chercher encore

Des camarades de lycée m’ont envoyé un mail pour me demander si on pouvait me voir jouer quelque part. Si longtemps après. Comme si je faisais du théâtre! Qu’est-ce que je pourrais bien leur proposer? Connaissent pas le 11/19. Je pourrais les envoyer voir de la danse à Armentières et dire que c’est moi. Euh… On change tellement au fil du temps. Physiquement. Sauront pas si c’est moi ou  pas moi. Leur dire que  mon nom de scène c’est Pipo del Bono et les envoyer au théâtre du Channel. C’est ça, trouver le moyen qu’il passe une belle soirée. Comme ils ne vont jamais au théâtre, qu’ils voient quelque chose de délicieux. Pipo del Bono c’est tellement émouvant. On n’en sort pas indemne. Mais ils veulent que ce soit ces jours ci. Mélissa sur son trapèze-miroir. Mais j’arriverais jamais à me faire passer pour Mélissa ou Dorothée qui marche sur des oeufs. Ou Bonnaventure Gacon sur ses patins à roulettes. Je vais les envoyer à la Rose des Vents. Ou au Temple à Bruay. Quoiqu’il arrive, il faut créer la surprise. Croire que c’est moi. Ou à Dunkerque. Je pourrais leur dire ça. Allez-là! Ou là! Après tout, après bien des année, je pourrais être là ou ailleurs. Verront des choses bien. Ou à Aulnoyes Aimeries, au théâtre de Chambre. Je peux être partout. Ou nulle part. Après tant d’années, tout est possible. Impossible de dire la vérité. Ce serait trop long. Usurpation. On a forcément pris la place de quelqu’un d’autre.

sur le pont

La semaine dernière, nous revenions de Douai, de Flines les Râches et Lallaing. Où avait eu lieu une réunion avec les élus pour préparer notre venue en janvier prochain. A l’initiative de l’Hippodrome de Douai. Quelques jours auparavant nous étions encore à Dunkerque. Demain on va visionner (une partie de l’équipe HVDZ) le film pour les Centres de Formation des Apprentis, à 16h, à Culture Commune. La diffusion de ce film spectacle qu’on réalise avec la participation sur scène d’apprentis compagnons d’Armentières se déroulera au Grand Palais à Lille mardi prochain. Au Grand Palais! Faut il qu’ils attendent du monde! Ce projet là est né d’une rencontre à Lomme après la Veillée de Lomme. C’est le pave.org qui avait conseillé aux CFA de travailler avec nous. Demain on va faire un essai de décor pour Les Atomics, version 2. On va mettre un tapis blanc au sol (prêté par le Centre Dramatique National de Béthune) et des tours en échafaudage pour la corde volante de Julien. On a prévu d’ accrocher des téléviseurs sur l’échafaudage, qu’on va louer au Crav à Tourcoing. Donc demain tout le monde est sur le pont. Au bureau aura lieu une réunion avec Gilbert, Maggie et Sandrine.

pas avant l'année prochaine

On se demande si on va pouvoir faire Les Briques, le spectacle, en fin d’année 2012 ou en début d’année 2013 ou s’il faut reporter le projet en début de saison suivante. Pour des raisons de production.  Mais avant ça, il y a bien sûr la reprise des Atomics. Et la Brique (au singulier). Finir ce travail là. Pour ce qui est de nos spectacles traditionnels. En dehors de tous nous travaux de co-construction comme les Veillées, les Portraits, les Instantanés, les Retour sur… On va aller à Mulhouse avec Les Atomics mais le directeur du théâtre aura changé d’ici là. Joël Gunzburger quitte La Filature, scène nationale de Mulhouse. Nous avons longtemps travaillé avec J. Gunzburger. A  Angoulême. Puis à Mulhouse. A Angoulême où il travaillait avec Philippe Legal qui dirige le Caré Magique à Lannion. On a hâte. Qu’après l’automne, ce soit l’hiver… Est-ce qu’on aura de la neige à Noël? On s’est dit qu’on pourrait réunir tout le monde pour une journée de réflexion (peut être avec un intervenant extérieur). Mais faut trouver le temps! En tout cas, pas avant l’année prochaine!

co-écriture

J’ai jeté un oeil sur le nouveau spectacle d’E.L. Tartuffe, une tournée d’enfer. Et puis j’ai feuilleté S. Cavell, moments d’une autobiographie. Et le Grand Partout de William T. Wolmann. Hymne à la clandestinité et au voyage qui fait respirer l’air du réel, hommage à la grande tradition des hobos de la vieille Amérique se déplaçant illégalement à bord des trains de marchandises, célébration d’une culture en voie de disparition où se fonde une société aussi invisible que solidaire fédérée par le seul désir de partir. Le Grand Partout invite à reconquérir, à travers le déplacement géographique, des espaces mentaux vitrifiés par l’évolution des sociétés contemporaines pour renouer avec l’émerveillement vital prodigué par l’énergie de l’aventure et du danger au coeur d’une beauté sauvage et inentamée. Gilbert P. a annoncé officiellement son arrivée à la compagnie. Il démarre après demain. Un mi temps d’abord puis un temps plein à partir de décembre. Ouf! il était temps qu’on trouve quelqu’un. On va remettre en route des groupes de parole sur le quartier, des ateliers d’écriture et la production d’un singulier journal de quartier en co-écriture avec les habitants.

beignets, chouchous…

Faire les Veillées, les Instantanés, les Portraits… signifie s’inscrire dans un contexte. Pour modifier la vie sociale, contribuer à son amélioration. Parler pareil et autrement (en usant de moyens d’ordre artistique, à même de susciter une attention plus singulière que celle que permet le langage social). Il s’agit de faire du langage de l’art un langage à la fois intégré, donc capable d’être entendu, et dissonant, c’est à dire dont le propos vient mettre en débat l’opinion dominante. Conformité et dissidence. Refus d’autonomie, de ne parler que pour soi même. Agir de manière concrète. Envisager l’art en étroite connexion avec le réel. Générer une esthétique communicative. Sortir du vertige de l’incompréhension fascinante et revenir au sens décliné sans équivoque, sans risque de confusion. Veillées,  Instantanés, Portraits,  Atomics. Paul Ardenne

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J’aime bien l’idée qu’on réalise des portraits (de villages, de quartiers, de villes ou d’un collège et d’un lycée). Comme un désir de réalité absolue, une volonté de capturer la vie. Mais ce qui est beau c’est qu’on sait qu’à chaque fois, on pourrait dire que ce sont des ratages. (On part au bout de quinze jours à trois semaines de résidence parce qu’on sait (on le dit toujours, qu’on n’arrivera pas à tout dire) qu’on n’ arrivera jamais jusqu’au bout. Parce qu’on a commencé quelque chose et que bientôt on ne sait plus quoi en faire. Parce que la réalité (la vie) nous échappe. Tu peux recommencer chaque jour le portrait de quelqu’un, tu ne le rendras pas pour autant immortel. Il va vieillir, il va changer, il ne sera jamais lui. Il y a un très beau passage dans le film de Godard, Vivre sa vie, qui provient d’un texte d’ Edgar Allan Poe: c’est quelqu’un qui fait le portrait de sa femme, et, plus il met du rouge et plus sa femme devient blanche, et lorsqu’il a fini, qu’il regarde le tableau, il se dit « c’est la vie même » et sa femme est morte. Tu ne peux rien conserver mais il y a le désir de déjouer ça. Essayer de le faire tout en sachant que c’est impossible. Et il est certain que tout le travail d’archivage qu’on a entamé ces dernières années, cette volonté de garder trace de tout (veillées, instantanés, portraits, inventaires, retour sur, journal de bord, blog), traduit un désir de ce genre. Un désir d’arrêter la mort.