On va mettre quoi ?

Frantz a beaucoup bossé. La salle deux prend forme. La forme d’une petite salle de spectacle conviviale. On y a encore des tas d’affaires et il faudra prendre du temps pour tout ça. Et puis aussi pour ré-enregistrer les textes du bloc 1 chœur des veilleurs – ça va trop vite, faut ralentir, mais avec toujours la pêche -, et mettre au point les passages de micros et oreillettes, qui prend quoi quand, et tout. Retrouver l’énergie qu’on pouvait avoir en décembre, mais là c’est la reprise, premier des derniers filages, alors ce sera mieux demain. On a pris nos marques. Marques au sol pour les déplacements de l’écran, la table, le micro. Il y a une grande lampe qui descend et monte au plafond. Le plafond où il y a les poulies des mineurs, pour monter et descendre les tenues, avant, après le travail. On se demande quels costumes on va mettre. Non pas qu’il s’agisse de costumes, non, mais quand même, vêtements de ville, on va mettre quoi ?

cennes-monestier

On s’est tous retrouvé à Culture Commune ce matin. Direct dans le feu de l’action. Déjà les danseurs font l’adage, sous l’œil avisé de Howard. C’est difficile de fignoler sans un regard extérieur, et la présence de Howard est précieuse. Il a eu le temps, depuis la résidence de décembre, de retourner à l’Ecole de Cirque de Montréal, où il travaille, et puis aussi de partir un peu en vacances, comme nous tous, en famille et amis, pour les fêtes. Et puis revenir de Montréal, de Cennes-Monestier, de Tremblay-en-France, de Saint Agil, de Lille, de Belgique et tout. Et se retrouver dans la salle deux, avec plaisir et, à vrai dire, un sentiment d’urgence qui commence à poindre, comme un petit début de trac de la dernière ligne droite. On joue lundi les Atomics, c’est pas rien, dans cette petite salle deux, intime, en face à face avec un public qu’on est curieux et impatients de découvrir.

peau de chagrin

Les Atomics, c’est dans huit jours. On va mettre les bouchées doubles cette semaine pour bien accueillir le public dès dimanche soir. Dimanche prochain on fera une petite générale. Cette semaine semaine on va rappeler les gens dans les quartiers du bassin minier où on a fait des Veillées et les professionnels de partout. Mettre toutes les chances de notre côté pour que le travail qu’on a fait soit vu. Les Atomics, Phase 1. Forme de laboratoire avancée. Des comédiens, des acrobates, des danseurs, des plasticiens. Tout ça a démarré a l’initiative de Culture Commune. Et puis maintenant il va y avoir le Louvre à Lens. Au milieu des cités ouvrières. Dans les cités, dans les corons, on n’allait jamais au musée. On a toujours cru qu’on n’y comprendrait jamais rien et que de toute façon ça n’était pas fait pour nous intéresser. Parfois ma mère me disait attention, l’école ça pourrait te mettre des idées dans la tête qui ne sont pas pour toi. C’est ce que je dis en introduction au spectacle. Quand je viens pour la première fois au micro. Si on garde les choses en l’état. Si on ne décide pas dans les quelques jours de répétition qu’il nous reste de tout changer. Howard, le chorégraphe revient dès mercredi. Et tout l’équipe sera à pied d’oeuvre  jeudi matin. On répète jeudi, vendredi et dimanche. Pas samedi parce qu’on n’a pas le droit de travailler plus de six jours de suite. C’est la loi. Parce qu’on joue du lundi au vendredi. Cinq jours plus dimanche la répétition et la générale. On n’a pas le droit de faire travailler davantage les salariés. Quand on pense aux droits des travailleurs qu’on réduit comme peau de chagrin, on peut respecter ça tout de même. Sinon c’est indécent. C’est pas parce qu’on fait de l’art qu’on peut se croire tout permis. Sous prétexte qu’on fait de l’art. On vit dans un système où tous les prétextes, tous les chantages, toutes les culpabilités sont utilisés pour exploiter les travailleurs. On n’a plus peur de rien. Les manifestations énormes de cet automne n’ont rien changer à la réforme des retraites. Dès lors, tout est possible. Les gens ne sont pas entendus. Et se sentent méprisé et impuissants. On leur dit que tout est de leur faute. Ou que c’est la fatalité, la mondialisation ou les trente cinq heures… C’est à se demander quel tour ça va prendre. Tout ça. Avant hier la veillée d’Hénin Beaumont a été confirmée.

2011 et d'utopie, toujours

On se retrouve tous en janvier pour les dernières répétitions avant d’enchaîner dix représentations intimistes, pour une trentaine de personnes, dans la petite salle deux. Notre salle à nous. Des représentations ponctuations dans notre itinéraire de veilleurs. On va faire un point, une virgule, et retourner très vite en Instantanés, en Veillées, en Portraits de village. 2011 sera bien remplie et grâce à cette création, grâce au stage avec le Pavé, on repart regonflés à bloc de plein d’envies et de nouveautés, de plein de force nouvelle, et d’utopie, toujours.

farces attrapes et cotillons

On est repartis chacun chez soi sous la neige et dans la tempête. On a chacun bravé les éléments pour arriver chez soi. Les deux derniers filages se sont bien passés, même le dernier malgré la fatigue, on a un peu dérapé sur les textes, on a ri aussi de problèmes techniques hilarants (oreillette – micro et vice et versa). A Midi, il y avait le repas de noël de Culture Commune. Chacun fait un cadeau et ils sont redistribués aléatoirement. Charlotte a offert une paire de lunettes vertes phosphorescentes à Chantal. Marie a offert une corde à sauter à Emmanuel, Olivier à offert deux petits acrobates aimantés à Didier, et Olivier a reçu de Dorothée un nœud papillon bleu turquoise et des faux cils argentés. Et un coussin péteur. On a encore bien ri. C’était un repas agréable et on a enchaîné direct sur le filage. Frantz a bien avancé sur les lumières. Il travail si vite. Il a fait toutes sortes d’essais. Ça commence à être vraiment bien. Et puis Jean Pierre nous aide pour le son. Précieuse aide. Quand on est sorti le soir, c’était la tempête. La neige partout. Tout blanc. Et du verglas. Lens patinoire. Charlotte et Flora ont dormi à l’hôtel espace Bollaert, parce que c’était impossible d’aller plus loin. C’est juste en face du Sportiffarces attrapes et cotillons – où elles avaient acheté les cadeaux de noël.