Et qui fracassaient leur crinière Devant le casino désert

C’est en 90 qu’on est arrivé à Liévin, au centre Arc en Ciel. On y est resté six ans. Une période décisive dans l’histoire du Ballatum théâtre. Le Ballatum théâtre a duré de 83 à fin 96. Hvdz a démarré en 97. Ça fait, aujourd’hui, plus de 17 ans. A Liévin on a beaucoup travaillé, on a multiplié les ateliers de formation, de transmission, de recherche et on a crée mille spectacles. Dont certains qu’on a joués aux quatre coins du monde. Nos spectacles ont bénéficié du soutien à la diffusion du ministère des affaires étrangères. Nous étions constamment sur la route et dans les airs. Notre arrivée au 11/19, à Loos en Gohelle, a tout changé. Ça a bouleversé notre vision du monde social. Du rôle de l’art. Du rapport de l’art aux populations. On s’est rendu compte qu’on ne pouvait plus faire du théâtre indéfiniment de la même manière, sans se poser de la question de penser la création d’ un autre théâtre plus populaire, qu’on inventerait avec les gens dans les villes et les villages, à la rencontre de chacun. Un théâtre basé sur la rencontre et le questionnement. En co-construction.

On voyait les chevaux d´la mer Qui fonçaient la tête la première

Dimanche dernier, c’était la dernière de La Brique à Avignon. A 13h. C’est le grand chamboulement, cette saison, puisqu’on n’a plus accès à Culture  comme auparavant. Pendant des années, on a passé tous les étés à travailler dans la salle 1 ou deux de la Fabrique. Ça remonte à 1998, l’année où Culture Commune s’est installée sur le site. On travaillait aussi régulièrement dans ce qui est devenu le local de stockage des éléments de cuisine de la Fabrique. On y avait lu des textes à plusieurs, avec Martine, Didier, Marie, Kader, Guy. Des textes sur les années de plomb en Allemagne et en Italie. Et plus tard Richard III, superbement interprété par Kader. On avait repris l’adaptation de Bernard Chartreux, Cacodémon Roi. Qu’on a joué qu’une fois, à la Fabrique, dans la Nef (qu’on appelle aussi la salle de pendus ). Seize ans ont passé. Dans un peu moins deux semaines on est à Salé (Maroc) avec l’école de cirque de Salé, dirigé par Alain Laeron, qu’on avait rencontré lorsqu’il était au Centre national des arts du cirque à Châlons en Champagne, dans les années 2000. Aux côtés de Bernard Turin.

Avant de partir au Maroc (pour la Veillée de Salé…), Isabelle est déjà au travail

… C’était inattendu. À Montreuil (Montreuil du 93), dans la pharmacie où je vais, juste en face de chez moi, Hiba, la préparatrice, me souhaite de bonnes vacances en me disant qu’elle rentre chez elle pour le mois d’août : à Kenitra, au Maroc. « Bonnes vacances, alors ! Euh, je vais aller au Maroc aussi, 2 semaines, à Salé. C’est où Kenitra ? » Hiba : « C’est juste à côté, quelques kilomètres. En fait, j’ai fait mes études à Rabat, à côté de Salé donc. Après je suis venue en France, en 1990. Ça a beaucoup changé. Avant on disait Rabat et Salé. Maintenant on dit Rabat-Salé. Si on ne connait pas, on ne voit plus la différence. Il y avait le fleuve qui séparait Rabat et Salé. Oued Bouregreg. Et quand on allait « à Salé », on allait « de l’autre côté ». Pour voir les copines. Pour faire les courses. C’était moins cher qu’à Rabat. Maintenant c’est les mêmes prix à Rabat ou à Salé. On voit même plus quand on passe de l’une à l’autre. C’est l’Arabie Saoudite qui a construit autour du fleuve. Et il y a le nouveau roi, ça a beaucoup changé. Quand je faisais mes études (entre 1983 et 1990), j’avais des amies de Salé… Salé, c’est particulier. D’ailleurs, ils ont un accent à Salé. Ce n’est pas le même accent qu’à Rabat. Ce n’est pas un dialecte différent, mais c’est un accent différent. Salé a une histoire particulière, c’est une ville ancienne, avec un mur qui entoure la ville. Les gens de Salé ont une histoire ensemble. Et aussi, ils aiment la musique, le chant, la poésie, ils aiment faire la fête ensemble. C’est l’Andalousie. À Kenitra, il n’y a pas d’histoire, ce n’est pas une ville ancienne, ce n’est pas pareil. À Kenitra, il y en a un qui vient de Rabat, un qui vient de Fès, un qui vient de Tanger, un qui vient de Marrakesh… , et quand les gens parlent entre eux, ils parlent de la ville d’où ils viennent, de Rabat, de Fès… À Salé, c’est différent. Quand les gens parlent entre eux, ils parlent de l’histoire de leur ville. J’admire beaucoup les gens de Salé, ils connaissent tous l’histoire de leur ville. Les pauvres, les riches, peu importe, ils connaissent tous l’histoire de leur ville, les rois qui sont passés là… tout, et ils sont tous attachés à leur ville. Ils ont une histoire ensemble. Je les admire beaucoup.

ça passe

Il s’agit de préparer la Veillée de Salé au Maroc avec l’école de cirque de Salé. Maggie et Gilbert sont au bureau. Et la Veillée au Québec, à Québec city… La saison est chargée à nouveau. Après la Veillée de Salé, on poursuit par une date de La Brique au musée de la mine de Lewarde à la mi-septembre. Début octobre, Veillée à La Sentinelle dans la banlieue de Valenciennes. En septembre, on accueille notre nouvelle collaboratrice Marie Stievenard qui va remplacer Maggie qui s’en va vivre à Montréal. Pendant trois semaines, en septembre, Maggie va s’occuper de la passation (passion) avec Marie. La convention qui lie la compagnie à l’état et à la région devrait être renouvelée pour trois ans. Une nouvelle direction va être nommée à la tête de Culture Commune. Un arbre au loin dessine ses branchages sous la forme d’un pays scandinave, la Norvège. Tout en haut c’est le cap nord (fin juillet on y assiste au soleil de minuit et on empile des pierres en faisant des voeux) et en bas c’est Bergen.

ça va aller

Un temps à aller à la mer. En bus, en train, en voiture ou à pied. On a passé la journée d’hier au bureau. On a déjeuné avec Gilbert, Thierry et Jérémie. Une commande passée au restaurant japonais de Liévin. On a fait le compte de ce qu’on a gagné à Avignon. Le total des entrées (pas loin de 4000euros). On va calculer combien on perd quand on passe un mois à Avignon, dans le off (avec un solo et un peu plus de cinq personnes à temps plein), soutenu par nos tutelles. Est-il vrai que la Région ne renouvelle plus l’expérience, à partir de l’année prochaine ? 4000 euros ne suffisent pas à couvrir la location d’une salle de théâtre à Avignon pendant un mois, cela coûte de 8000 à 10 000 euros. Si on y ajoute les salaires, les défraiements, la communication, sans un coup de main de nos partenaires financiers, il est impossible de jouer à Avignon, dans les règles de l’art.

Qui saura

Loos en Gohelle, on l’a répété des dizaines de fois puisqu’il en est toujours question dans La Brique. A chaque coin de phrase, Loos en Gohelle. Qui sera le nouveau directeurTRICE de Culture Commune? On a eu l’occasion de rencontrer plusieurs candidats. Pas facile d’imaginer un nouveau projet dans un lieu sans salle de diffusion de spectacles! Mais on peut y faire plein de choses. Continuer d’y pratiquer ce qui existe depuis plus presque vingt ans. Le travail avec les populations de co-construction artistique. Et imaginer que le lieu soit toujours occupé, plus encore qu’il ne l’est. Faire venir les gamins du quartier tous les jours. Imaginer des ateliers à n’en plus pouvoir. Et demander à l’université d’Artois d’imaginer des présences sur le site. Rouvrir le centre de ressources et de technologies nouvelles au grand public. Etre présent à tout moment dans les écoles du quartier. Impliquer les associations de quartier et les centres sociaux dans la vie du 11/19. Créer une école du soir de théâtre, de cirque, de danse, de magie, d’écriture ! Penser des spectacles et des cours  en langues variées différemment parlées sur le territoire (le patois, l’arabe, le polonais, le français…) .