

Il y a les livrets qu’on a offerts aux gens cet après midi. Il y a des dames qui répondent aux fenêtres. Il y a le froid. Il y a les terrils tous blancs. Il y a la curiosité des élèves au collège. Il y a l’enthousiasme de Mr Fresko. Il n’y a plus de chauffage à l’EPAA. Il y a des gros chiens.Il y a la liste des mots préférés. Il y a Jennifer qui arrive demain pour danser, enceinte. Il y a Cindy qui nous accompagne qui était déjà là à Béthune, à la ZUP. Il y a Jean Claude qu’on a rencontré au café et qui dit un ami c’est quelqu’un qui vous connaît bien et qui vous aime quand même. Jérémie et Flora travaillent sur des lettres géantes qu’on diffusera demain soir. Il y a le plaisir d’être là. Il y a un gros chien blanc qui nous a tendu la patte pour nous dire bonjour. Il y a les lunettes cassées de Didier. Il y a Irène qui parle trois langues. Il y a Mme et Mr Cerjack qui nous offrent le champagne . Il y a Martine qui fait le montage de la Veillée des Chantiers Nomades. Il y a Notre Dame de Lorette. Il y a tous ces gens qui nous ont répondu gentiment. Il y a que les hommes ont une image négative dans l’ensemble. Il y a Irène qui a ému Flora. Elle pleure aux concerts d’André Rieu. Il y a l’arbre de Kader qui continue de pousser au pied des terrils…

Jennifer, on commence par Jennifer. On est disposé en U. Après Jennifer on amène le banc… On a fait une petite réunion. Pour préparer demain soir.
Ce matin on a refait le tour du quartier en porte à porte. Trois équipes aux quatre coins du quartier et sur les cité 9 et 9bis. On a rencontré un homme qui cherche du travail parce qu’il en a ras le bol de bosser là où il bosse. Parce qu’il gagne le smic dans des conditions très dures, et loin d’ici. Il était chef d’équipe dans une usine qui a délocalisé. Il est resté six mois au chômage et puis il a accepté ce travail qu’il ne supporte plus. Il dit, si je ne partais pas en covoiturage, je n’irais plus. Il dit, mes conditions de travail sont dégradantes pour un être humain. Il nous a dit que son jardin, c’était l’endroit qu’il préférait chez lui. Il nous a demandé s’il y avait du travail sur le 11/19. On lui a donné le contact de l’EPAA (ensemble pour un autre avenir) et de Mr Vilain qu’on avait rencontré au cours de nos précédentes veillées. A l’EPAA on travaille avec les gens sur les métiers de la culture biologique. On y reçoit des gens qui viennent exposer un problème quel qu’il soit pour trouver des réponses, ensemble et il y a les jardins de la Gohelle (qui font partie de l’EPAA). C’est une structure qui fait de l’agriculture biologique qui forme les gens et les aident à trouver du travail dans la culture biologique.
Demain soir il y aura de la danse et on lira à tour de rôle ou comme une litanie ce qu’on nous a répondu au questionnaire. On répète demain après midi. Avec Jennifer et Nathalie. A la Base 11/19.
On a fini notre tournée du matin par un café et un baby-foot chez Paulo et Sandy, au Briquet du Chevalet. On était parti chacun de notre côté, faire du porte à porte et on s’était donné rendez-vous là. On a joué au Baby. Guy a gagné toutes les parties avant de jouer contre Paulo. C’est Paulo le champion.
En faisant du porte-à-porte pour poser nos questions, on a rencontré Irène. Elle a quatre-vingt trois ans. Elle a répondu à la première question c’est quoi votre mot préféré ? par un vrai cri d’enthousiasme : Musique !!!!.
Irène est polono-germano-française. Elle est trilingue.
Elle raconte la guerre. Son père, interrogé à la libération parce qu’il avait accueilli son neveu, un soldat allemand. Et inversement. Son cousin polonais, déporté à Buchenwald parce qu’il avait trop parlé un soir de beuverie.
Elle raconte la guerre mais aussi les bons souvenirs de cette période :
Votre endroit préféré en général ?
Notre Dame de Lorette, et pas seulement parce que je suis catholique : en 42-43, on marchait à travers champs de Bully au plateau en bas de Notre Dame de Lorette, et là, sur le plateau, on faisait de la musique et on dansait. Tous les jeunes gens des environs étaient là.
A la question et si vous étiez un homme ? elle répond : oh non non non non. Non non non. Ils sont tellement cons. Non non. Laissez-moi dans mon truc de femme.
Elle dit j’ai obéi à mes parents, puis aux profs, puis aux patrons, puis à mon mari, alors quand j’ai été veuve, c’est la première fois que j’étais tranquille ! hors de question de trouver encore quelqu’un !
Par ce froid saisissant on est allé dans le quartier St Pierre. On a fait trois groupes. Le porte à porte par ce temps ça gèle les mains et les orteils. On parle de danse aux gens. On raconte que Nathalie Cornille prépare un bal qui aura lieu jeudi soir à Culture Commune. Pour sa prochaine création, Nathalie travaille sur les inégalités entre les hommes et les femmes. On a rédigé un petit questionnaire qu’on propose aux gens d’une maison à une autre. Didier et Jérémie sont retournés au collège pour une installation vidéo qui a intéressé des dizaines de collégiens. Et ils ont posé les questions en question aux jeunes gens. On a déjà ramené beaucoup de réponses au questionnaire qu’on a commentées en fin de journée au quartier général de la compagnie. A la Base 11/19.