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Nouvelle session de porte-à-porte

Aujourd’hui, 3 équipes de choc se sont lancées dans la belle aventure du porte à porte pour aller au devant des fermes plus éloignées, leur raconter la Veillée et leur offrir un petit moment suspendu, le plus souvent en musique.
Il y avait Martine, Florent et Marjolaine qui offraient une chanson, direction Cormenon.
Il y avait Estelle et Tom qui offraient une chanson, direction le nord de Souday.

Il y avait Charlotte, Morgan, Sol et Tom qui offraient une chanson et des acrobaties, direction St Avit et Arville.

Les brodeuses de L’Écho du clocher penché de Oigny.

Nous sommes allées hier, entre veilleuses à l’atelier de travaux manuels de Oigny, exclusivement féminin aussi.
Une grande tablée, avec beaucoup de choses dessus, des morceaux de tissus, des aiguilles, des ciseaux, des rubans, des modèles papier, du crochet, des mains qui s’affairent.
Nous annonçons que nous allons filmer les mains au travail et Gisèle nous lance que si elle avait su, elle aurait fait ses ongles !
Tout de suite, le ton est donné, ici on s’amuse, et Gisèle, la doyenne, fait rire régulièrement la joyeuse assemblée. Elle a un foulard rose autour du cou, un sourire en étendard et elle nous livrera ça et là quelques secrets croustillants de la vie de Oigny que nous ne citerons pas !
Nous serons donc ici une demi-heure entre femmes, comme une parenthèse de confidence, et un moment, le souvenir des hammams au Maroc, entre femmes de toutes générations qui se racontent, me fait esquisser un tendre sourire.
Nous découvrons un exemple de Patchwork réalisé, « La caravane de Mimi », une œuvre qui leur demande entre 4 et 6 mois de travail ! Elles ont un modèle commun et chacune ensuite y met les tissus, les couleurs et les petits détails en plus de son choix.
Nous découvrons aussi des objets insolites, comme ce porte aiguilles en verre qui appartenait à l’arrière grand mère de Marie Catherine qui réalise en ce moment un mémory pour son petit fils ; voilà donc un objet délicat qui aura servi plus de 5 générations de cette famille !
Nous découvrons également que cet atelier et tout ce qui anime Oigny est organisé par l’Echo du clocher penché, association qui a été créée pour l’organisation de la brocante d’abord puis pour proposer des ateliers comme celui-ci ou celui de cartonnage et aussi quelques soirées ou ballades qui semblent être bien agréables !
Pour finir, nous leur proposons de dire à la caméra une citation choisie dans une large liste, nombreuses sont celles qui se prêtent au jeu, et Gisèle nous enchantera encore de quelques réflexions bien senties !
Merci à toutes.
Sophia, veilleuse d’ici.

Hier soir on était sur les ondes

Chaque soir de cette deuxième semaine, on peut écouter en direct sur le site de l’Echalier la radio de la Veillée de 18h à 19h. Lundi c’était les gens du Cheptel et de l’Echalier qui étaient autour de la table. Et hier soir c’était HVDZ. Vous pouvez réécouter l’émission en suivant ce lien :

https://audioblog.arteradio.com/blog/134615/podcast/134974/l-emission-du-mardi

Ce soir c’est le tour des artistes qui nous accompagne, et demain ce seront certain.e.s des habitant.e.s qu’on a rencontré. Pour écouter en direct, c’est là :

http://www.lechalier.fr/radio-veillee/

C’est pas parce que…

C’est pas parce qu’on habite à la campagne qu’il ne se passe rien
C’est pas parce qu’on est à la campagne que ça sent bon
C’est pas parce qu’on vit à Mondoubleau qu’on vit pas aussi à Paris
C’est pas parce qu’on habite dans le Loir-et-Cher qu’on a les pieds dans la boue
C’est pas parce qu’on a un bébé qu’on peut pas être veilleurs
C’est pas parce qu’on a une voiture qu’on peut pas prendre son vélo
C’est pas parce qu’on est différent.e.s qu’on est pas compétent.e.s
C’est pas parce qu’on a un magasin d’informatique qu’on peut pas accueillir la radio
C’est pas parce qu’on est châtelaine qu’on ne fait pas tout à la brouette
C’est pas parce qu’il y a pas d’éclairage public qu’on voit pas très bien dans la nuit
C’est pas parce que tout ferme qu’on peut pas tout ré-ouvrir
C’est pas parce qu’on est à la retraite qu’on a le temps de venir à la Veillée
C’est pas parce qu’on est d’ici qu’on en sait plus que ceux qui viennent d’arriver
C’est pas parce qu’il n’y a pas de spécialité locale qu’on se régale pas à table
C’est pas parce qu’on vient d’ailleurs qu’on est pas d’ici, ou l’inverse
C’est pas parce qu’on est parti qu’on est pas ravis de revenir
C’est pas parce qu’on fait de la trompette qu’on peut pas danser
C’est pas parce qu’on est dans le Perche qu’on a pas peur des chevaux
C’est pas parce qu’on se camoufle sous une couette orange qu’on devient invisible
C’est pas parce que le CPE est là qu’on peut pas sauter par la fenêtre
C’est pas parce qu’on est collégienne qu’on peut pas être Antigone
C’est pas parce qu’on est pressés qu’on accorde pas une heure de son temps
C’est pas parce qu’on dit non pour être filmé qu’à la fin on dit pas oui
C’est pas parce qu’on sait pas danser qu’on danse pas
C’est pas parce qu’on est provinciaux qu’on a pas des idées capitales
C’est pas parce qu’on est tous éloignés qu’on peut pas se retrouver
C’est pas parce qu’une épicerie s’appelle éphémère qu’elle ne va pas durer

À L’ESAT les ateliers s’ouvrent pour les caméras et les danseurs.

Ce mardi matin, nous rencontrons, pour une conversation filmée, Loïc Tytgat, le directeur de L’ESAT, passionné et accueillant. Il nous raconte comment ça se passe ici, il nous raconte le dispositif « différent et compétent ». On visite les ateliers. Partout, une bonne humeur communicative. On retrouve des personnes qu’on avait rencontrées au cours de théâtre le mercredi soir à l’Échalier, on retrouve des personnes qu’on avait rencontrées le 7 février lors de la réunion publique pour la préparation de la veillée. On parle du film-spectacle. De notre côté, c’est le dernier jour de tournage (parce qu’après il faudra finir les montages pour être prêts pour vendredi) et on a une très belle surprise : Loïc est d’accord pour nous que nous revenions avec les danseurs. On va pouvoir danser, faire des équilibres, jouer du bugle et filmer dans les ateliers de l’ESAT, bref on va avoir des images dans une petite usine, rue de l’industrie à Mondoubleau. Merci.

Les américains, Paris et Seveso sont sur un bateau. Pince-moi.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, d’avoir anticipé, d’avoir demandé de l’aide à des personnes susceptibles d’avoir un peu de pouvoir. Ce n’est pas faute d’avoir expliqué notre travail, d’avoir expliqué que nous n’étions pas journalistes mais une compagnie de théâtre qui souhaite faire un film-spectacle à partir de la rencontre avec les habitants. Ce n’est pas faute d’avoir proposé des choses de moins en moins engageantes.
On aurait voulu entrer dans une usine pour une conversation filmée avec quelqu’un qui travaille sur un des sites de Cormenon. On aurait voulu faire des images de danseurs dans une usine, près d’un lieu de production, ou juste danser dans le réfectoire, ou danser entre les racks et les matières entreposées, ou danser sur le parking avec l’usine en décor, ou juste un bout d’entrepôt dans le champ de la caméra.
Le 7 février déjà, lors de la réunion publique organisée par l’Échalier et Le Cheptel pour préparer la Veillée, nous avions évoqué la question des usines. À cette réunion, le responsable du CE de Siplast était présent et il montrait beaucoup d’intérêt pour le projet. Le contact était pris, l’envie était là des deux côtés. Ça augurait de belles choses et de belles rencontres, d’autant qu’on avait encore plusieurs semaines pour se mettre d’accord et s’organiser.
Ensuite, après plusieurs échanges de mails, de coups de fils, on a un rendez-vous à Siplast pour le lundi 18 mars, le premier jour des deux semaines que nous passerons sur le territoire.
Et donc, premier jour de veillée, on rencontre le responsable du CE et le directeur dans l’usine. Ils nous accordent du temps, ils nous posent des questions, ils imaginent ce qu’il serait possible de faire et ils expriment la conviction que c’est important aussi pour l’usine et pour ses salariés de s’ouvrir à la vie locale, de faire entrer la culture dans les bâtiments, de vivre et de voir autrement son usine. On va même jusqu’à prévoir ensemble des options de rendez-vous dans le planning de la veillée. Une option pour une conversation filmée avec le responsable du CE, une option pour aller au réfectoire, pendant l’heure du déjeuner pour offrir de danse, parler avec les personnes qui travaillent à Siplast, leur proposer de participer au film-spectacle, et une autre option pour faire du repérage et trouver l’endroit où danser sur le site.
Deuxième jour, on attend la confirmation avec impatience.
Troisième jour, on apprend que ce n’est pas possible. Pourtant au Siplast de Cormenon, le CE et le directeur étaient partants, les salariés avaient déjà reçu des précisions sur la veillée, les mini-interviews, le film-spectacle, les danseurs.
Mais Siplast, a été rachetée par un groupe danois, qui lui-même a été racheté par un groupe américain. Regrouper, fusionner, centraliser, c’est toujours éloigner la personne décisionnaire des salariés, des usagers, des citoyens. Siplast est née à Cormenon, mais Siplast est devenue américaine, et il n’y a que la direction américaine qui peut donner une réponse à notre demande. Comment expliquer « aux américains » ce qu’est cette veillée dans le Perche et ce que nous faisons à Cormenon. Siplast de Cormenon regrette beaucoup, mais la direction américaine ne veut pas que nous dansions à Siplast.
Nous sommes très déçus, comme les gens de Siplast-Cormenon. Mais nous ne sommes que le mercredi de la première semaine. Il y a d’autres usines, et puis beaucoup de gens que nous rencontrons depuis le début de la veillée connaissent des gens des usines. On va avoir des contacts privilégiés. Et puis, dans deux jours, nous avons rendez-vous avec le maire de Cormenon. D’ailleurs, lors de la réunion publique du 7 février, nous avions déjà parlé au maire de Cormenon, et nous lui avions demandé si, au cas où nous aurions du mal à entrer dans les usines, nous pouvions le solliciter pour avoir de l’aide, et il nous avait dit oui, oui, sollicitez-moi.
Le vendredi, le maire nous conseillera d’aller voir Trigano. Mais là aussi, il y a regroupement, fusion, centralisation. Et donc, là aussi les personnes décisionnaires sont loin. Comment expliquer « à Paris » ce qu’est cette veillée dans le Perche et ce que nous faisons à Cormenon. C’est un non catégorique, on nous dit que Paris ne veut pas.
On nous parle de Passenaud. Parce que cette entrepris c’est local-local, et parmi les veilleurs d’ici certains connaissent très bien des gens qui y travaillent. Mais voilà, on nous dit non aussi. Et on apprend à cette occasion que Passenaud ce n’est plus local-local. Il y a des entreprises Passenaud jusque dans le Calvados ou dans l’Eure. Le siège n’est plus ici. Sans interlocuteur, forcément, c’est un refus.
Allez, plus simple. On va à la déchetterie. Là, on peut entrer. D’ailleurs, on avait appelé et fixé le jour de notre venue à l’avance, il y a plusieurs semaines. Voilà on peut entrer, mais le coup de téléphone ne vaut plus grand-chose. Il fallait demander plus haut. Il y a des caméras de surveillance maintenant et on va s’apercevoir si on danse ou si on filme alors qu’on n’a pas eu l’autorisation de la personne décisionnaire. On discute avec l’agent de la déchetterie. On ne veut rien faire qui puisse le mettre en porte-à-faux. On appelle Smirgeomes qui gère les déchetteries du Loir-et-Cher. On attend donc le responsable de la coordination des déchetteries qui vient nous voir sur place à Mondoubleau. Nous parlons longuement, nous expliquons ce que nous faisons, que nous aimerions faire une conversation filmée avec l’agent de la déchetterie, parce que la déchetterie est lieu important, un lieu très fréquenté ici, un lieu de tri et de conscience écologique. La discussion n’est pas simple mais intéressante, et on a l’impression que ce n’est pas perdu. Ce n’est pas pour aujourd’hui évidemment, mais pour un autre jour, demain ou la semaine prochaine. Il faut d’abord demander plus haut. Oui, on s’en doutent, les déchetteries c’est regroupées, fusionnées, centralisées, faut chercher pour savoir où se cache la personne décisionnaire. Le lendemain, le responsable de la coordination des déchetteries a eu une information pour nous : il faut déposer une demande écrite au secrétariat à Saint-Calais, ou l’envoyer par voie postale, pour demander si l’on peut interviewer l’agent (qui lui a accepté que ça se fasse en dehors de son temps de travail, il va venir en avance si on a l’autorisation) et pour demander si l’on peut filmer des danseurs à côté des bacs de tri. Par mail, ce n’est pas la peine ce n’est pas lu. Quel délai de réponse peut-on espérer ? Ah bon. Ah tant pis, on sera reparti depuis longtemps. En réalité, on n’arrive plus vraiment à imaginer que la réponse aurait pu ne pas être négative. D’autant que si on va sur le site des déchetteries, on peut lire que non seulement Smirgeomes couvre « un territoire semi-rural étendu », mais en plus il envisage de fusionner avec Sictom. Fusion. De quoi éloigner un peu plus la personne qui peut décider quelque chose.
Nous rencontrons beaucoup de monde à cette veillée, on nous demande souvent comment ça se passe, nous parlons parfois de la difficulté à entrer dans les usines. La DEC. On nous dit d’essayer à la DEC. Alors, on appelle. On réussit à parler à quelqu’un. Mais, en même temps, qu’est-ce qu’on croyait, la DEC est une filiale du groupe néerlandais Aalbers Industries, qui a plus 100 sites dans 18 pays. Mais ça, on ne le sait pas encore quand on appelle alors, au téléphone, on parle de la veillée ici à Cormenon. Évidemment, ce n’est pas possible, Seveso. Mais on parle et ça fait presque du bien d’entendre qu’ils sont un peu de notre avis : c’est la difficulté du monde de l’entreprise aujourd’hui, ce n’est même pas la peine de demander, les hollandais ne voudrons pas, la communication des entreprises à l’international est compliquée, c’est la difficulté et l’absurdité du monde de l’entreprise aujourd’hui.
Regrouper, fusionner, centraliser, et c’est le grand jeu du cache-cache.
Ce n’est jamais lui, c’est plus loin.
Les américains, Paris et Seveso sont sur un bateau. Pince-moi.
Celui qui tombe à l’eau, c’est celui qui ne veut pas jouer ou c’est celui qui joue ?
Heureusement il y a l’ESAT, différent et compétent, qui nous ouvre ses portes. (Article juste au-dessus).