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Patrick

Patrick est un authentique chti. Le pays des chtis c’est pas à Berguollywood. Bergues c’est les Flandres, les chti c’est à Lens. Patrick porte toujours sur lui un tee-shirt rouge et or à l’effigie du RCL. Aujourd’hui non. Une exception. Le club a été créé par la générale minière. Sur le drapeau il y a une lampe de mineurs et au stade, l’hymne c’est toujours Les corons. On part faire le tour des terrils. Il y en avait 4, il en reste 2. Avec la terre rouge on a fabriqué des briques et des routes. Les terrils qui sont restés ont été classé. On dit « terri », sans l et non « terril » comme disent les parisiens. La banderole du PSG, ça n’est pas passé. Patrick est géographe, fils de mineur, botaniste et supporteur de foot. Il connaît les plantes du coin, le nombre de morts dans les mines (25 000 en 150 ans sans compter les maladies professionnelles), le nom des oiseaux (mésanges grives) le nom des fleurs et des arbres (pavots saules orchidées). Il nous montre des crottes de lapins de garenne, des oiseaux qui passent. La faune et la flore ont trouvé refuge sur les terrils. On se croirait en Equateur. Il y pousse même des orchidées. La terre est chaude par endroit. On pose la main dessus. Coté ubac, le sol fume et dégage une odeur de souffre. Quelques SDF y ont trouvé refuge. Certains en sont morts. Avant les mines il y avait des cultures, une région riche, un passé glorieux avec ses châteaux et ses nobles. Tout a été rasé à la première guerre. Les chiffres. 2 fois et demi le tour de la terre (la longueur des galeries creusées dans le nord pas de calais). 5 ans (l’âge minimum d’embauche des enfants jusqu’à une certaine époque). 20 ans (la durée de vie d’un mineur atteint d’une silicose). Ce qui a réduit l’espérance de vie des mineurs c’est l’arrivée du marteau-piqueur. Au bord du chemin un bloc de charbon. Le baptême était obligatoire pour entrer à la mine. Le concubinage n’était pas toléré et la présence à la messe dominicale obligatoire. Bienvenue en terre protestante. La générale minière était généreuse. Nombreux avantages en nature : toit, couvert et hôpital gratuits, divertissements et charbon offerts. D’en haut on voit les maisons bien rangées en ligne, avec des bouts de jardins, c’est vert, aéré.

de retour

Encore une veillée sur le 11/19. On avait fait celle d’octobre, et on est revenu pour la veillée permanente en novembre. Et on revient encore pour encore une veillée particulière. Il y a treize artistes, des comédiens, qui sont venus de partout pour partager cette veillée là avec nous, qui avaient envie de faire cette expérience là. Et puis il y a Daniel, qui fait du cinéma, et Philippe, qui est scénariste, avec qui on va chercher une façon de retranscrire en fiction le réel des veillées. C’est une veillée pleine d’expériences nouvelles pour tout le monde. Poétique du réel.
On est tous impatient d’aller dans le quartier, rencontrer le gens, faire des interview et des portraits.
Aujourd’hui, pour se rencontrer, on est allé se promener autour de la base, et puis sur les terrils, avec Patrick, de la chaîne des terrils. Patrick connaît le bassin minier sous toutes ses coutures.
On s’est arrêté si souvent, sur chaque petite chose, si bien racontées par Patrick, qu’on est revenus à la base bien fatigués et détrempés.

Dernier après midi de V.P de novembre 2008

Dernier après midi de Veillée Permanente. Première série. On prépare la suite. La suite, c’est les Chantiers Nomades. On termine nos petits livres. Plus compliqués à imprimer qu’on ne pensait. Ce sera prêt pour le mois de décembre. On a vu une dame ce matin qui nous a dit: vous ne m’oublierez pas, n’est ce pas? -je veux mes petits livres. Elle est venue à la veillée du mois d’octobre. Elle nous a fait rentrer chez elle. Ma cour est enclavée nous dit elle et vous comprenez, regardez, tous ces arbres sur le chemin le long de ma maison (c’est Loos en Gohelle de côté là). Toutes ces plantes qui envahissent mon jardin. Ces arbres qui couvrent ma cour. Et ce lierre sur mon toit. Il faudrait élaguer. Ils sont venus il y a quelques années et  depuis plus rien. Elle dit: novembre c’est le moment d’élaguer. J’ai une belle petite maison des mines dit-elle, j’aimerais beaucoup y être bien. Elle dit, je sais bien , vous n’y êtes pour rien mais si vous pouviez en parler,  vous connaissez beaucoup de gens. Ensuite nous sommes allés un peu plus loin. On nous a demandé à quoi correspondaient tous ces travaux sur le site du 11/19. Nous avons dit qu’il y aurait bientôt une belle place avec des pavés, des petits ruisseaux, des plantes.  L’information n’est pas passée auprès des habitants sur ce qui se fait dans leur quartier. Martine du côté de la Place Lorraine a été prise à partie par des gens qui lui ont fait part de leur inquiétude, parce que chaque fois qu’ il y a des travaux près de chez eux, on leur prend un bout de jardin sans les prévenir. Sous prétexte que… tout le monde a des grands jardins.  Sous prétexte que dans le temps les mines faisaient bien ce qu’elles voulaient. On a évolué depuis le temps dit cette dame, on a changé d’époque. On devrait se parler. Croyez pas? Nous sommes des veilleurs, médiateurs, passeurs et tout.

Me et Mr SITA –discussion après veillée

Nous avons parlé de la passion de Mr Sita « prendre des photos des monuments religieux, à cause de la pierre, parce que la pierre raconte l’histoire, comment les hommes ont-ils pu construire ces monuments, leur force de travail. C’est passionnant de chercher à connaître le comment… »
Nous avons parlé des terrils, de cette richesse qu’a donnée l’accumulation de la poussière et tout ce qui pousse sur les terrils, des plantes incroyables et les pommiers.  Les mineurs mangeaient des pommes et jetaient les trognons. Avec le charbon et les scories, les trognons de pommes étaient remontés au jour et c’est comme ça que les premiers pommiers sont arrivés sur les terrils !
Nous avons parlé de la veillée :
Monsieur Sita nous a dit : « Pour moi c’était très intéressant, dans le sens où ça a permis de réunir pas mal de monde, j’étais étonné qu’il y ait autant de monde. Au niveau du contenu,  j’ai regretté que ce soit trop court. Je m’attendais à plus. C’était concentré sur le quartier, je m’attendais à avoir plusieurs chapitres. En parlant des habitants vous auriez pu développer plus la famille, la vie en profondeur, par exemple à l’époque des mineurs, détailler le sujet sur 2 ou 3 générations.
Je suis arrivé en France j’avais 22 ans, mais je vis depuis 10 ans dans le nord. Le raisonnement, la constitution de la famille, comment les gens se débrouillent pour vivre, je trouve des ressemblances avec l’Afrique. J’ai peut-être trop focalisé là dessus. L’idée est là il faut continuer. »
« Je connaissais Culture Commune parce que je travaillais dans l’informatique et je livrais à l’ECM tout ce qui est consommable. Je n’ai jamais eu la curiosité de  m’informer de ce qui se passait là à culture commune. Maintenant je sais pour les activités, les spectacles. »
« Quand je suis sorti j’ai pris une affiche de « ELF la pompe Afrique » je ne pouvais pas m’imaginer qu’on pouvait faire un spectacle là-dessus, ça m’a touché, je viens du Congo Brazzaville, j’ai vécu avec ma femme les événements et cette affiche me rappelle tout ça. »
« C’est très important ce que vous faites, ça eu un impact, c’est du boulot, répéter tourner et retourner dans les rues pour informer les gens, ça a eu de l’impact. En fait il faut bouster les gens. »
« Ce serait bien de réunir tous les gens autour d’une table, je parle de ça parce que je pense à la mixité de population dans le quartier, des cultures différentes et enrichissantes, pour mieux se connaître, pour apprendre, ça pourrait  se faire  sur la Place Lorraine, sur l’herbe ! »
« Comme un « atelier de paroles », que les gens parlent de leur vie, de là d’où ils viennent, de leur culture. »
« J’ai vraiment apprécié la rencontre avant le spectacle, tu croises les gens que tu connais, tu vois le spectacle et après tu revois les gens pour donner tes impressions. C’est important, tu ne viens pas pour consommer et repartir tout de suite. Cet échange là est rare et précieux, c’est la convivialité. »
« J’ai vraiment discuté avec les gens du quartier. »
Madame Sita nous a dit : « J’ai trouvé ça génial, la projection ça m’a fait … ça nous montrait nous, qui on était dans le quartier. »
« On a vu monsieur tout le monde madame tout le monde, on a vu les enfants. C’était pour moi la vision réelle du Pas de Calais, j’ai vu mon quartier, les gens que je fréquentais, le naturel des gens tel qu’ils sont, tel qu’on peut les voir, on leur a pas fait prendre des attitudes qui n’étaient pas eux. Là c’était du concret du réel du spontané du naturel, les gens parlaient comme ils avaient envie de parler. »

Rien ne finit Tout commence

Le 14 et 15 octobre 08 nous avons diffusé le film de la Veillée à la Base 11/19. Le travail continue. Nous inventons de nouvelles actions. Nous écrivons des petits livres sur chacune de nos actions que nous distribuerons gratuitement. Nous demandons aux gens qui ont vu les Veillées de nous en parler. Pour approfondir. Pour aller plus loin. Pour que chacun donne son avis. L’histoire de la Veillée, c’est l’histoire du quartier. Le personnage principal de nos actions c’est le quartier.  Donc nos travaux sont basés sur la rencontre. Aller à la rencontre. Par tous les moyens, photo, vidéo, écritures… Déambuler, errer, marcher. Prendre le temps de la rencontre et du dialogue. L’œuvre est dans la démarche. Ces quelques jours de Veillée permanente précèdent trois semaines de Veillée Formation qui auront lieu début décembre. Au plaisir de vous rencontrer… Les Veillées sont réalisées par la compagnie H.V.D.Z et Culture Commune.

Martine a rencontré  Mme et Mr Depré qui ont assisté au spectacle de la Veillée

Ils nous ont dit:

Nous sommes venus à la dernière séance, j’en ai eu les larmes aux yeux de voir tout ces gens qui passaient. On a vécu avec tous les gens du coron qui travaillaient encore à la fosse. Ma femme a travaillé 20ans comme aide à domicile pour les personnes âgées, elle faisait tout à vélo, elle a entendu toutes les histoires du passé. Sa mère était lampiste au 14, et son père travaillait aux mines.
Avant ici y’avait le train qui passait, le triage, tôt le matin. Tout ça a été démonté en quelques jours, la nuit, par les belges. Ça m’a fait un coup. Plus de voies, plus de traverses, plus rien. Avant on était au 14 et là ça tournait plein pot.
On habitait route de la Bassée dans un coron, on vivait à 13  dans la maison des mines, les parents dormaient dans la cuisine, les 7 filles dans une chambre et les garçons dans l’autre. Sans salle de bain, les toilettes dehors, la cour, la buanderie. Mon père se lavait dans un chaudron, ma mère elle lavait ses cheveux avec son béguin, elle le lavait jusqu’au torse et après on devait sortir. Ils ne voulaient pas se laver à la mine.
Quand mon père rentrait on prenait dans son sac le pain d’alouette.
On allait chercher le flou avec une brouette et des seaux. On a connu les grèves. Mon père s ‘appelait Victor dit « Toto ». Quand il a été très malade, à la mine ils faisaient des quêtes quand on allait chercher la paie tous les 15 jours, y’avait une boîte marquée « Toto ». A la mine y’avait une belle solidarité.
Ici dans le quartier je sais pas si vous avez remarqué mais y’a pas beaucoup d’hommes, y’a beaucoup de veuves. J’aime bien notre cité plutôt que les longs corons comme dans la rue jules Guesde. Ici c’est tranquille. On est bien.
Pour la veillée, c’est la première fois qu’on allait à Culture commune, on recevait des prospectus mais bon. C’est ma fille qui a réservé 6 places. Elle est institutrice à Pasteur. Les danses c’étaient bien, pendant que les gens étaient sur le pas de leurs portes, on les reconnaissait, les dialogues aussi c’était bien.
On est bien là dans le quartier, on est tranquille. Bon c’est vrai il ya beaucoup de chômage et les jeunes n’ont plus de repères, plus de but. On « descend », le travail, l’argent, tout ça, c’est dur maintenant, pour tout le monde.