chaises musicales

Ce matin ça part dans tous les sens. On fait tout à la fois, faut essayer de se souvenir de tout, tout en faisant autre chose. Pas évident du tout, mais ça a quelque chose de vivant qui manquait sur la fin du dernier filage. Par moment ça va tellement dans tout les sens qu’on ne sait pas si on doit marquer ou jouer vraiment. Guy dit c’est un charivari, et c’est bien comme ça. Faudra quand même caler un peu les choses, mais le ton y est. On s’est dit que le dernier bloc de textes devait être vivant alors Howard a proposé qu’on joue, danse, avec les chaises. Un jeu de chaises musicales.

est-ce que ça agit ?

L’autre soir, on est allé voir un spectacle, un spectacle de cirque excellent. Magnifique scénographie et esthétique très travaillée, acrobates hors-pair, costumes très réussis, très belles chorégraphies et danses, et tout. En sortant, on s’est rendu compte qu’on partageait cet étrange sentiment : oui, magnifique… mais, et après ? qu’est-ce que ça dit ? qu’est-ce que ça changera dans le monde ? dans la vie ? dans la société ? qu’est-ce que ça raconte ? est-ce que ça agit ?
On est dans un bain de critique des paillettes du spectacle depuis ce stage avec le Pavé et ça nous rend un peu mauvais public. Oui, mais après… ? On a ri de partager ce sentiment, parce qu’on connaît ce monde du spectacle, qu’on y évolue tous depuis des années et que voilà que devant un magnifique spectacle, on doute…

jamais nous n'avons autant bouffé de culture

Le grand dégoût culturel / Alain Brossat

L’évidence ne s’impose-t-elle pas, même à l’examen le plus superficiel : jamais nous n’avons vécu dans un monde peuplé d’autant de biens culturels, jamais les modes de promotion de la culture sous toutes ses formes n’ont été plus prospères, jamais les industries culturelles ne se sont mieux portées, jamais la circulation de la denrée culturelle n’a été aussi intense ? Bref, pour paraphraser Walter Benjamin, jamais nous n’avons autant bouffé de culture, et ceci quelle que soit notre position dans la société. Même les sdf, les clochards qui campent dans le métro et vivent dans les rues ont droit, soit dit sans cynisme aucun, a leur réglementaire ration culturelle quotidienne : musique d’ambiance, journaux gratuits, images publicitaires, écrans de télé omniprésents, etc.

Majorettes Atomics

Filage. Ça marche. C’est pas encore fluide mais ça marche. Faut encore réajuster. A l’oreillette c’est quelque chose, on fait encore des dérapages. On a ajouté des anecdotes de savoir chaud qui renvoie aux savoirs froid de chacun. Celle de l’homme qui disait que l’art contemporain, c’est vraiment nous prendre pour des cons, hein, et puis l’histoire de la fois où les danseurs, de nuit, ont dansé dans un lieu magnifique, industriel friche et que c’est au cours de la douce danse de l’adage qu’ils se sont rendu compte que le sol était recouvert d’excréments et qu’ils étaient en train de danser dans un lieu qui servait de toilettes aux gitans qui vivaient juste à côté. Et puis l’anecdote des majorettes les atomics, qui nous ont inspiré le titre du spectacle, qui faisaient du drapeau et du fusil.
Il est déjà 13h30 et on va aller manger, et puis c’est le week-end. On se retrouve lundi pour la dernière ligne droite la dernière semaine.

toute la journée à discuter

On a passé quasiment toute la journée à discuter. Les danseurs ont dansé ce matin et nous ont rejoints cet après-midi. On a parlé des conditions de travail dans les sphères culturelles, de ce qu’on accepte et à quel moment on refuse les conséquences de ce métier-passion. Didier nous a lu encore des morceaux du livre de Brossat, Le grand dégoût culturel, qui souligne la différence entre art et culture. Et puis on a parlé aussi, suite à la lecture d’un extrait, de la prolifération des images qui remplacent le militantisme, le politique, mais aussi la foi, le religieux. On a ressorti les documents qu’Annaïg et Anthony, du Pavé, nous avait donnés. En fait, c’est mieux que ça. On se disait qu’il fallait sortir ces documents, on était en train de se dire ça et Olivier est rentré à ce moment là et il avait les documents à la main. Par un hasard incroyable.
On a encore fait pépites et râteaux et, entre autre, parlé du handicap, des handicaps, et des attitudes variées, parfois surprenantes, parfois cruelles, de nos sociétés, face aux handicaps. On a parlé aussi de la méthode Alinski, de la division du travail, en général et entre nous en particulier. On a parlé des partis politique et de l’engagement politique. On a parlé de ce que c’est qu’être artiste, de quel travail pour quel salaire, travail lié, travail libre, travail subordonné. On a parlé du travail de l’ouvrier comparé au travail de l’artiste.
Didier dit : j’ai la tête farcie. Nous aussi, on est farcis mais aussi contents de prendre le temps autour d’une table, une grande tablée, tous ensemble, à parler du ressenti de chacun, de l’engagement propre à chacun au sein des veillées. Ces moments là sont précieux et on se demande comment pourquoi on avait attendu si longtemps pour les mettre en place.