à l’hôtel d’Amiens

Belle soirée au Safran, à Amiens. La Brique pour un soirée dans la Somme. On a dîné au restaurant Le Duo. Dans l’après-midi, on a répondu aux questions de France 3 Picardie qui a filmé quelques extraits du spectacle. En préparant l’interview, il fut question de la très proche fusion de la Picardie et du Nord-Pas de Calais. On nous a demandé ce que la Brique en pensait. On a dit que vue la conjoncture on aurait dû le faire un peu avant ou un peu plus tard. Puis on nous a demandé, ce que la Brique pensait d’une éventuelle victoire du Front National, dans cette nouvelle grande région aux prochaines élections. On a dit que si tel était le cas, la Brique prendrait un grand coup sur la cafetière, qu’elle le vivrait comme une catastrophe. Et c’est là que France 3 nous dit, Ben ça , on ne va pas le mettre dans le film, vous risquez de ne plus tourner dans la région si le FN arrive au pouvoir dans 15 jours. La Brique assume complétement ses propos. On ne va pas faire comme si on avait déjà perdu toute possibilité de s’exprimer. Le plus inquiétant, c’est que cela semble déjà inscrit dans certains esprits, qui plus est, de journalistes.

La brique à Amiens. Premier décembre 2015 à 19H30.

Demain, le premier décembre, on joue à Amiens, au théâtre du Safran. La dernière fois, c’était il y a dix jours au Sorano, à Toulouse. Une ville toute de briques vêtue. Une brique beaucoup plus claire que celle du bassin minier du Pas de Calais. Une brique rose. Une brique qui a mis ses habits du dimanche. La brique du bassin minier du Pas de Calais est une brique plus sombre, une brique cuite. Elle pèse plus lourd. Elle est difficile à transporter. Elle voyage peu. Elle a été élevée au rang de Patrimoine Mondial de l’Humanité mais elle ne s’en vante pas. Aurélie Fillipetti, elle même fille de mineur du bassin minier lorrain (alors ministre de la culture), avait fait spécialement le déplacement, pour célébrer l’évènement. Elle était venue au stade Bollaert qui avait prêté sa grande salle de réception pour l’occasion. C’était le début de l’été. On avait accès à l’extérieur. On s’était assis, dehors, dans les gradins, devant le stade vide. On s’était rappelé un match qu’on avait vu, il y a très très longtemps, avec mon père et mon frère. C’était Lens contre Sochaux, deux clubs fondés par des ouvriers.

Comme on dit dans le nord, j’ai le coeur qui tourne

Le vent souffle avec violence sur les collines de l’Artois. Quand on pense aux migrants dans leur bidonville, au milieu des dunes de Calais. Quelle horreur ! Dans leur mince abri de tente ou de bâche, comment peut-on laisser faire cela ?  Pourquoi ne pas reconstruire ce qui existait à Sangatte, il y a une dizaine d’années, un vaste hangar où les gens seraient protégés des intempéries. Ce hangar a existé jusqu’à ce que le ministre de l’intérieur de l’époque, N.Sarkozy ne détruise tout. Pourquoi le gouvernement actuel n’impose t il pas qu’on reconstruise des bâtiments similaires pour que les gens puissent se mettre à l’abri, se laver et se faire soigner. Aller vers l’autre, c’est avoir un peu d’égard pour soi même. Aider les gens, être à l’écoute, échanger, protéger, pour éviter que la haine ne s’installe durablement. La haine des autres et de soi. L’auto-destruction. La violence et la guerre.

l’intranquillité

Une journée calme. Pas d’intervention, pas de représentation, pas de Veillée, de Portrait, pas d’Instantanés, pas de transmission, pas de réunion, pas de porte à porte, pas de budget à rédiger ou de dossier à constituer… Cependant, on est très inquiet. Bientôt ce seront les élections régionales et on a très peur pour la région Nord-Pas de Calais-Picardie. A cause du Front National qui est donné gagnant par tous les sondages, à moins d’un sursaut populaire de dernière minute. Comment va-t-on continuer dans ces conditions, si tout tourne mal ? Ne pas s’en aller, rester là, bien sûr. Résister. Aurait-on jamais pu imaginer, dans nos rêves les plus tristes, que cela revienne un jour, que le pouvoir, fut-il régional revienne à des adeptes de la xénophobie, de l’autoritarisme, du nationalisme ?

On est tous les jours sur le gril, tous les jours

Vendredi soir. De retour de la capitale pour plusieurs d’entre nous pendant que d’autres continuent à oeuvrer intensément au bureau. Ou sur le terrain dans les environs de la Base 11/19. A Paris on se prépare pour la Cop 21 qui devait, avant les attentats de Paris, se délocaliser pour un jour ou deux à Loos en Gohelle. Mais, à cause des difficultés de sécurité, tout se déroulera à Paris. On avait prévu une intervention vidéo avec des images projetées sur les murs, le château d’eau et la tour du 19. Des images tirées des Veillées comme les Pas de Porte, ou des images d’une entreprise du nord qui respecte l’environnement à tous les niveaux de la fabrication de ses produits. A Paris, on a continué le travail avec les premières années de l’Esad autour d’impros, des écrits de Nadège P. et de son travail d’enquête et d’écriture avec les migrants à Calais. On va profiter du week-end pour dormir, avant une semaine à nouveau très chargée. A rappeler que la Brique se joue à Amiens-Nord, mardi soir, 1er décembre, au théâtre du Safran.

Troisième jour à l’Esad, à Paris

Passé un bel après midi à l’école supérieure des arts dramatiques, Place Carrée aux Halles de Paris. Avec les étudiants de première année en théâtre et mouvement. Nous sommes trois à coordonner les cours : Nadège Prugnard, écrivaine, Lucien Fradin et Guy Alloucherie. Les étudiants sont énormément sollicités. Certains de leur cours ont lieu à Rosny sous Bois, où ils pratiquent tous les mercredis du cirque. Ils ont des cours de comédie, de chant, de danse, de souffle et musculation. Et très régulièrement des intervenants, tel Hvdz, viennent pour une semaine ou deux, échanger, faire part de  leur expérience et de leur recherche . Aujourd’hui, on a beaucoup parlé de Calais et des migrants. Du travail d’écriture que Nadège P. a entamé, il y a plusieurs mois déjà, au travers de plusieurs résidences. La semaine dernière, elle était dans le camp de migrants de Calais, elle a rencontré des gens de partout et de tous horizons. Elle a engrangé des notes, des sons, des réflexions, des textes. On a mis une partie de cela sur la table aujourd’hui pour que les étudiants  s’en emparent et jouent.

Ceux qui vivent sont ceux qui luttent…

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins (…)
V.Hugo