La mixité prolifique

Mourad a dansé autour d’une dame, pour elle toute seule. Alexandre a filmé du haut d’un immeuble de plus de dix étages. Il a pris de la hauteur pour avoir un autre point de vue. Comme on travaille sur la transformation, ça tombe bien. Voir tout le quartier de là-haut, ça permet de mieux se rendre compte du périmètre des choses. De l’évolution, de l’élévation des mentalités. On devrait installer des terrasses sur le toit des immeubles, en faire des terrains pour cultiver toutes les graines que le vent y déposerait. Un chantier d’études pour les gens du quartier et des spécialistes des graines. A Roubaix sur le toit de la Condition Publique poussent des plantes venues d’Asie et d’Australie. Ces graines ont été transportées de toits en toits dans les airs. Grâce au coton. Le coton qui transportait toutes sortes de petites graines, qui ne demandaient qu’à germer, était la matière première qui faisait marcher l’industrie textile omniprésente à Roubaix et Tourcoing jusque dans les années 70-80. On imagine qu’ici à quelques centaines de mètre d’un des plus grands ports industriels d’Europe, à Dunkerque, plein de plantes du bout du monde attendent qu’on s’occupe d’elles sur les toits du quartiers et en particulier ici au Banc Vert. C’est comme ça qu’on recompose des familles de plantes. On voyage, on croise des paysages, des populations. On prend racine ou on continue sur le chemin.

i want to be sedated *

Anecdote. Le tour des clefs. On est revenu pour le repas de midi au collège et on a trouvé porte close. Guy était missionné pour garder les clefs puisqu’il a passé sa matinée à écrire au Q.G, la salle culture du collège. On l’a appelé au téléphone. Il a plaisanté au téléphone (comme d’hab) et puis il est descendu quatre à quatre pour nous ouvrir la grille. Mais il a oublié les clefs dans notre salle. Il s’est retrouvé coincé entre la porte du collège qui s’est refermée toute seule et la grille tandis qu’il nous était impossible de pénétrer dans l’établissement. Faim et soif. On a appelé Mehdi, l’intendant du collège qui nous a sauvés. Il est arrivé en dix minutes à vélo avec un double des clefs.

* »i want to be sedated » est une chanson d’un célèbre groupe punk, Les Ramones.

Promesse de l ‘aube

Dimanche matin.

On splite le groupe des Veilleur.e.s. Deux équipes font du porte à porte dans les immeubles pour récolter des chansons et des citations. Et puis fabrication d’un portrait chinois. Comme on l’a fait aux quatre coins du pays et du monde, la question est de savoir : Si le Banc Vert est un plat cuisiné (est-ce qu’il est forcément végétarien) ? Et ensuite si le Banc Vert est une musique, de quelle musique s’agit-il ? Est-ce qu’il est possible de chanter le Banc Vert ? Est-ce qu’il est possible de rimer le Banc Vert ? D’où vient le nom du Banc Vert ? ( Est ce qu’ Alain Souchon est venu au Banc Vert pour écrire sa chanson quand une femme (du Banc Vert) l’a embrassé (un baiser salé) à Malo ? Qu’est devenue l’Audi de son mari ? ) Et si le Banc Vert était un livre ? Et si le Banc Vert  était un mouvement ? Est-ce que ce serait Extinction-Rebellion ? Et si le Banc-Vert était jumelée avec une ville du bassin minier du Pas-de-Calais ? Est-ce que ce serait Loos en Gohelle ( là où niche Hvdz ) ? Justement, quelles espèces d’oiseaux trouve-t-on au Banc-Vert ? Comment faire en sorte que tout le monde s’investisse sur son quartier ? Si on a une baguette magique, quelle transformation pourrait-on envisager sur le Banc Vert (si c’était nécessaire) ? Comment lutter contre la précarité ? Comment mieux répartir les richesses dans ce pays ? Comme faire pour que l’égalité soit parfaitement et précisément réelle ?

Une autre équipe danse et filme dans les rues du quartier. Sûrement au tunnel ou à la Dordogne et au Limousin.

Tous les binômes sont dans la rue. Tous et toutes proposent des citations parmi des centaines qu’on a glanées au long de nos lectures dont « l’émotion, c’est l’émeute du coeur ».

Tout passe et rien ne s’éfface

Iza, dans le quartier,
C’est Hard, dans la mesure
Où chacun sa merde et dieu pour tous,
Mais bon bref,
Tout passe er rien ne s’efface.
Ici c’est Rude, voir,
Rudimentaire, et
Toute chose vient à point
À qui sait attendre.

Tarik ASD – Quercy – Love.

… Un temps suspendu lors de notre première après-midi dans le quartier du Banc Vert… Dealer de mots…<3

 

« Où on peut me trouver ? Ici. Je suis là de midi à minuit. Je vends des mots. »

Marie D. est sur le Banc Vert

4 septembre 2021, ma première dans les coulisses d’HVDZ. Nous sommes accueillis par Medhi au collège Lucie Aubrac à Dunkerque. Il est beau ce collège, les peintures semblent toutes fraiches, le réfectoire coloré du sol aux chaises et la salle de théâtre avec une vue presque panoramique. Ce sera le Quartier Général de l’équipe d’HVDZ.
Isabelle, Zelda, Martine, Alex, Jean-Louis et Guy sortent leurs instruments de travail : ordinateur, caméra, zoom micro et même une imprimante, sauf Mourad, car lui transporte ses instruments, comme l’escargot sa maison.Après le café, le brief d’Isabelle et de Zelda, on écoute, on se questionne… Il s’agit d’un projet de co-construction du Conseil Local de Santé Mentale avec les habitants du quartier du Banc Vert et du secteur Louis XIV.L’objectif est d’avoir des conversations avec les gens sur les transformations familiales et les changements en général. Ça tombe bien des changements sont prévisibles pour les prochaines décennies et il faudra être résilient, en famille surtout. Qu’en pensez-vous ? Vaste programme, ça tombe bien HVDZ souhaite l’aborder de manière positive et nous laisse nous imaginer utiliser une baguette magique.Après le repas, nous rencontrons Nathalie et Rania, médiatrices du quartier du Banc Vert. Avec un nom pareil, j’appréhende moins la visite du quartier avec ma jambe boiteuse. Je pourrais m’assoir quand j’aurais trop mal sur les bancs verts.
Sandrine Goxe, coordinatrice du CLSM est venue se joindre à nous pour rencontrer les habitants du quartier.
Ces derniers saluent spontanément Nathalie et Rania. Chaque fois, après le « bonjour », elles demandent : « comment va la famille ? la maman ? les enfants ?… ». La famille, c’est important !
Des soeurs d’origine Roumaine, curieuses de notre présence, abordent Rania avec un grand sourire et interrogent notre présence. Nous discutons un petit moment. A la fin de notre tour, des jeunes de 7 à 14 ans nous accueillent et posent face caméra avec un magnifique sourire. Une belle fin  de balade.

avec Rania et Nathalie

Il faisait beau aujourd’hui au Banc Vert. On a fait le tour des rues, on nous a montré les différents blocs, ceux qui sont habités, ceux qui vont être détruits, ceux qui sont tout neufs mais pas bien pratiques. Ici, comme un peu partout, l’ANRU suit sa course, « ça coûte moins cher de détruire que de renover » nous dit-on. Le Banc Vert c’est aussi parfois le Querçy – ou Kercy, du nom d’un des anciens bâtiments qui a été détruit en 2008. C’est aussi plusieurs petits quartiers, des lieux dits qui s’entremêlent : il y a le RDM (la rue du Marais) et le RDF (la rue de la Ferme), il y la Fenaison et Gro Harlem. Le Banc Vert, c’est ce bout de Petite-Synthe : entre la rue de Cahors,  la rue qui porte le nom du quartier (celle qu’on prend pour arriver au collège Lucie Aubrac), l’avenue de la Villette (celles avec les concessionnaires autos, pas très loin du Lidl), et l’avenue de Petite-Synthe, la grosse avenue avec beaucoup de trafic, mais qui t’amène partout.

Au cœur du quartier, on passe de la résidence des Cévennes, à celle de la Dordogne, du Limousin, du Périgord, de la Gascogne, du Languedoc puis à celle de la Creuse et de Gambetta qui sont les deux prochaines à être « abattues ».

Entre les Cévennes et la Dordogne, Rania nous raconte les délogements-relogements suite aux plans d’urbanisation : l’histoire de ce monsieur qui habitait Gambetta qui ne voulait pas en partir parce que ça faisait 30 ans qu’il était là et que ces habitudes aussi étaient là. Il ne voulait pas partir tant qu’on ne lui proposait pas une maison dans le quartier : il n’a pas lâché et a emménagé rue du Cahors. « Il a bien fait ».

Entre le City-Park et l’école Paul Meurisse on rencontre une autre personne qui vit au Limousin depuis 35 ans. Ses parents y habitent encore, ses frères et soeurs aussi. Il en est parti puis est revenu s’y installer avec sa femme et ses enfants. Pour lui, les quartiers ça ne peut pas changer et ça ne changera jamais, parce que peu importe ce qu’il s’y passe. Son constat est dur. Pas un café, pas une boulangerie, pas une presse, par une tireuse, pas une épicerie.

Au pied des Ebènes, on croise une bande, intriguée. On leur raconte ce qu’on fait ici, Isabelle a droit à un poème. On se dit au revoir, on se recroisera.