font rêver

La Brique a été créée en décembre 2012. Cette année-là, il a beaucoup neigé. Et il a gelé très fort. Nous avons joué pendant deux semaines, deux fois par jour, trois journées consécutives, chaque semaine. Dans la salle 1 du 11/19, à Culture Commune, qui nous était à l’époque réservée en priorité. Et nous avons repris le spectacle en mars 2013. Au même endroit. Presque trois ans déjà depuis la création. En 2011, nous avions entamé un premier travail qui avait abouti à une présentation d’une vingtaine de minutes dans le cadre des journées du Patrimoine en septembre. En vérité, les tous premiers essais de ce seul en scène remontent à une résidence d’écriture qui avait eu lieu à St Nazaire, dans les anciens locaux de la scène nationale, avant l’arrivée de la directrice actuelle, Nadine Varoutsikos. Nous avions réalisé un travail de terrain, d’interviews, sur le quartier de La Chesnaie, qu’on avait mixé avec une réflexion autobiographique autour de photos de famille en noir et blanc, qu’ A.Kurczewski nous avait conseillés de peindre en rouge après les avoir photocopiées. A cause des Briques. C’était en septembre 2008.

Eu moro no campo

Comme j’ai travaillé avant dix huit ans, je pourrai peut-être bénéficier de la retraite à soixante ans pour carrière longue. On verra bien. Ce qui ferait tout de même qu’il ne me resterait que trois ans à travailler. Au pire 3 ou 4 années. Inch Allah !  Je connais plein de gens qui n’arrêtent jamais de travailler dans ce métier. Je n’ai jamais considéré que c’était un métier comme un autre. Je ne l’ai jamais vécu comme tel. Combien de fois me suis je demandé d’ailleurs pourquoi je n’avais pas fait un travail normal,  j’aurais fait plaisir à mes parents. Ça n’a jamais tourné rond dans ma tête. Alors maintenant si on m’offre de m’arrêter, j’ai bien envie d’en profiter. Pour faire autre chose. Sans trop savoir quoi. Toute ma vie j’ai mis plein de trucs en route. Le portugais par exemple, on avait pris des leçons de portugais pour aller au Brésil faire des Veillées dans les favellas. Je vais m’y remettre.

oh mamy

Dans une semaine on prendra la route pour les Alpes. On a un mal fou à se remettre et à se faire à la vague de chaleur du mois de juillet. On en a fait beaucoup aussi, cette année. Tout le monde était au bureau aujourd’hui. Sauf Anne, qui est rentrée, dit-elle, pour la première fois, avec bonheur du sud de la France. On a regardé un documentaire qu’on avait réalisé avec Sophie Oswald, il y a une douzaine d’années sur les migrants à Calais. Rien n’a changé. Mis à part qu’aujourd’hui, ils sont trois ou quatre fois plus nombreux. La violence envers eux est la même ou alors est-elle plus brutale encore. Sept morts en sept semaines depuis début juin 2015. La vie d’un migrant à Calais est un ouragan, dit Haydée Sabeyran dans le journal Libération daté d’hier ou d’avant hier.

trois petits tours et puis s’en vont

Précurseur, Schopenhauer l’est aussi de l’existentialisme et de son concept de « facticité » de l’existence, qui n’est qu’un délayage de la conception schopenhauerienne d’un monde absurde car dénué de fondement comme de finalité. Il va sans dire que l’inintérêt de Schopenhauer pour l’histoire entraîne nécessairement une dépréciation de l’action, qui au fond ne change rien et n’ « agit » pas, au sens classique du terme, puisqu’elle se contente de répéter – et non proprement d’accomplir – les gestes prévus de toute éternité par le vouloir-vivre. En sorte qu’il n’est à chercher de force et de vertu humaines que dans le domaine de la contemplation.