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A l'horizontale
Regarder à terre, à l’horizontale, le faire lentement. Arpenter la ville à pied, toute la journée, comme une personne qui a pour seul moyen de transport son corps, qui est aussi son seul moyen de compréhension, son seul moyen de vie. Le corps? Non, la personne. La centralité de la personne, point de départ de toute considération, qu’elle soit esthétique, architecturale, urbanistique, spectaculaire. Issac, hôtel de la Bruyère jusqu’au Carré des Jalles à pied pour prendre le pouls, humer la ville au matin d’une journée déjà avancée. Demander sa route à des ouvriers sur le chemin qui n’en ont aucune idée. Éprouver la ville par nos nombreux allers retours. S’éprouver soi même dans cette quête de l’impossible St médardais. Revenir au plus simple. Revenir à la conversation. Quoiqu’il arrive prendre le temps de la conversation. Entrer et sortir du Carré des Jalles à toute heure du jour et de la nuit. Glaner à chaque fois des paroles, des citations, des sensations, des impressions, des sentiments, des odeurs… C’est agréable qu’on soit là, à St Médard.
A cause de la crise (?)
On mange à la cantine municipale le midi. Pendant le repas, on a parlé de la crise. On s’est dit que c’était encore un nouveau moyen d’asservir les gens. Que la crise est un prétexte terrible pour les licenciements. La voisine d’une amie de Flora vient de perdre son travail. A cause de la crise disent ses patrons. Son travail dans une entreprise qui fait sans aucun doute un chiffre d’affaires énorme. On se dit que le pouvoir n’est certainement pas dans l’achat. Qu’avoir un pouvoir sur sa propre vie, ce n’est pas la consommation. Que c’est de la poudre aux yeux. On voit des acquis sociaux piétinés et le pouvoir d’achat ne les remplacera jamais : une éducation de qualité, une culture accessible à tous, des services publics solides.
On s’est dit qu’il fallait s’engager, vraiment, parce qu’on se prépare des lendemains qui déchantent. Et que c’est les plus pauvres qui vont trinquer. Cette crise, c’est la preuve que le système capitaliste est brutal et profondément injuste. Etre ensemble pour inventer de nouvelles manières de vivre et d’agir plus solidaires, plus égalitaires. Libertaires.
interview et cantine municipale
Du Bourdieu
Hier soir on est allé à l’amicale des habitants du Bourdieu. On a demandé si ça avait quelque chose à voir avec Pierre Bourdieu, le sociologue auquel on se réfère tout le temps. Ça n’a rien à voir. Il s’agit de Du Bourdieu. Une famille noble qui possède une partie du territoire de St Médard. Dont un vaste parc à l’abandon en plein centre ville. Le président de l’amicale des habitants du Bourdieu avait réuni une quinzaine de personnes qui ont bien voulu nous parler de leur association, de leurs activités. On a rencontré un habitant du Du Bourdieu qui est imitateur. Ils a imité pour nous Fernandel, dit une citation à la façon de Bourvil et Fernandel et Jacques Brel, François Mitterrand, Charles Aznavour… On a longuement parlé du quartier, des usines du quartier. La poudrerie est installée à St Médard depuis Louis XIV. Elle a employé jusqu’à 1900 personnes. Elle a construit des logements pour ses salariés qui venaient de plein d’endroits différents . Elle fabrique des cartouches de poudre pour airbag. Elle s’étend sur 450 ha en plein centre ville. Ce qu’elle fabrique n’est pas explosif mais très inflammable. C’est une poudrerie qui n’est pas une poudrière. Il n’y a pas de stockage. A St Médard, il y avait des grandes blanchisseries. Avant on travaillait aux blanchisseries ou à la poudrerie. La poudrerie s’est installée là à cause de la rivière, la Jalle. Des rivières, les Jalles qui traversent la ville. Ils ont besoin d’eau pour fabriquer de la poudre. Mélange de salpêtre, de charbon de bois…
à l'abandon
Sur Ebay
Sur Ebay, à St Médard, on vend un confiturier Louis Philippe, une table basse Louis XVI, une peintre qui vend tous ses tableaux personnels pour un euro, un ancien meuble phono vide, onze lithos originales signées B. Buffet, un télescope Eden, un appareil photo numérique Sony 3.2, un rasoir Philishave Quadra , un monte escalier Thyssen…
au Lycée du Sud Médoc
Au Lycée du Sud Médoc, ce matin, Jérémie a choisi de faire poser les élèves d’une classe de première sous un dôme translucide, avec des rangées de casiers verts, au fond. Il y a deux élèves qui, spontanément, se sont mis à danser devant la caméra.
Pendant ce temps, Didier a joué Godot avec eux, et Flora leur a posé la question de ce qu’ils aimeraient changer dans leur quartier. Il y a des timides et des très timides mais tout le monde s’est prêté aux jeux.
– Pour améliorer le quartier, j’aimerais qu’il n’y ait plus de route. Que ce soit moins dangereux et un énorme jardin ouvert à tous, avec des fleurs partout et qu’on puisse se promener sans aucun danger.
– Moi je verrais bien une espèce de parc en barbapapa, ce serait sympa, avec de la barbapapa renouvelable, comme ça on pourrait la manger tout le temps.
– Plus de vie nocturne. Des endroits pour sortir le soir.
– Moi j’aime l’endroit où j’habite. Je n’ai rien à changer. Que ça reste comme ça.
– De la lumière dans les rues la nuit. Pour l’instant c’est tout noir. Et puis refaire un peu les routes. C’est plein de trous.
– Un peu moins de bruit. Un quartier un peu plus silencieux. Il y a des petits qui ne font que crier.
– Moi j’aimerais bien qu’on refasse un peu certaines routes et les trottoirs devant chez moi. parce que quand il pleut on est assez vite inondés.
– Des bus. J’habite à Saint Aubin, et pour se déplacer, c’est compliqué.
– Moi j’aimerais bien dans ma ville qu’il y ait un peu plus de lumière parce que le soir, on ne peut pas circuler sans lumière, c’est gênant pour marcher.
– Dans mon quartier, j’aimerais bien que tous les voisins s’entendent bien, parce qu’il y a souvent des discordes, voilà.
– Moi je voudrais supprimer la route, parce que j’habite au bord de la route, et pour m’endormir, le soir, c’est pas très pratique.
– Moi j’aime bien mon quartier mais je voudrais plus de bus.
– J’aimerais bien plus d’animation dans le quartier. Là c’est un peu… les gens sont un peu visages tristes, etc. Et puis aussi un peu plus de lumière. C’est un peu trop noir le soir.
Au Lycée du Haut Médoc, la sonnerie a été jouée par un des élèves. C’est un morceau de guitare électrique.
au marché
Renaud
Je suis artiste en résidence depuis deux ans au Carré des Jalles à St Médard. Le Carré, son volume , sa fourmilière interne avec sa Reine et ses alvéoles, oui je connais bien car j’y circule beaucoup avec et parmi ces « elles » dynamiques…
La venue d’HVDZ pour ce travail sur les veillées, souhaitée depuis longtemps, me donne le goût de ce territoire que je ne connais finalement pas, car le quotidien de la géographie empêche l’appétit de l’ethnologue..
Hier cet homme qui évoque SA ville, lui venu d’ailleurs. Puis on s’est perdu en route, heureusement équipé de mon Iphone GPS, j’ai constaté que l’adresse que nous recherchions était à 9 mètres de nous… Ce groupe de retraités dont les vapeurs de la peinture de synthèse ajoutent à l’appétit de vivre, une hilarité pas synthétique elle…
Cela donne envie de poursuivre ici…
Ce matin le marché de Gajac. Primeur !
Renaud.




