Annie Ernaux, l’écriture comme un couteau

C’est sans doute au travers de la fréquentation de l’école privée -jusqu’en classe de première- que j’ai découvert bientôt dans la honte et l’humiliation qui me frappaient, à une époque où l’on ne peut que ressentir, non penser clairement, les différences entre les élèves. Différences qu’on ne relie pas, d’abord, à l’origine sociale explicitement, à l’argent et à la culture dont disposent les parents, et qu’on vit sur le mode de l’indignité personnelle, de l’infériorité et de la solitude. La réussite scolaire elle-même, dans ce cas, n’est pas vécue comme une victoire, mais une chance précaire, bizarre, une espèce d’anomalie, on est de toute façon dans un monde qui ne vous appartient pas. Comme enfant vivant dans un milieu dominé, j’ai eu une expérience précoce et continue de la réalité  de classes. Bourdieu évoque quelque part  » l’excès de mémoire du stigmatisé », une mémoire indélébile. Je l’ai pour toujours. C’est elle qui est à l’oeuvre dans mon regard sur les gens.

dans les prochaines semaines

On a regardé le film de la Veillée des Veillées pour Dunkerque. On l’a fait beaucoup trop long. On s’est raisonné. On va faire plus simple. Et plus court. Mais il reste beaucoup de travail. La Veillée des Veillées à Dunkerque nécessite  beaucoup de préparation. En fin de semaine prochaine, on présente une flash mob d’un adage, danse collective lente qu’on a transmise à plein de gens et qui devrait être interprétée à l’entrée du concert de l’ONL (orchestre national de Lille) au Kursaal de Dunkerque, vendredi prochain. Pour la Veillée des Veillées, on écrit (Thomas Piasecki) des conférences sur le thème de nos interventions de ces deux dernières années dans le dunkerquois et à Rexpoëde. La représentation finale, qui clôturera nos deux années de rencontres, d’errance, de présence, d’échanges dans le cadre du Bateau Feu (scène nationale de Dunkerque) en promenade, avant que le Bateau Feu ne reprenne toute sa place dans le théâtre flambant neuf de la ville, aura lieu à la salle de la Concorde. A la périphérie de la ville. En juin on entame un portrait à Richebourg, un petit village entre Béthune et Armentières. Et si tout va bien, on ira ensuite travailler quinze jours à Paris avec les Turbulents. Pour faire une Veillée, ensemble. On joue la Brique cet été à Rebreuve-Ranchicourt. On a changé le titre du prochain spectacle qui s’appelle désormais, aimer si fort...

aimer si fort pour mourir si seuls

Bon ben écoute hier on a été à Paris. Sous le soleil. J’aurais pas du mettre ma parka. On est allé aux Métallos. On est arrivé au moment où démarrait la première du Petit Chaperon Rouge aux Métallos de Joël Pommerat. On a évoqué nos projets futurs. C’était un bon moment. On a parlé de la Brique, des Veillées et de Aimer si fort pour mourir si seuls. C’est pas toujours facile de savoir par quel bout prendre les spectacles pour bien les expliquer, pour ne pas paraître trop confus ou abscons. On a raconté l’histoire de la Maison de la Force d‘Angelica Liddell. On a dit qu’on en ferait une adaptation pour Aimer si fort pour mourir si seuls. Qu’on avait choisi ce texte parce qu’il semblait nous correspondre. On a parlé de Retour à Reims de Didier Eribon, de Martine Sonnet, de Annie Ernaux et évoqué des parallèles avec Angelica Liddell et J’m’excuse avec Kader Baraka, qu’on a monté il y a plus d’une dizaines d’années. Et les Sublimes et Base 11/19 comme si on était depuis longtemps dans la maison de la force. Cet endroit où on se dit qu’on peut faire passer (un peu) nos angoisses, notre honte, nos colères, notre indignation dans l’expression physique et sur un plateau de théâtre. On a parlé body art. On a dit que J’m’excuse était l’histoire de Kader. Dans tous nos derniers spectacles (si on met de côté les Veillées),  on a beaucoup parlé des hommes et de la classe ouvrière. De l’immigration et des émigrés de l’intérieur. Avec Angelica Liddel, on aborde  le point de vue d’une femme. Ma frangine, Eliane, elle s’en est pris plein la tête, toute sa vie, plus encore que nous autres les hommes de la famille, parce que c’était une femme.

et la vie continue

On a repris nos travaux (et nos jours) à la Base 11/19. Beaucoup de mal à quitter Châtelaudren. La Bretagne est splendide. Et la Veillée s’est vraiment bien passée. On a donné ce lundi deux représentations de La Brique. Aujourd’hui on va à Paris aux Métallos. On va rencontrer P. Mourat avec qui on avait énormément travaillé quand il était à la Villette. On y présentait pour ainsi dire chaque année tous nos spectacles jusqu’au départ de Bernard Latarjet. Sensation étrange… On y est allé si souvent, on a passé tant de temps à la Villette… Quand on passe devant la Villette, ou qu’on traverse le parc, on se dit que ça n’a pas existé. On aurait presque honte. Honte d’avoir si peu de prise sur les choses. Et honte de la manière dont on se comporte ! Pourquoi faire tant d’histoires puisque tout disparaît toujours ! On va construire une cabane dans la forêt, en Alaska. Pour revenir aux choses essentielles. Aux sentiments éternels. Ou dans la forêt d’Hesdin, de Boulogne, de Phalempin, de Marchiennes, d’Ohlain. Vivre de cueillette et de pêche. Into the wild, à Phalempin.

je me trouve dans l’amour de l’autre

Demain départ pour Châtelaudren dans les Côtes d’Armor. En camion et en train. Sur les longues distances, on conduit le camion à tour de rôle. On est attendu dans la soirée à Châtelaudren. On y travaille une dizaine de jours puisqu’on présentera le film-spectacle vendredi en huit. On y est allé déjà par deux fois. A Châtelaudren se trouvaient les ateliers du célèbre magazine, le petit écho de la mode. Bien connu jusque dans les années soixante. Encore de nouvelles rencontres et découvertes en perspective. Il y a mille activités, associations, fêtes à Châtelaudren et personnes dont il faudra parler. Et tant de choses à mettre en valeur. Dans l’échange, le dialogue, la confrontation. Par l’accouchement dans l’autre. Châtelaudren est à plus de six cents kilomètres de Loos en Gohelle. On part avec l’estafette en fin de matinée.

Merlimont, Bray-Dunes, Berck, Malo, Quend, La Panne

Les trois jours de reprise de la Brique sont passés. Bien passés. Comme pour marquer les dernières offensives de l’hiver et accueillir le printemps, les premiers oiseaux migrateurs. Une belle soirée pour la dernière de cette série à Loos en Gohelle. La météo avait prolongé l’alerte orange à cause du verglas sur la région mais les gens étaient là. Plein de public de Loos en Gohelle et d’ailleurs. Marie Paule nous a fait le plaisir de revenir voir le spectacle pour la seconde fois.  Beaucoup d’amis dont Olivier, notre ancien administrateur et les artistes de Aimer si fort pour mourir si seuls. Et bien sûr, plein de gens qu’on ne connaissait pas. Chacun s’était rendu avec confiance et prudemment jusqu’à Loos en Gohelle. On a vu le maire de Monchecourt, des adjoints, des responsables sociaux culturels du Douaisis, l’adjointe à la Culture de Lallaing et des adjoints de Fresnicourt et le maire de Fresnicourt, tant de petits villages où on a fait des Veillées et des Portraits (on y retourne la saison prochaine pour jouer la Brique). Et des jeunes du quartier du 11/19 qui venaient faire au début de Culture Commune de l’informatique à l’espace multimédia. Et des responsables de la Culture et des maisons de quartier de Dunkerque. On retourne à Dunkerque en mai pour la Veillée des Veillées et on joue la Brique en novembre à la MJC du Méridien à Malo avec le Bateau Feu. Malo dont on parle dans la Brique. On y allait à la mer, une journée, certaines année, avec l’amicale laïque de Ferfay. A Malo, on disait toujours que c’était le plus près. La mer au plus près. Est ce  que Tchekov parle de Malo dans les Trois Soeurs ? Je ne pense pas, mais il aurait pu ! Imaginons, Olga, Irina et Macha sur la digue entre Malo et Bray-Dunes. Quand la Belgique renvoie des parfums de fancy faire à la fraise…