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Le courrier par tous les temps.

Nous rencontrons René, qui a été facteur et qui nous raconte qu’à l’époque, le facteur apportait aussi les colis de nourriture aux personnes qui ne pouvaient pas se déplacer, c’était pour rendre service. Aujourd’hui, c’est payant.
Il y a longtemps, René avait passé deux ans au Canada, et de là-bas, il avait rapporté des raquettes à neige. Ça n’a pas été pour rien, parce que certains jours, René a dû continuer à pied et ressortir ses raquettes pour pouvoir à distribuer le courrier pour toutes les maisons de Chalmazel.

c’est pas parce que.

C’est pas parce qu’on habite à la montagne, qu’on ne va pas à la plaine.
C’est pas parce qu’on habite à Chalmazel, qu’on fait du ski.
C’est pas parce qu’on va skier à Chalmazel, qu’on connaît le bourg.
C’est pas parce que l’école est aussi à Saint-Georges-en-Couzan, qu’elle ne s’appelle pas l’école de Chalmazel.
C’est pas parce qu’on va à La Source, qu’on y boit de l’eau.
C’est pas parce que c’est la saison creuse, qu’on n’est pas bien à Chalmazel-Jeansagnière.
C’est pas parce qu’on n’a pas envie d’être filmé, qu’on n’a pas des choses à dire.
C’est pas parce que dans la plaine des gens vous diront « n’y allez pas, les corbeaux volent sur le dos », qu’il faut les croire.
C’est pas parce qu’on a un GPS, qu’on ne se perd pas dans les hameaux de Chalmazel.
C’est pas parce qu’on n’est pas là à l’année, qu’on n’est pas amoureux de Chalmazel à temps plein.
C’est pas parce qu’on habite les hameaux qu’on va au bourg.
C’est pas parce qu’il y a des nuages, que les étoiles ne brillent pas.
C’est pas parce qu’il y a des touristes, qu’ils s’arrêtent au bourg.

Il y a.

Il y a des grumiers tellement gros, qu’on croit que ça ne va pas passer dans les rues du village, mais ça passe quand même.
Il y a des chars fleuris qui sont revenus cette année à la fête patronale.
Il y a des années à neige et de la neige de culture.
Il y a des années à myrtilles et des années à champignons, et parfois c’est les mêmes années.
Il y a un V V F où les pompiers mettent le feu pour faire des manœuvres.
Il y a la montagne en haut et il y a la plaine en bas.
Il y a Chalmazel et il y a Jeansagnière. En fin, plus maintenant.
Il y a le bourg et les hameaux.
Il y a le bourg et la station.
Il y a des brebis qui entretiennent les chemins et des agneaux qui naissent presque tous les jours en ce moment.
Il y a un hameau qui s’appelle Le Coin. Alors on dit j’habite au coin.
Il y a l’Authentique, l’Auberge des Granges, l’Épicerie, la Boulangerie, le café chez Marie-Louise, le Garage, trois Scieries et un Château.
Il y a le marché le mercredi.
Il y a la poste dans la Mairie.
Il y a le centre de loisirs dans les locaux du plus petit collège de France.
Il y a de la limonade dans le vin rosé, ça s’appelle un rosé limé.
Il y a des pompiers qui sortent 155 fois par an.
Il y a des bucherons qui font du jardinage dans la forêt.
Il y a de la gentiane à la Source.
Il y a du Patchia, et ça se prononce Patchia, même si  ça s’écrit patia : T.-I.-A.
Il y a des résidences secondaires qui restent secondaires.
Il y a des résidences secondaires qui deviennent principales.
Il y a des jeunes qui restent au pays, même s’ils n’étaient pas du pays.

La Chapouilloux

Etienne et Odile Escot sont à la retraite. Ils ont habité à Chalmazel, d’abord en villégiature, au pied des pistes, dont celle qui fut la première piste de tout le domaine skiable : La Chapouilloux. Ils ont tout d’abord acheté le chalet de location de ski (en bas de La Chapouilloux) puis les pistes ont été déplacées. Depuis 1982, ils venaient ici, dans leur résidence secondaire. Ils ont trois enfants et neuf petits enfants. En 2006 leur résidence secondaire est devenue leur demeure principale. A l’origine, ils sont de la banlieue de Lyon. Odile nous dit :  » on aime les gens d’ici, on aime notre cadre de vie, on fait des activités, en particulier tout ce qui est en contact avec la nature. On randonne énormément. On randonne en groupe et puis on prend les chemins hors piste, mon mari a un GPS dans la tête, on ne se perd jamais ». Etienne nous explique qu’il est impossible de se perdre dans le massif des forêts :  » Si on ne sait plus où on est, il suffit de suivre un cours d’eau ; il descend forcément la montagne alors on tombe à un moment donné obligatoirement sur un village ».  Tous les deux entretiennent les chemins de randonnée. Ils sont bénévoles. Ils tracent aussi les itinéraires. Ils se sont occupés du club de rando en rackets à neige pendant huit ans. Tous les ans ils organisaient un grande ballade en rackets. Il y avait plus de 1100 personnes qui se déplaçaient de la France entière. Ils comptaient beaucoup sur les bénévoles pour tout faire et que tout se passe bien. Jamais le département ne leur a filé un coup de main. Pourtant le domaine skiable appartient au département.

Grimper dans la hêtraie

C’est au Pont de Chevelière (partir de bourg de Chalmazel et prendre la route de Sauvain) que nous retrouvons Justin, maître en grimpe d’arbre. Nous marchons le long du Haut-Lignon jusqu’à la clairière où il a construit une ‘cabane en bois’ pour mieux accueillir les gens qui s’intéressent par la grimpe d’arbre.
De là, Justin nous emmène dans la hêtraie, nous montre ses installations faites de cordes (pas de vis, pas de métal, aucune blessure sur les arbres), des installations éphémères, là pour trois mois au maximum (toujours par respect pour les arbres), des installations pour grimper, d’autres pour prendre un goûter en famille tout en haut, et d’autres encore qui permettent d’y passer la nuit (dans des super hamacs à 4 points).
La grimpe d’arbre, c’est grimper, mais, une fois là-haut, le voyage continue. On apprend avec Justin certains secrets des arbres et de la forêt. Reconnaître des écorces les yeux fermés. Repérer un sapin et un frêne qui poussent dans l’aisselle d’un hêtre. Saviez-vous que le charme d’Adam, c’est d’être à poil ? (La feuille du charme a des dents, celle du hêtre a des poils.)
Justin, fait partie de « ces jeunes » dont on nous parle, de « ces jeunes qui reviennent s’installer à Chalmazel ». Lui, il passe la moitié de l’année dans les Alpes, mais, du mois de mai au moins de novembre, il est ‘éducateur-grimpe-d-arbre’, et il développe son activité à Chalmazel. Il aime revenir des Alpes pour retrouver Chalmazel : « La montagne ici c’est plus douce, elle est moins grande, moins abrupte, moins stressante ».
Même s’il raconte qu’il est un ours qui aime la solitude, nous nous avons rencontré un ours doux et accueillant qui réussit à faire partager son amour des arbres et de cette forêt-là. Être en Foret. Hêtre en Forez.

Un amour de Ferme aux Brebis

Ce matin, ce lundi matin, aussitôt levé-e-s, déjà sur les routes du massif des forêts. Demain c’est la journée de relâche. Didier, Mourad et Jérémie sont à l’école du Bourg pour faire du théâtre, de la danse et du vidéo-art. À dix huit heures, on espère bien avoir une conversation filmée avec Violaine Méchin dont nous avons rencontré les parents ce matin. Violaine est chercheuse en comportement animal. Cet après midi elle fait du cheval dans la vaste montagne.
Pierre Yves et Eliane  Méchin nous ont accueillis avec beaucoup de sympathie. Nous étions au hameau Diminasse. Pierre Yves et Eliane possèdent un troupeau de 400 brebis. L’été, deux cent d’entre elles partent en transhumance en haut dans la montagne, tandis que les deux cent autres paissent dans les prairies tout autour de la ferme.
Pierre Yves est né en 1962, ses parents étaient agriculteurs. Quand il a fallu trouver du travail, il est allé à Roanne chez Michelin. Ensuite il a suivi une formation agricole et fait des stages dans diverses exploitations. En août 88, il a repris la ferme avec Éliane. Au début ils ont élevé des vaches puis comme les quotas laitiers ( en ce qui concerne les vaches) étaient définitivement bloqués, Pierre-Yves et Éliane ont reconverti leur élevage. La ferme est devenue la ferme aux moutons, aux brebis plus précisément. Pierre-Yves et Éliane ont trois enfants. Aucun d’entre eux n’est dans l’agricole même si Violaine est très proche des animaux.
Éliane a travaillé comme cuisinière à la station de ski et puis elle est restée à la ferme parce que les enfants sont nés. Tous les ans elle recevait des enfants de toute la France en tant que hôte de gîtes d’enfants. Aujourd’hui ils ont un gîte dans un hameau voisin, pour diversifier les revenus. Éliane dit, il faut faire vivre les maisons des montagnes. À ses clients, elle fait visiter la ferme.
Pierre-Yves a travaillé à la station de ski jusqu’en 2004. Il y faisait de la maintenance et damait les pistes avant que les premiers skieurs pointent le bout de leur nez à la station. Puis il revenait travailler à la ferme vers 12h, pour s’occuper des brebis. Il dit qu’il faut savoir descendre de son tracteur et observer ses animaux. Les brebis sont des bêtes fragiles et ils faut avoir l’oeil sur elles en permanence pour se rendre compte de ce qui ne va pas au plus vite. Eliane et Pierre-Yves soignent les brebis avec des plantes médicinales et des huiles essentielles. Il dit que « les labos mettent une pression de dingues pour vendre leurs produits chimiques. Ces produits diminuent l’immunité des bêtes et dans ces cas-là, on a recours à toujours plus de médicaments. Ça coûte très cher et c’est un circuit infernal. Mais si l’une ou l’autre des brebis est atteinte de mammite, on n’échappe pas cependant pas aux antibiotiques. »
« Depuis qu’on répand sur nos prairies du compost de fumier de mouton ; on a vu réapparaître des fleurs qu’on n’avait plus vues depuis longtemps. On réfléchit à améliorer la prairie en permanence. Ça bouge dans les communes, avant on ne pensait plus qu’à la productivité, aujourd’hui nos valeurs ont changées. Faut être rebelle. La mondialisation commerciale et ultralibérale est toxique ; il faut qu’on réussisse à contrer l’exportation des moutons neozélandais.
Le moment de nous séparer s’en vient. On a du mal à décoller tellement on est bien chez Eliane et Pierre Yves. Tout comme on serait resté des semaines chez Séverine et Cyril… « Pour redynamiser le centre bourg, il faudrait des hébergements pour la nuit, des hôtels, plus de gîtes, des chambres d’hôtes. Pour que les gens restent plusieurs jours et visitent notre magnifique centre bourg. »