Carnets de route
à chaque jour suffit sa brique
C’est dimanche soir. La nuit est tombée sur le Pas-de-Calais. Hier matin encore on était à St Nazaire. Demain on a rendez vous au bureau pour continuer à glaner des histoires pour le livre du Louvre-Lens. On fatigue un peu. On est quelques uns dans l’équipe à connaître de petits ennuis de santé. On va se remettre fiça et en route pour la suite. En fin de semaine on joue au Prato, La Brique. Jeudi et Vendredi. Vendredi, on joue deux fois. Mercredi, c’est la bande des Veilleurs qui filent à St Nazaire pour le portrait du quartier de La Chesnaie. On reste dix jours à St Nazaire. On finira par une représentation du film spectacle (au Théâtre) qu’on va faire sur La Chesnaie avec les gens de La Chesnaie. Et ensuite on met le cap sur Evry, Ris Orangis et le quartier du Plateau…
Aimer si fort à St Nazaire
On est tout juste rentré de St Nazaire où on a joué Aimer si fort… C’était vraiment fort. Ce sont des journées de fous, puisque la veille, les techniciens-magiciens ont préparé le plateau ainsi qu’hier matin. Hier on a revu toutes les danses et dans l’après-midi, filage et raccord jusqu’à six heures. Représentation à 20h30 et débat avec des jeunes de plusieurs classes de lycée en formation théâtre. Et discussion avec le public et les professionnels du spectacle vivant.Toute l’équipe du théâtre de St Nazaire était ravie. Et on sait d’ores et déjà qu’on ira jouer l’année prochaine à Vannes. Gildas le Boterf qui dirige le théâtre pour une dernière année avant de partir à la retraite nous programmera la saison prochaine. Il a dit que le spectacle est « une évidence » et que ça l’a super emballé et que c’est mieux que tout ce qu’on a fait avant. On ne peut que saluer l’engagement passionné de tous dans cette aventure. Du théâtre de St Nazaire à toute l’équipe d’Hvdz. Plus de quatre cents personnes ont vu hier Aimer si fort (Quel beau travail de relations et de contacts pour ramener tant de monde sur un spectacle comme Aimer si fort, c’est formidable ! )… On a refait l’audio-description avec Séverine, pour la deuxième fois (après Douai) et ça marche du feu de Dieu. Le public de St Nazaire nous a réservé des applaudissements nourris et si chaleureux qu’on se demande pourquoi on n’irait pas vivre à St Nazaire.
Camarade Divion (Divion, janv.2013)
Eribon, la société comme verdict (5)
Entrer dans une « profession », dans un milieu, c’est inévitablement adapter son corps et son esprit aux réquisits explicites ou tacites d’un univers qui a existé avant qu’on ne cherche à s’y faire une place et qui ne nous l’accorde qu’à cette condition, nous contraint à suivre les étapes successives d’un parcours fléché, à passer par les rites et les rituels, à s’imprégner des us et coutumes et devenir peu à peu celui qui exige des nouveaux entrants ce qu’on a exigé de lui quand il est entré.
Même ceux qui s’efforcent de résister autant que possible aux normes qui régissent l’appartenance à un milieu professionnel, à une corporation, à un métier…doivent d’abord et avant tout les avoir respectées jusqu’à un certain point pour pouvoir bénéficier des moyens d’expression sur lesquels il leur sera possible de prendre appui, et la docilité première-on ne peut pas vivre dans un milieu sans s’approprier ses modalités de fonctionnement, ne serait-ce que dans l’existence quotidienne et, par conséquent, être approprié par elles –est, peu ou prou, le support indispensable à toute indocilité. Mais on serait en droit d’attendre que, au moins, ceux qui se pensent comme constituant le « milieu culturel » ou le « milieu intellectuel », etc, n’abandonnent jamais le souci de rétivité, comme point d’honneur de ce qui définit ou devrait définir leur fonction sociale. Alors que le degré d’inféodation, la soif de pouvoir, la quête des honneurs les plus vains, l’opportunisme, le conformisme, le conservatisme, le psittacisme qui conduit à répéter la doxa pour être certain de se faire applaudir…toutes ces attitudes les plus contraires à ce dont devrait s’enorgueillir un intellectuel sont hélas celles qui prospèrent et dominent. Ceux que l’on est amené à rencontrer et à fréquenter dans ces parages sont souvent très loin de correspondre à l’image que l’on s’en était forgée, quand adolescent, étudiant, on rêvait de les côtoyer, d’être l’un d’eux ! Il en est de formidables, de merveilleux. Mais tant d’autres sont détestables (pour rester poli). Souvent, la déception est ruelle, et laisse un goût amer.
préparation d’un porté (veillée uni. d’Artois, oct 2012)
c’est chaud
On se prépare pour Aimer si fort… à St Nazaire suivi de près par le portrait du quartier de la Chesnaie à St Nazaire et la Brique au Prato pour trois représentations. Février et mars sont les mois les plus chauds dans notre calendrier. Comme si nous étions dans l’hémisphère sud. Par delà l’équateur, où l’eau tourne dans l’autre sens en tourbillonnant dans les baignoires et les éviers… Les actions se superposent ; depuis des années on se dit qu’il faut lever le pied, en faire un peu moins mais c’est difficile, parce qu’on est tenté par tout ce qu’on nous propose surtout s’il s’agit d’aller rencontrer des gens, dehors. Hervé ne peut pas venir à la Chesnaie comme nous l’avions prévu, alors Sophia le remplace et sans doute Yasmine, qui habite Nantes et avec qui on avait construit la Veillée du T.U et des quartiers nord de Nantes. On a répondu à un interview cet après-midi au sujet de la Brique au Prato. On a fait la promotion de La Brique. On a dit que, partiellement, c’était drôle mais que « pas seulement », puisqu’il s’agit d’interpréter une brique du bassin minier du Pas de Calais… Après la catastrophe qu’a représenté la fermeture des mines dans la région, se mettre dans la peau d’une brique d’ ici, c’est raconter que vingt ou trente ans plus tard le pays minier n’a toujours pas réussi sa reconstruction, sa conversion et qu’on continue à vivre sur les ruines d’un passé trop glorieux qui nous écrase. On est bien incapable de rivaliser avec ce qui existait avant. Quoiqu’on fasse on a l’impression de ne servir à rien, par rapport à ce qui se faisait à l’époque. Difficile de s’aimer (si) fort dans ces conditions. Unesco ou pas, Louvre-Lens ou pas !
glanées ci et là (dans notre quêtre d’histoires pourle guide émotionneme du Louvre-Lens)
« J’ ai toujours connu la fresque murale de Souchez que nous appelions » la Buée « , en rapport avec mes grand-mères et ma maman qui faisaient la lessive dans des baquets en bois. La fresque a été rénovée par Géraldine Queniart au pistolet à peinture.
Cette fresque située auprès d’une cascade près de la place de la Mairie de Souchez , vous invite à la contemplation en écoutant le ruissellement de l’eau, parfois en compagnie de canards venant s’y désaltérer . »
« Enfant, je regardais souvent depuis ma maison les grandes roues du chevalement dans le ciel de Lievin. C ‘était les molettes du chevalement de la fosse du 3 de Lens à Saint Amé. Je les voyais tourner au grès des postes de travail des mineurs. En circulant dans Avion je suis passé dans la cité de l’ancienne fosse 4 et là aux abords du square Foulon les molettes ont été déposées au sol. HOMMAGE AUX MINEURS. GREVE PATRIOTIQUE MAI – JUIN 1941. Mon rêve d’enfant s’est enfin réalisé, j’ai pu toucher ces molettes en fer. »
« Avant d’aller au gallodrome les coqueleux venaient armer leur coq. Sur leurs ergots ils fixaient une tige de métal longue et très pointue : une arme. Ensuite ils le mettaient devant la glace et si le coq essayait de piquer le miroir, il était « bon à battre ». Il ne fallait pas qu’il voit un autre coq avant le combat; alors, il y en avait partout dans la cour, dans la cave, dans la salle de bains, dans la chambre de mes filles. Après les combats, ils ramenaient les coqs morts et moi je les cuisinais. Les coqueleux restaient tard, jusqu’à l’heure de la retraite( la fermeture) à 2 heures du matin. A 5 heures je les retrouvais assis sur le chassis de la fenêtre, en train de frapper sur le volet en disant : « Réveille-toi ! t’es cor couché sur t’chémiche(t ‘es encore couché sur ta chemise). »
A propos du cinéma Arc-en-ciel de Liévin :
« Le bal,c’était un beau bal, vous savez! Au balcon, c’étaient les mamans qui amenaient leur fille. En bas, la salle avec l’orchestre et en dessous les toilettes.Le bal appartenait à la droguiste et mes parents étaient locataires. Pendant la guerre, il a été réquisionné par les allemands pour héberger les soldats puis les anglais ont fait pareil et en 48 pendant les grêves les CRS ont dormi là .Nous on était aux premières loges.C’était un des plus beaux bals de la région .Quand je l’ai revu, avant qu’il soit démoli, J’ai pleuré. »





