CONDUITE PORTRAIT LA SENTINELLE OCT/2014

Baguette magique 4’00
Pas de Porte 1’00
Textes 1 Danse Mourad 1’30
Mme Delplanque Marie dessine 3’00
Pas de Porte 2 1’00
Le refuge 1’45
Textes 2 objets 1’30
Jeanne Marie 2’55
Pas de Couloir 1’00
Textes 3 danse Mourad 1’30
Les Bernadette 5’23
Pas de Porte 3 1’30
Les Bouchons 2’32
La Couture 3’06
Stop Motion 1’00
Les pigeons 3’20
Portrait Cuisine 2’07
Portrait Musique 3’00
Marie Jeanne 2’55
Textes 4 1’30
Portraits Citations danse Mourad 3’00
CHRS Thomas 2’23
‘’ Mamad 0’52
Pas de Porte 4 1’00
CHRS Erika 1’20
Texte 5 danse Mourad 1’30
Godot 2’30
Valse 1’00
1 seq souvenirs 2’20
M. Dhaucy Marie dessine 3’03
Arts Martiaux 1’00
Shisu adage Marie dessine 1’43
Tennis adage Marie dessine 1’30
Secours Populaire adage Marie dessine 2’50
Citations 2’15

Table devant supermarché

Devant le coccimarket juste avant qu’il se passe quelque chose il ne se passait rien, ou pas grand chose : nous étions là avec la table et des biscuits et des bonbons et des boissons posés dessus. Un homme repeignait en jaune le passage piéton, ce qui donnait une odeur à l’air. Un autre homme roulait au pas en BMW. Guy a déclaré son amour pour les lieux vides où il ne se passe rien. Nous avions avec nous la sono portative. On a un peu dansé.
Puis, au loin, sur la route grise, nous avons vu arriver une foule de gens. Les enfants, les parents, une horde de Sentinellois fourbus après leur journée d’école ou leur journée de travail. Ils avaient faim et soif et ils se sont arrêtés à notre table et ils ont bu du jus de fruit et emporté quelques biscuits, une petite fille a même pris six ou huit coockies dans sa seule main! Nous nous sommes trouvés entourés de gens, qui restaient d’autant plus que nous n’avions pas de caméra. Puis, tout à coup il n’y avait plus personne.

Il n’est plus question de miam au fruit

A La Sentinelle, l’équipe prend du poids. Rien qu’aujourd’hui, nous avons mangé:

– des mars et des lions

– des noix de cajou

– des fruits secs

– des patates

– de la daube

– du pain de mie

– du fromage

– des cookies

– des yaourts

– des bonbons

– de la réglisse

– du raisin

– du chocolat

– des galettes de riz

– des pommes

– du beurre 

On est un âne

On a marché, beaucoup. On a traversé la ville, ses rues, ses impasses et ses chemins de terre. On a imaginé des lignes, on a tourné sur nous même et activé notre sens de l’orientation. Les chemins que l’on a pris ont façonné un plan imaginaire, notre image de la ville. On a dessiné des perspectives et transgressé les sens interdits.  On a pris le temps de discuter, on appris, on a deviné, on a posé des questions, des questions bêtes, des questions pertinentes, des questions métaphysiques… On a sonné chez les gens, on a écouté les sons de leurs sonnettes, on a découvert leurs intérieurs, on à vu leurs portes rester fermées. On a entendu des histoires, des petites et des grandes, des timides et des expansives, on a su , on a compris parfois et d’autres fois le mystère subsiste. On nous a confié comme des secrets, des morceaux de vies, fragiles et instantanés. On a tenté de ne pas les laisser s’échapper. On a fait rire, on a ri. On a dansé, ou essayé.

Maintenant, rassembler tout ça, ramasser tout ça, organiser tout ça. Ça déborde. Qu’est -ce qui reste après ? Qu’est-ce qu’on retient ? Qu’est-ce qu’on emporte avec nous et qu’est-ce qu’on laisse sur place quand on s’éparpille ?  Trop de mots débordent de ma caboche et ruissellent sur le clavier, trop de mots et en même temps pas vraiment assez pour dire.  Comme toujours. 

  

Quelques photos que je n’ai pas prises (souvenirs en vrac de la semaine pour préparer le grand dessin de samedi)

Vingt personnes sont assises autour de six longues tables disposées en un grand carré – comme un banquet. Contrejour, pluie à l’extérieur. La dame qui parle le plus a un chemisier blanc. Ils ont tous les yeux fermés et les mains posées devant eux sur la table, sauf un homme qui a pris sa tête dans ses mains et qui s’est courbé, replié autour de son coeur.

Presque pluie. Un enfant, dans la cour de récréation, marche seul au milieu les autres qui jouent en groupe. Il a un pantalon de couleur et un sweat-shirt bleu pétant. Il se parle à lui-même, il arpente tout le territoire. Il invente ses jeux imaginaires, monte sur un promontoire. Les autres le laissent circuler, il est là tel quel.

Préau. Immobile contre un poteau, une petite fille regarde de très près un groupe d’enfants qui chahutent. Elle est là toute proche, mais ne participe pas au tumulte. Elle le scrute, uniquement.

Deux enseignants, assis sur un rebord de fenêtre, dans une classe désaffectée. Visage sévère, peut-être désapprobateur. Ils regardent leurs élèves, qui suivent les instructions de Jérémie : rejouer certaines scènes de désordre ou de conflit.

Cécile, habillée en violet, visage tout proche du mien, avec les yeux qui rient, 94 ans. Elle se cramponne à mon bras devant le coccimarcket. Se tourne de temps à autre pour retrouver sa nièce.

Une ribambelle d’enfants entre dans la salle, bondée d’enfants plus grands. Cris et tumulte et sueur des grands. Les petits ont trois ou quatre ans. Ils restent groupés autour de la dame qui les accompagne, se tiennent la main. Il tournent leur yeux vers moi ou regardent autour d’eux. Ils ne sont ni décontenancés ni effrayés, ils observent, c’est tout, ils enregistrent : voilà ce qu’il se passe ici.