Blog

1+1=2

-On entend souvent dire que les gens se renferment sur eux même, qu’il y a moins de contact humain qu’avant. On entend souvent une nostalgie du temps où on se parlait entre voisins, où on se connaissait tous. On entend ça presque dans chaque maison où on va. Pourtant, ces gens qu’on rencontre sont ouverts et accueillants, généreux. Il y a des montagnes de générosité, on en rencontre sans arrêt. Alors on se demande pourquoi ces tonnes de générosités particulières ne suffisent plus à être une générosité d’ensemble. Comme s’il y avait quelque chose de rompu dans une logique mathématique, que 1+1 est égal à 1+1, et que quelque chose empêche qu’on arrive à 2…

-C’est le système qui veut ça, Flora, tu crois pas? On vit dans un monde où c’est l’argent qui gouverne nos vies. On pense en termes économiques, en intérêts financiers. En terme de propriétaires. Quelqu’un disait récemment qu’il voulait qu’on soit un peuple de propriétaires, un monde atomisé de gens repliés sur eux -mêmes, du règne du chacun pour soi, où on incite les gens à consommer toujours plus, où il n’y a plus de conscience de classe ou de conscience politique tout court. Du coup ça détruit ce qu’il y a de plus humain chez les gens . La volonté de vivre bien ensemble dans un esprit de justice et d’égalité.

Le Front

Ce matin on est allé à Loos village qui est Loos centre ville. C’est comme à Ferfay, on disait Ferfay village et Ferfay cité 3 ou 2.

On a rencontré Mme et Mr Duparcq qui nous a raconté sa passion pour l’histoire de Loos-en-Gohelle et en particulier tout ce qui concerne la Grande Guerre. Du 4 octobre 1914 au 4 octobre (jour pour jour) 1918 Loos en Gohelle a subi les atrocités de la guerre. Plus de neuf mille disparus gisent sous le sol de Loos en Gohelle. La ville se trouvait sur le front. Pendant quatre ans. Mr Duparcq se demande quel nationalisme meurtrier peut pousser les chefs de guerre, les puissants, les dominants à déclencher de tels crimes de masse. De telles horreurs. Mr Duparcq se rend régulièrement dans les écoles pour expliquer aux élèves ce moment précis de l’histoire de leur cité. Partout, dit-il, on découvre aujourd’hui encore des armes, des obus, des grenades, des corps de soldats tués sur le front. Il sait où se trouvaient plus précisément les anglais, les français, les canadiens, les allemands. On fait appel à lui quand on découvre des objets suspects et qui sont suceptibles d’exploser aujourd’hui encore. Il va d’école en école pour expliquer aux jeunes de ne pas s’en saisir quoi qu’il arrive. Quand il découvre un corps ils refont son histoire, préviennent les descendants pour faire à la personne des funérailles dignes. Bien des années plus tard.

Par ailleurs, Mme et Mr Duparcq sont impliqués dans beaucoup d’associations qui viennent en aide aux autres. Ils disent ils ne faut pas attendre de remerciements il faut le le faire parce qu’il … faut le faire.

La lampe magique

On faisait du porte à porte ce matin avec Flora pour demander aux habitants de poser devant leurs portes, pour faire une galerie de portraits. Et puis on leur demandait aussi de nous montrer un objet qui était important pour eux, ou qui représentait leur culture.Une dame, qui était avec son petit-fils, nous a montré une lampe de mineur. Flora la prenait en photo et le petit garçon a dit: « elle est belle la lampe ». Sa grand-mère lui a répondu: « mais tu la connais bien quand même cette lampe, tu la vois tout le temps ». Le garçon a répondu: « oui mais là, je la regarde en photo ».

les pivoines rouges

M. et Mme barbier sont passés au QG.  On va chez eux jeudi pour les interviewer et pour voir de belles choses qu’a fait monsieur mais on sait pas quoi, il garde la surprise. On sait seulement qu’il est ébéniste. Madame aurait aimé nous montrer ses pivoines rouges, mais elles ne sont pas fleuries. Quand ils sont arrivés à Loos, jeunes mariés, ils ont acheté un vieux baraquement avec un bouquet de pivoines rouges devant. Elles y sont toujours, même si elles ont bougé par ci par là. Les pivoines rouges, c’est pour elle les débuts de leur histoire à Loos. Alors je suis allé sur internet chercher une image de pivoines rouges.

pivoine-rouge.jpg

mardi dans l'après midi

On est retourné dans le centre ville avec Didier et on a rencontré Gilbert Langlin qui s’intéresse beaucoup à la vie locale. Il est responsable d’un club de sport qu’on appelle combat total. L’entraînement a lieu à la salle Dubois exactement à l’endroit où on est installé. C’est pour ça que quand on est arrivé, lundi, le sol était couvert de tatamis. Combat total, c’est un mélange de karaté, de boxe française et de lutte gréco-romaine. Tous les coups sont permis. Gilbert Langlin travaille à la Française de Mécanique à Douvrin. Il a été élevé à la dure, dit-il. Son père était mineur sur le site du 11/19. Il est délégué syndical. Il aurait bien voulu être mineur. Il est très impliqué  dans la défense des ouvriers dans l’entreprise. Il dit que plus ça va plus on casse les ouvriers. Que c’est de plus en plus dur de tenir le coup dans l’usine tellement on met la pression sur les ouvriers. Au nom de la productivité.  A cause des cadences infernales il n’y a plus beaucoup de convivialité à l’usine. Il n’y a plus la place. Il dit qu’ils sont constamment déconsidérés mais qu’il n’est pas du genre à se laisser faire. Il dit qu’il tient ça de son père. Gilbert Langlin est passsioné de théâtre. Il nous a donné le contact d’une troupe de théâtre patoisant à Vermelles. Quand on est arrivé il y avait un grand chien dans la cour de la maison et un petit à l’intérieur.

Mr et Mme Semet

Je disais ça me donne envie de marcher davantage dans Loos-en Gohelle. Je connais Liévin et Lens parce que le 11/19 donne sur Lens et Liévin mais je me perds dans Loos-en-Gohelle. Et puis c’est toujours l’histoire de la grand route. On est de l’autre côté mais vers le haut. Au 11/19 suffit de passer la rue pour être à Lens. Les endroits où j’ai le plus marché à Loos en Gohelle, c’est sur les terrils.

Didier et Martine ont rencontré Mr Semet et Mme Saint-Machin. Sont retraités tous les deux. Lui, il a travaillé à la fosse puis en Lorraine dans la sidérurgie. Ils ont raconté leur vie. La vie de travail. L’envie de revenir après quinze ans en Lorraine. Parlent beaucoup des mines. Elle se levait avant son mari quand il se levait à quatre heures du matin pour aller à la mine. L’été, elle se levait à quatre heures et quand les enfants se levaient le linge pendait déjà dans le jardin. Elle est nostalgique de ce temps là. De la solidarité, du respect, des discusions avec les gens. Elle dit aujourd ‘hui c’est pas pareil le contexte de vie sociale a beaucoup changé .

Le 5 et le village. A l’époque quand Loos village venait au 5, c’était des bagarres et vice versa. On compare le présent avec le passé. On est ici dans une après industrie.

Ils ont quatre enfants, les deux qui sont nés en lorraine sont venus vivre ici et ceux qui sont nés ici dans le coin vivent aujourd’hui en Lorraine. Elle dit ici les gens sont liants. Ici à la salle Dubois, c’était un ancien coron. Mr Semet est venu au monde ici.

11/19

 Dans chaque veillée et chaque fois qu’on joue le spectacle base 11/19, on parle des puits 11 et 19 de Loos-en-Gohelle. on en parle partout où on joue : à Blois, à Wingles, à Martigues, à Calais, à Torcy, à Cavaillon, à Tremblay-en-France, à Saint Nazaire, à Aubusson, etc. On parle de Culture Cummune et du bassin minier. On parle de la mine. On parle des gens d’ici. Dans le spectacle base 11/19, Lionel fabrique un petit terril avec la tourbe qui est sur scène. Puis il le détruit. Puis il le reconstruit. Il y a aussi Edouardine qui parle d’ici. Et Guy parle de son enfance dans les corons.  Il y a aussi une image du grand terril un jour de brume.

On en parle beaucoup mais maintenant qu’on est là, on se rend compte qu’on ne connaissait que des petits morceaux. On les connecte dans cette veillée, et on découvre encore plein de lieux et de gens.