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le député maire

Ce matin, on a interviewé Jacky, le patron du petit tonneau. Celui qui nous avait déjà débarbouillé avec des petits verres de chardonnay à 10h du matin.

Pour l’interview, à 9h30, ils nous avait préparé un député-maire. C’est une boisson de son invention. L’ancien député-maire de St Nazaire s’appelait Blanchot. De Blanchot à Blanc chaud… ça ressemble à un thé citron, c’est du blanc chauffé avec un peu de Cointreau, de la cannelle, de l’orange, et une tranche de citron. Ça se boit sans mal, ça rend joyeux. En partant, on a dit « merci pour le thé ! » et Jacky nous a fait un clin d’œil.

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L’interview avec Jacky est chouette, c’est Jacky et son bistrot, et ses habitués. Les quelques uns qui sont là participent aussi, disent leur avis sur les commerces, sur les chantiers, sur le quartier.

Marco

On a rencontré Marco aux petits tonneaux. On était passé après le marché. On parlait, avec des habitués, du rachat des chantiers par les coréens. La nouvelle du jour. La nouvelle qui fait peur, encore une fois. On a dit pour rassurer « le savoir faire de St Nazaire est reconnu, ça s’efface pas comme ça… » et il y a Marco qui a dit « le savoir faire ils s’en foutent ». Alors on a parlé de ça, et du reste, des chantiers, de la vie associative. Marco est soudeur tuyauteur aux chantiers. Intérimaire. Il a une formation d’ouvrier qualifié, il a envoyé plein de CV, mais il n’a jamais eu de poste à sa qualification, juste ouvrier, toujours des emplois précaires. « Celui là, c’est le dernier contrat, je finis celui là et je vais travailler ailleurs. » Forcément, il est en colère quand il voit dans le journal les responsables du chantier qui se plaignent de ne pas trouver du personnel qualifié. « ils se plaignent aux médias pour justifier le fait qu’ils font venir des Polonais, des Indiens, qu’ils payent une misère ». Et puis les conditions de travail aux chantiers sont trop dangereuses. Marco me dit : « il y a des contrôleurs de sécu – on les appelle les barrettes, à cause d’une barrette de couleur sur leur bleu de travail – Donc, il y a des barrettes sur le pont des bateaux, là où on les voit bien, mais jamais à fond de cale. Pourtant, du danger, il y en a au fond, quand on est quatre soudeurs dans une même pièce de 6m2, qu’il y a de la fumée et des étincelles partout… hier j’ai failli mourir, un tuyau qui est tombé, de tout en haut, à cause d’une panne de courant. Le courant saute tout le temps, et quand on est à fond de cale, c’est dangereux. Ils nous mettent des amendes si on ne met pas de lunettes de protection sur le pont, mais les vrais problèmes de sécu, ils s’en occupent pas.» Marco me dit qu’il va voir à la raffinerie s’il n’y a pas du travail. Ca pourra être que mieux.

Marco, le reste du temps, il est dans des assos. Il fait la scéno pour des spectacles de théâtre amateur, avec la Cie Bénékiri. Il organise des fêtes dans son village. Et puis, avec Music-land, à Béné, il organise des concerts et aide des groupes locaux.

Jeudi matin de la première semaine à Méan Penhoët

On est à nouveau retourné Au petit Tonneau ce matin et on a vu aussi les directeurs (trices) de l’école et de l’IME du quartier. On est toujours accueilli aussi généreusement. Ce soir arrivent les danseurs. Demain c’est une journée bien pleine qui s’annonce. Comme celle ci d’ailleurs. Les camarades sont à la Sides(usines de fabrication de camions de pompiers) pour une visite et quelques discussions et tout à l’heure nous serons à Airbus. Ce matin pour venir de l’hôtel du Dauphin jusqu’à Méan Penhouët on s’est trompé de route. On est tombé sur le Fanal par hasard. Jérémie a pris des photos de la mer au milieu de la nuit. Ce midi arrive Blandine qui fait un film sur la Veillée. Didier nous rejoint en début de soirée.
Toute cette activité industrielle, toute cette vie du quartier… on se dit que ça devait être comme ça dans le bassin minier du Pas de Calais d’où on vient quand il y avait du travail pour tout le monde. Cela dit les choses ont changé et on ne se sent nulle part à l’abri de rien. On se disait ce matin pour le bien être de l’économie et du profit on n’hésite pas à mettre des gens à la rue. Cette société marche bien sur la tête. L’économie est au service de l’économie et se moque du bien-être des gens. Elle les maintient dans la peur constante de ne pas s’en sortir ou de ce qui va arriver.
A la fin de chacun de nos entretiens on demande aux gens de bien vouloir nous dire à la caméra une citation parmi plusieurs pages de citations qu’on leur propose. Un type nous a dit, j’aurais bien pris celle là mais elle est trop pessimiste tout de même « Nous sommes entrés dans le royaume de l’incurable inquiétude », alors il a dit la phrase de Nietzsche « Débarassé du poids du passé et des illusions de l’avenir, vivre dans l’éternité du présent ».

Jour de marché couvert

Les portraits qu’on a faits sur le marché sont magnifiques. Je ne m’en lasse jamais, dit Jérémie.

Sylvette du Fanal a rencontré au café, où on est allé boire un verre, après le marché, un ami du temps où elle allait en colonies de vacances. Le patron du bistrot.

On a fait des citations sur la dalle du marché couvert. Au cours de nos conversations on a appris qu’AKER YARDS a été racheté par des actionnaires coréens. Les chantiers navals appartiennent donc en majorité aux actionnaires coréens. C’est une annonce qui ne passe pas inaperçue et c’est le moins qu’on puisse dire. Les ouvriers se demandent bien ce qui va leur arriver. Les nouveaux systêmes économiques ultralibéraux maintiennent les travailleurs dans la peur des lendemains qui déchantent….

On est revenu à la maison de quartier et on écoute Radiohead…