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hier, et aujourd'hui

Hier sur le marché. On demande aux gens de choisir une citation imprimée, et de poser devant la caméra avec. Il y a celle qui choisit « il pleut sur la ville comme il pleut dans mon cœur » et qui la montre sous un soleil écrasant.
Il y a du soleil et beaucoup de couleurs sur les étals.
Le placier vient nous voir à la fin du marché, il demande si on a une autorisation. On se demande s’il veut q’on paye notre place.

« il faut mettre le mode contact, dit Guy, une fois qu’il est enclenché, ça va, ça marche ».

Etrangement, c’est toujours difficile d’enclencher, pourtant quand c’est fait, quand on a commencé, ça va tout seul. Ca a l’avantage que l’accueil des gens qu’on rencontre reste toujours une surprise.
La première porte du porte à porte.
Je vais d’abord aller afficher les citation pour m’approprier le quartier.

Affichage et tracts.
Un éducateur qui connaît bien culture commune dit à un jeune qui est là « tu ferais mieux d’aller avec eux, voir ce qu’ils font » il répond « oui, mais je peux pas, demain, j’ai le bac ».

Il y avait un gros rottweiler dans un jardin qui sautait sur le grillage en aboyant, et contre le grillage du jardin d’en face, trois petits enfants qui regardaient le rottweiler.

aujourd’hui.
Ils dansent au collège. Il y a plein de remarques plutôt positives et bien sûr aussi le « moi aussi je peux le faire ». Ca sent la fin de l’année, les vacances toutes proches, juste après le brevet. Je me dis que si on revient en septembre ils se souviendront avec nostalgie de quand on est passé avant les vacances.
Puis devant l’école primaire, à la sortie. Les mamans sont souriantes, les enfants sont curieux. Y’a un petit garçon qui s’intéresse beaucoup à la caméra, il regarde enfin le danseurs et crie « ils font des tourbillons ». Il y a une petite fille qui tangue un peu, esquisse un mouvement ou deux, en regardant l’adage. Empathie.

Dans la pelouse de HLM des provinces. Un monsieur a étendu à sa fenêtre un drap imprimé Mondrian.

flora

Vendredi retour du collège

A peine arrivés, à peine chauds, les acrobates ont investi la cour. Accueil enthousiaste. Tout le collège était dehors. On a dit qu’on reviendrait au collège à la fin du mois de septembre avant la présentation de la Veillée à la salle des fêtes.Il faut être à la salle Europa pour midi. On nous y amène les repas à midi.

On n’a pas fait nos actions « Antigone » et « Godot ». Mais, on reviendra.
Nos installations littéraires ont été abandonnées sur des veillée précédentes (une table, deux chaises, des livres, un(e) acteur(rice) sur un trottoir, au pied d’un immeuble ou au bord d’un terrain de foot).

Un artiste, qu’est ce que c’est être un artiste? Qu’est ce que vous faîte? Vous pourriez nous dire ce que vous faîtes? Quel rapport avec la culture? Qu’est ce que c’est la culture? Qu’est ce qu’il y a de culturel chez vous? Flora a fait du porte à porte, posé des questions, filmé des objets. Chez les gens. Pour l’inventaire des objets choisis qu’elle rédige comme une litanie. Ce sera lu à a Veillée.

Ce matin au collège un jeune homme avant même l’ intervention des acrobates me dit: ce que font les acrobates, je peux le faire. Et puis il les regarde et me dit: euh .. ça non!

La venue des danseurs et des acrobates

Jeudi et vendredi toute la compagnie envahit le quartier où nous interviendrons à la croisée de toutes les rues. Sur les places. On interviendra bien évidemment Place Centrale. Il a tellement plu ces derniers jours que les nuages se reflètent sur les terrains de pétanque. Camille, Dorothée, Mathilde, Fred, Alex vont danser et faire de l’acrobatie au collège L. BLum à dix heures du matin et partout ailleurs dans le quartier. Comme ça dans la ville, sans prévenir. A l’improviste.
Créer l’évènement. Se demander si on a vu ou pas vu.
Une dame nous a proposé de danser dans son jardin. Au milieu des fleurs. On a hâte…
On ira dessous le pont aux grafs.
On ira à la sortie du supermarché.
On ira dans plein d’endroits…
Mais faut pas non plus fatiguer trop tout le monde. Alors faudra bien à un moment ou un autre se faire discret… Se préserver pour vendredi. Sans compter qu’on a aussi des rendez vous. Des discussions-découvertes à faire.
On s’est quitté ce soir. Après avoir visionné quelques images de la journée et s’être fait quelques frayeurs puisqu’on a cru qu’on avait foiré un super tournage. Qu’on n’avait plus qu’à jeter les images. Ouf! c’était qu’un problème de calibrage…
Tous quitté Wingles alors que Jérémie fonçait aux répétitions du groupe Hip Hop. A 20h.

mercredi 20 06 07 en fin d'après midi

On est à l’oeuvre. L’oeuvre est dans la démarche. Marcher c’est créer. Déambuler. Porte à porte. On commence à être connu dans le quartier. On a fait quelques incursions dans le centre ville. On a vu une dame qui a participé aux ateliers théâtre de Culture Commune à Wingles. Pendant plusieurs années. Avait le trac. Aurait aimé continuer. En troupe amateur.
Notre base est la salle Europa. Tout part et tout revient à la salle Europa.
Nous manquait des tracts, des invitations pour dire et redire qu’on présentera la Veillée le dimanche 7 oct. 07 à 16H et 19H à la salle G. Berthes de Wingles. Que tout le monde est invité. On en a fait venir de Loos en Gohelle où nous sommes installés sur le site de la Base 11/19.
Demain, c’est la fête de la musique et on a décidé qu’on prolongerait dans la soirée. A Wingles.
Histoire de faire et refaire le tour du quartier. Passer d’un groupe à un autre. Récolter des témoignages. Des histoires.
Flora qui rédige des textes pour la Veillée se demande:
-dire mobylette ça fait obsolète? On dit scooter?
-C’est pas pareil. Sur une mobylette, il y a des pédales, dit Jérémie
-Sur un scooter il y a un cric, dit elle
-un kick pas un cric, dit il
Elle dit: – Bon allez j’écris « bécane »

On a rencontré un type à Wingles absolument extraordinaire.

On a rencontré un type, à Wingles absolument extraordinaire.
Il ne veut sortir que le soir ou la nuit.
Il dit ne plus supporter la clarté du jour, à cause de ses yeux malades et connaître une partie du dictionnaire par cœur. Il entretient sa mémoire dit-il, il se souvient de tout dit-il.
Je peux décrire la mine comme si nous y étions et mon bateau aussi.
Il était dans la marine marchande, du côté de Lorient, il est tombé amoureux d’une wingloise qui était déjà mariée.
Elle est morte depuis quelques années. Il a toujours vécu seul. Il dit qu’il croit aux esprits, qu’il ne sait plus lui-même si il est vivant et qu’après tout il s’en moque.
Il est sûr de nous connaître, il a dit qu’il viendrait nous voir à la veillée. Quand on lui a demandé son nom, il nous a dit appelez moi comme vous voulez, ou ne m’appelez pas.
Je viendrai à la veillée. Il dit avoir été professeur de philosophie et puis avoir tout lâcher pour connaître la profession d’ouvrier. Il dit qu’il est content d’avoir connu la vie qu’il a connue, qu’au fond il aura fait ce qu’il voulait et qu’il ne regrette rien.
Il dit aimer Wingles par dessus tout. Il dit avoir eu plusieurs vies.
Il a connu mes parents, mon père à la mine et il dit qu’ils s’étaient parlés, qu’ils avaient joué au football ensemble à Ferfay, que mon père était gardien de but.
Il est arrivé à Wingles un peu après la guerre, il a été résistant, il se souvient qu’à Auchel après la guerre, ils ont tué le commissaire d’Auchel parce qu’il a collaboré avec les nazis et il livrait les communistes aux allemands.
Il n’aurait pas d’âge. Il serait né en Algérie. Il a dit qu’il était pressé, que c’était bien ce qu’on faisait, et qu’on se reverrait. Il a ajouté, l’amour est plus juste que la justice et il est plus vrai que la vérité.