samedi d'après les représentations de la veillée à dunkerque

La semaine dernière nous jouions aujourd’hui deux représentations de la Veillée de Dunkerque. Avant de quitter Dunkerque. Mais faut savoir qu’on y retourne dans un mois pour faire un Instantané, un portrait de lycée. L’Instantané du lycée de l’Europe. Mais avant ça, nous finirons de travailler sur le portrait d’apprentis, pour les centres de formation des apprentis du Nord Pas de Calais. C’est plus compliqué parce qu’on fait là quelque chose qui est davantage de l’ordre de la commande et nous n’avons pas la même liberté artistique que lorsque nous faisons notre travail habituel. Nous devons régulièrement donner à voir ce que nous avons réalisé et modifier en fonction des exigences des commanditaires. Comme pour ce qui concerne nos interventions à l’usine Pocheco. Nous nous disions combien nous avions de la chance de pouvoir disposer dans notre travail habituel d’une liberté totale de parole. Que c’est une vraie chance. Qu’il faut en avoir conscience. Parce que parfois on pourrait, comment dire, vivre en dehors des réalités et penser que dans le monde du travail ou bien dans le monde tout court on peut dire librement ce qu’on pense, politiquement, philosophiquement. Mais la réalité est très différente.

l'avenir dure longtemps

Revenir sur les briques. On était passé par la cité 3 d’Auchel. On revenait de Calais. On avait joué les Sublimes à Calais. Le Channel était déjà installé dans les anciens abattoirs mais c’était avant les grands travaux. On était repassé par la cité 3 d’Auchel pour voir Auchel. La cité 3 est à côté du lycée. Des rues entières de corons venaient d’être abattues. La cité 3 était un énorme champ de maisons détruites. C’était plutôt irréel. Comme un décor de cinéma. On est passé par là par hasard et ça faisait comme si on n’avait rien à faire là. Toute une cité qui disparaissait. Nous étions des intrus. Comme si de tous les tas de briques s’échappaient des histoires. Des vies qui s’enfuyaient sous nos yeux au dessus des ruines. Sans que personne ne puisse les capter. Leur dire de rester. Surtout pas nous qui passions par hasard. Et moi qui avait abandonné le terrain depuis si longtemps. Le silence s’imposait. C’était étrange et pas très rassurant. On assistait à quelque chose d’important. Sans y être convié. Important et très personnel. Dont on ignorait l’histoire. Les histoires. Tout ça, ça s’en allait en poussière. On était entouré de fantômes. Comme si on sentait ceux qui avaient vécu là. Comme si on les entr’apercevait au milieu des briques. Prêts à s’en aller. A disparaître. Se répandre ailleurs. Puisqu’on avait tout détruit. C’était comme si j’étais revenu trop tard. On devient toujours un personnage de sa propre histoire.

des nouvelles

On a à peine fini Dunkerque que nous voilà à Douai en train de présenter aux élus de Flines les Râches et Lallaing la Veillée qu’on fera là bas au mois de janvier. Une partie de nous est encore à Dunkerque. On n’en est pas complètement revenu qu’on est déjà reparti. Hier sur la rocade minière et sur les petites routes du douaisis, on pensait à ça. A chaque fois c’est des rencontres bouleversantes. Comme on disait hier, chaque vie est une oeuvre d’art. Et pas question de se blinder. Sinon ça servirait à rien de faire ce qu’on fait. Pour quel recul? Pour quelle mise à distance? On se laisse emporter par le courant. Sinon ça n’a aucun sens. On n’aurait aucune raison d’être là. De faire ce qu’on fait. Alors forcément, les émotions sont mises à rude épreuve. Mais pas question de se blinder. Sinon, on rentre se coucher. Et on a eu des nouvelles de Montréal, du quartier St Michel. De la célébration l’année prochaine, en 2012 du centenaire du quartier St Michel. La Tohue, au coeur du quartier, près de l’école de cirque de Montréal qui nous avait invités l’année dernière à un conseil de programmation pour parler des Veillées nous pressent pour une autre Veillée.

komplexkapharnaum à gosnay

Hier on a vu les KompleXkapharnauM à Gosnay. Un beau déambulatoire à travers le village. Sur le thème de la famille et des photos de famille. Un déambulatoire pour faire ressurgir les fantômes. Magnifiques images de nouveaux nés projetées sur des ballons gonflés à l’hélium. On pense à Boltanski, à Castelluci ou Lars von Trier. Aux expressionnistes aussi, à Murnau. On craignait de voir bondir des buissons sur le bord des routes des vampires dans la nuit noire gosnaysienne. Une belle ballade au bout de la nuit. Avec la participation des habitants de Gosnay. Une grosse recherche visuelle et sonore. Un travail approfondi sur le cadre, les cadres, être dans le cadre, sur la photo. Avoir disparu. Ne plus être qu’une ombre , un souvenir. La déambulation était recueillie. Un monde fou. De la belle ouvrage. Quand on pense aux journées du patrimoine, on se dit que tout ce qu’on fait par ici à l’extérieur est totalement tributaire du temps plus que variable dans le Pas de Calais. Sur les journées du patrimoine les gens n’osaient pas sortir de chez eux à cause du vent, du froid et de la pluie et maintenant quinze jours plus tard on frôle la canicule. Il fait tout juste frais, la nuit. Les Komplex Kapharnaum… Dire qu’on a été leur stagiaire il y a huit ans dans le cadre de Lille 2004. Pour apprendre le spectacle de rue (on est à HVDZ pour la plupart bien plus âgé qu’eux). On a appris à faire de la vidéo dans la rue. Avec eux. Les premières Veillées, on les a faites avec eux. Faut qu’on recrute très bientôt quelqu’un au bureau. C’est urgent, maintenant. Hier  en retournant à la voiture, après le spectacle, on calculait dans la tête et on se disait encore six ou sept spectacles à Gosnay et le temps aura passé. Hors du cadre.

mineurs du monde

On  va attendre l’ouverture du Louvre Lens! C’est dans un peu plus d’un an. Ce serait idiot tout de même. On a pu penser qu’on s’impliquerait davantage (veut ou veut pas) dans cette affaire. On en est très éloigné. On aurait pu donner un coup de main. Participer aux débats. Réaliser des actions artistiques en lien avec les populations et  tout le bazar de 2012 (ce qu’on a fait pendant un temps). Mais on s’en est éloigné petit à petit. Ça se construit. A grands pas. On passe souvent devant. C’est impressionnant. On a envie de voir, de savoir ce que ça va donner. Mais, pour ne pas mentir, on est complètement extérieur à ce qui se passe. Tu me diras, pour l’instant, c’est les travaux. Tout bien pesé, peut être que ça ne nous concerne pas. Alors, pourquoi attendre? Par curiosité? Par simple curiosité? Quand on avait rencontré B. Stiegler, on l’avait mis en réseau avec tous les gens du quartier, des maisons de quartiers au collège Curie ou Jaurès en passant par les associations d’habitants du 11/19… On s’est retrouvé pour faire le point sur toutes ces rencontres qu’il avait menées pour faire entrer les populations, le territoire dans l’aventure du Louvre. Il disait les artistes, les opérateurs culturels, le 11/19 constituent un point névralgique, indissociable de la réussite de l’implantation du Louvre pour les populations du bassin minier. Pour la recherche, la réflexion… La semaine dernière, on est allé à une réunion à la maison du Louvre Lens, à l’initiative de l’association Mineurs du Monde. A la tribune tous les grands élus de la région et du bassin minier. Des discours et dans la salle des gens intéressés mais morts de trouille. Cette impression terrible de ne pas devoir la ramener parce qu’on est sûr que c’est pas le moment. Du coup, l’impression qu’on reprend tout à zéro, tout le temps.