On a reçu les droits pour travailler sur le texte d’Angelica Liddel. On s’est replongé à corps perdu dans la maison de la force et les autres pièces. On regarde et regarde la vidéo du spectacle de fin de stage qu’on avait présenté en février 2013. On a scruté aussi, hier, consciencieusement le programme de la saison qui vient. Les actions se superposent. C’est déjà arrivé mais jamais à ce point. C’est à cause de la tournée de la Brique. Du coup, ça va faire une année étrange. Depuis des années on a une activité en continu à la compagnie. Sauf l’été où très souvent on ferme la boutique pendant au moins un mois… Pourvu que ça dure ! Même si rien ne dure jamais éternellement. Et la compagnie a duré. La création de la compagnie remonte à 1983 puisque l’ association Hvdz a pris la suite légalement de l’association Ballatum Théâtre. Une trentaine d’années. Tous mes camarades des corons qui ont travaillé très tôt, pour beaucoup, à la SNCF, sont à la retraite.
Carnets de route
Michaux
« Emportez-moi dans une caravelle, / Dans une vieille et douce caravelle, / Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume, / Et perdez-moi, au loin, au loin « .
Demande-lui
Tu as beaucoup voyagé mais tu as du mal à te souvenir de tous les endroits où tu es allé. Tu n’es plus très sûr de toi. Tu te souviens de Damas et de Alep. Tu te souviens bien de Alep. Tu voulais aller vivre à Alep. Comme tu voulais vivre à Montréal, Helsinki ou Oulan Bator en Mongolie. Tu te souviens du Caire où vous aviez joué Les Trois Soeurs, à l’opéra. Devant une salle presque vide à cause des attentats survenus quelques jours auparavant. Tu y as vu le seul opéra que t’aies jamais vu, La Bohème. Tu devais jouer à Beyrouth mais à cause des bombardements vous aviez été déroutés sur le Caire. Tu te souviens des premières tournées à l’étranger, en Israël, en Turquie, en Grèce et dans l’ex-Yougoslavie qui n’aura jamais survécu à Tito. Quand tu vois des images à la télé de tous ces pays, tu as du mal à imaginer que tu y es allé pour de vrai et pour jouer un spectacle. Tu trouves ça irréel, difficile à comprendre. Tu penses que, peut-être, ça n’a jamais existé. Tu te souviens des tournées en Asie du Sud-Est et en Amérique du sud. Tu te souviens des spectacles à Montréal. Tu te souviens de A quelle heure on meurt adapté du nez qui voque de Réjean Ducharme. Tu sais que tu retournes à Québec dans deux semaines. Avant cela, il y a St Nazaire, Loos en Gohelle, Hem et Dorignies .
lundi qui précède la rentrée des écoles
La prochaine Brique aura lieu à St Nazaire. En fin de semaine prochaine. Mercredi après midi on ira voir, à la Smob, la compagnie Tourneboulé qui présente un spectacle philosophique à destination des enfants, suivi d’un débat avec l’association régionale de philosophie (ARP). On est très curieux de savoir comment on aborde la philosophie avec les tout petits. Les vieux sont accablés par l’expérience, parce que parfois l’expérience est lourde à porter au point qu’on finit parfois par avoir l’impression de ne rien comprendre et de ne plus rien à avoir à en attendre. Les vieux sont expérimentés et beaucoup moins plastiques que les jeunes et à fortiori les tout petits. Quand on est vieux, on est moins prêts à se remettre en question. D’ailleurs Socrate parle presque exclusivement à la jeunesse athénienne (sauf dans le banquet). Mais nous ne devons pas renoncer à la volonté. Le marin, qui ne maîtrise jamais pleinement la mer, continue d’affronter les tempêtes et ses sorties au large pour ramener de quoi manger à sa famille. Rester jeune ça n’est pas possible mais on peut rester ouvert. Il faut lutter contre sa propre bêtise. On est vieux à partir de quel âge ? – quand on était gamin on disait, les vieux de cinquante ans… On ira écouter la compagnie Tourneboulé nous parler de philosophie. Nous avions vu une première étape de ce travail à Culture Commune que les Tourneboulé appellent des crash-tests. Ce que nous, nous appelons répétitions publiques.
une partie du gradin de la smob
Benoît, un épouvantail et Léa
On a smobé hier à Hermin
On a smobé toute la soirée à Hermin sous le chapiteau. On a bien fait de ramener un chandail, il faisait un tantinet frisquet. Tout s’est bien passé. Mais malgré les tournées de briques, on n’a pas fait le plein. Tant de gens, lors des porte à porte, nous avaient promis qu’ils viendraient ! Mais on a déjà analysé la situation… On s’était fait la remarque l’année dernière lors du Portrait qu’on a présenté à Estrée Cauchy. On a moins de monde qui vient au spectacle par ici que dans le bas-pays, situé au nord du Pas de Calais, à Lorgies, Hinges, Locon… Le bas-pays est plus proche de Lille. Les gens qui viennent habiter le bas-pays sont des néo-ruraux, qui, pour beaucoup travaillent à Lille, mais participent pleinement à la vie associative des villages (les associations, les clubs de sport, l’assemblée communale etc). Le mélange des nouveaux et des anciens habitants se passent bien. Les nouveaux participent au re-nouveau des villages. Par ici, ce sont des enfants de mineurs qui ont fait bâtir, dont les parents habitaient déjà dans les villages et qui n’ont pas l’habitude d’aller au spectacle. Ils perpétuent, reproduisent les habitus de la culture minière qui nous condamnait à un repli fragile sur nous mêmes et nous barraient le chemin vers l’autre (et vice versa). Mais à l’époque il y avait les syndicats et les partis politiques (socialiste et communiste principalement) qui fédéraient les gens, les rassemblaient pour participer d’une réflexion sur le monde et d’une critique des rapports sociaux. Aujourd’hui l’impact des partis et des syndicats dans ces milieux est réduit à néant. Le repli sur soi s’organise autour de la famille, des biens de consommation et les questions de sécurité. On a beau installé un magnifique chapiteau au bout du village dans une atmosphère bucolique, pastorale, les gens n’ont pas le goût de venir. On a tout de même smobé devant une petite centaine de personnes et la soirée s’est très bien passée. On est ensuite resté au bar de la salle des fêtes au delà du raisonnable. M. le maire d’Hermin était enchanté, d’autant plus qu’il nous avait fourni les briques et le kärcher pour la customisation des briques-flyers.
Ça joue ce soir à 20h sous le chapiteau de la Smob à Hermin (62)
Ça va être chaud ce soir, il pleut des cordes. Grosses pluies d’orages. Hier on a répété sous le chapiteau. Vers 15h c’était la fournaise. Il nous a fallu acheter de quoi manger pour tenir le coup (on était au bord de l’asphyxie, on avait besoin de calories) et pour faire une deuxième répétition. On est allé à Magnicourt en C. acheter deux tranches de jambon. C’est le seul petit commerce ouvert qu’on a trouvé dans les villages alentours. Le boucher de Magnicourt nous disait, comment voulait vous qu’on tienne, lorsque il y a une fête au village, on fait appel à un traiteur de Doullens. On veut ramener des commerces dans les villages mais on ne fait rien pour les garder. Je ne peux pas compter sur les habitants de Magnicourt pour m’en sortir… On a fini la répétition vers 18h. On s’est donné rendez-vous à la Smob dans l’après midi pour les derniers réglages techniques et la mise en place du spectacle. On espère que la pluie d’orage se calmera entre 20 et 21h pour qu’on puisse s’entendre sous le chapiteau (la grosse yourte grise avec un chapeau orange).




