bénédiction

J’ai fait le même parcours hier qu’avant hier. A pied. Peut-être qu’aujourd’hui je referai la même chose. On pourrait proposer la radio locale associative à la ville de Loos en Gohelle qui voudrait qu’on retravaille ensemble la saison prochaine. En plus des photos des pas de porte de voisins dans toute la ville. Et des collectes de témoignages. Au delà de toutes nos explorations, provoquer des nouvelles activités artistiques participatives. Faut qu’on essaie de mettre ça en place avec les camarades VeilleurEs. On a eu du brouillard toute la journée. A nouveau hier matin un défilé ininterrompu de motards qui se rendaient à Béthune et à Gonnehem. A Gonnehem pour la grande bénédiction des motards qui a lieu tous les ans, le troisième dimanche de mai. Et à Béthune pour faire le tour de la ville. Démonstration de force et de solidarité.  La ville est bloquée toute la journée et fourmille de dizaines de milliers de motards. On n’entend plus qu’un vaste vrombissement. La ville devient un énorme bruit de motos. Un long serpent métallique. Ça rappelle M. Gaudin  qu’on avait rencontré l’année dernière à Rebreuve Ranchicourt. Dans le cadre du Portrait de Rebreuve et de Fresnicourt. A 89 ans il nous parlait de sa passion pour la moto et la liberté des kilomètres avalés tout au long de sa vie. Il n’aimait que les japonaises. Les américaines c’est pour la frime, nous disait-il. Il avait gagné l’un des premiers Bol d’Or dans les années cinquante sur une moto qu’il avait fabriquée lui-même. A Bruay je passe par l’ancienne gare et devant un célèbre (au niveau du département) magasin de grosses motos. Un rendez vous d’aficionados.  Hier encore, le magasin était fermé mais quelques types en cuir et une fille et leurs engins stationnaient devant la boutique. La spécialité de la maison, c’est les Triumph. Des anglaises.

Et on a rejoint le quartier de l'ancienne gare de Bruay

On va créer une radio locale associative. Comme une nouvelle déclinaison des Veillées. On pourrait même en créer plusieurs. Comme ça on pourrait faire un bout de Veillée qui ne s’arrête jamais. Et puis une publication dont pourrait se charger notre présidente, Nathalie. Hier on est passé à l’angle de la rue des Fauvettes à Bruay Labuissière. Et on a rejoint le quartier de l’ancienne gare de Bruay. C’est complètement en chantier. Pour rejoindre la rue Roger Salengro il faut passer par un large chemin de terre au milieu des travaux. Qu’empruntent les voitures qui projettent des nuages de poussière. On a pensé à Accatone de Pasolini. Bruay Labuissière est particulièrement pasolilienne. Beaucoup plus que Liévin ou Lens. Au deuxième tour des élections à Hénin Beaumont Jean Luc Mélenchon est donné largement en tête. C’est rassurant. En terme de publication  on a deux journaux en route. Qu’on va distribuer à Hinges, Locon et Maisnil, Ruitz et Houchin. Qui reprennent les textes du blog des Portraits de tous ces villages. Je crois que ça n’était pas un bonne idée de laisser tant de temps à La Brique. Où alors je me fixe un délai précis pour le faire et je m’y tiens. Au Conseil d’administration de mercredi dernier on a évoqué la fabrication de La Brique et de Les Briques. On dirait qu’il y a un frein qui bloque, qu’on aurait trop serré. Quand j’ habitais à Ferfay, j’allais très peu à Bruay. Qu’on appelait encore Bruay en Artois à l’époque.

oft denk'ich

Je suis allé marcher du côté de la porte nord aux confins de Bruay Labuisière. Je laisse ma voiture sur le parking de Toy’s are us du côté du magasin de fleurs. Pas loin du Bowling. Puis je rejoins Gosnay à pied par le Vasco et la grande chartreuse. Il se met à pleuvoir légèrement quand j’ arrive au centre de Gosnay. Tous les ans à Gosnay en septembre a lieu une création participative. De spectacles vivants. L’année dernière on a pu voir le travail de Komplex Kapharnaum qui a travaillé sur le cercle de famille. Des grandes images projetées sur les murs du village et des histoires de famille (gonaysiennes) qui s’écrivaient sous nos yeux. Puis une balade dans la nuit sur les hauteurs de Gosnay qui mènent à l’autre chartreuse, en friche depuis des lustres. Lieu de fouilles d’archéologues de tous poils. La ballade était mise en scène comme une remontée dans le temps. Le temps des familles. Avec des équipements vidéos sophistiqués, les artistes de Komplex faisaient apparaître sur des cadres tenus par des jeunes gens, tout de blanc vêtus (des anges ?) des ombres, des visages, des formes, des personnes d’avant. Des disparus.  On avait l’impression d’assister à une procession. Une manière de convoquer ceux qui sont partis. Oft denk’ich, sie sind nur ausgegangen. Bald werden sie wieder nach Hause gelangen. Der Tag ist shön, o sei nicht bang. Sie machen nur einen weiten Gang. Souvent je pense qu’ils sont juste sortis. Bientôt ils reviendront à la maison. Le jour est beau, ne sois pas choqué. Ils font juste une longue promenade. Le cortège arrivait ensuite dans la cour de l’ancienne chartreuse et on célébrait un mariage. Je continue mon chemin sous la pluie jusqu’au rond point. Je prends à gauche la côte qui monte dans le bois le long de Cora. Et je retrouve mon auto sur le parking. J’ achète des chicken dips par six, des frites et une boisson gazeuse. Je mange dans ma voiture en écoutant à la radio des neurologues et des neurobiologistes parler de l’empathie. Einfüllung. Se mettre dans le corps d’un autre et ressentir ce qu’il ressent.

propositions de travail pour La Brique

– Regarder la photo d’une brique et dire ceci n’est pas une pipe mais la représentation d’une brique.

– Objets ayant appartenu à une brique (Boltanski) : les vêtements que j’ai sur moi et vider mon sac   et faire l’inventaire de mon sac.

– Remplir mon sac de briques, courir, sauter et parler d’Angelica Liddell.

– Chercher des gens  qui s’appellent La Brique. Comme Jochen Roller qui cherchait des gens qui   s’appelaient Jochen Roller pour les interviewer.

– Faire une litanie des oeuvres d’art contemporain qui contiennent des briques.

– Photographier ou filmer une ville, un village, un hameau qui s’appelleraient La Brique

– Des briques différentes qui symboliseraient des gens de ma famille. Faire des photos montages       avec des gens à tête de brique.

– Compter les briques comme on compte les moutons.

John Edgar Wideman, Suis-je le gardien de mon frère?

…Impossible d’aller plus loin. On est dans un lieu familier. Une convergence trompeuse  d’égoïsme et d’attention… et de volonté d’être plus grand, meilleur que ce qu’on est. Une manipulation du vrai en tirant profit du faux en espérant le meilleur et en redoutant le pire; une masse confuse d’émotions contradictoires, un noeud d’indécision et de désespoir, de pitié de soi et de dégoût de soi, de désir et de culpabilité. Un lieu immédiatement identifié. Un endroit dur parce qu’on ne peut pas avancer et qu’on ne peut pas reculer. C’est dur et familier, parce que j’y suis déjà venu. Je me rends compte que ce blocage est lié d’une certaine manière à ce que je suis et comment je vis, à des choix faits il y a longtemps. Mes limites se réfléchissent clairement dans la nature du dilemme. Comme ceci est mon bras et il est de telle et telle longueur, et c’est mon bras, et il sera toujours de la même longueur, et cette étagère que je n’ai jamais pu atteindre continuera de m’échapper. Ça ne sert à rien de s’éreinter ni de se plaindre. Je n’attraperai jamais quoique ce soit sur cette étagère que je ne peux pas atteindre. Aucune échelle au monde ne m’en rapprochera d’un pouce...

contable

Hier a eu lieu le C.A (conseil d’administration). Avec des nouvelles personnes. Martine B. qu’on avait rencontrée quand on a fait l’Instantané au lycée Emile Zola à Wattrelos. Et Michel L. avec qui on a fait le Portrait de Hinges et Locon (deux villages près de Béthune). On n’avait pas fait de C.A depuis plus de six mois. Au dernier C.A, nous étions trois. Hier nous étions très nombreux dans la petite salle de réunion du Cerrd. Un peu les uns sur les autres d’ailleurs. Comme des sardines. On a bien parlé. Et on a bien fait attention à ne pas trop traîner en longueur. Quand on est sorti, c’était encore le jour. On a tout passé en revue. Surtout les comptes. C’est le commissaire aux comptes qui nous a présenté les détails du bilan financier de l’année dernière. On a essayé de tout dire en un peu plus de deux heures. Christophe n’était pas là. Et s’en est excusé. Trop d’embouteillages dans la région parisienne. Impossible d’être à cinq heures à Loos. Martine B. a dit que notre commissaire aux comptes étaient un contable parce qu’il savait expliquer les comptes comme on raconte une histoire. Ça rappelle Jochen Roller et ses spectacles sur l’économie de la danse. Avec le Phun Théâtre, les plus beaux spectacles qu’ on n’ait jamais vus. Et les conférences gesticulées du Pavé. Et Angellica Lidell. Et Pina Bausch aussi. Et plein d’autres encore. Comme Quartier de la République à Avion, de Christophe Martin… En fin de réunion Gilbert a ramené la biographie imprimée Wikipédia d’Aurélie Filippetti. Nommée hier soir nouvelle ministre de la Culture. Il y a quelques années, à Culture Commune, elle avait participé aux journées consacrées à la culture ouvrière (avec Patrick Laupin et Jean Pierre Levaray) et animé des ateliers d’écriture.