Le grand dégoût culturel / Alain Brossat
La tâche effectivement critique consistera donc, aujourd’hui moins que jamais, a opérer un partage entre ce qui mériterait vraiment le titre et le nom de « bien culturel » ou de « valeur culturelle », et ce qui en usurperait le nom. Elle consistera au contraire à identifier cette règle fonctionnelle, installé au principe de la vie culturelle d’aujourd’hui, qui établit les équivalences normatives entre des manifestations et des objets hétérogènes, met en place un régime de compatibilité générale entre les uns et les autres, et inclut sans fin ce qui, hier encore, se présentait comme extérieur au champ culturel (le tag, le graffiti, le rap, les cuisines régionales, les concours de blagues et de labours à l’ancienne, etc).
Rien n’est plus ridicule que cette posture morale de demoiselle à principes qui épuise son énergie à s’offusquer sans fin de l’avilissement du domaine culturel, alors même que l’indifférenciation du « haut » et du « bas » de la culture, de « l’authentique » et du « faux », ou du « bidon », constitue la règle première de l’établissement de la culture dans le rôle agrégateur qui lui est aujourd’hui dévolu.