C’est reparti. L’organisation, les tournées, les résidences, les stages, les Veillées… Pourtant si j’ai bien lu ce que j’ai lu ces derniers temps, tout est grundlos (sans fondement). Grundlos, la conscience. Grundlos, la volonté (ou le vouloir). Y a que la musique qui compterait. La musique, l’art en général (et le sport ?), ce serait comme une leçon de vie, une joie de vivre… Faut y croire ! C’est ce qui compte. C’est comme tout le reste. Sinon, effectivement, tout est grundlos. Et comme dirait Camus, pire que le désespoir, c’est l’habitude du désespoir ! On est comme une équipe sportive (je veux dire soi-même ) qu’il s’agirait de motiver en permanence. On lâche rien. On va de l’avant. On y croit. C’est pas parce que ceci ou cela qu’on est moins je ne sais quoi. On s’en convainc, on n’est pas des grundlos. Imagine un peu, t’ arrives sur un terrain de foot, avec ton équipe, qui s’appelle les grundlos, peu de chance que tu marques des buts ! Grundlos, non seulement, c’est sans fondement et en plus sans finalité. Donc t’es devant le but (la finalité), tu fais exprès de tirer à côté. Ou t’attends que le goal revienne pour lui mettre le ballon dans les mains. C’est pas du jeu.
Actualité
Ne pas oublier mes bouchons d’oreille
On aurait un train à Arras dans l’après-midi pour la côte d’Albâtre. Avec le temps qui est prévu, il faut décoller mercredi à sept heures du matin pour ne pas se faire saucer toute la journée et emmener par les bourrasques de vent en haut des falaises. On sera bien content d’arriver à destination. Je devrais être plus tranquille le lendemain et j’ai prévu un trajet plus court. Pour les autres jours, on n’est encore sûr de rien en ce qui concerne la météo. Je ferai un sac le plus léger possible. Que les médicaments. Et des vêtements de pluie. Je ne compte pas m’arrêter, je ferai mes trajets d’une traite sauf si j’ai un peu de soleil et de chaleur. On n’est pas parti longtemps (j’ai perdu du souffle) et j’ai intérêt à marcher vite, sinon je vais me faire avoir par la nuit en haut des falaises. Mais je me réjouis, je ne vais penser à rien d’autre parce que ça va être dur. J’embarque un livre et c’est tout. Nizan, la Conspiration.
Insomnie, R. Carver
L’esprit ne peut pas dormir, ne peut que rester éveillé / à se goinfrer, écoutant la neige se rassembler / comme pour un ultime assaut. / ll voudrait que Tchekhov soit là pour lui administrer quelque chose -trois gouttes de valériane ou un verre / d’eau de rose- n’importe quoi, ça lui serait égal / L’esprit voudrait sortir d’ici, / s’en aller dans la neige. Il voudrait galoper / avec une meute de bêtes hirsutes, tous crocs dehors, / sous la lune, à travers la neige, ne laissant / ni traces ni fumées, ne laissant rien. / Il est malade cette nuit, l’esprit. /
le monde est absurde mais on dit oui à la vie
Faire d’autres spectacles. Encore ! On nous avait offert un tee-shirt après avoir joué Les Sublimes au Kennedy Center à Washington. A toute l’équipe. Il y était écrit Encore ! (en très grand). Je l’ai égaré (c’était en 2004) peu après notre passage dans la capitale américaine. Je l’ai retrouvé récemment dans mon armoire. Il était noir à l’époque, il est gris aujourd’hui et la taille n’est plus ajustée (j’ai pris du poids, depuis que je me soigne pour les nerfs). En fait, je pense que mon beau-fils, Damien, avait dû me l’emprunter, quand on rentrait dans les mêmes fringues et s’en est débarrassé, ces jours-ci …
Faire des spectacles : un prochain sur La Redoute avec les Tréteaux de France, un autre sur les réfugiés et les Veillées, bien sûr.. On a écrit dans la convention qu’on a déposée à la Direction des Affaires Culturelles et à la Région ( Inch’Allah ! Si c’est Le Pen qui passe, tout peut arriver puisqu’elle a déjà dit que si elle est élue présidente, elle mettrait un terme à tous les contrats de convention pluriannuelle concernant la culture) qu’on referait un seul en scène. On s’y mettra dès la rentrée. Dans deux semaines. La semaine prochaine, on va marcher sur les falaises de la côte d’Albâtre.
« Je est un autre » Rimbaud
Il n’y a plus que ça qui compte : marcher. Au hasard, parce qu’on a décidé d’aller à droite, à gauche parce qu’on a décidé d’aller à gauche. Ou ailleurs. Sur des falaises, dans la campagne, au bord de la mer ou en ville. Peu importe au fond. Marcher. Puisque ça donne de l’importance à tout. C’est ce qu’on cherche, au fond. S’intéresser à tout et y trouver de l’intérêt. On n’est pas la même personne dix mètres avant ou dix mètres après. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. C’est le mouvement qui compte, l’évolution. On existe parce qu’on est quelque part. On sent, à pied, combien on est une existence topographique. On trouve de l’intérêt à marcher sur du bitume tout neuf, qui vient d’être posé et réouvert à la circulation. Marcher sur une autoroute en construction et penser qu’on ne reviendra jamais à cet endroit là . Et si c’était ça la solution, marcher. Trouver, inventer toujours des bonnes occasions pour marcher. On peut toujours trouver des bonnes raisons de se mettre en route. Défier l’horizon par exemple parce qu’on est sûr qu’on va y trouver son double, notre partie manquante, qui ferait notre bien être à jamais, comme avant qu’on ne soit séparé.
Hippopotame
Jamais je ne me suis levé tôt depuis le lycée. Ou c’est très très rare. De la sixième à la Terminale, je me suis levé tous les matins à six heures et demi. Je quittai la maison à sept heures moins dix et j’allais jusqu’à l’autre bout du village. Le car passait nous chercher vers sept heures vingt. Il partait ensuite à Ferfay-centre pour embarquer les lycéens du centre et vers huit heures moins dix, on se retrouvait au lycée d’Auchel. Et de huit heures à cinq heures, on suivait nos cours. On faisait une pause à midi, jusqu’à deux heures, pour le repas. On allait à la cantine qui se trouvait au sous-sol de l’établissement et on passait une heure en permanence. Tous les jours devant la cantine, c’était la bousculade jusqu’à ce que les pions viennent ouvrir les portes. Il n’y avait pas encore de self à l’époque. La cantine était affreusement bruyante comme si tous les jours, c’était jour de marché. Quand j’ai été pion à Bruay Labuissière, au LP, j’habitais Lille, au 56 rue d’Arras. Je devais partir à cinq heures du matin pour arriver à l’heure au travail. Un jour, on a joué Parfum de Frites au LP de Bruay, avec le Prato. Mon personnage se nommait Gilbert. Par la suite les élèves du lycée de Bruay m’ont toujours appelé Gilbert.
une coutume déjà ancienne
On se souvient de la Bande à Polo dans les bars de Wazemmes avec Polo et Arnaud Vanacker (Nono), qu’on retrouvait tous les week end et les jours de marché aux terrasses des bars tout autour de la place. Le dimanche, on y mangeait le poulet cuit qu’on avait acheté pour le repas du midi. Au fur et à mesure que l’après midi avançait, on décortiquait le poulet de nos mains grasses qu’on essuyait sur nos jeans, en avalant les bières qu’on recommandait au delà de la soif. On n’était pas à la maison avant cinq ou six heures du soir. Pour préparer tant bien que mal le repas du soir. Ou alors étant donné qu’on avait le ventre plein, on sautait le repas du soir pour poursuivre la conversation dans d’autres bars, dans le Vieux Lille le plus souvent. Plus rarement rue Masséna ou alors c’est parce que nous n’avions plus la force de nous traîner jusqu’au Vieux Lille. La journée n’avait plus d’heure et le poulet du midi avait été abandonné sur une table de terrasse à Wazemmes alors que les cafés fermaient le soir (à l’époque). Livré aux chats du quartier qui se faisaient un festin du dimanche soir, au poulet du midi.
Vertige
Il y a une semaine, on était aux Saisies. C’est là que j’ai pris un coup de chaud, avec un projecteur placé juste au dessus de ma tête de plus de mille watts. Je dégoulinais de sueur et j’ai eu chaud comme jamais dans ma polaire. Quelle idée de jouer en polaire en pleine canicule ! Je croyais souffrir de l’attitude mais c’est la chaleur qui se jouait de moi au point que je n’arrivais plus à parler correctement sans bafouiller à chaque carrefour de phrases un peu compliquées. J’ai tout mis sur le dos de l’altitude. Le lendemain nous nous sommes rendus à Val d’Isère qui est plus haut que Les Saisies, je n’en menais pas large, persuadé que ce serait pire que la veille. On a dû s’adapter à la salle et il était impossible d’accrocher le mille watts au-dessus de ma tête… Je n’ai souffert de rien, ni de l’altitude, ni de la chaleur. Et j’ai négocié tous mes carrefours sans me tromper. On a eu chaud.
Rivalité, Sylvia Plath
Si la lune souriait, elle te ressemblerait. / Vous laissez la même drôle d’impression/ De Beauté et de quelque chose de mortel./ L’usage de la lumière est votre grande affaire./ Seulement sa bouche à elle se désole pour le monde, pas la tienne./ Toi, tu as d’abord le don de tout changer en pierre. / C’est dans un grand mausolée que je m’éveille ; tu es là, / Tu tapotes des doigts la table de marbre, tu veux fumer, / Tu as la rancune tenace des femmes, un peu de leur nervosité, / Et tu meurs d’envie de dire quelque chose de définitif./ La lune aussi humilie ses sujets, / Mais le jour elle est ridicule./ Par contre tes griefs, tes insatisfactions:/ Arrivent régulièrement, affectueusement par la poste,/ Expansifs comme l’oxyde de carbone./ Il ne se passe pas un seul jour sans nouvelle de toi,/ Tu te promènes peut-être en Afrique , mais tu ne m’oublies pas.
Albertine, Charlus, Gilbert, Christophe, Martine, Marie, Jérémie, Didier, Anne, Oriane,
Il neige à Val d’Isère. Nous y étions mercredi soir, avant dernière date de notre tournée des CCAS dans les Alpes. Pourtant il y faisait très doux quand nous y sommes passés. La fatigue est encore là. Peut-être faudra-t-il plusieurs jours avant de retrouver la force d’ aller marcher jusqu’à la mer, Malo ou Merlimont, Berk-plage, Quend-Plage, Balbec ou La Panne 🙂 (trouver l’erreur). Sur Arte, vendredi soir, il y avait à la recherche du Temps Perdu. On s’est laissé bercer jusqu’au sommeil par les mots de Proust. Ça ne manque pas de charme. Pourtant, c’est si loin de nous. Enfin de nos préoccupations, du 11/19, de notre monde. C’est sans doute ce qui fait la qualité des très grandes oeuvres, elles sont universelles, on y trouve du plaisir même quand à priori, on n’a rien, mais absolument rien à voir avec le milieu qui est décrit dans le film et les livres de Proust. C’est comme cela que Badiou explique la vérité, quand il dit qu’elle est exception immanente. Si on considère la société antique grecque, nous n’avons plus rien de commun avec elle, voire elle nous répugne par certains aspects (les esclaves et les étrangers étaient traités comme des sous hommes) mais la démocratie grecque antique nous intéresse et l’art demeure. Ainsi donc, il y aurait de la vérité à Balbec et chez Oriane, duchesse de Guermantes.
