Un après-midi avec les enfants

Les enfants sont toujours contents de pousser les tables, si possible en faisant du bruit. Ils sont contents aussi quand Didier leur donne une baguette magique, ça leur permet de changer des choses à La Sentinelle : il font des travaux à La Poste et ils transforment tout le monde en éléphants et il accrochent un drapeau sur l’église. Les enfants sont aussi toujours contents quand il s’agit de taper sur la table avec le poing et de hausser la voix et même de crier Le Vaucluse, mais qui te parle du Vaucluse, j’ai coulé toute mon existence ICI, ICI, ICI J’TE DIS. Les enfants regardent le dessin de Marie et chuchotent, Oua, regarde, c’est toi qu’elle dessine.
À la récré pendant que Mourad danse et que les enfants dansent autour de lui, Didier et Marie parlent de ce moment au théâtre où le texte te rentre dedans, où le mot fait écho en toi. Comme par exemple quand Didi dit Tu es difficile à vivre, Gogo. Ce moment-là du texte de Samuel Beckett est toujours suivi d’un flou un peu vague, d’un silence dans lequel on voit passer sur le visage des enfants un air de déjà-vécu.

Nos petits reflets

On est allés à l’école. Mourad nous a dit ça vous arrive jamais de chercher qui vous seriez, vous, dans les écoles? Lui, il s’était déjà trouvé. On a cherché et trouvé Guy A, Marie B et Didier C. On a cherché Jérémie un moment, mais on a dû rentrer avec les enfants et on a pas eu le temps de finir notre jeu.

le club de couture

On y est arrivé vers 14h15. Toutes les personnes du club n’étaient pas là mais beaucoup de monde cousait, brodait, tricotait. On coud pour soi et on coud pour le club, pour le marché de Noël qu’il faut préparer très à l’avance. On vient au club pour se détendre et travailler dans une bonne ambiance. Les personnes sont ravies de se retrouver là toutes les semaines. J’attends le lundi avec impatience, nous dit une dame. Cela fait trente ans que je viens au groupe de couture, nous dit cette autre. Le club existe depuis trente trois ans. On a fait le jeu des citations où l’on propose des pages et des pages de citations de mille auteurs différents. Chacun, chacunE choisit une phrase et la dit à la caméra. Par exemple, il faut faire semblant d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple, de Jacques Prévert. La personne qui a jouée cette citation à la caméra, nous a demandé si c’était bien de faire semblant d’être heureux. Je ne sais pas jouer le bonheur. Chez moi, c’est spontané, c’est une émotion que je ne contrôle pas. Le bonheur est quelque chose de fragile qu’il m’est impossible de donner à ressentir si je ne le sens pas au fond de moi même. Tout en cousant, tout en brodant, on a parlé de la joie et de la tristesse. Des épreuves qu’on traverse, des trous noirs où l’on dégringole, d’où l’on remonte, amoindrie ou renforcée. Et de la force du vouloir. Avant qu’on ne quitte le club de couture, on a fêté l’anniversaire d’une des dames, qui a quatre vingts ans aujourd’hui. On a chanté, bu du café et mangé des rochers de chocolat et des gâteaux.

p1000774.jpg

À la maison des associations

Aujourd’hui Madame Dufour a mis un chemisier blanc.
Tous les lundis, elle se réunit avec un groupe de personnes, hommes et femmes de tous âges en quête de mieux vivre. Ils sont assis autour de longues tables, mises bout à bout en carré. Aujourd’hui la discussion tourne autour des plantes bienfaisantes, des épices qui remplacent le sel, du chocolat qui fait maigrir. On fait des allers-retours entre le macrocosme et le microcosme. On parle du vide de rate et de l’excès de CO2, de la vibration des arbres et des bienfaits du chanvre. Chacun partage son savoir. Puis, Madame Dufour propose un temps de méditation suivi d’exercices d’acupression (une technique de massage qui utilise la pression des doigts).