Alors on danse…tin tin lin, tin tin tin lin…

Même si notre flash mob est parfois interprétée de manière « libre » par tous les participants, on peut dire qu’elle connait un certain succès. On l’a quand même fait cinq fois aujourd’hui et on ne s’en sort pas si mal. Ce matin, tous les patients de la MAS tapaient dans leurs mains, chantaient à leur manière notre morceau. Même les personnes en fauteuil roulant ont participé à leur manière à notre envolée lyrique.

Alors, on danse?

Deux, trois petits balancements de fessiers, deux, trois sourires et la salle de cantine se transforment en dance floor.

Alors, on lit?

Suite à ce défoulement des corps, un petit temps calme était bienvenu. Les nouveaux veilleurs ont lu un texte de Sylvie sur la culture et la psychiatrie…

Applaudissement et un bis général arrive… On refait la flash mob!

Alors, on re-danse?

Comment nous sommes devenus fainéants…

Une journée bien remplie et, soyons honnête, fatigante pour notre nouvelle troupe.

ça y est, on peut dire que nous sommes désormais 16 veilleurs. Nos neufs nouveaux compagnons de route mouillent la chemise, ça c’est clair. Ils dansent, ils écrivent, ils posent des questions, ils prennent des initiatives, ils nous aident sur le planning, ils lisent des textes à haute voix…Bientôt nous, les veilleurs d’origine, ne serviront plus à rien.

D’autant plus que, notre environnement de la semaine n’est quand même pas évident. Un établissement de santé mentale, c’est « compliqué » comme dit notre Véronique. Aujourd’hui, nous avons eu aussi la compagnie de 6 lycéens. Cela fait du monde à gérer et à balader dans les bureaux, dans les espaces…

Christophe, Sylvie et Bouchra ont aussi commencé à répéter l’adage. Car nous, les veilleurs d’origine, on leur laissera toute la place sur scène vendredi. OUI! Nous sommes devenus feinéants!!!

Pendant la digestion

Au retour de la cantine, nous faisons un point (nécessaire) sur le planning bien chargé de l’après-midi. Il y a la visite à la loge des gardiens, des portraits du personnel administratif, une interview du service économie, des images de la préparation du spectacle de Noël, du montage, du montage, des lectures de textes, de poèmes, des improvisations dansées, etc.

Le soleil est très largement au rendez-vous, et il nous met en joie, on dit souvent : « c’est bien ce soleil ! ». La météo sera toujours un sujet de conversation qui fait consensus.

Six lycéens viennent en observation, on les réparti sur les différentes rencontres. On va notamment leur confier le montage de l’interview de Lise, architecte qui est ici pour réfléchir à l’avenir de notre actuel QG. L’idée : en faire un lieu culturel essentiel pour la région.

ce matin, sous le soleil…

Ce matin, dernière journée de tournage. Certains répètent un adage dans la grande salle du pavillon Primevère, certains interviewent Lise, une architecte chargée d’étudier les besoins des personnes sur notre pavillon, et d’autres vont aller interviewer le service reprographie. On se retrouve tous à 10H30 pour aller faire une intervention artistique à la Maison d’Accueil spécialisée.

 

Il y a

Il y a un château d’eau dont je n’avais visité l’intérieur, faute d’en avoir la clef heureusement, le technicien l’avait.

Il y a un pool d’entretien dans les locaux duquel je n’étais jamais entré.                 Je n’en avais jamais essayé les balais nommé << Faubert>>.

Il y a une serre avec des bananiers que je n’ai jamais pu arroser en 31ans de maison.

Il y a un hangar à outils de jardin dont je n’ai jamais pu affuter les bêches et les serpes.

Il y a tout prés un enclos avec deux ânes que je n’ai jamais pu mener par la bride lors d’une promenade champêtre.

Il y a … mais je ne vais pas faire un inventaire complet style guide Michelin.

Il y a nécessité de faire chauffer le cuivre à une température de 1800° pour le faire fondre.

Il y a un parc de 220 voitures de service dans l’hôpital.

Il y a 1500 agents soignants, administratifs et techniques à Barthélémy – Durand répartis par les secteurs intra et extra hospitaliers.

Il y a deux ânes dans le parc

Il y a beaucoup de talent ici

Il y a de belles personnes

Et Xavier se souvient :

Je me souviens des 31 dernières années passées à BD, 1986 est loin.

Je me souviens, l’hôpital était moins ouvert sur l’extérieur, sur le monde habituel même si la politique de secteur avec ses dispensaires de ville était déjà lancée depuis le début des années soixante.

Je me souviens, des hospitalisations un peu plus longues ou des rechutes plus fréquentes, des médicaments un peu moins performants, des états de manque être plus marqués, une souffrance plus intense…

Je me souviens du boulevard des arts permettant l’entrée de la culture, d’artistes extérieurs dans l’établissement…

Je me souviens, car je n’oublierai jamais les talents du poète de Serge. L’écriture était parfaite, construction de la phrase et musicalité, tout y était.

Je me souviens, nous avons lu ses poèmes à haute voix, individuellement ou à plusieurs voix.

Je me souviens aussi des textes écrits par Sylvie d’autant plus que l’écriture est un de mes centres d’intérêts.

Je me souviens, l’un de mes poèmes, “à Nouria” a clôturé la séance.

 

Une danse à trois temps

Ce matin nous avons lu les poèmes, les miens, ceux de Sylvie et Xavier, après plusieurs lectures nous sommes allées nous restaurer mais avant nous avons surpris ceux qui mangeaient en leur effectuant une dance ensemble dans le réfectoire . Ca nous a bien mis en appétit. J’y ai vu deux infirmières du CMP bien étonnées de me voir danser.

Serge

La matinée a commencé par une répétition de pas de danses sous la conduite de Christophe, dur, dur, le boogie boogie, je m’étais un petit peu planqué au fond du groupe, avec mes grosses godasses de marches pas prévues pour la grâce d’un danseur.

J’ai dû leur faire une démonstration mime dramatique (c’est l’expression de Didier). Enfin, l’essentiel c’était d’zssayer et de surprendre le personnel déjeunant à la caféteria de l’hôpital.

Xavier

Et c’est parti pour une valse autour d’un café et d’un tango au grand Bar. Une valse à trois temps où les regards se croisaient au fil des rencontres.

Les sourires et la joie pétillaient sur tous les visages des patients et du personnel.

Un belle échange et une bonne humeur était très présente et les sourires gravés.

Martine a mis en garde Christophe en lui lançant un défit, car elle savait fort bien danser les danses de salon et c’est parti pour un pas de deux sur une valse à trois temps puis en a découlé une flashmob avec tous les patients présents et le personnel. Ambiance assurée et fiesta à gogo avec une dynamique formidable.

Christophe

« Au revoir président »

Lucien, Serge et Xavier sont arrivés à 13h20 au service nettoyage. En retard. Nous étions attendu à midi et demi. Il y a parfois des informations qui se transforment d’interlocuteurs en interlocuteurs, qui se terminent par une duplication de ces informations. Sur notre planning il est écrit 13h30, sur le leur 12h30. C’est ainsi.

Mais les personnes savent nous accueillir et on nous dit que ce n’est pas grave. Simplement l’interview destinée à un article dans ce blog sera un peu écourtée. La plupart ont commencé la journée à 6 heures du matin, nous finirons donc la rencontre à 14h pétantes. Le point horaire étant bien arrangé pour tout le monde nous commençons la discussion.

« C’est quoi le service nettoyage ? C’est différent des ASH ? – En fait c’est du ménage, c’est pareil. » nous répond-on en riant. Ce n’est en fait pas tout à fait vrai. Le service nettoyage se charge des locaux techniques (cuisines, gardien, maintenance, etc.), quand les ASH s’occupent des pavillons des patients. Mais on appelle aussi le service nettoyage pour les plus gros dégâts dans certaines chambres ou pour préparer l’arrivée d’un nouveau patient. Il y a des machines, certes, mais surtout de l’huile de coude.

Ils et elles ont unanimes pour dire qu’on ne choisit pas le service nettoyage par choix, mais parce qu’il faut travailler, et comme il n’y a pas beaucoup de travail aux alentours, ils se retrouvent ici. Il y a deux équipes : celle de 6h-14h et celle de 9h-17h. Ce n’est pas que les journées sont longues, mais parfois la fatigue ou la routine fait qu’on attend avec impatience l’heure de fin.

On reparle de l’immensité du site : nous arrivons à présent à une estimation de 92 hectares, 6 kilomètres de clôture, et 13 kilomètres de marche pour faire le tour complet. Ainsi, l’équipe nettoyage dispose de deux camions et une voiture attitrés pour les pavillons les plus éloignés. Cet espace est une bonne chose pour les patients. C’est un endroit chaleureux. Il y a des ânes (voisins du local du service nettoyage), des moutons, des chèvres. Les vaches, que l’on retrouvait parfois au milieu de la route (on en rit encore), sont parties. Depuis le site, on a une vue magnifique sur le paysage alentour. Surplombant la vallée, on peut voir le soleil de son lever à son coucher et en contrebas la Tour Guinguette, vestige du Château d’Estampes.

Pour ce qui est d’Estampes, le groupe se partage entre Estampois.e.s qui n’aiment pas cette ville (ville-dortoir, sans activité pour les jeunes et au RER pas très fiable) et Estampois.e.s qui s’y sentent très bien. Celle qui est en est parti pour le 26 sacrifierait bien un vœu pour y revenir. Les gens sont tellement moins racistes à Estampes.

Et puis on revient à des considérations plus pessimistes. Quelque chose ne va plus dans le travail : il y a un problème de mentalités qui s’est installé ici. Le plus ancien nous raconte qu’avant il y avait une plus grande convivialité (on se connaissait toujours au moins de vue, on se tutoyait, on partageait un repas de Noël et un repas de Réveillon, le jour de Noël on servait le petit-déjeuner des patients au lit, etc.) alors qu’aujourd’hui tout change trop vite, et pas dans le bon sens. Il y a plusieurs raisons mais la principale est peut être la « technicisation » du travail administratif. Avant, on commençait au bas de l’échelle et petit à petit, on avait de plus en plus de responsabilités tout en transmettant le métier et lorsque l’on dirigeait cela n’empechait pas de mettre encore la main à la pâte si nécessaire. Aujourd’hui, ce sont des personnes qui se forment directement à la logistique par exemple et qui sont des gestionnaires. Le lien se coupe et on ressent à l’équipe nettoyage une sorte de déshumanisation : des rapports, de la reconnaissance. Et puis le contexte politique effraye un peu : depuis le regroupement des hôpitaux les salaires ont baissé, les RTT qui représentent 4 semaines de congés sont remises en question (« Travailler plus pour gagner moins »), et ce débat sur les fonctionnaires sur qui tout le monde frappent rend ironique : « enlevez les fonctionnaires de notre équipe, et on verra bien qui se chargera du ménage ! ».

Avec une baguette magique alors ? On reviendrait vivre à Estampes pour l’une, on changerait la mentalité pour une autre ou on gagnerait à l’Euromillion pour être en costume de poussin jaune et chanter « Au revoir président ».