On continue à briquer. C’est le nettoyage de printemps… On a briqué une grande partie de l’après midi. On a parlé de briques, de briqueteries et de briquettes. Et de biquettes (d’où l’idée d’aller acheter une chèvre sur roulette (une peluche) et lui peindre un pelage de briques, qu’on appellerait briquette). Imaginons une usine à briquettes. Imaginons des biquettes sur roulettes peintes de rectangles rouges qu’on verrait sortir de l’usine. Prêtes à l’emploi. Et puis on a exposé des briques seules sur des sols sales. Et on a explosé des briques de colère. Rouge. Comme la brique et la colère. Et on a recréé un casse briques en vidéo avec des vraies briques. On a pensé à une expo du type Boltanski. Présenter dans une vitrine une série d’objets ayant apartenus à une brique. Mes lunettes, mes chaussures, ma ceinture…, et mon sac d’où on pourrait extraire une brique et tout le reste dont je pourrais faire l’inventaire (Surtout les médicaments. Dans les mines on avait la médecine et les médicaments gratuits). Puis remplir mon sac lourdement d’une tonne de briques et sauter sur place ou faire maintes fois le tour du plateau en courant. Le sac sur le dos. A l’image du travail d’Angelica Liddel. A corps perdu. A brique perdue. Et prendre l’empreinte des briques sur des linges blancs. Après les avoir plongées dans du faux sang de cinéma….
Carnets de route
Casse brique à l'ancienne
Quelle bonne idée, les Trois Soeurs sur un tas de charbon!
On a bien briqué. Le briquet, c’était le sandwich que les mineurs emmenaient au fond pour casser la croûte. On dit que ça vient de l’anglais to break. Ils remontaient toujours du travail avec un morceau du briquet qu’on appelait le pain de l’alouette et qui faisait le régal des enfants. Ce qu’on fait n’a rien à voir avec le pain de l’alouette puisque la sujet de la Brique, c’est la brique. Qui sera aussi le sujet des Briques même si on y mettra aussi du charbon. Depuis qu’on a vu le spectacle d’ Angelica Liddell, il est impossible d’imaginer qu’on crée les Briques sans y ajouter du charbon. Est ce qu’on y mettra un bout des Trois Soeurs de Tchekov? A vrai dire on n’en sait encore rien! Mais quelle bonne idée ce serait! Au moins quelques sacs de charbon. Comme au bon temps de la tourbe dans les Sublimes ou Base 11/19 où on couvrait le plateau de…. tourbe. Pour la Brique on a décidé qu’on irait filmer au musée de la mine à Lewarde. Et qu’ on allait se mettre en quête d’une chèvre ou d’un troupeau de chèvres qu’on ferait défiler dans un coron …
retour sur les lycées (2)
demain je m'y mets
On a installé la salle 2 et c’est parti pour la brique! Que c’est difficile parfois de passer d’une chose à une autre, et qui plus est, qui n’a rien à voir avec les Instantanés de la semaine dernière à Dunkerque! J’ai un peu traîné les pieds. Mais ça ira mieux bientôt. Maggie est en vacances à Barcelone. Gilbert est tout à ses comptes et à l’organisation de la reprise des Atomics à la fin du mois. On a eu beaucoup de mal à trouver une salle de répétition. On va devoir répéter sur Lille à la salle du Splendid à Hellemmes. On n’a pas trouvé plus près. On a traîné les pieds parce qu’on a du mal à se faire à l’idée du score du Front National. Faut vraiment pas lâcher ce qu’on fait dans les quartiers, dans les écoles et tout… Sinon on n’a plus de prise sur rien et le ciel va nous tomber dessus sans qu’on n’ait jamais rien pu faire. Jamais rien pu proposer. Dans le Pas le Calais ils ont fait un score de malade. La situation est complexe et gravissime. Ça file la nausée. L’avenir est sombre. J’ai un peu traîné les pieds avant de prendre la décision de m’enfermer dans le théâtre pour créer la brique. Parce que je me disais, vu la situation il y a plus urgent à faire. Mais demain je m’y mets. Ça paraît tellement désuet!
retour sur les Lycées (1)
rude!
Gilbert a réorganisé le bureau. Les fauteuils qu’on a achetés chez Emmaüs pour le Retour sur.. à Dunkerque ont pris place à Loos en Gohelle. On recycle. Gilbert va ramener la machine à vapeur de sa mère pour nettoyer le canapé.
C’est très calme ce matin sur le site du 11/19. On dirait que les gens ont du mal à se remettre du résultat du Front National aux élections d’hier. C’est vrai. C’est particulièrement silencieux. Comme si plus personne ne savait quoi dire. On a en tête ce qu’on a entendu ce matin à la radio. Marine Le Pen est intervenue à Sciences Po, à Paris, il y a quelques semaines. Sciences Po préparent nos futures élites. Nos futurs dirigeants. Après avoir été accueillie sous les huées des étudiants et après une heure d’intervention elle est ressortie sous les applaudissements d’une grande partie de son auditoire. Ici on accuse les ouvriers (à bon compte) de voter pour l’extrême droite. Le journaliste, qui citait cette anecdote a rajouté qu’il n’y avait pas que les ouvriers qui étaient tentés par le vote faciste. Un autre disait, dans cinq ans, avec la crise économique et si on ne change pas de système auparavant (sortir du capitalisme), elle prendra le pouvoir. Tout ça est effrayant. On ne peut pas ne pas penser à ce travail qu’on fait jour après jour, de rencontre et d’échange, d’écoute, de partage avec cette volonté de que ça bouge et qu’à notre petite échelle d’artiste on invente, imagine, co-construise avec les gens un monde plus ouvert, plus humain… Faut rien lâcher. C’était si bien à Dunkerque la semaine dernière.
yves fabrega
Sortir des « théâtres » ne suffit pas, il faut inventer d’autre façon de faire. Nous devons développer des pratiques artistiques appropriées à l’en dehors, à l’au delà, à l’au devant… Aller au devant des gens… c’est indispensable… Aller partout où ils se trouvent… Soit c’est ça, soit c’est rien… Il faut y consacrer le principal de ses efforts.
Faire oeuvre avec les gens n’implique pas qu’on va leur apprendre à faire ce qu’on sait ou ce qu’on fait.
On va les chercher parce qu’on ne sait pas inventer tout seul.
On va chercher ensemble ce qu’on ne sait pas qu’on cherche
On va faire ensemble ce qu’à priori on ne sait pas faire.
On va penser ensemble, cheminer ensemble, pratiquer ensemble, bricoler ensemble…
Nous allons ensemble nous donner la parole et faire de cette parole une oeuvre d’art
Nous devons sortir du clivage démarche artistique et socio culturelle.
Il est essentiel de dénoncer la noblesse de la chose artistique et le mépris des pratiques socio-culturelles.
Nous devons revendiquer l’utilisation du champ socio-culturel comme terrain propice à la création, à la réalisation d’oeuvre.
Chercher à co construire, à co créer, co réaliser, nous expose à des évaluations peu clémentes.
Nous devons combattre les à priori d’insuffisance dont nous sommes souvent victimes. Car la démarche peut être ténue aux yeux de certains, et d’une valeur peu évidente au vu des critères d’évaluation : La « visibilité » passant par l’intense fréquentation du public et la « reconnaissance » par des relations étroites avec les lieux institutionnels.
Nous devons avoir des dispositions esthétiques, hors des usages… Encourager à la «sur-excellence » artistique, à l’au-delà du goût , à la « sous-excellence » artistique, à la perfection abyssale.
Réaliser des oeuvres d’art en co-création relève d’une exigence artistique intense.
Il ne s’agit pas de délaisser l’oeuvre mais de redéfinir son espace de réalisation.
Nous devons redéfinir des modes d’évaluations, des outils d’évaluation, adaptés à nos façons de faire.
La notion d’élitisme pour tous a été une erreur fondamentale.
Il faut appeler à l’abandon de la recherche des « grands artistes », des « génies » et des « oeuvres inoubliables ».
Nous devons proposer d’autres sensations artistiques, d’autres regards :
C’est le regard sensible porté aux choses périphériques, communément repérées comme superflues ou insuffisantes qui va déterminer de nouvelles postures.
Sans le savoir, nous portons sur ces objets, ces comportements, ou ces espaces, un regard qui les dévalorise. Nous consentons à l’utilisation d’un vocabulaire qui les marginalise : kitch, humour, décalé, baroque, alternatif, second degré, provocation, etc, etc …
Il ne s’agit pas de redonner de la valeur à ce qui n’en aurait pas suffisamment mais d’inverser carrément l’appréciation entre le majeur et le mineur, le noble et le commun.
Nous devons cesser de nous indigner de ce que nous impose la culture cultivé, en s’apitoyant sur son inintérêt ou son coût exorbitant.
Il faut plutôt apprendre ou réapprendre à regarder ailleurs et autrement, à faire l’éloge des petites choses : de tout ce qui manque d’attention et qui paraissait jusque là futile, frivole, anodin ou superflu,…
« Il faut réapprendre à danser à l’envers et que cet envers devienne notre véritable endroit ».
le portrait du jour
ah ouais?
… Alors il faut être humble et mature. Et se rendre à la raison. Et partir marcher vite à travers les champs ou les villes. Faire le tour de Bruay. Démarrer du Country (le café tabac) et descendre jusqu’à la Lawe et remonter par le donjon et le centre de soins palliatifs. Prendre tout droit jusqu’à l’ancienne gare et longer les travaux jusqu’à la rue Salengro. Ou aller à Béthune. Laisser la voiture à la gare, remonter jusqu’au Palace continuer jusqu’à la prison, tourner à droite puis prendre la rue du Quai de Bruay et rejoindre la clinique de l’Artois. Ensuite traverser le centre ville et rejoindre la gare. Ou quitter Fresnicourt, aller vers Ohlain, prendre la deuxième route vers Gauchin le Gal puis prendre à gauche et tout de suite à droite en haut de la côte et prendre le chemin dans les champs. Avant le bois d’Estrée, descendre par le chemin, à gauche. En écoutant de la musique ou n’importe quoi. Ou rien.



